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"Indignation" [New Window]
It is 1951 in America, the second year of the Korean War. A studious, law-abiding, intense youngster from Newark, New Jersey, Marcus Messner is beginning his sophomore year on the pastoral, conservative campus of Ohio's Winesburg College. And why is he there and not at the local college in Newark where he originally enrolled? Because his father, the sturdy, hard-working neighbourhood butcher, seems to have gone mad - mad with fear and apprehension of the dangers of adult life, the dangers of the world, the dangers he sees in every corner for his beloved boy.As the long-suffering, desperately harassed mother tells her son, the father's fear arises from love and pride. Perhaps, but it produces too much anger in Marcus for him to endure living with his parents any longer. He leaves them and, far from Newark, in the Midwestern college, has to find his way amid the customs and constrictions of another American world. "Indignation", Philip Roth's twenty-ninth book, tells the story of the young man's education in life's terrifying chances and bizarre obstructions. It is a story of inexperience, foolishness, intellectual resistance, sexual discovery, courage and error.It is a story told with all the inventive energy and wit Roth has at his command, at once a startling departure from the haunted narratives of old age and experience in his recent books and a powerful addition to his investigations of the impact of American history on the life of the vulnerable individual.Roth est-il capable d'oublier la mort ? On verra a le 18 septembre...

When Life Gives You the Lemon [New Window]

Tekufah [New Window]

Bad Taste [New Window]
Mon mauvais got, et lui seul, me pousse couter les titres les plus sirupeux dAerosmith, c'est--dire une bonne partie de, ce quils ont fait depuis dix ans. A ce titre, leur dernier album ma connaissance, Just Push Play, atteint des sommets dans la power ballad aux paroles transcendantes, avec violons, voix de Steven Tyler qui stend nen plus finir, ajoutant cette petite cassure la Bryan Adams pour suramplifie lmotion dj porte par le titre. Le plus parfait exemple est le titre Fly Away From Here , propuls deuxime single de lalbum lpoque, et jen tombai immdiatement amoureux. On tait en 2001 il me semble. Nophyte pop rock jazz classique lectro, je me raccrochai aux branches. Je connaissais un peu Aerosmith (peut tre aprs avoir vu ce chef duvre quest Armageddon, dans lequel un titre original sert de bande son : I dont want to miss a thing, autre sommet de ballade larmoyante, qui, mme si vous ntes pas daccord, ajoute beaucoup au film, et signe aussi le dbut de la fin pour Aerosmith, du moins du point de vue des puristes), jcoutais dj bien Led Zeppelin, part importante de lducation paternelle, mais comme vous pouvez limaginer, en ces priodes troubles de ladolescence, on se cherche, et quand on tombe sur un candy pop comme celui l, on ne le lche pas. Je me rgalai de ses passages radios guettais son clip kitchissime, mais nachetais jamais lalbum. Je navais pas dargent, enfin pas beaucoup, et je me souviens que javais du acheter la place lalbum Dog in the sand, de Frank Black et ses Catholics, trs bon album au demeurant, que je retrouvais en musique de fond certains concerts cette anne l. Donc je nachetais jamais cet album, dont la jaquette ultra pop, presque trop moderne, rappelant la gnration fluo des annes 2007-8, prsentant une Marilyn robotique, fond rose bonbon et robe jaune. L aussi, je travaille sur le souvenir, je nai pas revu cette jaquette avant dcrire ce qui se droule sous vos yeux. Au bout de quelques semaines, plus de passage radio, plus de tl, et le titre sommeilla un petit moment. Ce nest que bien des annes plus tard que je retombai sur le titre sur quelque radio gnraliste qui consacrait une mission spciale au groupe de Steven Tyler, et le prsentateur avait jug bon de rappeler les passages vide du groupe en mettant plein tubes cette chanson. Je retombai amoureux devant tant de lyrisme chevel, devant des paroles si simples, naves voire, qui tranchent encore, alors que je lcoute en ce moment mme, avec la sinistrose de dbut de sicle. Mon mauvais got me fait dire de ces choses, me fait retomber en enfance. Me fait dire nimporte quoi, mais a dtend, il faut bien a. Relcher un peu la pression, annihiler cet esprit de srieux qui peut devenir envahissant et condamne tout fait ce genre de choses.

[New Window]
En ce moment, cest le minimum syndical. Je nai pas le temps de faire plus. Mon mmoire reprend lentement ses droits aprs navoir t quune pile de papiers poussireux pose sur un coin de mon bureau. Je nai pas encore fini Beautiful People de Charles Bock mais a suit doucement son cours. Jai un papier de prvu pour cette semaine sur les deux romans dOlivier Maulin, romans qui valent tout fait le dtour (et cest trs nimirien) et qui sont parus chez lEsprit des Pninsules. Je rflchis une petite chose sur Gaddis aussi, mais pour beaucoup plus tard. Je pars aussi une semaine New York fin avril pour changer un peu dair. Jai dans lesprit dessayer de faire un petit reportage mi-photographique mi blabla sur les librairies new-yorkaises (celles que jaurais le temps de hanter en tout cas), faire aussi le plein de bouquins (il y aura l aussi photographies lappui) et autres biens de consommation matrialistes (si ce ntait pas un plonasme). On reste tranquille, on ne sexcite pas. Mais jusqu mai, a risque dtre assez lent.

Lucky strikes [New Window]

[New Window]
Découvrez The Bishops!

Got rained on me [New Window]
Traumatis par la mdiocrit sans fin de la voix de Scarlett Johansson sur son "album" de reprises de Tom Waits, je m'coute en boucle ce genre de petites choses, pour me "remonter" le moral...

Rockets falling on my head [New Window]
Bananes, singes, ballons dirigeables, tartes la crme, sado-masochisme, coprophagie, uniformes de cuir, snuff movies, nazis, russes, des singes encore, des rections, beaucoup d'rerctions, du Verbe torsad, des histoires dranges, intermdes saturs incisant au plus profond d'une trame dont on ne cherche pas l'issue qu'on laisse pntrer au plus profond de soi, l o on essaie de trouver le sens.Un casino, un poulpe gant, le Blitz, la guerre, l'Allemagne, un bateau, on rit un peu beaucoup quand des singes vomissent d'une cuite la vodka, on massicote les phrases dans sa tte, on recolle un bout par ci par l. Des quation,s des coefficients de pntration dans l'air, de la physique, de la chimie, des mathmatiques, trajectoires, paraboles, errances dans une Europe qui dfaille, vortex de rencontre et d'existences improbables. Une histoire dans l'Histoire ? Des histoires pour l'Histoire? La folie l'ge de la Bombe, des ersatz, des espions en veux-tu en voil, des enfants, des femmes doubles et triples, des hommes doutent, ne savent plus, ne veulent plus savoir, obsds, un homme qui a des rections aux lancements de roquettes. Des roquettes, roquettes : V2, A4, V1, Von Braun et consort, Slothrop en goguette, qui parcourt les landes dvasts une poche de H dans son sac, se dfonce, affabule, hallucine, on se demande si ce qu'on lit est bien ce qu'on lit. Que se passe-t-il ? Trajectoires de lecture court-cicuites, constamment, frocement, renseignements, informations sans valeur apparente, et puis ce Verbe qui se torse encore e toujours, qui rend fou, qui enivre, qui est beau, simplement. Je n'en suis qu' mon entre dans Pynchon, pass Lot 49, Slow Learner, quelques pages glanes d'Against the Day, de Vineland, le reste, et a encore creuser. L'arc en ciel n'en a pas encore fini avec moi, pour cette premire prsence/incarnation dans ma pauvre cervelle de scripteur, lcheur, branleur. Si c'est a le Pynch, j'ai pas envie de terminer, ou alors de lire encore et encore, de m'bouillanter. Deux cent pages avant de refermer ce chapitre, la suite qui attend sur le bureau, d'autres qui pressent le pas, le futur de 2666 qui me guette, le Tunnel qui veut m'engloutir depuis trop longtemps pour que je ne cde son appel irrpressible, et puis les moines soldats dont l'oraison m'a profondment drang, moi le petit caretsien de boulevard, qui tremble en lisant Bassmann. Mais la suite bientt. Une journe de lecture ou deux pour le Pynch, on soigne les coups de soleil, et on replonge. Et puis tout ce qui s'annonce pour la rentre...By Jove...

[New Window]
Mise en repos.Reprise des hostilits la mi-aot.Bon vent.

Sicko [New Window]
Je venais dapprendre quil ne me restait que quelques semaines vivre, trois mois tout au plus. Javais attendu la nouvelle avec impatience, cherchant depuis quelque temps, avec fbrilit, loccasion pour renflouer mon dsespoir chronique, lui assner un ralisme qui lui manquait peut tre, librateur, sans aucun doute, mme sil devait se terminer, pour mes proches, par quelque tragique de situation. Je prparai ma disparition avec minutie, me dlestant de linutile et du superflu. Je ne changeai pourtant aucune de mes habitudes ; ma maladie soudaine rendait mes manies supportables mon entourage. Eux aussi taient soulags de me voir partir, non pas que jtais un mauvais bougre, bien plus un poids en moins dans leur morne quotidien. Je ne me considrai pourtant pas comme le centre dune quelconque attention, mais limminence de la mort arrondit les angles, comme la vieillesse, la snilit, que je ne connaitrai jamais. Heureux les imbciles qui natteignent pas linstant o le qualificatif servant les dsigner est celui de snior. Je men irai discrtement, vitant un ultime drangement. Le lendemain de la nouvelle, je me mis crire une dizaine de lettres saugrenues. Elles racontaient la vrit sur ce que je savais de mes destinataires. Elles ntaient pas toujours dsagrables, et le fait que ce mal dont jtais atteint rongeait mon cerveau me fournirait une excuse des plus commodes. Prenant appui sur mon exprience dsagrable des rapports sociaux, des rapports de subordination que jentretenais avec la plupart de mes congnres, je sortis ainsi de ma position de rserve et dinfriorit pour affirmer une singularit morale qui naurait dgale que la munificence de mon pardon final envers des pauvres fous qui ne mritaient pas plus que moi de continuer vivre, coloniser un espace de plus en plus restreint. Je ne verrais pas la fin de la plante, je ne connatrais probablement pas de nouvelle guerre globale, bien que ses avatars taient visibles, partout, sur tous les supports cristaux liquides que tout homme moderne doit endurer longueur de journe, oubliant le contact soyeux dune frle page de papier, les doigts tachs dencre. Je ne pensais pas laprs, lau-del. Lau-del de QUOI ? Quy avait il avant qui eut mrit davoir un dbut dpilogue ? Le contentement nest pas de ce monde. Je disposerai ces lettres sur mon bureau, de manire ce quelles le recouvrent entirement. Jouvrirai alors le tiroir du bas, prendrai mon rvolver et me ferais sauteur cette cervelle qui ne demandait qu mourir, qui me trahissait dj, qui se rebellera peut tre au moment de passer lacte, prfrant terminer ses jours paisiblement entoure damour et de commisration pour son sort peu enviable. Qui sait ce qui peut arriver

Pynch me [New Window]
Je mattelle ce papier pour la deuxime fois en une semaine peine aprs tre rentr dune escapade estivale qui bien que courte fut rafraichissante. Une deuxime fois parce quen rentrant et rebranchant mon ordinateur portable, je ne pus que constater son dcs irrmdiable, et ma stupidit navoir pas fait de sauvegarde, sur un support externe, de mes projets en cours, qui bien que ntant pas nombreux, taient pour certains en bonne voie davancement, ne serait-e que pour leur direction et certaines formules dont jtais heureux. Lironie du sort est que le papier avec lequel je voulais reprendre mes activits tait consacr mon incapacit crire et encore plus me rsoudre me lancer dans Pynchon, alors que son dernier roman, dont la publication en franais est imminente, mavait jusque l chapp.Ce nest quen commenant ce blog et en dcouvrant des lecteurs qui allaient devenir mes camarades du Fric Frac Club que jai commenc prendre la mesure de Thomas Pynchon, dont je navais auparavant quune image floue, distante, flottante, une ide peu assure de ce quil aurait moffrir en tant que lecteur. Les choses commenaient devenir plus prcises mesure que je lisais les papiers consacrs Against the Day (futur Face au jour puis Contre-Jour) que de trs bons lecteurs mettaient disposition sur la toile. La parution de lopuscule de Claro aux ditions Miniatures (Vers la grce) consacr la traduction de ce dernier ouvrage fut une sorte de dclic et lors dune soire du mois doctobre dernier, lide de prendre rebours lide de Claro, c'est--dire de relater mon incapacit lire ce Pynchon, alors mme que quelques mois auparavant je me ltais procur lors dune expdition en librairie et quil tait soigneusement dispos sur la pile de lecture et quil na pas boug. Ou presque. Je fis part de ce projet Antonio W. saint patron des miniatures, mais je dus me rsoudre quelques semaines plus tard, alors que seulement quelques phrases poussives staient accumules de manire bien maladroite sur un fichier Word maintenant perdu, laisser dans les limbes informatiques un projet qui dcidment devait me rsister jusqu maintenant. Je commenais entre temps, et jachevai la lecture de Crying of the Lot 49, roman le plus court de Thomas Pynchon, dont lcriture autant que le sujet mavait profondment dconcert tel point que je serais bien en peine mme den esquisser quelques lignes ici mme sans en avoir repris la lecture, qui gageons-le ne tardera pas. Mais ce que ma appris ce blog cest quen aucun cas je ne sais me tenir un programme de lecture, tant trop paresseux pour cela, et aussi surement pas assez bon pour parler de tout ce que je lis ; lenvie de le faire entrant certainement en compte. Une centaine de pages dAgainst the Day en dcembre 2007 si je me souviens bien, entreprises un samedi aprs midi pluvieux, alors que je cherchais chapper un stage qui me rongeait corps et me, Nimier aussi dont la prsence se faisait insistante au moment o je devais commencer rflchir quelles directions allaient pouvoir prendre mon maigre travail universitaire, aujourdhui achev, mais qui mrite de nombreuses corrections, dont je ne suis pas entirement fier, mais qui mergera un jour ou lautre, si tant est que je me donne la peine de le faire vivre. Mais revenons notre sujet avant dentrer dans un parpillement qui lui serait fatal, une fois de plus. La lecture du dixime du roman ne devait pas se poursuivre plus longuement que ce samedi pluvieux, les contingences quotidiennes mempchant bien malgr moi de me consacrer une tche de cette ampleur. Ce nest quen avril de cette anne que les choses volurent quelque peu, dans la bonne direction. Lors dun voyage New York, jachetai Gravitys Rainbow en dition Penguin Deluxe, et je le commenai un aprs midi ensoleill cette fois-ci, allong sur une des grandes pelouses de Central Park. Quel snob je fais. Peut tre que finalement laura de la grande Pomme, ville de rsidence, jusqu preuve du contraire (et qui pourrait amener cette preuve ?), du Pynch a t dcisive bien des gards ma conversion. Allong sur le gazon, je dcouvris, cigarette au bec, un Londres ravag par le Blitz, une assemble de soldats iconoclastes, dont un aimait les bananes, une organisation secrtes, lquation de poisson, des rections qui taient peut-tre plus quun afflux sanguin.Le volume a fini par rendre lme quand je suis rentr Paris, les deux-cent dernires pages stant dtaches, et cela a eu raison de mon endurance de lecteur. Ces pages dtaches tranent depuis sur ma table de nuit, labandon, recouvertes de poussire, symbole de mon incapacit faire face, une fois de plus, Pynchon. Jentrepris pour autant la lecture entre temps de Slow Learner, et fut plus touch par la prface de Pynchon, touchante de sincrit et de factie, nous enjoignant, nous lecteurs, ne pas prter attention aux nouvelles qui suivent tant elles nen valent pas la peine. Cette lecture inacheve de GR entrana aussi quelques dommages collatraux, notamment larrt brutal de ma lecture de lUlysse de Joyce, que javais bien entam en arrivant New York et que je nai pas repris depuis. Il faudra recommencer zro, mais le plaisir que javais prouv cette premire esquisse de lecture mindique que cela ne sera en aucun cas une preuve de reprendre zro le chemin de Lopold Bloom. De Pynchon, je nai prsent quune image parcellaire, inculte presque, o se mlangent franais et anglais, une incapacit presque totale dcrire cette prose si trange, alchimie transgressive qui eut le grand mrite de tester mes limites de lecteur en anglais, les repoussant un peu plus loin, dcouvrant de nouveaux horizons impalpables certes.Mais je savais que Contre-Jour allait paratre en franais et que la traduction serait la hauteur. Je savais quil ne fallait pas se presser, mais Pynchon cristallisait, et cristallise une envie de lecture qui ne trouve pas lassouvissement, lenvie de lire tout, tout de suite, de laisser tout le reste de ct. Lenvie den savoir autant que les autres, de dcouvrir par soi-mme ce qui est dj connu par certains depuis de nombreuses annes. Ces lectures furent limage dune temporalit qui chappe irrmdiablement, peu importe les efforts fournis, la paresse remise de ct. Lacharnement de la vitesse saborde toute exprience de lecture. Je ne parle pas ici de la vitesse lire un livre, mais celle qui fait que nous ne voyons pas, ou plus, ce qui fait de la lecture un plaisir, quand celle-ci devient un perptuel regard dans le rtroviseur, vers des poursuivants invisibles. Je naurais surement pas le courage de lire ce que javais prvu de lire cette anne, ce que javais envie de lire cette anne, Pynchon et les autres. Mais je sais quils seront toujours dans un coin de ma bibliothque, ou quils sont quelques lettres gribouilles dans un carnet, attendant dtre dchiffres. Je ne commence qu raliser que jai tout mon temps.On reprend les activits livresques trs bientt au mme endroit.

Excitation [New Window]
Au risque de te bassiner, cher lecteur, je ne peux pas m'empcher de partager avec toi l'anticipation froce que j'ai de la rentre littraire, et de ce qui en sera sans aucun doute son ouvrage emblmatique Le March des amants, de Christine Angot. Retranscrire mon excitation la pense de la dfloraison des premires pages de futur chef d'uvre serait peine perdue. aussi me fais-je le meilleur relais en vous proposant la quatrime de couverture, annote par mes soins, et qui peut tre trouve, sans ajouts, et sans second degr, sur le site des ditions du Seuil.Le March des amants est un roman sur les frontires de lamour. [ Fichtre, je croyais que l'amour tait universel et qu'il justement traversait les frontires, vous savez, comme quand un marin part en voyage et laisse sa bien aime quai ]Cela se passe Paris, de nos jours, dans une socit qui se transforme. [Oui c'est sur a se transforme, on sait pas trop en quoi, si c'est bien si c'est mal, mais dj il y a du mouvement j'aime bien ; on sent qu'on va avoir droit un tat des lieux gnral et la je salive car je pressens des sommets de profondeur] Des mondes se croisent, saffrontent, se mlangent. Les vieux territoires saboliront peut-tre, mais il y a encore des murs. [ Bon en fait, c'est Romo et Juliette si j'ai bien compris ; c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures sauces (et ce n'est en aucun cas une mtaphore pour dsigner l'auteur du roman)]Une femme blanche rencontre un homme mtis, Bruno. Ils nont a priori rien faire ensemble.[ Plein de choses dans ces deux petites phrases : dj, c'est sur que Bruno, c'est plus styl que Doc ou que Doc Gynco, a fait romantique, a fait moins people, plus intimiste, on sent tout de suite que c'est tout fait dsintress comme rcit, et qu'en fait on a affaire deux personnes normales ; deuxime chose : que de tabous mis la mer : un mtis et une blanche ! Pourquoi n'auraient-ils rien faire ensemble. L je ne comprends pas. Soit on explique que c'est Christine et Doc et l on comprends qu'ils voluent dans deux mondes diffrents, mais qu'ils ctoient tous deux les abysses de la pense ; mais les dfinir par leur couleur de peau pour en universaliser le propos tout en faisant survivre des clichs ghttostes, l, j'ai du mal suivre ; mais le meilleur est venir je le sens].Mais leur histoire damour djoue les prvisions. [Ben oui on sen doute, sinon il ny aurait pas dhistoire, et aucun intrt lire le livre] Il y a aussi Marc avec qui tout serait sans doute plus simple, plus normal . Mais lautre monde sest ouvert. [Mais cest qui ce Marc ? L a devient compliqu, a implique une tension si je comprends bien, y va y avoir de la baston avec Doc ??? Et cest quoi cet autre monde : celui de la Sarkozye dans lequel Doc se complait depuis quelques temps ? Celui de la btise dans lequel il se complait depuis quelque temps ? Celui de la molesse qui est une marque de fabrique et qui ferait du bien aux nerfs de Christine qui ont assez souvent tendance lcher en public, pour le plus grand plaisir des adorateurs du cirque ?]Dans une scne emblmatique du livre, la narratrice monte sur le scooter de Bruno [ ! !!!!!! Mais Paris cest hyper dangereux, faut pas Christine tu pourrais tomber et te faire mal, ha mince la phrase est pas termine], le couple file vers le dix-huitime arrondissement, la porte de La Chapelle. [On sent le danger tout de suite, on a limpression quil va se passer quelque chose dimportant, peut tre que Christine va raliser en fait que le 18e arrondissement ne correspond pas aux reprsentations crypto-bobos] Il fait nuit. Il fait froid. [Y a une figure de style, l, mais je me rappelle plus le nom ; par ailleurs, trs beau plantage de dcor qui va srement servir de passerelle pour une situation rocambolesque dont Christine le secret : son ventre va gargouiller et elle va avoir envie daller dans une sanisette, mais comme on est dans le 18e, soit il ny en a plus car elles ont t vandalises, soit elles sont trop sales et on risque de choper une maladie vnrienne. Suspens donc.] Pour elle, cest un lieu qui nest pas familier, qui fait peur, mais lui rappelle son enfance. On devine les trafics, tout un mange nocturne avec ses codes et ses dsarrois. Cest de l que vient Bruno. La tour Samsung, le priphrique, le parking o il jouait au foot. Tout pourrait sembler proche, quelques stations de mtro : les frontires nen sont pas moins ancres dans les esprits. Cest le nouveau territoire de lamour. [Jai laiss la fin se drouler sans interfrer pour que vous saisissiez la pleine mesure de lhistoire qui allait nous tre conte. Cest un rcit qui va changer notre vision du monde, nous qui ne sommes jamais sorti du 5e et 6e arrondissement. Ce sera mieux qu la tl car vrai cette fois-ci. Ce sera une romance du XXIe sicle, avec de la drogue, des prjugs, et des larmes. On ne voudra pas que a finisse]On naurait mme pas voulu que a commence.Je signale toutes fins utiles aux fans de Christine qui pourraient passer par ici grce la merveilleuse technologie Google, quil sagit dun texte vise humoristique, voire satirique, bien que je le concde, il ne puisse pas vous faire rire, et ne soit pas trs labor. Je nai en aucun cas encore lu le roman, et je ne me serais pas permis, dans le cas contraire, de le dvoiler avant sa sortie officielle, par respect pour ceux qui attendent, comme moi, dans le doute, en se rongeant les ongles, et en relisant Pourquoi le Brsil ?

Esquif [New Window]
Une fine couche de neige venant se mler au sable beige pousant ses asprits, ses affleurements. Les flocons prsent transforms en bruine me fouettent le visage. Je regarde quelques vagues se former et je me rassois sur mon banc, tremp, comme engourdi par le froid. Je ne peux que regarder au loin les frles esquifs qui se battent contre le temps, qui essaient de revenir au port sans subir plus de dgts. Laverse se fait plus menaante, de grosses goutes viennent frappes rptes heurter mon visage dcouvert, torrent de larmes que je nai jamais pu verser.Les vagues heurtaient prsent la grve, inondant lendroit o javais pass une partie de laprs midi. Je restai, seul, encore, esseul par lcume, par la force lmentale qui ne manquait pas de me rappeler ce que je venais de vivre. Je savais que je ne pourrais y survivre, que je devais me plier au nouvel tat de fait, que ma chair et mes os ne valaient plus grand-chose. Jentendais le vrombissement sonore dune voiture luttant contre la pluie derrire moi, plein phares, ses essuie glaces dans un mouvement de va et vient qui essayait de chasser le trop plein damertume de cette route balnaire abandonne la fin du monde. Je me sentais comme un de ces hros de Friedrich, en proie la nature, inconsolable, tonn et abasourdi de sa puissance irrconciliable avec le sentiment que javais de ma propre fin. Je ne savais si ces hautes dferlantes seraient la dernire chose que je verrais. Je le souhaitais en tout cas. Tout lclat du monde tait contenu dans ces coups de butoir rpts lenvie. Je me sentais en confiance. Du par cette finitude qui sannonait quand le soleil reprendrait ses droits. Quand le vent aurait cess sa froide majest. Quand la mare aurait reflu. Quand tout cela cesserait.

Not quite yet [New Window]

Nuit blanche en Balkhyrie [New Window]
Nous avons affaire un dnomm Breughel, intern dans un camp (un asile ?), lobotomis, perdant le sens de la ralit. Il se trouve aux avants postes de la guerre contre la Balkhyrie, contre fantasmatique, image dun rel devenu irrductible, impermable la folie latente du personnage. Lon suit les prparatifs dune rvolte lintrieur du camp, de la guerre, et les relations entre ses diffrents protagonistes et lirrmdiable dfaite, lchec maintes fois rpt et recommenc, inlassablement, devenant un mouvement naturel de lexistence, dfinissant cette nuit blanche . Rsumer plus en avant lintrigue relverait de la gageure tant lcriture de Volodine remet en cause permanente les notions traditionnelles dintrigue et de narration. Le style, syntaxiquement simple propose en ralit des combinaisons complexes, en dcrochage constant avec une optique raliste, crant un dcalage permanent, tant au niveau des alliances lexicales que de lconomie gnrale des chapitres et du roman tout entier.Cela est particulirement flagrant pour ce qui est de la narration. On croit en premier lieu un rcit la troisime personne, mais le personnage principal, Breughel, peut soudainement prendre la parole et se ddoubler en deux instances discursives, semant le trouble quant la ralit de ce qui est racont, jetant un doute permanent sur notre propre exprience de lecteur.Volodine nous dcrit un monde post apocalyptique, qui par certains de ses aspects pourrait sagrger au notre, en en constituant une excroissance pourrissante. Volodine joue avec les codes du roman traditionnel pour les envoyer patre ds les premires pages. Ds lors le roman devient une sorte dimage fantasmatique et cauchemardesque de la ralit ; le monde dcrit ne serait alors quune projection mentale de son narrateur comme cela semble tre suggr plusieurs fois au cours du rcit. Mais rien de fixe. La grande force du roman est de jouer en permanence sur la corde raide, ne donnant que peu de cls, ne dmarquant jamais clairement la frontire entre la ralit et la fiction, entre le rel et le fantasme, entre la raison et la folie, crant une exprience de lecture difficile, complexe, invitant une attention soutenue tant les strates du rcit sont nombreuses. Cette invitation au dchiffrement, au ttonnement donne sa grce au roman.Antoine Volodine - Nuit Blanche en Balkhyrie

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Argh.Cercle, de Yannick Haenel (ed. Gallimard, coll. l'Infini) prix Roger Nimier 2008.Sic...

Goldfish [New Window]
Je ne sais plus ce quil faut penser ; le jour o mon poisson rouge est mort je suis rest prostr devant laquarium, sale, le dit poisson sur le ventre, aucune bulle ne sortant de sa ravissante bouche ourle elle aussi dcailles, bien que je nen sois pas sur. Les algues avaient commenc envahir les parois du bocal de verre si bien quon ne pouvait y distinguer les prdateurs qui pouvaient se nicher dans les amas de gravier qui tapissaient le fond, parfaitement rels et non artificiels comme tait devenue la mode. Je mtais habitu sa prsence giratoire, son peu dexigence en matire littraire et musicale. Sa frugalit mintriguait elle aussi et je ne savais y rpondre. Je me posais certaines questions dont jtais sur davoir la rponse, ft-ce aprs un moment de rflexion intense, mon front couvert de gouttelettes de sueur, ma lippe trique, les yeux demi plisss afin de resserrer mon champ de vision, concentr sur cette tache rouge qui faisait des ronds. Je ne pouvais mimaginer que ces frles instants mditatifs allaient prendre fin. Je ne pouvais raliser quel point ce petit animal, pourtant si commun, cailles, nageoires caudales et dorsales, yeux noirs, pas de paupires, allait influer sur le cours de mon isolement choisi. Le corps misrable se dcomposait alors, gris ple, putride, leau verdtre captant toute odeur de morgue. De minces filaments schappaient prsent du cadavre renvers et je ne malimentais plus depuis plus dune semaine dj. La simple vue de leau me dgoutait jamais de lide de vie, je ne lexpliquais pas ; personne ne venait me le demander. Je serais srement un de ces fous que lon internerait, o un de ces cadavres que lon exhumerait quelques semaines aprs ma mort, aprs laboiement dun chien, un propritaire furieux de navoir pu percevoir son loyer temps. Aux informations tlvises lon dcouvrirait alors une petite mansarde comme il en existe tant, pans muraux de livres et de dictionnaires, quelques lignes interrompues au milieu dun mot, au moment o je dcouvrais la mort du dernier tre sur lequel javais port mon amour et mon attention. Immobile dans une couverture, une odeur pestilentielle et quelques mouches flotteraient dans le peu de mtre carrs. Ma tte serait incline en avant, les lvres closes. Je navais rien voulu dire au moment o je me suis senti partir. Je navais rien voulu dire.

Let's talk about Zs [New Window]
Comment lhumanit ragirait-elle si elle devait faire face, aujourdhui, la possibilit de sa propre extinction, incarne dans lattaque soudaine et imprvisible dune arme de zombies ? Cest cette question bien alambique (compliments de son rdacteur, soit votre serviteur) et prsentant un corps tranger (en provenance directe des biens nommes sries Z) que Max Brooks, dj auteur il y a quelques annes de The Zombie Survival Guide, tente dapporter une rponserationnelle. Organis sous la forme dune compilation de tmoignages recueillis lors des derniers soubresauts du conflit, le rcit propose une reconstitution pluri-subjective du conflit (chaque interlocuteur apportant sa version de linterprtation des faits) qui toucha toutes les parties du monde sans distinction aucune et qui fut le plus dvastateur que lhumanit ait jamais eu affronter. Infection, propagation, dni de lvidence, armes de zombies, armes et gouvernements incapables de rpondre la crise La terrible force de World War Z est paradoxalement de ne laisser aucune place lhumour ou alors trs peu, comme une soupape de scurit. Aux images de violence auxquelles les afficionados des films de George Romero sont habitus, Max Brooks privilgie (sans toutefois scarter compltement des scnes dune violence graphique rare et saisissante, qui sait simposer aux moments opportuns et ne sert jamais de ressort narratif souvent utilis en cas de panne dide, ou de point central, en cas dabsence totale dides) la description et le commentaire de notre ralit contemporaine, trait incisif, et sa Chute sous sa propre impulsion, tendance historique lourde, faisant des zombies non pas une cause mais vritablement un symptme. Tout lart de lcrivain se situe pour une part dans la suggestion, lautre au contraire dans la prcision. La premire concerne avant le tout le cadre temporel et les acteurs de cette guerre dun genre indit. Brooks se garde bien de donner quelque date que ce soit, laissant le lecteur deviner une ralit historique qui ne peut tre que la notre. Au travers de plusieurs tmoignages peut-on ainsi retrouver quelques figures politiques contemporaines que l aussi lauteur sinterdit de nommer, faisant marcher limagination plein. Une scne particulirement glaante (mme si son propos peut paratre naf) fait se donner laccolade un gnral afrikaner qui fut un des grands dfenseurs de laparteheid avec un homme dont les traits ne peuvent correspondre qu ceux de Mandela. Cest dans le flou qui est laiss que la stupfaction (au sens premier du terme) nat et ancre de manire beaucoup plus efficace son rcit dans notre ralit contemporaine. Lautre versant est celui de la prcision de la description du monde contemporain, le notre. Labondance de dtails techniques, de donnes gographiques et militaires contribue un effet dangoisse l aussi assez surprenant. Cest bien la conjugaison des deux qui fait du roman une grande russite. Brooks dcrit une humanit micro-polarise sur ses intrts particuliers, parpille (bien quelle nait jamais form un tout cohrent), en voie dauto-destruction. Au-del du clich horrifique forcment mtaphorique, le zombie, incarnation de la part sombre de lhomme, ou plutt dans le roman qui nous intresse, le zombie comme incarnation de la propre impossibilit de lhomme croire et raliser sa propre violence, encore moins la comprendre, comme en tmoignent dans le rcit nombre mutineries, rebellions internes qui voient lhumanit sentre-tuer avant de faire face son vritable ennemi, c'est--dire avant, enfin, de faire face aux consquences et la ralit de sa violence, le zombie donc se trouve tre un procd narratif efficace, et qui paradoxalement semble beaucoup plus raliste que nombre de rcits catastrophes dont notre socit en mal de sensations fortes raffole. Cest aussi tout le spectre de notre histoire contemporaine qui est vu sous le prisme de cette guerre, non pas dans une perspective tlologique, c'est--dire loffensive zombie comme consquence invitable de lHistoire, mais bien comme une nouvelle lumire, crant un effet de dcalage qui permet de la saisir avec dautant plus dimportance. Lauteur nous dpeint donc une humanit aux prises avec sa violence et celle de son histoire, humanit qui illustre magistralement s capacit se survivre finalement elle-mme, endurer ses souffrances pour renatre de ses cendres, le got de son propre sang dans la bouche World War Z, Max Brooks, Three Rivers Press, New York, 2006

Snuff (I) [New Window]
Aujourd'hui, ce blog fte ses un an.Plutt que de longs discours, voici une petite liste (provisoire car ma lecture n'est pas encore acheve) des meilleurs titres de films pornos prsents dans le dernier roman de Chuck Palhaniuk : Snuff, pour lequel un papier suivra dans quelques jours.Donc :The Da Vinci LoadTo Drill a MockingbirdThe Postman always cums twiceA Tale of Two TittiesThe Wizard of AssGropes of WrathWorld Whore One : Deep in the TrenchesMoby DickedThe Twelth KnightCatch Her in the EyeThe Importance of Balling Ernest

Immondice (bis repetita ter et je ne sais quoi) [New Window]
Lu hier dans Le Monde des Livres (sic) :Le Cardinal, clbre bote de nuit de Brive-la-Gaillarde (Corrze), va entrer en littrature grce Christine Angot. Dans Le March des amants, elle raconte sa rencontre avec Doc Gynco dans cet tablissement. Aprs un suspens savamment entretenu par son agent, c'est au Seuil que paratra en septembre ce roman.Je n'ai jamais autant anticip de lecture avec une telle ferveur. Imaginez le choc de la rencontre, deux esprits purs en collision cleste. Les ditions du Seuil jouent le chaud et le froid. Au mme moment, ils arrivent sortir Contre Jour de Thomas Pynchon, que j'achterais sans aucun doute le jour de sa sortie et dont je m'enivrerais immdiatement. Toutefois, comme Pedro l'avait savamment suggr j'ai prvu de lire et dcortiquer cette catastrophe qui n'attend que de me pter la gueule (dans la plus pure tradition angotienne).Si jamais des admirateurs lisaient ces lignes, je peux rpondre la question que vous vous posez : non je n'ai pas encore lu le roman, ce sera sans aucun doute une croute encense par la presse (au hasard les Inrocks), mais je peux dire immondice. Et je vous emmerde.Donc je lance un appel un service de presse pour cet ouvrage. Je suis tudiant, je n'ai pas d'argent gaspiller. Merci d'avance. J'espre que les larmes roulent sur vos douces joues poteles gentilles attaches de presse (je viens de me faire des amies ! ) et que vous penserez moi au moment des envois. Vous n'tes pas un livre prs, et puis j'ai vraiment envie de me dfouler la rentre venue.Si de mme un journaliste fatigu ou quelque bienfaiteur inconnu pouvait accder mon rve le plus fou...Elle prendra pour toutes les annes de rumination, et puis pour tous les autres. C'est tout. C'est comme a.La transmission pirate est termine. Je peux reprendre le cours tranquille de mes prgrinations littraires...

[New Window]
Happy V-Day !

Explosons [New Window]
Premire partie note des bas de pagise, la suivante en cours de mise en forme et finalisation dcriture, les autres dj bien ancres dans ma tte. Immanquablement de nouvelles lectures apportent de nouvelles pistes, qui parfois viennent chambouler toute la comprhension que lon pouvait avoir dun lment particulier. Faire des recherches, recouper, ne pas se rpter, essayer dtre original, tout en restant dans les limites de la biensance universitaire. Tournures valises utiliser rgulirement pour ne pas donner lillusion de les juxtaposer. Finies les coupes soudaines, ruptures stylistiques, figures desbroufe pour le commun des mortels, qui utilises avec parcimonie peuvent attirer lil, mais qui dose non homopathiques attirent la foudre comme un paratonnerre sous lorage.(Nimier dandy, oui, on rdige a aujourd'hui et demain) Retard ncessaire, nuit/jour qui y passent, mais on aime bien a, a fait de loccupation, on regrette que le temps ne sy prte pas, pelouses abandonne, fantasmes, bien plus vertes et bien moins peuples dans mes rves que dans la triste ralit de nos plue beaux RTT. Toute lecture est une bouffe dair frais entre le creux des vagues qui nous font bouffer du galet. On lit avec passion lessai de Franois Cusset French Theory qui raconte linvasion deleuzo-derrido-foucaldienne (entre autres choses et noms) aux Etats-Unis dans les annes 70 ; on vient de terminer le court rcit des vnements dramatiques de lt 68 luniversit de Mexico, racont par Paco Ignacio Taibo II, a nous change radicalement des atermoiements bobo-gauchistes de ces dernires semaines. On a lu aussi Effacement, de Percival Everett, que jai mieux aim que Dsert Americain (peut tre un papier plus creus que a dans la semaine, mme srement), histoire dun romancier amricain qui ncrit pas assez black. On sest lanc depuis New-York dans Gravitys Rainbow (ce qui parasite considrablement un certain travail universitaire susmentionn), on papillonne dans un Ulysse de Joyce dj bien entam (on sest bien entendu procur lessai de Burgess, lui aussi objet de butinage svre), Lichtenberg me lorgne du coin de lil, on butine pas, sinon cest loverdose de miel. Fin de la troisime lecture de Carpenters Gothic, on rflchit sur le motif gothique, entre autres motifs, et on essaie de boucler une intervention orale dont la prparation va empiter sur la journe de demain, passage clair bibliothque, et sur la nuit prochaine, moins que me super-pouvoirs danalyse ne marchent plein rgime, condition que jarrive prouver avant quils existent. On termine la lecture de A Night At the Movies de Coover, on a lu deux fois Nuit Blanche en Balkhyrie dAntoine Volodine, qui nous intrigue toujours autant, et on se demande toujours si le livre nest pas quun vague fantasme, une projection mentale dun homme drang, hant par les cendres du monde auquel il appartient. Quelques notes ce sujet, parpilles dans le lointain Je ne veux pas avoir lair de donner mon avis, mais Robert Downey Jr. est Iron Man (faut que je me remette les comics en tte, et jespre ne pas avoir modifier trop substantiellement mon jugement). Besancenot a devait faire ton sur ton sur le canap de Drucker cet aprs midi. Stooppppp.

Snuff (II) [New Window]
Autant le dire demble, Snuff est assez dcevant. Notamment parce que Palahniuk avait russi me faire esprer le mieux avec son prcdent roman, Rant. Pourtant, tout semblait prometteur : une ancienne star du porno essaie de se refaire une sant mdiatique en essayant de battre le record du nombre de partenaires sexuels en un seul film. Un gang-bang avec 600 volontaires. Lhistoire nous est dvoile par quatre lorgnettes : le n600, ancien acteur porno sur le retour, le N137, acteur de srie tl sur le dclin en plein scandale sexuel, le n72 jeune homme qui croit tre le fils abandonne de la dite pornstar et enfin Sheila, son assistante Comme dhabitude chez Palahniuk, on samuse beaucoup, on rit normment, surtout au dbut. Ensuite, a se gte. Une fois les quatre personnages prsents, laction progresse pas descargots, le dispositif narratif de prise de parole trouve rapidement ses limites. tonnamment, l o on sattendait du trash, on a presque limpression quil sagit purement et simplement dun recyclage dides prises ailleurs, ou mme chez lui, ce qui nest pas forcment plus rassurant. Le porno nest quun vague sujet parmi dautre, engonc dans la logorrhe des personnages, qui devient vite insupportable. On a peine sintresser quoique ce soit, les retournements de situation chers lauteur sont tout ce quil y a de prvisible, car vus dans nimporte quel soap. Peut-tre suis-je devenu un lecteur blas aprs tout, qui ne ragit plus comme avant aux pires outrages mis sur papier. Ou alors, la force de frappe de Chuck nest plus ce quelle tait. Srement un peu des deux. Quoiquil en soit, jespre quil va prendre quelques vacances et nous pondre quelque chose de bien mieux. A la rigueur, le roman vaut plus pour les ractions outres de la majorit des critiques, scandalise par le contenu du roman. Etrange paradoxe entre socit que la pornographie a envahie en profondeur, et ceux qui la composent qui demeurent dune pruderie exemplaire

Enfin ! [New Window]
Selon nos confrres du magazine Livres Hebdo, la rentre littraire 2008 comptera 676 romans, soit un recul de 7,1% par rapport aux 727 romans de la rentre 2007. Avec 463 titres, les romans franais formeront le gros de la livraison dautomne. (Vu sur le site du Magazine littraire)Quoi ! Moins de romans ! Mais c'est proprement honteux ! Une anne olympique et on essaie mme pas de battre des records ! Mais o va la France ? 51 livres en moins, c'est 51 chances en moins de pleurer devant l'inanit de la production ditoriale franaise !Bref, j'adore, entre deux rages de dents, entre deux accs de fictionnite qui ne sert rien aigu (cf mes deux prcdents posts), lire ce genre de petit cookie sur la route de mon petit surf du matin. Et puisque vous l'attendez srement, je vais vous la donner ma premire shortlist de lectures forcment indispensables pour cette rentre : Thomas Pynchon, Contre-jourFace PynchonMathias Enard, ZoneRgis Jauffret, LacrimosaDenis Johnson, Arbre de fumeRichard Ford, L'Etat du PaysBrian Evenson, la Confrrie des MutilsIl y en a d'autres que j'oublie oui, mais le caf n'est pas encore pass, alors un peu de mansutude, d'autant que je sens qu'il faut que je reprenne des cachetons...(Vous noterez que C.A. est laisse de ct, c'est normal, elle est hors comptition, car elle a dj gagn la victoire du cur...sic)

Arkham-Zanzibar [New Window]
Une fiction : a faisait longtemps! Ce sera aussi la dernire, du moins sous ce format - aprs a, ds que je le pourrais, je m'attelerai de nouveau ma "grande vanit" (comme disait Lazare), qui va me prendre de longs mois ds que je serais libr de Dd Breton. Quant cette histoire, bourre de clins d'oeil ainsi que de quelques jolis collages, je ne l'ai pas juge assez satisfaisante pour tre imprime sur papier, mais a ne m'empche de vous l'infliger malgr tout. Concidence - aujourd'hui, j'ai retrouv par un total hasard depuis quel bouquin le nom Weissmann m'avait t souffl par mon subconscient : Gravity's Rainbow. Have a good read --- P.B.Arkham (Mass.), 130.000 habitants : le panneau officiel (orn de la mascotte locale, une sorcire vert fluorescent souriant de lunique reste de sa dentition) venait juste de passer, flchage brivement aperu par la fentre du taxi qui ramenait Carter dans sa ville natale, aprs un nime duo dannes dabsence. Plus tout fait le printemps, pas encore lt, la tombe du jour il devinait les reflets sinistres de la lumire dclinant sur les carroseries de lembouteillage, et plus trs loin le profil de la cit sans cesse modifi. Carter tait cal dans un coin de la banquette arrire, encore moiti assomm par les heures de sommeil manquantes, vrifiant de temps autre dun il morne, peinant encore sintresser, que lnorme valise quadruple serrure tait toujours prsente sous ses pieds gourds cest que, parat-il, dans ces nouveaux taxis, on y volait tellement de stradivari aux violonistes tourdis. Le chauffeur, un rfugi du Caucase ayant russi presque effacer toute trace daccent de la valle force de prendre avec les soap-opras des leons de psitaccisme, avait remplac son rtroviseur par une petite tl cran bomb, cale sur CNN dont il semblait ne jamais se repatre depuis laroport de Boston. De temps autre, Carter chassant les fourmis de ses orteils jetait un regard coeur sur le poste dans lequel la journaliste, une jolie hindoue, rptait avec lair grave de rigueur les bilans des dernires catastrophes naturelles : tornades du Minnesota, cyclone en Thalande, ruption volcanique en Alaska Comment, se demandait Carter, tait-il possible de compter en si peu de minutes le nombre exact des morts parpills par milliers dans un paysage dvast, le visage retourn dans les eaux stagnantes, alors quil lui fallait lui-mme des soires entires pour dterminer la datation dune flche de sagaie toute rouille par des millnaires de mise en terre ?Cest terrible, marmonna-t-il dune voix mcanique, sans particulirement sadresser au chauffeur, qui se retourna aussitt en oublier sa route.Comment a, terrible ? Tout a na rien de terrible, monsieur. Cest logique. Cest la goutte deau de la pomme darrosoir qui scrase par hasard sur le nid de fourmis. La lave, les plaques terrestres, les normes pressions incalculables qui soprent sur des endroits impossibles dterminer lavance, tout a slance, explose, exhulte. La tornade hurle de joie, le cyclone fait des moulinets avec ses bras autour de son centre cyclopen n de locan, le volcan jubile comme un orgue rouge sur les puissances du noyau terrestre. Cest comme les vents qui balaient la valle do je viens. Peut-tre aurez-vous loccasion de les dchiffrer un jour, quand le dictateur Tchort, puisse-t-il crever en enfer comme un chien, sera parti ?Quelles sont les varits darachnides prsents en Ouzbkistan ? demanda Carter.Arkham, donc, ne cessait de changer, de grossir, doprer comme tout le pays une lente mtamorphose (glorifiez la croissance ! adulez la consommation !) qui ne russirait jamais masquer une irrversible dgradation que trop peu encore savaient dcrypter. Carter, plus quaucun autre habitant de cette ville, avait consciensce de ce qui, chaque lvation de grues, chaque mergence dun nouveau chantier, tait alors mis bas, lacr, renvoy un mythe qui ne stait en fin de compte que trop attard dans cette ralit. Il y a vingt ans, dans leur guide de la rgion, Guardalupo et Mangelstam parlaient encore dune vieille ville ayant trs peu chang depuis sa fondation lpoque du premier Charlie King. Mais chacun de ses retours rguliers, Carter distinguait parfaitement la ville historique en train dtre engloutie sous un glacis pais de bton, dascenseurs de verre et denseignes lumineuses. La vieille maison familiale des Carter, construite en style gothique charpentier au sommet dune des sombres collines dominant la ville, avait t la premire tomber sous les coups de la masse-boulet. Il se remmora de nouveau, claquemur dans sa solitude pendant quil arpentait les trottoirs bonds de cette fin de soire, ces bardeaux et pots--feu que les mains caleuses dautres sicles avaient taills dans les troncs gants des bois alentours avant de les hisser parmi locan de tuiles de traviole qui tapissait les toits, oui ces lments de dcoration festifs et funbres la fois, comment ils taient tombs au sol, projets par la violence de la prosprit en marche, clatant au contact du sol, exhibant leurs chardes et leurs fibres anciennes comme des cadavres leurs tripes, tous aussitt mens la dcharge en camion-benne, sans respect pour les C majuscules qui proclamaient jusque dans le moindre couvillon la grandeur dchue de sa famille. A la place se dressait dsormais un htel luxueux, dans lequel les commerciaux fatigus pouvaient contre rmunration trouver davantage quun cran plat avec douze-cent chanes pour se reposer. Il vitait toujours de passer devant, mais la grande enseigne en non rouge, Arkham MegaHostel, visible dix miles la ronde, lui arrachait malgr tout au dtour de certaines rues des soupirs, exhalaisons de blessures jamais refermes. Merci seigneur, il tait le dernier de la famille : les morts, depuis la fosse commune aseptisante o lensemble du vieux cimetire avait t transfr, caveau familial des Carter y compris, avaient autre chose plaindre que cette perte-l. Pre, mre, ossements perdus parmi les anonymes de dizaines de dcennies. Nause.Aprs une longue marche dans les banlieues de la ville, que son corps semblait lui rclamer en dpit de toute lhorreur mercantile qui sempressait de lui tendre ses appts autour de lui, Carter finit par regagner lappartement-cagibi dans lequel les vestiges du pass avaient pu trouver refuge. Six mois quil tait parti. La plante palmiphore avait plus quun srieux besoin dtre arrose : la rsurrectionner semblait plus judicieux. En revanche, les tagres de livres staient couverte dune couche de poussire assez paisse pour lui soutirer un long sourire dapptance. A peine avait-il pos ses affaires, quil collecta cette poussire avec le dessous de lindex, fins moutons gris senroulant comme une prometteuse barbe--papa ; au-dessus du frigo mortellement vide, le pot feuilles sches tait toujours bien l, ses charmes toujours disposition ; mls la poussire, les ovales vgtaux habilement rouls dans un papier spcifique formaient des cigarillos argents ; sans aucune impatience, il nen confectionna quun seul, dont la flamme du briquet libra aussitt une bouffe mystique. Pendant que la fume odorante (mlange de parchemin brl et de menthe radioactive) emplissait peu peu lappartement, il parcourut machinalement les rayonnages, lests du peu quil avait pu sauver, avec ses conomies dtudiant en archologie, de la vente lencan de la bibliothque de ses anctres, que les occultistes, les libraires anciens (marchands du temple !), les pseudo-alchimistes et les groupies gothiques en mal de presse-papiers faisant authentique staient arrachs sous la tente de la maison denchres. Des exemplaires rarissimes du Livre dEibon, de lUnaussprechlichen Kulter de von Junzt, une copie des Manuscrits pnakotiques, des Fragments du Sussex, et puis le Culte des goules du comte dErlette, dans lequel son pre lui avait appris le franais et quon lui faisait lire enfant comme un livre dhistoires aux gravures horrifiques. Regarde, fils, cette image de rituel. Oh, cest rigolo ! Pose contre la bibliothque, Carter repra enfin sa guitare treize cordes, quun indien ojibwa lui avait spcialement fabrique, lorsquil la saisit sa caisse mit ce bruit sourd de madera ancienne, et pinces les cordes mirent, comme si elles ntaient pas restes si longtemps muettes, ce son de clavecin indigne, si trange, presque hypnotisant. Sasseyant en position du lotus sur le parquet sale, Carter entonna alors, pas vraiment dsireux daller dormir, son cigarillo htrodoxe coinc entre les lvres, lune de ces chansons dbiles, rimes trop faciles, quil aimait forger dans les moments de torpeur des fouilles en attentes dautorisations officielles, ou lorsquil stait retrouv perdu dans toutes ces caves souterraines immenses, les parois comme grattes en mme temps par les rats dans ces murs de basalte, chanson pour faire fuir tout prix le souvenir de larachnide, fredonne pour lui seul afin dassurer la prsence dune autre voix : There was a knightWhose name was DwightHe wanted to fightAll day and nightOn the shores of WightJust out of sightHis helmet tightHis armour lightFeared for his mightHis mind all rightBut facing plightSo good a knightLe lendemain vit Carter rendre visite son diteur, la grosse enveloppe contenant son manuscrit cale sous le bras. Les bureaux de Wax & Weird avaient dmnag loin du centre-ville en pleine reconstruction, pour se rinstaller dans un grand cornichon de verre (soixante tages ! chaque bureau avec fentre guarantie !) enrob dun filet de tubes dont la luminosit changeait suivant le moment de la journe. Ceux-ci taient prsentement dun jaune de citronnade industrielle, en concurrence avec un soleil quelque peu fatigu. Tout dans le bureau tait en verre, meubles, chaises, parois, et Carter durant la demi-heure quil dut passer en ces lieux sarrangea pour ne jamais regarder si le plancher sous ses pieds tait lui aussi transparent. Les seules exceptions ce rgime de sable vitrifi taient le mini-ordinateur en plastique blanc et lenveloppe brune poss sur le bureau, derrire lequel un certain Little, tout aussi transparent que son environnement, chemise de soie bleue fine et grosse montre donnant lheure en option, observait le manuscrit que ses mains tremblantes sortaient de lenveloppe comme si lirruption dune huitime patte velue tait en redouter.Bien, merci. Nous en prendrons, hum, grand soin, comme dhabitude. Mais, Mr Carter, il faut que nous voquions, h bien, la fin de votre contrat avec Wax & Weird.Ah ?Suite ce petit ah pas trs engag, Little sembla se dtendre, car il stait apparemment davantage attentu ce que son interlocuteur oppose la mme rsistance que le scribouillard vagues intentions potiques (pouah) dont il stait dbarrass la veille.Techniquement, vous navez jamais song crire directement lordinateur ? Le papier, cest si peu pratique : a se perd, a se brle Alors quun fichier, cest propre, et a ne se perd jamais ?Quelle tentative malhabile de changer de sujet. Abrgez, s.v.p.Cest que, les tudes de notre cabinet dtudes stratgiques lont prouv, il ny a plus vraiment de dbouchs pour les produits, hum les livres que vous nous proposez.Hey ! On ma dit que ces livres avaient encore beaucoup de succs auprs de la jeunesse !Oh, allons, vous savez trs bien que les jeunes daujourdhui ny comprennent rien de rien, ils croient que vous crivez vos histoires sous lemprise dun champignon hallucinogne import illgalement du Chiapas ou du Tutuguri ou je ne sais quel trou perdu mexicain, ils trouvent a, je cite, cool, et cherchent encore entre les lignes des indices pour commander la bonne moisissure au laboratoire local.H bien, heu, cest toujours a de pris ?!?Mr Carter. Je veux bien croire quune frange marginale de la jeunesse y trouve son compte, mais enfin, tenez, huhLittle prit dans la pile paisse un feuillet au hasard, avec un geste maladroit (confirmant Carter que son diteur ignorait dfinitivement le contact de cette chose trange nomme le papier), et se mit lire, soulignant chaque mot comme sil avait t vol la ponte dune langue trangre.Cette texture membraneuse, incorruptible et pratiquement indestructible, tait un attribut inhrent la forme dorganisation de la chose, dont la phylogense tait chercher du ct dun cycle palogologique de lvolution des invertbrs totalement hors de porte de nos capacits spculatives.Bref silence. Un ding-dong atrocement jovial annona quun e-mail venait darriver destination.Mr Carter, croyez-vous franchement quon puisse encore crire ainsi au 21e sicle, lheure dInternet, des satellites et des navettes spatiales ?Je ne vois pas en quoi le langage de la biologie molculaire devrait fuir la vindicte de votre, hum, de notre poque., rpliqua Carter avec le moins de scheresse possible. Mon pre et mon grand-pre crivaient la mme chose, dans ce mme style, bon je veux bien ladmettre un peu dmod, mais personne ne sen est jamais plaint, au contraire.Comprenons-nous bien. (Ces mots accompagns dune jointure des mains signifiant une patience factice parvenue au bout de ses moyens.) Nous ne remettons pas en cause la solidit, euh, scientifique de votre propos. Scientifique ? Mettons scientifique. Bon. Mais, tant donn le contexte conomique, ainsi que les exigences que le scnario et les illustrateurs pourront objecterPardon ?!?Vos monstres sont trs crdibles, certes, et moi-mme je suis mort de trouille lorsque je les lis chez moi, ah ah ah, mais enfin comment voulez-vous avec des indications aussi, h bien, ab-straites, que les crateurs des produits drivs dcident combien de paires dyeux, ou de tentacules, il faudrait disposer sur les figurines, peluches, cadeaux BurgerKingdom, dailleurs ces derniers offrent un gros contrat etCarter ferma tout doucement les yeux, en esprant que lorsquil les rouvrirait une main blanche, de la consistance de lazote liquide, aurait effac tout cet inutile fragment de temporalit, et quune surprise, longtemps guette, apparatrait enfin, comme cette citadelle pave dor entraperue dans ses rves denfant et donc Mr Carter vous approuvez notre dcision ?Mieux aurait valu ne pas les rouvrir. Carter hocha la tte dun air le moins niais possible, signa quelque chose (peu importe) avec un stylo lectronique sur un botier noir cran tactile dont il aurait t incapable de se servir, et jeta un dernier regard son manuscrit, feuilles de palmier fossilis abandonnes sur un plateau de verre. A la porte du bureau, aprs une poigne de main mollissime, Little larrta une seconde.Dites-moi, vos histoires, do est-ce que Car enfin, tout de mme, par moments, enfin de ce quon men a fait lire, a a lair, h bien, bigrement raliste.Carter faillit rpondre de mes propres expriences, mais il se retint temps, et marmonna : De vieilles lgendes locales remises au got du jour. Rien dautre.Il crut voir passer sur ce visage lisse lombre dun lche soulagement.Une lgende vivace voulait que Weissmann, le meilleur (et seul) ami de Carter, vive vritablement dans le muse de luniversit de Miskatonic o il travaillait. Une fois, une seule, larchologue avait entrevu, derrire la vitrine des mollusques mutants prisonniers de lambre, un lit de camp mal dissimul sous une couverture patchwork, ainsi quune collection de cravates (toutes de la mme couleur, noir) pendues au bras dun corch dorang-outang en plastique polychrome.Carter put enfin poser sa lourde valise terre, en sortir un objet semblable un enjoliveur de camion tout-terrain, et le tirant de ses prcautionneux emballages de papier soyeux, en rvla la vritable nature, un grand bouclier de bronze mat, large comme le bras, et orn en son centre dune remarquable tte de Mduse. Les yeux de Weissmann se mirent briller comme des feux de St-Elme au cur dune tempesta prs de Saint-Pierre & Miquelon.Extraordinaire Je toucher je peux puis-je s.t.p. ?Ne te gne pas.Viking. Septime sicle aprs Jesse. La preuve quon attend tous les deux depuis si longtemps ! La preuveQue les vikings ont dbarqu sur cette terre un bail avant Cristobal from Genoa, quils y accomplissaient des rites paens syncrtiques trs labors, dans lesquels intervenait une dit associ au serpent, quil faudrait comparer avec les Rites Anciens dj connus. Ce serait aussi rapprocher du rituel du serpent chez les indiens Hopi du Nouveau-Mexique.Formidable. Et qui ta t assez fou pour tautoriser amener jusquici cette pure merveille ?Je lai vol.Formidable, formi Vol ?!?Tu nauras qu le cacher avec toutes nos autres vieilleries. Quelle meilleure cachette pour une antiquit quun muse que personne ne visite ?Hinhin. Trs drle. Mais alors Carter, raconte, ce que tu refusais dcrire sur ta carte postale.Quoi donc ?La Gardienne du Bouclier, enfin ! Comment tait-elle ?Euh, poilue avec trop de pattes et de globes oculaires mon got. Dis, Weissmann. Je voudrais le voir. Une dernire fois.Inquitude de Weissmann. Pourquoi une dernire fois ?Il tait toujours l, nayant pas boug, jamais prt une quelconque exposition, pas assez la mode pour a, dpos dans une petite pice attenante sans fentre : le Ncronomicon de lArabe dment Abdul Alhazred, pos sur son coussin de velours vert frocement dteint, sous sa vitrine cubique couverte de poussire et de traces de doigts, un signet jaune schappant dune page que personne depuis plus de cinquante ans navait os tourner, car Carter et Weissmann, comme leurs pres, avaient fini par refuser de ce livrer aux puissances dmoniaques receles par cet ouvrage. Puissances dmoniaques ? A voir ce bouquin rong par lhumidit, prt tomber en lambeaux si lon venait ne serait-ce qu lfleurer, croupissant oubli de tous sous son bocal, on ne laurait pas cru. Et Carter comprenait aussi que non seulement le monde ny croyait plus, mais que lui non plus. Lorsquils sortirent, Weissmann teignit le plafonnier dun coup sec, en se promettant son tour, en lui-mme, de ne plus jamais revenir dans cette rserve.Le long de la rivire Miskatonic, l o autrefois, sur des berges encores herbeuses que les crpuscules rendaient glauques, on ne croisait personne si ce nest un tudiant rcitant voix haute des prires paennes, stalait maintenant une promenade criarde, talage de boutique aprs boutique refusant de fermer avant minuit, concerts amateurs mdiocres, supermarchs luxueux, vente darmes sans licence, costumes dHalloween, comics de superhros doccasion, etc. Weissmann montra du doigt lancien emplacement de la Maison de la Sorcire. Sy dressait maintenant lAttraction Maison-de-la-Sorcire, en polystyrne vert pomme et noir goth, dans laquelle les auto-tamponneuses taient harceles par des automates volants (chapeau conique, balais mchs) sous les hurlements de joie des clients. Et pourtant, devant un de ces bars musicaux qui avaient pouss comme des petits plants de cannabis en serre depuis que la population tudiante dArkham tait passe des lunettes rondes et col amidonn aux couteurs et tee-shirt, Carter sarrta brusquement. Une grande affiche proclamait, en lettres gothiques : ONE BAROCK OPERA-MINUTE WITH MUTT, LAUVE & KRAFT, et juste en-dessous du titre le passant tait invit baisser les yeux le long dune impressionnante colonne de prix dentre, chaque fois rays la craie blanche, et allant diminuendo jusqu atteindre en cette soire la quasi-gratuit. Weissmann dplaa ses verres le long de son nez, comme un astronome rglerait son tlscope, et tenta un dcryptage sa faon.Hum, programme de varits. On voit a dici. Le courage, lamour et la puissance, directement en import-export des rives en conflit de lHolstein, vont chanter nos bisbilles au quotidien avec une arme de trilles et arias da capo accompagns de riffs bien pais, pendant que les bouteilles de bire senvoleront sous un plafond de gargotte noir de crasse. Mon copain ma plaque, la recette de bacon au curry la mode, jai perdu mes cls. Ce genre de choses mornes, dsesprer. Tout fait, euh, pastrouillant ?Jai envie de voir a.Weissmann, son regard myope jusqualors coll contre le bas de laffiche, releva discrtement la tte pour voir celle de Carter, et dcida de ne pas le contrarier. Gravures de monstres, formules de mythes dchiffrer, horreurs tenvoyer direct dans la meilleure section de lasile, celle qui dispose de matelas. Navait-il pas droit un peu de divertissement ? Et lui-mme, Weissmann ? Chaque fois, ce pouvait tre la dernire occasion de voir son seul ami. Il ny aura jamais de ligne tlphonique directe entre le lieu de sa mort et la cabine du muse. Et quest-ce quil resterait ? Un nom, le nom du pre, pour tout capital.Daccord, entrons. Mais cest toi qui invite.A la conclusion du concert, il fallut mener tambour battant lopration esquivage de bouteilles et autres projectiles contondants : Carter et Weissman (ce dernier hilare, sans trop savoir pourquoi), profitrent du tumulte pour se cacher sous leur table, la plus proche du vide-ordures. Ils ne louprent pas un effet sonore de la descente de police, des cris, des bris de verre, du batteur du groupe se dfendant des matraques avec ses simples baguettes en se prenant pour Errol Flynn, des bousculades des fuyards. Puis grand silence. De ce film improvis, il ne leur avait manqu que la partie suprieure de la pellicule. Ils finirent par sortir de leur cachette, et calmrent leurs nerfs en testant toutes les bouteilles tentantes du bar. Ctait le moment dentamer un petit congrs du monde intime.Quest-ce quon a fait quand on tait jeunes ?Boire de lalcool semblait produire sur Carter leffet de six mois de pluie sans fouilles. Mlancolie, cafarderie. Son camarade tinter la bouteille quil tenait en main avec sa compagne prive depuis longtemps de liquide, et se lana.Oh, la rponse, mais dun facile ! Moi je cataloguais des livres (rayon sotrisme) dont la poussire narrangeait en rien mon asthme et des tessons de poteries fonction funraire, tandis que toi tu tentranais pour tre capable de fuir devant des cratures phosphorescence de luciole en goguette, menace gravissime lencontre de ton intgrit physique, ou devant des bestioles gigantesque, mettons un octdre de pattes ayant t invoques, quelle dveine, par lapprenti-ncromant du secteur Nan, je pensais pas a. Je voulais dire : est-ce que nos pres nous ont seulement laiss une chance dtre jeunes ?Cette fois Weissmann resta silencieux.Une trentaine quon est amis, et on ne sest jamais appels par nos prnoms. Je ne connais mme pas le tienWeissmann lui jeta un regard orange noy par un taux dalcoolmie illgal. Quoi ? Parce que toi, tu as un prnom ?!?Carter dut finalement ramener Weissmann sur son dos, pli en deux et mou comme une asperge noiraude ayant rtrci dans lvier, ses pas rsonnant seuls dans la nuit unanime de la cit endormie, sans menace de couleur tombe du ciel, sans rien. Ce devait tre leur dernire ballade ensemble.Se rveillant chez lui presque midi, dans une position trangement la perpendiculaire par rapport au sens normal dun divan, un Carter borracho eut droit un veil tout en tortillaminis. Il lui parut, dans ltat sacrment dfrachi dans lequel il se trouvait, que lacte sapprochant le plus de raisonnable, dans une situation de gueule de bois, est de descendre acheter le journal. Il naurait pas devin qu Arkham ctait surtout devenu un acte relevant de limpossible. Pas un kiosque sur la dizaine de miles de trottoir quil parcourut en se tenant le crne dune main, pas une seule foutue barraque, nada. Tout juste sil nen tait pas guetter le crieur casquette de gavroche, sa pile de journaux sous le coude : Arkham Herald ! Demandez le Arkham Herald ! Le premier ministre anglais Arthur Neville Chamberlain ramne la paix de Munich ! Dclaration du chancelier Hitler : Je suis pacifique et vgtarien ! Le Prsident Roosevelt va causer au coin du feu ! Demandez le Arkham Heraaaaaald !. Mais quel trucidage des parois occipitales : ma collection de revues alchimiques pour un disque daspirine et un seau deau. Lascenseur ramenait tout juste Carter devant sa porte, que celle de lappartement den face souvrait, laissant schapper un bombardement hip-hop et dcouvrant un tudiant, crte de blondinet, tee-shirt et short kaki, un muffin entam la main, et dont le visage tout en signes circulaires (yeux carquills, visage pais) signalait le curieux impnitent.Salut. Vous tes le Gars Qui nEst Jamais L, nest-ce pas ?Bonjour. Je voulais acheter le journal, mais je nai trouv aucun kiosque. Vous savez o je pourrais en trouver un ?Le jeune gars lui renvoya ce regard vide et terrifi qui avait souvent d tre celui de Carter face aux abominations des cultes de Chtulhu quil avait du affronter durant la vingtaine coule, entre deux poussetages de fondations de torchis.Vous lisez encore le journal sur du papier, vous ?!?La bouche de Carter souvrit sans que rien de spcifiquement comprhensible ne puisse sen chapper.Mouais. Encore un de ces tars qui lisent les nouvelles du coin pour le plaisir parce quils nont rien dautre glanderSon jeune voisin avala le reste de son muffin, farfouilla quelques secondes derrire sa porte, et lui jeta enfin dans les mains un journal couvert de taches couleur de pissotire dont lodeur voqua aussitt Carter ces sacs en kraft disponibles dans les avions et quil avait souvent vus passer remplis prs de lui dans les mains dune htesse grimaante. Moisissure ? Souvenir de tombeau malvolent, avec prsence de dits remontant plus haut que la plus haute antiquit ? Ou, plus prosaquement- Pour les litires de chats, a possde encore son utilit. Gardez-le aprs.Sur ce, claquement de porte. Le monde avait donc chang si vite durant ses absences de plus en plus prolonges dans les terres sauvages, en qute de cairns, tumuli et autels effondrs, au point quil ne savait plus si lire le journal tait une activit reserve aux spectres ou aux flins ? En tous cas, note pour plus tard : si le dernier livre est publi, rajouter une disgression dans laquelle des prtres synocphales refourguent en ofrande aux Grands Anciens un tudiant en guise de boustifaille plus nourrissante quune collection de brochettes de goules.Le journal, pas trop ancien, linforma de la rumeur selon laquelle des crocodiles, chapps dun numro aquatique pas trs florissant, occupaient les gots de la ville. Carter songea au culte gyptien de Sobek, et la vieille lgende dArkham selon laquelle des expriences au sicle davant le sicle prcdent Quelques minutes plus tard, on vit relever une bouche dgot et sengouffrer dans louverture. Personne ne songea le retenir. Naturellement, il ne trouva rien, et se pauma avec une rapidit qui le consterna lui-mme. Ce quil connaissait, ctait les tunnels formuls par lrosion, les poignes sacrilges, les murs teints de sang. Mais contre des murs rectilignes disposs par des hommes innocents, il se retrouvait impuissant !Au bout de quatre heures de tournicotage en rond, il vit enfin de la lumire. Pas celle de lextrieur, mais celle provenant des torches dune quipe de nettoyage, pataugeant joyeusement dans la fange. Carter clata dun rire hystrique, ce qui ne lempcha pas de jeter un coup dil aux sacs en plastique, dune normit qui ferait natre nimporte quelle suspiscion, que portaient ces travailleurs des souterrains, sacs qui aux lueurs intermittentes des torches lectriques daignaient laisser transparatre un contenu (tubes calcifis, rotondits macabres) qui lui procura aussitt un frisson, oh mais un frisson lui signifiant bien que ctait sans doute une sensation de fin de parcours, un lectrochoc savourer dans la molle tant quil ne stait pas vanoui, car ce serait, oh bonheur ?, le dernier.Ce sont des ossements ? Des os de quoi ? O les avez-vous dcouverts ?Un ouvrier moustachu, sa tte seule dpassant derrire son sac, mit un sourire qui propulsa sa bacchante en un arc de cercle presque parfait, croissant de lune taches dores.Quelle question bizarre : chez nous, bien sr. Ces tunnels, ces tuyaux, ce sont les chemins que nous connaissons mieux que ceux vers nos propres domiciles. Nos gants en caoutchouc retrouvent dans le bourbier les anneaux des fianailles qui ont t fracasses et les cls de garage qui sont tombes dans le maelstrm des chasses deau. On les empoche, et on en fait les acquisitions de nos cartographies marrantes, au grand plaisir des collgues, tous ces artefacts quon a aligns dans la salle de repos. Le Muse du Crime, ct, ne mrite pas ses files de touristes. Bon, parfois, on dterre le lot qui blouit, cest la combe de Toutankaleon ou le mastaba Ghandi. Mais l, quand mme, javoue quon a t surprisAvant mme quun point dinterrogation schappe de sa bouche ayant dcidemment une fcheuse tendance ne plus mettre de musique, Carter comprit que tout, ce dcor factice et antique qui subsistait encore en toile de fond de sa mmoire, tout, donc, scroulait, tunnels, tuyaux, murailles, ciel peinturlur, tout.Alors les restes dune crature inconnue ?Le quatuor clata de ce rire li aux troupes unies, trane de gras le long des galeries o le tubulaire laisse planer son omniprsence. Le moustachu, de ses mains gantes de caoutchouc orange, fit crisser son sac en plastique, presque amoureusement.Vous ntes pas du coin, vous, on le saura. (Soupir de Carter). Une crature de linconnu ! Wouarf. Pourquoi pas. Non, ce sont des os de Merde, Gringalet, comment disait lhuile des officiels dj ? Trie-ses-rapports ?Tricratops, chef.Oui, voil, des os de tricratops. La dernire blague des scolaires en visite au Musum dhistoire naturelle. Ces garnements ont ligot leur matresse dcole et les gardiens. Les crales survitamines et le lait bio rendent tous ces enfants si prcocement nerveux (Une pointe de tristesse ici). Puis ils ont dmantel le squelette de tri-c-ra-tops qui tait sous la coupole, et ont balanc tous les os, un par un, dans les toilettes pour femmes. Je ne sais pas si vous ralisez le travail de prcision que cela a pu leur ncessiter. Un travail tout en collectif, et une patience, oui a cest souligner. Et pour conclure ils ont fait une partie de paintball dans la galerie de lEvolution. Mieux vaut taire ce quils ont utilis comme peinture. Vous trouverez tous les dtails dans le Arkham Herald de je ne sais plus quel jour de mai. Du douze, Gringalet ?Nen dites pas plus. Entre les annonces des groupuscules exprimentant loccultisme et les publicits pour le BurgerKingdom lentre de la ville ?Carter croyait avoir pronoc une blague toute pourrie qui aurait allg lair ftide de ces gots, mais tous opinrent trs srieusement.Ztes plus que dans le vrai. Vous avez got leur CrocoBurger ? Certains disent quil est fait partir de viande de crocodile de la rgion . Vous faites une de ces ttes : vous devriez goter, cette sauce, le ct pic qui vous fait cracher vos boyaux, a vous remonterait le moral.Pendant quils laidrent enfin sortir des gots, par une chelle qui se trouvait deux pas de l o il stait abandonn aux hurlements, la nuit tait de nouveau tombe. Nuit, encore nuit, toujours nuit. Assez ! Je veux du soleil ! Du bronzage ! Moi aussi, jai droit la vulgarit !!!Le Zweistromland peut-tre, encore hant par les spectres darchologues qui furent assassins loin de la Germanie dont ma famille est lointainement issue. Ou alors, pour poursuivre dans lexotique publications de dbiles, Zanzibar ? Le sultan me reoit dj, il maccueille avec des dfils de palmes rafrachissant bien plus que tous les climatiseurs runis dans mon htel, je devine dj la caresse du hamac, tandis que jesquisse avec un ukull une chanson originellement destine aux cordes daigreur du hapsichord. Ce cocktail dploie toute une palette de couleurs de charme. Soupir. Tout ceci une rvasserie, encore une. Il ne tient qu mon poing, referm sur le vide, que les billets davion napparaissent la dpliure de mes doigts. Il est tard : minuit pass dun diptyque, minforme lhorloge, unique vestige non constitu de papier ayant survcu la destruction de Carter House. Adieu, Weissmann. Des gamins passent devant ma fentre, un ballon les prcde, et alors donc le couvre-feu, la nuit protge leur fugue trio de voix, et moi, attendez que jaie retrouv ma valise, et je vous courserai pour que vous alliez plus vite encore que moi, vous hurlant comme larachnide qui mavait averti depuis sa caverne : Courez, courez ! Fuyez, fuyez !

Silly Movies [New Window]
Un petit mystre pour moi : un mauvais livre, okay, c'est insupportable ; un mauvais tableau, a donne envie de gerber et voil tout ; une mauvaise chanson, on se bouche les oreilles ; mais un mauvais film, aaah, pourquoi dans certains cas on devient d'une indulgence presque honteuse? je pense a parce que sur YouTube j'ai redcouvert avec hilarit la fameuse srie des "Naked Gun" (connus en France sous le titre gnrique "Y-a-t-il un flic pour sauver...", dans l'ordre sauver la Reine, le Prsident et Hollywood).Je rve de faire un jour une classification des types de blagues dans les productions Zucker-Abrams-Zucker (qui comprennent aussi "Y-a-t-il un pilote dans l'avion", un grand classique, ainsi que les deux "Hot Shots"). Et je me dis que si je persiste regarder a malgr le fait qu'on est dix-mille miles en dessous de ce que le genre cinmatographique devrait selon moi exiger, pour me rassrner j'opine que, en fait, ces films ZAZ sont bourrs d'ides comiques, pour les "happy few" qui supportent ce genre d'humour, bien entendu...On pourrait distinguer, comme type de blague rccurente, dans le dsordre : la dception vacharde de l'attente (voyez le n3 dans la vido ci-dessous) ; l'insertion en arrire-plan d'un gag formidable alors qu'au premier plan l'un des personnages dbite un discours interminable dpourvu de tout sens logique ; les phrases hors cadre (mes prfres tant "Et merde, tout a pt!" et "Hey, pas dans mon assiette!") ; les soliloques dbiles de Frank Drebin ("Tel le nain devant l'urinoir, j'allais devoir viser la barre trs haut") ; les blagues sexuelles nullissimes ; les dtournements (surtout dans "The Naked Gund 3", Hollywood oblige) ; les absurdits compltes (un prisonnier donnant la raison de son incapacit bouger : "Ils ont nou ensemble mes deux lacets...") ; la cruaut absolue (la nonne qui touffe une gamine malade en jouant de la guitare, ou le pauvre Norgberg, jou par O.J.Simpson (avant et aprs avoir assassin sa femme...), qui est rgulirement aplati par des voitures) ; etc and so on usw...Je vous laisse avec cette vido (en VO), dans laquelle un faquin a slectionn ses 10 meilleurs moments dans "The Naked Gun" premier assaut ; mais il y en 10.000 autres... Prcision : aprs comparaison, je peux vous dire que les doublages franais, une fois n'est pas coutume, sont de premire bourre, et sont parfois encore plus djants que la VO!

Je serais srieux comme la musique [New Window]
Aujourd'hui j'ai recopi des citations de Queneau et de Dd Breton. Ceci pour la partie esclavage.Pour la partie fun, j'ai commenc crire une fiction qui s'annonce pas trop mal. Je suis surtout trs fier d'un short kaki, d'un muffin, de sacs en plastique, d'une affiche de concert et d'un tricratops en kit dans les gots.Ceux qui me connaissent bien savent qu'il y a des moments o il est impossible de savoir si je plaisante ou si je suis srieux. Considrez donc l'indicatif FFC (!!!) ci-dessous comme une blague avec un vague fond srieux derrire.

Headline [New Window]
LES EDITEURS COMPTENT LEURS BOMBESPOUR LA GRANDE BATAILLE D'OCTOBRE(titre en une du Figaro Littrairedat de... 1957)

flashforward [New Window]
"Il ne faut pas chercher seulement l'unit de toutes ces formes dans une raction Mai 68, mais beaucoup plus dans une prparation et une organisation concertes de notre avenir prochain. Le capitalisme franais a grand besoin d'un "volant" de chmage, et abandonne le masque libral et paternel du plein-emploi. C'est de ce point de vue que trouvent leur unit : la limitation de l'immigration, une fois dit qu'on confiait aux migrs les travaux les plus durs et ingrats - la rpression dans les usines, puisqu'il s'agit de redonner aux Franais le "got" d'un travail de plus en plus dur - la lutte contre les jeunes et la rpression dans l'enseignement, puisque la rpression est d'autant plus vive qu'on a moins besoin de jeunes sur le march du travail".---Gilles Deleuze, "Les intellectuels et le pouvoir", entretien avec Michel Foucault, 4 mars 1972 (repris dans "L'Ile dserte", p.294)

Dada Lives! [New Window]
"(...) Le temps produit sur Dada et sur le surralisme un effet oppos. Alors que le mouvement de Breton se couvre de rides et de poussire, celui de Tzara subit une cure de jouvence. Un nouveau dadasme s'enseigne aujourd'hui aux jeunes gnrations. Les crits de Greil Marcus (Lipstick Traces) habillent Dada de strass et de vinyle. Marcus voit dans les soires du Cabaret Voltaire l'anticipation des concerts des Sex Pistols. Tzara y apparat comme le pre putatif de Johnny Rotten. Face ce Tzara relook faon punk, la figure de Breton en pre fouettard achve de faire du surralisme une forme de maison de redressement."Didier Ottinger, "Dada est-il soluble dans le surralisme?", Les Cahiers du Muse national d'Art Moderne, n102, hiver 2007/2008

MARSEILLE/MARTINIQUE [New Window]
A mes amis marseillais, je voulais juste signaler la rdition apparemment retraduite et augmente du livre de mmoires de Varian Fry ("Livrer sur demande"), ce journaliste et diplomate amricain qui Marseille, en 1940-41, a aid entre 2000 et 4000 juifs, artistes et militants anti-nazis fuir la France. Ils pourront lire une brve recension ICI. (Photo : Jacqueline Lamba-Breton, Andr Masson, Andr Breton et Varian Fry).Quittant Marseille en 1941, Andr Breton dbarqua en Martinique, o il ne tarda pas faire la connaissance d'un tout jeune pote et militant de l'ombre, Aim Csaire. A l'heure o celui-ci (94 ans) semble au plus mal, il me semble pas trop idiot de lire, juste pour mmoire, CECI.

HAPPY BIRTHDAY [New Window]
71 ans, 7 livres, des pages et des personnages par milliers...2008 sera l'anne Pynchon ou ne sera pas!

DEPECHE SPECIALE POUR THOMZ [New Window]
L'intress comprendra la private joke - ceci tir du "Journal du Dimanche" d'aujourd'hui : "Ce sera l'un des vnements de la rentre littraire 2008. (...) "Le March des amants" va sans doute recevoir, comme tous les romans de Christine Angot, un accueil passionnel. Le roman est construit autour de trois temps et de trois hommes. L'crivain y relate sa rencontre avec Doc Gynco. Elle dcrit le chanteur sous un jour nouveau. Et, travers lui, stigmatise les prjugs, le racisme, les clichs des milieux franais les plus cultivs."Bon, Thomz, tu sais ce que tu nous a promis!!!Dans la foule, et tire du mme innarrable JDD, je ne rsiste pas, toujours dans la srie "mauvaise littrature", vous citer le dbut de l'article (SIC!) consacr au dernier livre de Richard Powers, "La Chambre aux chos". Sous le titre mirifique "Comment sort-on d'un coma profond?", la chose commence ainsi : "Disons-le d'emble, Richard Powers n'est pas de ces auteurs qu'on lit la lgre. La densit de ses textes requiert qu'on leur accorde toute son attention. Il n'y a pourtant chez lui rien de doctoral (...) Aucun sujet ne ttanise ce puits de savoir."Que faire? S'esclaffer WARF WARF WARF ou se dsoler devant tant de plate btise?

AH DADA [New Window]
POUR QUE VOUS AIMIEZ QUELQUE CHOSEIL FAUT QUE VOUS L'AYEZLU ET ENTENDUDEPUIS LONGTEMPSTAS D'IDIOTS-- FRANCIS PICABIA --Festival Dada, Salle Gaveau26 mai 1920

A LA NICHE LES ABOYEURS [New Window]
A peine le corps de Csaire dfinitivement froid, des voix, me dit-on, se sont dj leves pour rclamer l'entre du pote au Panthon.Piti, piti, piti!Laissez le pauvre homme reposer dans son le jusqu'au jugement dernier du rchauffement climatique, et pargnez-lui cette abominable machine compacter la gloriole de la rpublique franouaise...*Comme par hasard, je viens de lire dans "Paris ne finit jamais" le passage o Vila-Matas dcrit avec justesse le Panthon comme un grand machin froid et sinistre, et reprend son compte la suggestion des surralistes : couper le monument dans le sens de la hauteur, et sparer les deux parties de 50 cm... *** ex-glise dont, d'ailleurs, je trouve toujours les dimensions du dme rates, chaque fois que je passe devant - le dme de Saint-Paul, peine antrieur d'une trentaine d'annes, est quand mme une russite mille fois suprieure!** Je vais essayer de retrouver vite fait qui exactement a dit a. [Edit : a y est j'ai trouv : c'tait Tristan Tzara, p.19 du n6 de la revue "Le Surralisme au service de la Rvolution", dans le cadre d'une enqute surraliste sur "quels monuments de Paris amliorer, dplacer ou supprimer?"]

COSMOS, FOULE, DETAIL, INTEMPORALITE [New Window]
Peut-tre un jour saurons-nous totalement le retrouver, cet tonnement enfantin et magique, en lesprant dpourvu de tout sentiment religieux, devant ces effets spciaux clbres et clbrs : le buisson ardent, les eaux du Nil devenues sanguinolantes, la grle enflamme, la brume verdtre assassine, les fumeroles noires de la terreur envahissant le haut de lcran, le tourbillon de feu du doigt de Dieu, le souffle de Dieu sparant les eaux de la mer Rouge, les flammches traant lcriture sacre dans le roc Les nafs ont cru que lordinateur leur dlivrerait dun seul coup de pouce sur les boutonniaux toutes les clefs du royaume magique, mais non, en retour ne reste quune impression grandissante de malaise blas, robots, superhros et recrations antiquisantes en pagaille, voire batailles gantes de trolls, jusqu ce quun jour on doive sortir les sacs vomi. Les Dix Commandements de Cecil B. De Mille, dans leur remake technicolor luxueux et dmesur, conserveront pour encore les dizaines dannes venir le vernis, parfois kitsch mais ne laissant jamais indiffrent, de laudace cinmatographique la plus invraisemblable : donner un visage mouvant lirreprsentable puissance divine ! Mais prenons une scne fameuse entre toutes, les flots se soulvent en murailles deau soufflete : plein les mirettes ? pas seulement !COSMOS = Quand on sattaque un sujet biblique, il ny a pas le choix, il faut donner un moment ou lautre dans le cosmos. Le cosmos, cest les rideaux changeants du ciel, les lments naturels sortis de leurs gonds sur la demande dune puissance suprieure (divine, ou autre dailleurs), le rabaissement de lhomme quelque animal impuissant. Cecil, lui, ne peut pas y chapper, il lui faut des nues menaantes, une mer obissante : alors, pour donner matire ses petits gnies des effets spciaux, il va puiser dans le recours habituel, la peinture. Les fumes noires qui retombent depuis le ciel jusque sur la mer comme un voile, dans la scne du partage des eaux, viennent tout droit des peintures de Turner, de ses grands cataclysmes climatiques circulaires, tels quon peut les voir par exemple dans Hannibal traversant les Alpes, et tels quils seront repris presque aussitt par John Martin (qui en matire de catastrophes bibliques et visions infernales miltoniennes a fourni au cinma un stock dimages quasi inpuisable, y compris jusqu la trilogie du Seigneur des Anneaux qui lui doit tout ou presque). Cest le concept du Sublime ltat pur : tremblement de terreur de lhomme face la violence de la nature ! Incendies, tremblements de terre, avalanches, ouragans! Ce que le grand cran a pu sen repatre. On y revient toujours, en quelque sorte : le cinma, un tableau qui bouge dans son cadre avec du son en plus ? Charlton Heston, lui, partir du moment o il est redescendu de sa premire ascension du Sina, fait systmatiquement sculpture : il est le Mose de Michel-Ange San Pietro in Vincoli, puissant et inspir (bien que parfois un brin monolithique), aux motions figes par la contemplation de lternel. Un geste antique des bras, et la fureur des lments se dchane. Le groupe des trois jeunes filles sur leur rocher, cheveles et terrifies sur fond de ciel apocalyptique, sont elles aussi bonnes pour la glyptothque. L aussi, on y revient : ce que le cinma rclame, ce sont des attitudes. Plus elles sont outres de manire rflchie, et plus le film senrichit esthtiquement.FOULE = Cecil reste encore ce jour le champion toutes catgories des plans de foules : il est le seul savoir comme aucun autre occuper tout lespace de lcran sans jamais donner une impression de rptition, car il sait comme personne individualiser ses foules, et leur donner par le cadrage (souvent fixe, mais aux angles toujours trs soigneusement choisis) lampleur recherche. Les Dix Commandements abondent en scnes de foule, dans un mouvement toujours trs organis dun bout lautre de lcran, qui saturent lespace dans tous les sens, et qui peuvent tre relies plusieurs genres. Dans la relativement longue scne qui illustre la transformation de la paille en briques, il faut se pincer pour ne pas croire tre en train de regarder un vritable documentaire rescap dil y a quatre mille ans. Ailleurs, le ralisateur tale ses figurants innombrables, leur fait former des cercles, des colonnes, des masses, occupe des premiers plans, tage un peu comme on le ferait sur une scne de trs grand thtre, alterne plans intgrs et plans vol doiseau, fait osciller sa camra entre un il divin et un il terrestre. Entre le tourbillon de feu et le partage des eaux, cest sur lunit vacillante et incrdule du peuple hbreux que Cecil insiste : levers de tte, exhortations, mains leves en prire, agitation. L encore, on nest pas trs loign dune imagerie venue de lhritage pictural, et notamment du prraphalite anglais, qui prvalait dj dans les scnes religieuses du monument muet Intolrance de D.W. Griffith (pas trs loign dans le temps de la premire version des Dix Commandements). La foule, quoi quon fasse, cest toujours moiti la populace, moiti le chur antique : les tmoins, les confidents, la palette expressive de tous les sentiments, et une sorte de miroir tendu au spectateur dans toutes ses transes supposes. Le bonhomme, la fille, perdus dans la foule, cest vous.DETAIL = Un peuple comme cest pas possible, et pourtant, un sens incroyable du dtail qui ne cesse jamais de respirer chaque scne. Cest ce qui fait la force du film de Cecil : il ne cherche pas impressionner par lalignement ad nauseam du mme hoplite musculeux jupette et lance, non, au contraire, il individualise au maximum tous les lments qui passent dans le champ de la camra, ce qui fait que si on prte attention ses mouvements de foule, on se rendra compte que pas un figurant nest vritablement semblable son voisin. Une barbiche, un pagne un peu plus crasseux, un porteur de tapis ou un conducteur de bufs, des regards d'enfants rfugis dans des panires, cest suffisant pour que tout leffet de foule voie son caractre massif dconnect et se voie parcouru de toutes sortes de possibilits. Cecil fait du pplum, il en connat bien les rgles, mais il sait aussi les animer de mille dtails choisis, et surtout, surtout, astucieusement mis en valeur au cur de la scne qui les a suscits : cest la balance poids quactivent tour Ramss et Mose dans leur rivalit, cest le jeu de loie ou plutt de lanubis dont lune des ttes court au fond de lcran schouer aux pieds de Ramss, cest lventail de Nefertari qui est le vritable emblme de sa frivolit cruelle et goste. Tout bouge, volue, mais aussi tout court dans sa propre direction. La sortie des Hbreux dEgypte est le clou de cette mthode : la petite fille avec sa poupe, le vieillard en fin de vie, les cages volatiles, les chargements trop lourds La meilleure preuve nest-elle pas qu la fin des annes 90, un dessin-anim pas franchement bon nhsitera pas littralement piller cette scne dans les moindres dtails (en laffublant, de surcrot, dune chanson leau de guimauve) ?INTEMPORALITE = Et puis il y a ces moments o lon est plus dans les codes accepts du peplum biblique, mais ailleurs. Les fils de brume vert fluorescent qui envahissent un ciel noir dencre prs dun poteau clair en rouge carlate au premier plan, ce nest plus du pplum, cest une rsurgence bienvenue de lexpressionnisme dans toutes ses capacits. Ramss et Nefertari ont perdu leur enfant, leur premier-n (tant pis pour eux, ils taient prvenus, leur arrogance les a perdus), ils portent le deuil, de simples costumes de tissu noir, admirablement taills, qui viennent se dtacher comme des ombres mortuaires dans les pices claires de rouge prs des rares meubles gris-sombre. Ce nest plus la vanit du jeune roi en jupette lam-dor ni les coiffes de plumes coquettes voire odieuses, ce nest pas encore lpe de vengeance tire de son fourreau ou lemblme cruel du casque au bleu clatant qui veut signer lordre du massacre, cest un entre-deux humble et surprenant, qui lche totalement le ct archologique oblig dun tel film, pour venir lorgner au bon moment du ct de la tragdie grecque et de la grandeur noclassique. Le plan o les deux poux prisonniers de leur chec seffacent pour laisser place au Mont Sina enflamm est dune loquence rare.Cest l une leon que devraient mditer ces ralisateurs daujourdhui qui simaginent que lantiquit, ctait le Bronx avec une mode fashion diffrente et un argot moins volu. Crer un ailleurs puissant dans le l-bas biblique : cest, en fin de compte, sapprocher au mieux dun certain idal.

DIX ANS D'ETATS D'AME [New Window]
Cest lune de ces aventures incertaines qui dbutent lheure o les ultimes lampes steignent, lune dentre elles reste allume, et sur le papier dbute ce qui nest pas encore une route, rien quune fentre blanche sur laquelle va venir natre, tout doucement un nouvel univers, compltement original ; puis une autre fentre, et encore une autre ; et lorsquau bout de dix annes de priples de la pointe noire, lartiste jette enfin un regard rtrospectif sur ce sentier prilleux de montagne, souvent il peut juste titre senorgueillir davoir accompli ce qui peut sappeler, tout modestement, une uvre.Les Etats dme dAntonio Werli clbrent cette anne leurs dix ans dascension et de cration au sein de cette plante trange, de frie mlancolique, qui feuille aprs feuille a t encarte en autant de visions oniriques qui vont de lil au sentiment griffonn en pointills toujours interrogateurs. Leur auteur les dfinit lui-mme comme une manire de journal ralis au fil du temps et des expriences , bien sr pas un vrai journal, mais une maison de passage o sont transcrites les ombres, les fugaces passages dobjets intellectuels, les bruits dencre des sensations effleures, en autant de cratures effiles, fuyantes ou grotesques tout un monde lointain, onirique, inquiet, parfois allgrement mystrieux.Pour se cantonner la feuille A4, au stylo Pilot noir, il faut avoir appris rpondre des questions comme : quest-ce quun trait ? quest-ce que peut un trait ? beaucoup de choses, et si peu ; et cest entre ces deux ples que le trac, venant abolir le blanc au profit du noir, mais aussi venant rehausser la zone blanche par le voisinage de la tache noire, que ce quelque chose , qui na pas pour but dtre explicitement nomm, va venir prendre corps, un peu comme dans une sorte dexorcisme o le vide papier que la blancheur dfend (Mallarm) se trouve, dans un combat renouvel dix fois, vingt fois, soixante fois, chaque fois vaincu par une formule toujours diffrente et pourtant jamais rellement identique. Yin, yang ; vide, plein ; la prolifration contre labsence conserve ; lhorror vacui contre la fascination des neiges qui semblent sans cesse attendre une empreinte de loup, tandis que lorganique et larien se partagent la conqute de lespace clos.Le trait fin du Pilot a cette capacit, lorsquil est bien tenu en main, faire natre, par des enchevtrements de traits, le visage de la gravure l o aucune plaque nest pourtant intervenue : montagnes noires, collines noires, cadres de fentres o les tnbres constructrices abritent la fleur la plus fragile. Le trait peut se faire vritable haku, ligne pure dans le vide sans bruit, ligne qui ne chante que par son propre filement, sa propre construction de point point aglutins, minuscule constellation invisible mais parlante dans son unit globale. La souplesse sallie la raideur, elles sentremlent, se confondent, et la phosphorescence blanche du fond devient soudain le vritable champ des possibles, ce ciel daube ou de crpuscule qui se refuse tomber, ces nuits blanches sans toiles. Partitions, cartes, cest partant tout le rpertoire des formes graphiques qui finit par se trouver convoqu en ce lieu sans attaches en un rpertoire dlments constamment recrs.Alors le dessinateur invente son bestiaire en battant la mesure des feuillets ; il peuple sa rgion de figures filiformes, mantes religieuses un temps mues en tres presque humains. Laraigne est l, avec bien sr sa toile qui est elle-mme dj traits et hachures, cercle et vitrail monochrome, organisation et carte ; elle voisine avec le totem grave, le lzard chantourn, loiseau lyrique, ainsi quavec toute une flore trange, liquide, en perptuelle voie de dcomposition molculaire, comme si tout sur le papier, dans lenchanement des ides libres, finissait par clater en gerbes dlments instables. Il y a lil darchitecture qui se dissimule pour mieux se montrer, mais il y a surtout ces superpositions de cadres, dunivers, presque de textures a priori trangres les unes aux autres mais qui se retrouvent ensemble comme collection de fentres ouvertes simultanment : les volets de linspiration, battants et souvrant, ne se referment jamais totalement sur elles.Le Max Ernst graphique, le Dali des dbuts, le Franquin des Ides noires, les tnbres fourmillantes de Lovecraft, ne sont que quelques-uns des noms qui peuvent surgir sur le trajet de lil dun tat dme lautre mais malgr tout, ce qui nous reste inbranlable, cest notre conviction davoir vu se dresser, dans notre champ rtinien, une fort primordiale de traits combins, des atmosphres mlancoliques, surprenantes, parfois de dsolation cruelle, habites par la main, traverses de textes serrs qui dfilent en bandeau ou envahissent tout lespace sous la menace de la zbrure convulsive. Convulsive : il y a peut-tre l matire dtecter la prsence dun sismographe de la pense prsente mais avant toute chose, cest notre cur que nous entendons battre.---Illustrations : de haut en bas, "Etats d'me" n5, 20, 57 et 43 (with authorization from A.W.)L'ensemble des "Etats d'me" peut tre contempl ICI.

Eclipses et demi-jours [New Window]
Quand elle va apprendre qu'un nouveau roman de Thomas Pynchon a t publi et que la traduction franaise est dj imminente, Ingrid Btancourt va avoir un choc.***C'est un peu l'clipse sur ce blog, mais que voulez-vous, Dd Breton peine enfin retourn aux oubliettes, on descend les piles de livres retardataires avec un certain vertige, on prend le temps de savourer quand mme ce qu'on lit, et on fait mme des dcouvertes hilarantes et superbes, tandis qu'on se prpare se rateler un vieux projet de fiction tentaculaire...Je crois que je n'avais pas pris autant de plaisir lire un bouquin chtarb depuis trs longtemps, mais heureusement pour moi Matt Ruff et son "Requin sous la lune" ont mis fin cette maldiction. Pynchonien, pynchonien, si vous voulez, mais je crois surtout que c'est un mange enchant foldingue avec lequel l'auteur s'est fait plaisir sans jamais cder aux sirnes du "srieux". C'est, la rigueur, pynchonien dans l'humour (et encore, partiellement), mais pas dans le fond. Mais enfin, foncez acheter ce bouquin si vous ne l'avez pas lu (pour les aficionados de la v.o., le titre original est "The Public Works Trilogy"), rien que pour le sous-marin le plus gnial depuis le Nautilus, les corgis robotiques de Lilibeth II Centenaire et une montre Timex jouant le Bolro de Ravel dans le ventre d'un requin mutant qui bouffe pas moins de sept personnages au cours du bouquin, a vaut le coup. Foncez, je vous dis!(La traduction en Folio SF me semble quand mme un poil plan-plan, et je n'ai jamais vu autant de coquilles dans un seul livre de poche - au moins une petit douzaine!)***Il vous faudra quelqu'un d'autre pour crire des choses intelligentes sur Kafka. C'est un auteur que j'avais lu trop tt, il y a une dizaine d'annes au moins, sans vraiment en saisir toute la porte, mais l venant de lire "Le Chteau" (et quelques semaines aprs, le livre de Deleuze et Guattari), je reste sous le choc. Plusieurs choses m'ont surtout frapp : la manire dont les systmes d'enferrement de K (au coeur d'un rseau totalement insaisissable mais que K s'vertue vouloir saisir, vouloir orgueilleusement dominer) se rpercutent et s'accentuent comme une boule sur la bande du billard ; la folie totale des personnages qui s'exprime par des discours en apparence trs raisonns et qui sont fous parce que beaucoup trop raisonns ; le style mme de Kafka qui reste trs matriel, trs terre--terre (je veux dire par l, pas mtaphorique du tout) et qui pourtant ne cesse de suggrer une atmosphre irrelle et fantastique dans un cadre tout fait raliste (le point pyramidal du Chteau qui est partout et nulle part, le village dans lequel on peut entrer mais ne pas sortir vivant, la dure du temps sujette variations normes, etc.).***Dernirement j'ai lu trois livres de SF, ce qui fait beaucoup pour moi : le Ruff clbr plus haut, "Le matre du Haut-Chteau" de Phil K.Dick et "Fahrenheit 451" de Ray Bradbury. Le Dick m'a autant du que "Blade Runner" : des ides, parfois formidables, mais pas de vrais moyens pour les exprimer. J'ai dtest la fin en queue de poisson ("voil, je vous ai trimball jusque l, et puis finalement, bleeeeep"), frustrante au possible. Par contre, Bradbury ne cesse de me surprendre et de me plaire : je trouve que par rapport Dick sa place est un peu injustement sous-value. Bradbury, lui (malgr les quelques navets superficielles qui semblent vraiment inhrentes au genre), a non seulement des ides patantes, mais aussi une vision nostalgique, pessimiste et profonde qui est sous-tendue par un style constamment remarquable, bourr d'images et d'innovations. J'avais dj eu la mme trs bonne surprise avec les "Chroniques martiennes" (un livre qui avait normment plu Borges, j'ai alors compris pourquoi).Des livres de Tzara, Michaux et Beckett que j'ai galement lus, je n'ai rien de trs neuf dire et donc je ne dirais rien."L o l'on cesse de ressentir, je veux que l'on se taise." - A.B.***Je m'excuse pour le caractre trs apprcionniste et sans aucune critique de fond de ces propos. Pour de la qualit il faudra maintenant attendre septembre.J'ai vu je ne sais plus o grce Google que "Ghaghahouast" est disponible la vente sur un site japonais - a laisse rveur...

DRELIN, DRELIN ! [New Window]
Dans ce pays, les rentres littraires ressemblent de plus en plus aux lections : on vous bassine avec des mois et des mois l'avance, la presse fait monter la sauce de faon totalement exagre, autour des jours J c'est l'hystrie complte, et une fois que tout est retomb, hop on tente dj de vous refourguer la fourne suivante!Cette semaine c'est "Le Parisien" qui a plus ou moins ouvert le bal, avec une pleine page consacre ladite rentre. Une pleine page sur les livres dans "Le Parisien"?!? Ne criez pas trop vite au miracle, a se passe dans la page "Les spectacles" (ha-hum), sous le titre "La rentre littraire, c'est maintenant que a se joue" (la rentre, c'est mon dada!), avec un encadr "on va parler d'eux" (et, notez bien, surtout pas "On va les lire"), sans oublier l'inusable "Karine la libraire a dj ses chouchous" (qui sont peu ou prou ceux du "Parisien", ne nous contredisons pas dans les mmes colonnes, surtout pas).L'article principal est bien sr consacr aux coulisses de l'exploit annuel. J'ai particulirement aim les expressions suivantes : "task-force en ordre de bataille depuis l'hiver" (vite, bombardons l'Iran avec des piles de Nothomb!), "le choix des poulains est longuement affin" (songez aux moyens reproductifs et fermez les yeux), "les premires rumeurs distilles avec une prcision machiavlique" (les ex-RG et DST sont ravis). L'auteur de l'article, l'obscur Pierre Vavasseur, se livre mme des exercices lyriques de haute vole et de grande tenue (c'est beau, le devoir d'information) : "Car dans les stalles de dpart, tous les chevaux ne courent pas avec la mme cote. Beaucoup des prtendants peuvent faire leur la maxime de Pierre de Coubertin : l'essentiel, c'est de participer. Qu'un bouche--oreille vienne les sauver, ce sera Byzance. Sinon, le pied peine pos sur les plages du dbarquement, ils priront."Associer dans une mme comparaison dbile les courses de chevaux et la boucherie des jeunes soldats mitraills sur les plages de Normandie, c'est en effet trs fort. Vous devriez crire un roman, Paul. Peuh, suis-je bte : c'est sans doute dj fait!Suis une vocation des "salles de runion l'atmosphre imprgne de sueur moite" : ohoh, on savait que le monde de l'dition puait par certains cts, mais l tout de mme!Bon, je m'arrte de citer. Tout a pour annoncer quels livres? Le nouveau Angot (qui a droit la plus grande des photos)? Dieu merci, Thomz s'est dj charg de rendre le cadavre mconnaissable une fois lest de parpaings au fond de la Seine. Le nouveau... Jean-Paul Dubois?!?!?!? "L'histoire d'un homme, poux d'une dpressive, embauch par les studios de cinma Paramount - une autre femme surgit" - stooooooooooooooop!!! Olivier Sel d'Armor? Oh la la la la la la la...***Trois toiles, il faut bien a pour isoler de toute cette pandmie les auteurs que l'on guettera vraiment avec attention.D'abord Mathias Enard, avec "Zone" chez Actes Sud, 560 pages qui font dj hurler certains au nouveau James Joyce (dixit le torchon quotidien dj cit plus haut). Bon, n'exagrons pas tout de suite, mais on est quand mme trs trs intresss par cet trange objet littraire venir.Ensuite Rgis Jauffret et son "Lacrimosa". Thme : "un homme s'adresse sa femme suicide". Variations? Oh, on sait que Rgis, un gigot dans un four lui suffit pour lancer le clavecin, alors on jugera sur pices.Chez Lot49, il y a ce Brian Evenson, "La confrrie des mutils", qu'on nous annonce comme, ouhll, h bien vous voyez Evenson? h bien parat-il encore plus Evenson!Et puis enfin, last but not least, il y a CONTRE-JOUR de THOMAS PYNCHON aux ditions du SEUIL et traduit par CLARO : je mets des majuscules partout parce que l, je suis tout prt faire autant de propagande que je le pourrais. Et parce que l, il s'agit d'un auteur qui le merite VRAIMENT.Et puis plein d'autres encore que j'oublie sans doute et dont on reparlera. La suite sous peu (Copyright G@rp), comme on dit du ct du FFC!

M..... pour celui qui le regarde! [New Window]

Philip M. Noir / Private Investigations [New Window]
Noir, le dernier roman de Robert Coover, paru en traduction franaise avant mme d'tre annonc aux Etats-Unis, a tout d'un parc d'attractions entirement dvou au polar : il n'y manque pas un mange attendu, pas une alle borde de ses marchands de glaces, de tabac (c'tait une autre poque) ou de munitions, et on est tout prt payer son billet pour tenter l'aventure ternellement recommence de l'enqute (rappelez-vous le plus vieux crime connu dans l'univers : qui a tir le coup de feu ayant perfor le nant lors du Big-Bang?). Une fois de plus, Coover tient les cls du mythe dans sa main, il les fait tournoyer au bout d'un doigt avec l'air de dire "cap' de me suivre jusqu'au bout de la parade sans mouffter?", et lorsque les grilles s'ouvrent il ne nous reste plus que notre pur plaisir de lecteur comme couverture.Et c'est parti - le trench-coat, la fedora, la bouteille de whisky, le bureau mal rang, le bar du coin, la bote de nuit mal fame, la planque datant de la prohibition, les jolies ppes pas farouches, les hangars, les ruelles glauques, les coups tordus, les indics, les bagarres, les flics vreux, les mafias asiatiques, le copain fidle, les btiments dglingus, les courses-poursuites, les nuits qui n'en finissent pas, les flaques d'eau, les coups de poings, la secrtaire blonde, les cicatrices, le tratre, les flingues : Noir a des allures de runion de famille, les fantmes des oncles Chandler et Hammett sont toujours l dans l'ombre, en train de se griller ce qui s'appellait alors une sche et pas encore une fumer-tue, on est parfaitement conscient que c'est la caravane des lments du mythe, de ce bon vieux polar, qui dfile sous nos yeux, et il y aurait de quoi hurler au clich, s'il n'y avait l'immense talent de cet embobineur de premire nomm Coover qui nous ballade dans une Gotham indtermine sans qu'on ait le temps de haleter quelque chose comme "h, je marche plus, mec! c'est du chiqu en bote tout a!".Ce sacr Phil M. Noir, qui se laisse sduire par une mystrieuse veuve, tente de sauver une chinoise tatoue sur toute la surface de sa peau (l'un des passages les plus drles du livre), dispose d'une secrtaire totalement dvoue et d'indics la fiabilit variable, paum dans un imbroglio pas possible alors que le bad boss sme les cadavres compromettants comme d'autres les petits cailloux, et se fait tutoyer par un narrateur qui est tout aussi bien le ntre. Tout ces personnages glissent mme sur la page trois fois plus vite que chez Pynchon, et nos mains de lecteurs vont tout aussi vite en flipflapant les pages avec une fbrilit dont on ne se croyait pas encore capable dans ce petit monde de papier. Allez hop, Brooklyn! Chauffeur, suivez ce mendiant amateur de doughnuts!Pauvre Mr. Noir : notre fusible, notre vecteur pour nous gayer dans ce monde fictif, pur monochrome annes 40 tomb de la pellicule (tout le monde se prend pour Humphrey Bogart la recherche de l'aiglon casablancais), notre alter-ego fictionnel accomplissant l'aventure notre place? C'est Coover qui possde les plans de la ville, Mr Noir le souponne, et au bout d'un moment on en a marre nous aussi de nous faire assommer en pleine rue aprs avoir renifl une odeur trop familire. "Tout ceci n'est pas srieux". Oui? Sans doute pas. Mais comme dirait John Barth, Schhrazade aussi devait bien entrecouper ses contes de quelques blagues pour rveiller le sultan. Noir, loin d'tre un pur exercice intellectuel de reconstitution et dissection d'un genre, semble avant tout la preuve que le genre lui-mme a la peau dure, et que c'est le style, le rythme, presque la potique lui tant insuffls, qui le rendent, en dpit de son ge, toujours aussi vivant, aussi parlant nos dsirs (d'vasion, de frisson, de mystre), et prt affronter tous les outrages de la revisitation iconoclaste avec une humeur gale. L'crivain peut tenir l'arme du style, nous frapper au visage durement et superbement, mais il est bon que parfois il s'en tienne une baguette magique et qu'il nous fasse prendre pour une nouveaut les mouchoirs noirs et blancs sortant de sa manche de trench-coat. Surtout quand c'est avec un clin d'oeil plus qu'amical.Et c'est ainsi qu'aprs avoir referm la dernire page de Noir, et avoir une fois de plus avou, le sourire aux lvres, que vous vous tes bien fait avoir du dbut la fin, en dpit de l'vanouissement final du palais des glaces dans la galerie des illusions, vous ne pourrez pas vous empcher de reprendre votre fedora sur la patre et de sortir votre calibre 25 du tiroir: c'est a la vraie magie du mtier de lecteur, ou alors on ne s'y connat plus...

BLABLA GERMANOPRATIN [New Window]
Suite l'lection de Jean-Loup Dabadie, j'apprends la candidature de Jean Clair pour aller roupiller sous la Coupole. Ah, Jean Clair, homme de grande culture certes, mais surtout accroch une conception rtrograde de la langue franaise, personnage ractionnaire jusqu'au bout des ongles, et totalement terroris par la culture contemporaine : bref, tout ce que l'Acadmie adooooooore!!!(Dans son "Journal atrabilaire", Jean Clair qualifie les graffitis d'attaque gnralise et larvaire contre la civilisation : rien moins.)

Lectures-autruche [New Window]
Franchement, tout d'abord, je voudrais m'excuser pour le vritable "mess" qu'est devenu ce blog ces derniers temps. La faute Dd Breton, qui cannibalise vritablement tout mon temps, et a va durer encore comme a jusqu'au 13 juin...Mais n'allez pas croire que tout mon temps ne consiste qu'en lectures du vampire surraliste. En ce moment, par exemple, je suis en train de (re)lire le formidable livre "Au-del du soupon" de Marc Chnetier - je l'avais dcouvert il y a dj quatre ou cinq ans, au cours des habituelles randonnes parmi les rayonnages de la BPI, et l maintenant que je peux le lire tranquillement de Abish Yurick, j'en apprcie encore plus la profondeur des jugements, la solidit des arguments et la grande culture qui laisse supposer derrire elle le spectre excitant d'une vastissime bibliothque prive.Rcemment, j'ai galement (ENFIN!!!) lu "Mason&Dixon", le dernier Pynchon avoir jusque l rsist ma voracit de fan(atique). J'avais commenc le lire en anglais, mais mon pitre niveau d'anglophilie la langue du 18e sicle revisite par le Pynch, c'tait trop forte partie. L'excellentissime VF des sieurs Claro&Matthieussent, enfin acquise (pour 6 euros!) chez un bouquiniste parisien obscur dont l'adresse m'a t fournie par l'ami A.W., m'a enfin sorti de cette ligne d'chec. Au bout du voyage, plaisir intense mais souvenir ml : le livre est vraiment trs long dvoiler ses cartes (c'est le cas de le dire), et ce n'est qu' partir du deuxime tiers, lorsque les comparses et toute leur folle caravane de fls fantastiques se mettent tracer entre Penn et sylvanies, que tout s'acclre pour notre plus grande joie terrifie, jusqu' une fin rellement bouleversante (durant tout le livre, les deux astronomes ne cessent pas de se bouffer le bec (de canard mcanique), mais c'est l bien sr la condition pour que le final possde vritablement tout son poids).Et puis, je jette un coup d'oeil autour de moi sur ce qui trane sur le bureau et ailleurs, il y a le "Bartleby" de Melville ENFIN lu (ce qui va me permettre de comprendre enfin quelques gouttes la postface de Deleuze), l'arc-en-ciel "Paradiso" de Jos Lezama Lima dont j'ai dj longuement exalt sur le blog du FFC la "rapturous marvel", ceci sans oublier dans mon domaine priv le formidable (et gros) "L'image survivante" de Georges Didi-Huberman, sur Nietzsche, Freud, Aby Warburg et le concept de nachleben dans l'art (qui devraient bien plaire l'ami Bartleby).Et puis et puis, il y a ce petit texte, "Ghaghahouast" qui va bientt tre rvl au public. C'est bien simple : je suis te-rri-fi.J'ai lu je ne sais plus o que "Contre-Jour" allait faire plus de 2000 pages et coter 35 euros. Gott im Himmel!Pendant ce temps, l'autre bout de la fort J.A. fulmine contre la critique qui n'accorde aucune attention son bouquin (Damn soit Jacobus Werkteufel ou un truc dans ce genre) et se bagarre en 1567 commentaires assassins avec trois pels monomaniaques ; l'immonde Guillaume Musso fait la premire page de Paris Match ("l'alchimiste qui transforme le papier en or" - SIC !) ; Christine Angot bnficie dj d'un buzz mirifique ; l'Acadmie franaise se regrontise lentement ; Tahar Ben Jelloun, frais jur Goncourt, annonce dj : "Je vais moins crire pour lire plus".BZZZZZZZZZZ!!!!

BE PATIENT, MY FRIEND, PATIENT... [New Window]
Date de parution prvue : 4 septembre 2008Traduction : ClaroPrsentation du livre par les Editions du Seuil : Lvnement de la rentre littraire trangre dans une traduction impeccable de Claro. Ce dernier sera disponible pour soutenir le livre en septembre dans les mdias ou en librairies sil le faut.Contrairement la rputation de luvre de Pynchon, Contre-jour nest pas proprement parler difficile. A bien des gards, il rappelle Jules Verne, cest un grand roman daventures.Un norme roman daventures, trs drle, sur ltat du monde la fin du XIXe sicle, vu par un Pynchon en grande forme. Magistral. Contre-jour est un roman foisonnant, multiple, plein de rebondissements, qui couvre la priode situe entre 1893, Chicago, et le dbut des annes 1920, Paris. Lauteur y voque les luttes anarchistes dans lOuest amricain, dcrit le New York du tournant du sicle, et nous entrane aussi en Europe, en Asie, dans le Mexique de la rvolution, ainsi que dans un ou deux endroits qui ne sont pas proprement parler sur la carte du monde . Une multitude de personnages de fiction (aronautes, espions, scientifiques fous, prestidigitateurs, amateurs de drogue, etc.) ctoient quelques personnages historiques (Franz Ferdinand, Groucho Marx, etc.).Mais au cur du livre se trouve la famille Traverse, qui en est le fil rouge. Webb, le pre, un mineur syndicaliste