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Entretien entre Asensio, Bartleby et Monti. Deuxime partie. [New Window]
La deuxime partie de l'entretien est en ligne sur le site de Franois Monti, Tabula Rasa :ICILa partie suivante sera en ligne ici-mme vendredi.Illustration : David Dalla Venezia. Bolao: dans l'ocan de merde [New Window]
Bogus Blimp [New Window]
Wolves Evolve [New Window]
En vrit, je vous le dis [New Window]
L'ombre en fuite [New Window]
Asensio - Bartleby - Monti: un entretien [New Window]
Bolao: quatre mains, deux de trop [New Window]
The End [New Window]
Cannibalisme ligeois [New Window]
Cyclo Paris [New Window]
Bolao: sur une piste tnue [New Window]
Bolao: dnazification [New Window]
Vision [New Window]
Bolao: retour l'ordre [New Window]
Altamont au bout de la route [New Window]
Misrable dimanche [New Window]
Asensio - Bonnargent - Monti, entretien 2 [New Window]
Postposie [New Window]
Mystik Vik [New Window]
Histoire des larmes [New Window]
Prof [New Window]
Bolao: premier amour [New Window]
Interruption de service [New Window]
Post-crash America [New Window]
Les yuppies selon Seth [New Window]
Histoires ROCKambolesques : IGGY & THE STOOGES [New Window]
Histoire ROCKambolesque I : Iggy and The Stooges Avertissement : temps de lecture consquent ; se munir dune bire. Detroit en ce temps avait vraiment une autre gueule que le Detroit daujourdhui. Pas vraiment le jour et la nuit mais tout de mme. General Motors, Chrysler et Ford ronronnaient alors pleine puissance, des centaines de milliers de moteurs sortaient tels des petits fours mtalliques, les usines crachaient des flots ininterrompus dhommes, de camions, de pices dtaches, tous les gars de lusine savaient que les mustangs et autres dferleraient bientt en meute affame sur les innombrables routes stries. James Osterberg, lui, avait eu trs tt la certitude que pour sortir ne serait ce que de ltat du Michigan au volant dun tacot, il lui faudrait compter dans les 30 ans chez Ford, 25 chez G.M, 20 chez Chrysler. Alors James, dsespr, a commenc se droguer. Mais pas seulement, il sest mis crire des pomes : nuls. Il sest aussi mis chanter : l a devient intressant. D abord chez lui, dans sa chambre, sur du blues, du rythm n blues, du rockab, sur Elvis, sur Sinatra les jours de pluie. Un jour, il se paierait un cuir comme le King des dbuts, un bon cuir noir aux reflets brillants, le genre de truc de loubard capable de dchirer la nuit en un rapide coup de canif. Seulement en rve. Il se voyait bien torse nu au milieu dune foule hystrique en train de se repatre de ses lambeaux de cuir. Solitaire, en retrait, James Osterberg fuyait le lyce, la bonne herbe s y faisait de plus en plus rare, downtown lenvotait, l-bas il connaissait tout ce dont il avait besoin ; un dealer ponctuel, un bon disquaire, un bar pute. Iggy Pop na jamais t vraiment trs exigeant. Ah jai oubli un dtail dans cette mini-bio bidonne : James Osterberg est son vritable tat civil. Il deviendra Iggy avec son premier groupe connu ce jour The Iguanas o il officie en tant que batteur puis The Prime Movers (une rumeur persistante affirme quil aurait dbut avec The Crawling King Cobras). Dot de ce patronyme, il va dvelopper une gestuelle reptilienne qui sillustrera sur la pochette de Raw Power et le consacrera bte de scne. Si jamais Philippe Maneuvre ose encore aborder ce sujet, Saint-Harry Belane te donne sa bndiction pour lui coller une balle entre ses Wayfarer. James Osterberg entame sa mue, il se fait appeler Iggy et a lui plait. Il continue crire des chansons : toujours nulles. Et chanter : de mieux en mieux. Maintenant, il aboie, il feule, il rugit. Iggy Pop dveloppe son ct animal. Lou Reed me la maintes fois certifi : Rocknroll Animal . En 1968, un limier de la maison de disque Elektra, tout juste aurole du succs californien de Love et des Doors se rend au mythique Grande Ballroom pour un concert du seul groupe connu du Michigan : le MC5, explicitement le Motor City Five. La production musicale du moment ne quitte pas laxe New-York Californie. Alors pourquoi ne pas flairer une bonne piste ailleurs, tiens donc que ce trame-il dans le Michigan ? Rponse unique : MC5. Un groupe aux allures et aspirations rvolutionnaires, tendances Black Panthers et dgaines hippies, un mlange indit. Le genre daffaire qui pourrait rapporter autant de dollars que demmerdes, mais bordel si Elektra gre un cataclysme ambulant appel Jim Morrison, ces ploucs ne devraient pas poser problme. Donc ce type se pointe au concert, il en prend plein la gueule et rencontre le manager du 5 John Sinclair (qui purgera une peine de prison pour un malheureux joint de marijuana alors que le type figurait sur les tablettes du F.B.I souponn de trafic darmes) ainsi que Wayne Kramer, leader et guitariste du plus enrag des groupes nord-amricains (souponn lui de trafic de riffs illicites). Danny Fields touche au but, il signe Kramer et sa bande, Wayne lache au passage avec lhumilit et la rudesse du Michigan si taimes ce quon fait, tu devrais mater les Stooges, cest nos petits frres et ce soir : ils jouent. . Si Wayne Kramer le dit pourquoi ne pas le croire ? Ce bon Danny se rend donc au concert des Stooges luniversit du Michigan et l je te le donne dans le mille, il en reprend plein la gueule. Danny Fields na jamais vu a, les tudiants sont compltement pts, des bouteilles de bire se brisent sur le devant de la scne, le chanteur sen branle et pitine les dbris, dans une transe chamanique, il ructe No Fun les pieds ensanglants. THE STOOGES. Les performances scniques prcdent le groupe comme une trane de poudre, Iggy se lance aussi bien dans la provocation que dans les foules clairsemes, de prfrence au troisime rang. Son groupe na rien dexceptionnel, les frres Asheton, Ron la guitare et Scott la batterie rament du mieux possible et Dave Alexander navait pas vraiment besoin dune basse pour faire flipper. Bref, ils montent sur scne sans vraiment savoir jouer. Alors pourquoi les Stooges ? La rponse ne fait pas un pli : ils possdent une nergie incroyable, la high-energy , une rage incontrlable qui les rend capable de dynamiter les Stones en rpondant Not Fade Away par 1969 . Une simple question dintensit. Ce titre ouvre lalbum The Stooges chez Elektra la mme anne. Le mirage 68 svanouit dans les derniers relents dun espoir du, quimporte les Stooges en profitent pour fter la dfaite dfigurant 1969 en grattant leurs guitares grands coups de lames de rasoir. Car Danny Fields ne sest pas content de signer le MC5 pour 20 000$, il a aussi enrl les Stooges dans son curie. Pour 5000 malheureux billets. La belle affaire. Lalbum sera (sous)-produit par John Cale, en permission spciale auprs du Velvet Underground pour 34 minutes et 36 secondes de rocknroll. La critique salue lessaie et capte bien avant le public loriginalit du groupe. Une musique basique transcende par une intensit dvastatrice. Un autre rocknroll. Une futilit adulte et une gravit adolescente. Personne ne sonne comme les Stooges, en plus Iggy a crit des paroles fantastiques pour le coup I wanna be your dog , real cool time , little doll Les textes, la pochette, les approximations, une production d hroinomane nempchent pas lalbum de devenir un classique au fil du temps, alors qu lpoque les Stooges ne reprsentaient rien, au mieux le plus curieux avatar du rock U.S. Les ventes restrent quasi-confidentielles. Les annes soixante-dix dbarquent avec leur funeste lot de cercueils, le moment rv pour les Stooges de descendre dans la rue ; Down On The Street ouvre donc Funhouse , album grandiose, volcanique, le buste enflamm d Iggy sur la pochette ne ment pas. Les Stooges ne se sont pas contents de se gaver de substances en tout genre pendant les deux dernires annes, ils ont englouti une quantit impressionnante de salles minables, souvent circonspectes parfois franchement hostiles, ingurgitant au passage dinnombrables expriences sonores : Coltrane, Sun R, Captain Beefheart, Blue Cheer, The Seeds, Grand Funk Railroad Ne cherchez pas ces influences dans ce disque, elles y sont transfigures au profit de lnergie, dune rage dsespre. Il existait le Free Jazz, les Stooges invente le Free Rock dans une explosion de hurlements et de stridences mles. La critique senflamme nouveau, surtout Lester Bangs qui en profitera pour dessouder une dlirante chronique fleuve. O il crit au passage que lors de sa premire coute, un jugement divin stait abattu sur lalbum Tas de merde ultime avant de se raviser quelques lignes plus loin : Un beat froce comme les godasses dun gang rsonnant sur le trottoir, des guitares tendues mais relativement rserves, et lIguane sautant en plein dedans avec la premire de ses nombreuses interjections vocales difformes propos de Down On The Streets . Iggy Pop se sublime, il nest plus le petit gars dpressif d Ann Harbor, il a travers le pays, jou dans les endroits les plus minables, il a rencontr le Velvet, il boit dsormais ses mousses en compagnie d Alice Cooper, Michael Mac Clure, Jim Morisson et il a enregistr son disque Los Angeles. Le dmon a dcid de baiser la cit des anges jusqu los. De s y perdre, s y noyer, de propager son feu de la Cienega jusqu au derniers taudis de Bunker Hill. Les Stooges se crament sous le soleil californien, lhrone sincruste dans la partie, enfin Elektra connat des difficults et limite ses budgets. La grande messe noire sachve dans le chaos. Iconoclastes, les Stooges nous invitent rejoindre Funhouse . Pour rpondre au chaos ? Le chaos ! En 1973, les Stooges livrent Raw Power , autrement dit les tables de la loi de ce que Lester Bangs avait appel un peu plus tt le Punk en dsignant le Count Five dans un autre fantastique article crit en 1966. Onze annes avant Nevermind The Bollocks et que le monde entier ne se mette trembler devant une paire de Doc Martens et une crte diroquois. Ce fameux Two seven Clash . Les Stooges sont les pres du Punk, Raw Power laune laquelle se sont mesurs les Sex Pistols, un disque primal et primaire, sauvage fatalement prcd par des fantasmes directement extraits de la mythologie rock. Les Stooges enfoncent le clou, ils surpassent la puissance de Funhouse en accouchant dun disque obscne (des scrtions vaginales suintent au travers de mes baffles chaque fois que jcoute Penetration ), noy par un mix trange sign David Bowie qui devait alors concourir pour le championnat intersidral des schnouffeurs toutes catgories. Un son indigne, crasseux, triqu avec la voix d Iggy plus quen avant alors que les mauvaises langues se plaisent raconter quil se retrouvait souvent plutt derrire son co-producteur. Ldition vinyle et compact sont identiques, heureusement le label Legacy en propose une brillante rdition depuis la fin des annes 1990. Donc Bowie semble mettre toute sa bonne volont foutre ce disque en lair, cependant les Stooges ont-ils rellement besoin dun son extraordinaire, dune production soign ? Evidemment non ; John Cale et Bowie ne se sont pas tromps, au contraire ils avaient capt lessence du groupe, qui navait pas besoin de production, qui se devait de jouer, simplement, de prfrence fort et vite pour masquer ses faiblesses, avec les approximations inhrentes aux dbutants. Chercher la bonne formule par accidents successifs. Le rsultat se nomme Raw Power et pour une fois Iggy a pondu des textes valables, I Need Somedy , Gimme Danger , Death Trip et surtout James Willliamson les a rejoint pour surdoser les capacits agressives du quatuor, mission accomplie haut le mdiator, les solos tranchent lopacit du mixage, produisant de grands trous avec lempreinte de griffes gigantesques. Un monument de posie binaire. Mtallique et enrag. Exemple de thorie du chaos mlodique. Raw Power scoute fort, trs fort, avec un gros casque de type NR 1901 V79 , celui l mme utilis par les oprateurs de la N.A .S.A lorsqu Armstrong foulait enfin le sol lunaire. Aussi indispensable que ses deux prdcesseurs, Raw Power conclut lhistoire des Stooges. Les milliers de compilations, reditions, pirates, bootlegs n' apportent rien de plus l ' histoire, hormis le live "Metallic K.O" sorti en 1975 sur un minuscule label franais: Skydog et qui nous livre la performance ultime d' Iggy & The Stooges sur scne. Enfin mieux vaut oublier cette reformation foireuse et que plus personne nosait esprer, et qui accoucha dun disque aussi absurde quobsolte. Obsolescence qui ne sapplique toujours pas prs de quarante ans plus tard aux trois albums des Stooges. Pas que les Stooges y soient particulirement mauvais mais ils parviennent tout juste se singer et finalement le seul regret que minspire ce disque cest de ne pas avoir de cave pour lentreposer alors que The Stooges , "Funhouse" et Raw Power resteront toujours porter de main. PULP SESSIONS / Eels : That Look You Give That Guy [New Window]
" La jalousie est de toutes les maladies de l'esprit celle qui le plus de choses servent d'aliment et le moins de choses de remde." MONTAIGNE. Les Essais. 1971. Lennon clamait son amour pour Yoko Ono dans Jealous Guy, quelques annes plus tard Kurt Cobain s'gosillait sur Where did you sleep last night ?, dsespr l' ide de mettre enfin la main sur Courtney Love, en 2009 c'est au tour de Eels de nous offrir sa balade vnneuse sur les pentes acides de la jalousie. Voix casse au bout du rouleau, clopes et sale bourbon bref tout l'attirail du parfait looser ou presque... La jalousie a parfois du bon... IGGY POP : PRELIMINAIRES [New Window]
1977 sonne l'avnement des Wranglers retrousss, les chaussures orthopdiques du docteur Klaus Maertens se vendent par milliers et martlent les pavs de l'East London, les rayons pingles nourrice des merceries sont littralement dvaliss, aux quatre coins de Londres mergent d 'inquitantes crtes iroquoises. Le Punk dferle... A quelques centaines de kilomtres de l, plus exactement entre le chateau d' Herouville et les Hansa Studios de Berlin, Iggy Pop, dj pressenti dans le rle de parrain du Punk, met en bote son premier album solo sous l'oeil malveillant d'un Bowie surcocan. "The Idiot" en rfrence Dostoeski porte magistralement bien son nom. En pleine effervescence punk, Bowie pose les bases de sa future trilogie berlinoise en testant toutes les formules sur l' Iguane, splendide cobaye capable d'absorber toutes les exprimentations et autres substances que le Thin White Duke labore depuis le rock'n'roll suicide de Ziggy Stardust."The Idiot", dcri par Lester Bangs, impose potentiellement Iggy Pop comme un crooner sur fond de synths, de guitares glaces, dans une ambiance profondment malsaine, faut-il encore rappeler que les studios Hansa tenaient lieu de salle de bal pour les S.S pendant la seconde guerre mondiale. Pas si "Funtime" que a... Quoiqu'il en soit "Tiny Girls" illustre parfaitement toute l' admiration que porte Iggy Pop Frank Sinatra, la mafia et les big band en moins, l'hrone et les slim taille 36 en plus... Un vritable exercice de crooner. Depuis des annes, je serine lourdement qui veut bien l'entendre que si l' on voulait bien me prter l'espace d' une journe une maison de disque, un studio d' enregistrement, quelques musiciens choisis par mes soins, l' Iguane fileraitt illico-presto m' enregistrer ce putain de disque de crooner avec un gros orchestre bien classe et que dans la foule je kidnapperais les Stones pour un simple disque de blues au son crasseux, mais aussi que je proposerai Led Zeppelin de virer un jour un seul Robert Plant pour enregistrer avec Janis Joplin ... M... a c' est pas possible... Quoiqu' il en soit, en passant devant le rayon disques pour m'acheter "Fuck America" d' Edgar Hilsenrath, je tombe sur "Preliminaires" avec un gros sticker stipulant " l'album de crooner" d' Iggy Pop !!! Mon rve adolescent devient tout coup ralit. Tu auras au passage remarqu qu' il m' arrive d' acheter des livres dans des endroits totalement dgoutants mais qu'est-ce que j'y peux si ma ville ne possde pas de librairies dignes de ce nom et dans lesquelles le rayon agenda Didl est plus fourni que celui des romains contemporains. Aprs ces "prliminaires", venons en donc au fait, en passant sur le regard dsabus du caissier encore sous forte emprise tecktonik, je raque mes quatorze euros quatre ving-dix neuf pour Iggy et file prestement dcouvrir ce chef d' oeuvre... IGGY POP : Les feuilles mortes On a souvent reproch l' Iguane de ne pas savoir crire ses albums, ce qui n'est pas totalement dpourvu de bon sens, alors avec la sagesse de l'ge ou le flair marketing ("remember SFR"), ce bon monsieur Pop dbute avec une paisible reprise des "Feuilles mortes" o sa voix parvient encore provoquer chez moi d 'inexplicables frissons. "I Want to Go to The Beach" et ses paroles dbilisantes passe pniblement l'preuve du jugement critique, si ce n'est une mlodie crpusculaire rsonnant dj comme un chant des sirnes bien avant l' heure... IGGY POP : King of the Dogs Admirateur de Jerry Roll Morton et de ses "stomps" tout simplement mortels, Iggy croone merveille sur un jazz baroque sortis des ruines de la Nouvelle-Orleans. Un perdant magnifique, dsabus, "King of the Dogs"... Et ma chronique s' arrte l. N' est pas Lester Bangs qui veut, l o le djant d'El Cajon aurait pu faire une crise cardiaque tardive o dclencher une troisime guerre mondiale dans une chronique pamphltaire, la suite de ce disque m' apparat comme une gigantesque farce l'exception prs qu' il est dispensable de se gondoler pour quinze euros et qui plus est sur l' un des hros de ma jeunesse. Pour faire court, le reste de l'album s'avre simplement indigeste, on dirait mme parfois du Alain Chamfort au sommet de sa mforme " How insensitive", du blues acnque "Hes Dead/ She's Alive", rajoutez a le soi-disant hommage rendu au guitariste des Stooges Ron Asheton dans, vous n'allez pas le croire mais il le chante: "It's Nice to Be Dead"...Le reste prsente autant d' intrt que les lections europennes. L'ensemble aurait aussi parat-il t inspir par "La possibilit d'une le " de Michel Houellebeck ce qui ne saute pas franchement aux yeux tant Iggy Pop semble avoir perdu le sens du combat. Que dire qu'aprs tout ces "Preliminaires" sont finalement bien plus drles que bandant. Un comble...Finalement. PAUSE [New Window]
Des parallles, des diagonales, la mort... [New Window]
Pedro Sanz, directeur de la Nueva Caixa de Catalunya dtestait avoir du retard. Tout le contraire, de son ami denfance le commissaire Xavier Benitez qui lexactitude avait toujours fait dfaut, dtail embarrassant et de taille quant son activit professionnelle. Cette lacune ne lavait toutefois pas empch de mener une brillante carrire au sein de notre implacable police barcelonaise. Justement il s'tait illustr grce un heureux contretemps dans laffaire du violeur de Monjuic, sordide affaire qui au passage faisait trembler la Sagrada Familia sur ses fondations et dont l issue finale semblait tout aussi incertaine que l achvement de l difice surnaturel imagin par Gaudi. La presse entretenait la psychose, la police navanait pas et a commenait se savoir. Les discussions dans les cafs viraient lobsession monomaniaque. Les forces de lordre devenaient invitablement une cible privilgie comme si elles se substituaient lassassin. La masse se trompait de cible. A l'heure du caf, la prsence policire tait peine tolre, elle devenait insupportable lorsque l'appel divin du botelln attirait la jeunesse catalane sur les marches des glises. Dans les bureaux de la Guardia Civil, latmosphre stait charge en lectricit depuis larrive de Magdalena Crosas, le visage dform par une terreur hystrique. Le rouge, le bleu, les larmes se mlaient pour produire un saisissant tableau de lHorreur, elle ne tenait plus en place et Benitez savait dj de quoi il en retournait. Aprs les formalits dusage linterrogatoire fut dune rapidit foudroyante : - Avez-vous vu le visage de votre agresseur ? - Non. - Avez-vous pris le tlphrique rcemment ? - En dbut daprs-midi. - Je vous remercie. On le tient ! Magdalena navait pas encore relev la tte que le cul de Benitez passait dj le seuil du commissariat. En dmarrant en trombe, son gyrophare scrasa lourdement contre la vitre, surpris par cette attaque inattendue, il emboutit dun majestueux coup de volant l Audi de son suprieur hirarchique, vhicule qui portait vraisemblablement tous les attributs de lachat rcent. Sans se dmonter, il haussa les paules en adressant un signe inexplicable et inintelligible pour les deux gardiens de la paix en faction, malheureux tmoins de la conduite chaotique du commissaire. Il fonait, sirne hurlante, la compagnie de gestion du tlphrique afin dobtenir les fichiers du personnel avant la fermeture des bureaux. Et l il prouva son efficacit. Les documents furent photocopis dans leur intgralit, de mme que les plannings des mois prcdents. Les victimes, en plus de leur profil similaire, des femmes dune trentaine dannes issues des classes moyennes avaient toutes emprunt le tlphrique, sur chacune delle les enquteurs avaient retrouv un ticket attestant de leur voyage dans les airs de la cit catalane. Benitez tenait avec Magdalena Crosas, la confirmation de ses doutes. Son intuition de dpart semblait se confirmer. Son tude minutieuse des dossiers du personnel ainsi que les dates et horaires de prise de poste des employs dsignaient impitoyablement Josep Blaes, jeune garon peu gt par la nature tant son visage ingrat suscitait le dgot ; on aurait dit quApollon stait pench sur son berceau pour y dverser son trop plein de libations dans un effrayant concert de borborygmes. Le casier judiciaire de Blaes aurait pu servir daide-mmoire pour les candidats de lcole de police, strotype du parfait maniaque sexuel : enfance douloureuse, victime d un viol l age de treize ans, puis incarcr dans un centre pour mineur de la banlieue madrilne, une condamnation pour tentative de viol en 1993 et pour conclure une exhibition devant l cole prive du Passeig de Gracia le consacrait comme le dernier des salopards Benitez le tenait, il ne lui restait plus qu lui mettre la main dessus, ce qui restait toujours plus sr qu une victoire de l Espaol en Copa del Rey. Blaes habitait dans une ruelle sordide, une de ses petites perpendiculaires du Parallelo, un serpent pav o stalaient encore les trsors ancestraux de Babylone, certes moderniss sous forme de micro-shorts frange, sur des cuisses fines et fente apparente, de receleurs en blouson de cuir lims proposant une varit surprenantes de bonnes affaires; d ailleurs les galeries de la Plaza de Catalunya navaient qu mieux se tenir. Des bars schappaient parfois lodeur du Suquet de Pescado, dun redoutable Garbanzos con Butifarra negra ou des inoubliables haricots blanc de San Pau, lodeur dune Barcelone qui, prise dans son vertige de modernit, se permettait le luxe de souffrir damnsie: alors ces ruelles rsistaient. Sans elles Barcelone ne serait plus la mme. Perdu dans ses penses, Benitez avalait distraitement ses calamars, insensible la mouche qui venait lgamment de raliser un somptueux piqu avant de seffondrer dans son assiette. Il irait cueillir son homme ds la premire heure, enfin il ne serait pas seul, un dispositif consquent se mettait en place avec toute la discrtion propre aux autorits de ce pays mais il en tirerait certainement les honneurs, ce qui lui procurait du plaisir mais le mettait inexplicablement mal laise. Laffaire avait perscut tout un quartier avant de se rpandre dans les journaux pour gagner le cur de la ville entire. Le dnouement paraissait mme ridicule, loin de lui lide que dautres femmes subissent le mme sort seulement il prouvait une terrible frustration devant les conclusions minables qui lui avaient permis de remonter la piste jusqu ce tout aussi minable employ du tlphrique. Lenqute aurait eu plus de gueule sil stait agi dun fils de la bourgeoisie catalane. Une fois de plus les mmes quartiers seraient montrs du doigt au plus grand bonheur des promoteurs immobiliers qui ne manqueraient pas d' implanter une demi-douzaine dimmeubles de bas tages au beau milieu des ruelles o vivait le violeur. Les ouvriers posaient dj les dalles de bton. Chaque vnement de la cit entranait sa suite une srie de consquences qui ne semblaient rien avoir en commun mais qui se reliaient entre elles par dinquitants rseaux aux obscures ramifications. Avant d'tre consacr hros catalan en livrant Blaes la justice, Benitez prouvait un incommensurable besoin d'absolution; il dcida donc d' aller faire un tour chez la Carmen en plein coeur du Raval car sombrer entre ses cuisses revenait se dbarasser de tous les pchs... La suite la semaine prochaine ou pas... REVUE D'EFFECTIF [New Window]
LOCAL NATIVES : GORILLA MANOR ( FRENCHKISS/US. INFECTIOUS GROOVE/EU.) Je porte des chemises carreaux, une veste en laine et de jolis chapeaux. Je suis sorti du doute spirituel lorsque j'ai embrass la religion GEEK l'ge de douze ans et demi. A compter de ce jour, j'ai englouti un sicle de musique en moins de temps qu'il ne faut pour rendre hommage Onan. Voil pour les prsentations. Qui suis-je ? Fleet Floxes ? Grizzly Bear ? Dirty Projectors ? Arcade Fire ? Oui mais pas vraiment. Je suis tout a la fois. Je suis Local Natives. Les harmonies vocales, le lyrisme, les dstructurations mlodiques qui ont fait la singularit des sus-nomms s'additionnent brillamment ici, trop brillamment pour ne pas finir dans un trop parfait consensus qui ne serait rien d'autre que la somme de leurs influences. Pas plus. Et surtout pas moins. C'est dj a. LOCAL NATIVES : Who Knows Who Cares CODEINE VELVET CLUB : CODEINE VELVET CLUB (ISLAND RECORDS) Sur les traces d'Alex Turner (Artic Monkeys) et de son projet Last Shadow Puppets, Jon Lawler des insupportables Fratellis nous convie une rjouissante ballade romantique en compagnie d'une charmante inconnue rpondant au doux nom de Lou Hickey. Entre power-pop "I Would Send You Roses" "The Black Roses" et pop sixties "Nevada" "Reste avec moi", pop symphonique et cuivre "Hollywood", l'exercice, vous l'aurez compris, sduit facilement car minement Pop. Genre Nancy Sinatra et Lee Hazzlewood, style gnrique James Bond qui donnerait envie de mettre une bonne paire de claques Daniel Craig pour s'envoyer des vodka-martini jusqu'au bout de la nuit avec Sean Connery. CODEINE VELVET CLUB : Reste avec moi MIDLAKE : THE COURAGE OF OTHERS (BELLA UNION) Au premier coup d'oeil sur la pochette, on pourrait croire qu' il s'agit de la bande originale de Kaamelot mais non c'est bel et bien le nouveau Midlake et autant vous dire qu'on est pas l pour se fendre la poire. Aprs trois ans d'absence, les texans se ramnent et se portent toujours aussi mal. La dpression leur va si bien. Un disque noir, dsespr, crpusculaire o le folk s'habille en noir et qui arrive nous faire croire qu'on est heureux d'tre triste. Beau en pleurer... MIDLAKE : Bring Down KINGS OF CONVENIENCE : DECLARATION OF DEPENDENCE (EMI) Aux antipodes de Midlake, Kings Of Convenience dpoussire le folk et lui enfile ses habits du dimanche. Avec lgance, le duo norvgien produit un album lger, aux cordes omniprsentes et qui n'est pas sans voquer Jack Johnson, la mivrerie, la candeur et la planche de surf en moins, les harmonies vocales en plus. Qui a dit que les garons n'taient pas dous pour les dclarations d'amour? A couter sous la neige ou les palmiers, seul ou accompagn, hors saison et hors du temps. KINGS OF CONVENIENCE : BOAT BEHIND Tous les podcast prsents sur ce site seront retirs sur simple demande des ayant-droits. PULP SESSIONS # The Fiery Furnaces : My Egyptian Grammar [New Window]
THE FIERY FURNACES : MY EGYPTIAN GRAMMAR J' ai ouvert mon prcis de grammaire Pop la page 333, le soleil de septembre disparaissait lentement aval par l' automne et je croyais que cela ne pourrait plus m'arriver. Quoi donc ? Tomber btement amoureux d'une chanson alors qu'adolescent je succombais cent fois des titres dj oublis le lendemain, enfouis jamais dans mon cimetiere auditif. "My Egyptian grammar " me foudroya. Comme un chat sacr, la basse ronronne ds l'introduction, dessinant d' tranges hiroglyphes entre lesquels serpente la voix distancie d' Eleanor Friedberger dguise en Nefertiti Pop l' espace de trois petites minutes pour le genre de chanson que vous n' oublierez pas au bout d' un quart d' heure. Une ritournelle infernalement accrocheuse, sertie par des boucles mlodiques qui, tout en se dupliquant, prservent le charme secret d' un vieux parchemin dont on aurait oubli la langue. Pour m' y retrouver, j' ai donc ouvert mon prcis de grammaire Pop la page 4428. Je n' y voyais pas trs clair mais je pouvais y deviner l' ombre du Velvet Underground & Nico, Patti Smith contre-jour, les Beatles aussi mais... Finalement les Fiery Furnaces ne ressemblent personne sauf eux-mmes. Et c' est tant mieux. Tout ce que vous avez besoin de savoir sur les Fiery Furnaces se trouve ICI. Et srement ailleurs...Avez-vous ouvert votre prcis de grammaire Pop la page 5566 ? My Egyptian Grammar I never thought it could have happened to me. I never thought it could have happened to me. But on the morning of my eldest daughters second wedding, I blacked out. They said it was just stress, but I didnt think so: I couldnt remember the 15 minutes before. A white-haired half Samoan girl from Darwin, Gave me a ride, it seems; she let me the car in. But what it was she said, I couldnt say Now, that clearly didnt happen. I consulted my Egyptian grammar. On page 3333 was the hieroglyph for motorcycle helmet. I combined this with a leather-back's shell, as I felt I was instructed. I Xeroxed it, and posted it down by the bike lock-ups at the Oriental Institute. Maybe a nether-world entity would see it and pass it on to those responsible. That kind of thing must happen sometimes. Now that clearly didnt happen. I consulted my Egyptian grammar. On page 4428 was the hieroglyph for French Canal boat. I met on the Midway someone channeling up a whatever it wasn't: There are 17 sections of cymbals in the orchestra of the oversold, it said. Your youth is lost and doesn't it now seem you can't make smoke--only steam? Now that clearly didnt happen, I consulted my Egyptian grammar On page 5566 was the hieroglyph for a blue jay. Nouvelle minimaliste II : " Honey White " [New Window]
Morphine : " Honey White" Steve Tornado enchanait les virages une vitesse draisonnable, chaque sortie de courbe il freinait violemment pour remettre les phares de l' Impala dans l'axe de la route, puis dans un crissement de pneu il crasait l'acclrateur jusqu' au plus sourd vrombissement du moteur. Ma tte bourdonnait, le sang affluait massivement sur mes tempes. Mon cerveau menaait d'exploser. Le 9 mm gisait sur le plancher, la sueur sur la crosse restituait encore fidlement l'empreinte de ma poigne bien que je l'eus laiss tomber au mme instant que je claquais la portire. La nuit dfilait tout barzingue. Le canon sci reposait sur mes genoux. Au cas o... Chaque fois qu' on quittait les lieux d' un braquage, je sombrais peu peu malgr la conduite inconsciente de Steve dans une sorte de grand vide comme si toute mon nergie, l'adrnaline se barrait par un orifice secret dont le dbit ne cessait de crotre. Jusqu' l'puisement. Jusque dans les derniers recoins d'un motel miteux, recroquevill dans un lit anonyme o je me laissais sombre dans un sommeil embrm. Un braquage ordinaire ce soir, peine avions-nous brandi nos armes que le grant avait dj vid le contenu du tiroir caisse sur le comptoir. 628 $. Pas d' insulte, pas de violence, juste un canon scie et un 9mm. Tornado se plaisait raconter l'histoire d'un petit Indien "Angry Bear" qui avait transformait un drugstore en boucherie de campagne. Arm d' un simple couteau de chasse, l'affaire avait mal tourn pour le grant et trois clients en manque de sensations fortes. Depuis Steve appliquait la formule suivante "La puissance de feu est proportionnelle la force de dissuasion". Pour viter les carnages. Pour l'tat du Nevada, nous avions amass 36 758 $ en dix-neuf hold up. Il fallait de la rigueur pour ce genre de vire. Selon la coutume, Steve comptait clore la srie sur un vingtime " Vide ta caisse". " Vingt c'est la rgle, un de plus dans le mme tat et tu te retrouves plomb. Invitable, mec." Devant nos yeux fatigus, la route 374 droulait son tapis troue, parcourue par un vent violent. La neige recouvrait les bas cots, un phnomne rare pour l'endroit et le saison. A la prochaine aire de repos, on rangerait l'arsenal dans la planque conue par T.C Reilly et situe dans le pare-choc avant. "Honey White " dversait son swing effrn . Tout semblait rouler. L' aire tait dserte, la neige feutrait le bruit de la circulation. En ouvrant la portire un dluge de balle s'abattit sur la carosserie, le canon scie et mon arme s' enfoncrent sur le sol laiteux encore immacul. Je m'effondrai , le dos plaqu contre le mtal froid. La course de Steve ressemblait au froissement d'une boule de papier. J'tais perdu... "Honey White" s'achevait. La bouche colle contre la neige, je percevais les pas qui venaient dans ma direction. Une dernire dtonation transpera la nuit blanche. Sur La Bruyantissime, vous lirez une dlirante chronique sur le disque "Yes" des regretts Morphine. MAYER HAWTHORNE : A STRANGE ARRANGEMENT [New Window]
Spcialement dpch de Detroit pour rchauffer votre salon lors des interminables soires hivernales, Mayer Hawthorne dveloppe une soul soyeuse souhait qui vous fera comprendre qu' il est dsormais inutile de rajouter des bches dans la chemine ou de tourner la molette des chauffages au maximum. A dguster entirement nu. Got : fond lentement en bouche. Voil ce que je pensais de Mayer Hawthorne & The County, il y a encore quelques mois. Et aujourd'hui je n'en pense pas moins. En trente cinq minutes express, Mayer Hawthorne touche la quintessence de la soul tel un roi Midas hant par les mlodies Motown, il transforme en mtal prcieux n'importe quelle rengaine porte de voix. Plus qu' un hommage la soul des sixties, un exercice rtro, une lubie vintage, ce gentil garon l' allure d'un Buddy Holly gar dans Detroit imprime une nouvelle page dans le livre d'or de la Soul. Haut la main. A STRANGE ARRANGEMENT : Un soyeux tapis droule sous vos mocassins pompons, vous pntrez dans l'univers de Mayer, quoique couter attentivement vous ne savez pas si vous avez involontairement mis les pieds chez R.Kelly ou pire chez un insurg des Boyz to Man. JUST AIN'T GONNA WORK IT OUT : Un imparable sommet, dj un classique qui mettra la larme l' oeil aux jeunes filles et fera fondre le coeur des mauvais garons. Une preuve de plus que la soul demeure toujours le meilleur langage de l' amour. MAYBE SO, MAYBE NO : Dconcertant de facilit, Mayer hawthorne chipe le son des productions Daptone et frappe une nouvelle fois dans le mille, rythmique impeccable, choeurs enttants, dans la veine du formidable "The Way I See it" de Rafael Saadiq,A Strange Arrangement puise son inspiration aux mmes sources : Temptation, Miracles, Jackson Five, Vandellas, et plus gnralement tout ce qui touche de prs ou de loin la maison Stax Motown, base Detroit quelques kilomtres d'Ann Arbor, lieux de naissance de l'intress et d'un certain Iggy Pop. YOUR EASY LOVIN' AIN'T PLEASIN': Une sucrerie confectionne dans le plus pur style du Marvin Gaye de la premire heure. I WISH IT WOULD RAIN: En attendant la pluie... MAKE HER MINE : Mayer Hawthorne renoue avec le thme de prdilection de la soul, les histoires d' amour, en l' coutant, il n'a plus de souci se faire. Elle sera sienne. "She's so Fine...". Il enfile son costume, noue sa cravate, redresse son col et sort dans la rue en sifflotant. ONE TRACK MIND : Ca claque comme chez les Suprmes, a swingue comme chez Wilson Picket, Mark Ronson dj coupable du "Back To Black" d'Amy Junkhouse s'offre une nouvelle fois une luxueuse production, un "Wall of Sound" sa manire: subtil, sobre et lgant. THE ILLS : La petite escapade pop tourne court et en rond, un titre dispensable qui aurait tout aussi bien pu figurer sur le tout aussi dispensable album de Mark Ronson parmi la plthore d' invits du compositeur-producteur le plus en vue du moment. SHINY AND NEW : Vous n'aurez pas trop de peine vous retrouver dans l'ambiance de "Jacky Brown". En tte tte avec Pam Grier. Ou pas. LET ME KNOW : Aussi accrocheur qu' un classique du calibre de "My Girl", taill sur mesure pour s' installer aux cts des Hits fabriqus la chane par le mythique tandem Holland-Dozier, quatres mains qui enfilaient les succs aussi vite que les quatre roues sorties des usines Ford, Detroit, Michigan. Efficace comme une Mustang, lgant cmme une Gran Torino. Ce gamin en a dans le moteur. GREEN EYED LOVE : Inquitant comme une intro de 24 Carats Black, "Green Eyed Love" conclue magistralement un "A Strange Arrangements" foutrement bien fichu, Mayer Hawthorne nous accompagne d'une voix de falsetto pour nous signifier la sortie. Une fin sombre et classe. En l'espace de trente-cinq minutes chrono, Mayer Hawthorne & The County ressuscite les grandes figures de la soul et s'impose lui mme comme un acteur dsormais incontournable du genre. Il faudra invitablement laisser un peu de place dans sa discothque pour ranger ce garon entre ses Curtis Mayfield, Dramatics, Delfonics et autres curiosits. www.myspace.com/mayerhawthorne MENAHAN STREET BAND : Make The Road By Walking [New Window]
MENAHAN STREET BAND : THE TRAITOR Tu pourrais dbarquer au beau milieu de Brooklyn comme a sur un coup de tte, sans mme savoir quel jour il est. Tu dambules sur les larges avenues, le regard riv au sol ou la tte leve vers les faades des buildings, tu ne sais plus trs bien... De toute faon a n'a pas beaucoup d' importance. Voitures et passants acclrent le pas sous une fine pluie glaciale, New York parat de mauvaise humeur, les marchands de glace se donnent bien de la peine pour remballer leur matriel, les taxis ne prennent plus la peine de s'arrter devant les quelques costards-cravates qui tentent de les hler d'un geste nergique, de toute faon les jeux sont faits et les courses dj engages. Les parapluies entament une valse dsordonne, ils s'effleurent, s'entrechoquent dans un concert d'claboussures silencieuses. Les couteurs mticuleusement enfoncs dans tes oreilles diffusent la bande son idale pour s'enfoncer dans le ventre de Manhattan. C'est "Make the Road by Walking" du Menahan Street Band. Si jamais les multinationales Soul-Funk devaient manquer de main d'oeuvre, nul doute que sur la simple foi de leur C.V, elles s'acharneraient offrir un pont d'or aux hommes du Menahan Street Band. Flashback et prsentation. En chef d'orchestre : Thomas Brenneck alias Tommy TNT pour les intimes de Sharon Jones & The Dap-Kings qui a su runir pour l'occasion des membres d'Antibalas Afrobeat Orchestra, du Budos Band, d' El Michels Affair et de ses fameux Dap-Kings ce qui n' tait pas une mince affaire au vu des emplois du temps de ce grand personnel. Point de ralliement : Brooklyn et la maison mre Daptone Records, rcemment victime d'un pillage en rgle de ses meilleurs quipements lors d'un cambriolage le 16 fvrier 2009. MENAHAN STREET BAND : THE CONTENDER Le mlange des genres sonne ici comme une vidence: faites fondre la soul frache dans un grand bol de funk, rajoutez une pince de reggae, trois louches de jazz, couvrez et laissez mijoter lentement dans une marmite imbibe d'huile et d'pices afrobeat. Voil donc la recette de "Make the Road by Walking", jamais indigeste et pourtant si riche en ingrdients judicieusement dispenss au gr des influences diverses de chacun des membres de cet orchestre classieux. Une russite dans tous les sens du terme car mme s'il lorgne dans toutes les directions possibles, l'album ne souffre d'aucune faute de got et droule, tout en cohrence et sans complexe, ses ambiances de bande originale d' un film n au coeur de Grove Street mais conu pour explorer de nouvelles destinations. Pas si loign de l'univers des canadiens du Souljazz Orchestra ou Mulatu Astatke, c'est surtout l'ombre du gant nigrian Fela Kuti qui flotte autour de ses dix plages instrumentales fortement addictives. THE MENAHAN STREET BAND : HOME AGAIN! Pour finaliser "Exile on Main Street", Keith Richards avait lou durant l't 71 la Villa Nellcte transforme en quartier gnral de la Gestapo sous l'occupation trente ans plus tt. Les Stones sortirent alors l'aune laquelle des gnrations de rockers allaient se mesurer. Malin comme pas deux et visionnaire en matire de crise conomique, Thomas Brenneck, lui, aurait mis en bote ce truculent ovni analogique dans sa chambre, seulement quip d'un 8 pistes et de deux micros juste au dessus d'un centre social appel Make the Road by Walking, titre du premier simple de la formation en forme de clin d'oeil et d'amulette. Car cette composition ne trompera pas la vigilance d'un certain Jay-Z qui non content d 'en sampler les cuivres, se dlectera d 'une distinction honorifique dlivre par Rolling Stone (best song 2007) pour son "Roc Boy (And the Winner Is)... La Brooklyn connection fonctionne merveille et permet Brenneck d' engranger au passage quelques royalties qui ne feront pas dfaut au dveloppement de Dunham Records, nouvel talon de l'curie Daptones Records, label largement popularis par les performances de la tornade Sharon Jones & The Dap-Kings. Si Brooklyn est indniablement ancr dans le coeur des hommes du Menahan Street Band, Thomas Brenneck se montre gnreux et nous offre une excitante visite guide le long des rues de la grosse pomme par tous les temps et n'importe quelle heure... Comme il se doit, le mot de la fin lui appartient pour dcrire sa musique et juste titre il le fait mieux que quiconque : "This album is kind of a window into our world on Menahan Street. In a way we're simply the street's unofficial house band." THE MENAHAN STREET BAND : MAKE THE ROAD BY WALKING MENAHAN STREET BAND "Make the Road by Walking".2008. Lecture Mille Milliards de Milieux [New Window]
Avis la Population!Date : Jeudi 18 mars 2010Heure: A partir de 19h01Objet: lecture/rencontre/signature/godets autour de Mille Milliards de Milieux, texte Claro / photos Michel Denanc (ditions le Bec en l'Air)Lieu: Librairie Penses Classes, 9, rue Jacques-Cur - 75004 Paris (mtro Bastille)Proposition: Nous vous invitons couter Claro pour une prsentation et une lecture d'extraits de Mille Milliards de Milieux, paratre le 10 mars aux ditions Le Bec En l'Air.Descriptif: Vesna Vulovic est htesse de l'air. Le 26 janvier 1972, elle travaille bord d'un vol destination de Zagreb. L'avion explose en plein ciel. Miraculeusement, l'htesse de l'air survit une chute de 10 000 mtres et s'en sort avec quelques fractures. Claro a imagin le rcit de cette chute vertigineuse, et les souvenirs qui' s'y rattachent. Vesna nous raconte ce "voyage vertical", et prend le temps dont elle dispose pour galement revenir sur quelques instants de sa vie, son enfance, ses parents, son intrt pour les ptisseries, son hros en parachute, et quelques moments tragiques de son existence.(http://www.facebook.com/event.php?eid=335445313591&ref=ts)Comme on aime le dire: Venez trs beaucoup. Entretien entre Asensio, Bartleby et Monti. Premire partie. [New Window]
La premire partie de l'entretien men avec Juan Asensio et Franois Monti sur la littrature, la critique et bien d'autres choses est en ligne sur Stalker, ICI.Cet entretien, je le rappelle, sera publi en feuilleton sur le site de chacun d'entre nous. Je vous souhaite une bonne lecture. Entretien entre Juan Asensio, Bartleby et Franois Monti. Prsentation. [New Window]
Peu de temps aprs avoir ralis avec Marc Villemain pour le Magazine des Livres un entretien (ICI) qui nous valu quelques insultes et quelques inimitis, Juan Asensio, qui doit me vouloir du mal, ma propos de ritrer avec lui-mme et Franois Monti. Cest ce que nous avons fait.Cet entretien, trs long, sera publi en feuilleton sur le Stalker, sur Tabula Rasa (spcialement rouvert pour l'occasion) et ici-mme partir de lundi.Nous ne sommes ni des Universitaires, ni des journalistes, ni des professionnels de la critique, mais, et cela mme si nos cheminements sont diffrents, nous partageons, je le crois, un mme amour de la littrature.Aussi imparfait que soit ce dialogue, nous nous sommes exprims librement, avons exprim nos points de rencontre comme nos dsaccords.Sur son blog, Medellia au vitriol, Pamla Ramos a eu la gentillesse de rdiger une prsentation cet entretien. Je vous invite lire son texte ICIIllustration : David Dalla Venezia. pouet [New Window]
Erm; je reprends depuis quelques temps les X Files (environ milieu de saison 2), et me fait en regardant des remarques varies, l'intrt vari. Comme le fait qu'aprs autant de fois ce gnrique vu, je m'aperoive maintenant du fait que la premire photo, celle avec l'OVNI, contient une inscription en bas droite ; ou comme cet pisode (2x13, le ftichiste/irresistible) dans lequel on voit bien plus prcisment que l'agent Scully est choque par les corps profans alors mme qu'elle est mdecin lgiste et que (disons supposment), d'une certaine manire, elle doit tre habitue aux choses pas trs nettes, montrant ainsi une distinction radicale entre le corps toujours humain (celui, ceux des tombes, malmens) et le corps devenu objet scientifique (et qui, presque par dfinition, ne saurait tre profan) qu'on avait quelque mal lui accorder et comme par magie, plus tard, l'pisode avanant, on la voit exprimer ce sentiment d'humanit encore prsent qu'elle oppose ses autopsies, comme dgages de toute considration autre que clinique ; ou comme ce dbut d'pisode (2x12, Aubrey) dans lequel on voit ce bon Terry O'Quinn, notre John Locke sur son le, dans un rle de commissaire moustachu, dj absorb dans ses mimiques compulsives et nonchalantes ; ou mme un peu plus tt ce drle d'pisode (2x7, les vampires/3) o, Scully tant absente, Mulder se voit en relation directe avec une autre femme, comme pour combler un manque de sensualit se baladant autour du personnage isol et des spectateurs ; ou comme cet pisode (2x9, intraterrestres/firewalker) dans lequel Mulder trouve un improbable alter ego la recherche de vrit, comme mpris en cachette car concentr sur l'intrieur et non l'extrieur, et pourtant ayant ce qu'il faut pour soutenir ce que ses recherches ont dcouvert. Oh, c'est ingal, on a quelquefois des pisodes s'achevant sur un plan du mutant ou de la sorcire trait dans le cas de l'pisode, arrivant pour recentrer sur "c'est pas de leur faute c'est comme a et puis crotte" un peu emmerdant la longue ( vue de nez je lance le 2x2, le 2x11 et le 2x12, peut-tre aussi le 2x10 voire le double pisode sur Duane Barry), des problmes de rythme et parfois des SFX qui puent un peu du fion, mais pour l'instant tout va bien. Enfin je ne voulais pas parler de a, je sais plus. J'avais des souvenirs emmls, je voyais le dbut de la saison 1 dans la jungle o se situe en ralit le dbut de la saison 2, quelques pisodes totalement oublis et quelques uns mergeant au milieu de tout a (ceux sur la vrit, Eve, les deux pisodes avec Tooms, Quand vient la nuit et son fameux vert, le huis-clos arctique, etc.), et tout va bien. Reprenant la lecture j'ai entam Kissed By, d'Alexandra Chasin. Du peu (un tiers) que j'ai vu, c'est assez intelligent pour tre drle, assez drle pour se permettre d'tre intelligent (et je suis fier de la formule). J'ai jet un coup d'il sur la fin, moiti pour voir s'il y avait un sommaire (il est au dbut, je suis con moi aussi), et j'ai vu sept index chargs. Et d'autres surprises. J'ai bien compt et j'ai dj 30.000 mots (un peu plus) d'un texte. Je ne sais mme pas de quoi a parle (il y a des faux chinois, un morceau d'essai sur la parentalit dans Dragon Ball, un gugusse qui s'appelle Sophocle Cambrure, des boules de glace et de la Bolivie), donc j'imagine que a sera fini 34.000 ou 250.000 mots. Enfin c'est toujours mieux que rien et, un certain niveau, a semble bien mieux que le gros truc prcdent (qui ne savait pas trop quel tait son sujet non plus vrai dire). Bref. Et, ah, du foot. JeFelipe Massa a gagn Magny-Cours. Mme si j'aurais prfr une victoire de son coquipier, a me va. Veronica Manganese [New Window]
petit dialogue entre dipiens cathodiques [New Window]
(ou loge des gros lourds)Personnages :Eugnie, 17 ansGAMMA, 17 ansUlsio, 18 ansEu. mais c'est quoi ce programme ? C'est truff de fautesGA. j'te trufferais bien, coquineEu. espce de petitUl. non mais attends, la prochaine fois tu veux pas dire qu'il est "fourr" de fautes ? C'est pas trs juste mais j'aimerais bien changer la blague un peu. Et te fourrer aussi, j'aimerais bien, ouiGA. a devrait tre rtroactif aussiEu. non, et de toute faon ton truc ne sert rien c'est hum, c'est aaah comme pisser dans un violonUl. se branler dans un violonEu. quoi ?Ul. on dit "se branler dans un violon", pas "pisser"GA. je confirme, a serait totalement idiot de pisser dans un violonEu. c'est le principe : a veut dire que c'est inepte et inutileGA. mouais J'veux dire, c'est quand mme dommage pour le violon, il est foutu aprs, donc techniquement ce n'est pas inutile ; a ne sert rien mais a change pas mal de trucs, donc je peux pasen mon for intrieurdire que c'est inutilema conception du truc, tu vois. Alors que si on se branle dedans, a devrait pas changer grand-chose, suffit de trouver la bonne positionUl. et les cordes font de sacres sensationsEu. quoi ? T'as djGA. c'est vrai ?Ul. ouais je t'assure, tu devrais essayer. Si je pouvais me faire Eugnieje te cite juste comme exemple ma poule loisir je m'en servirais pas, mais l je suis seul et ooooh oui tu vois, on fait ce qu'on peutGA. c'est pas un peu serr ?Ul. videmment, mais a augmente les sensations. Bon il faut prendre le coup tant donn que c'est euh un peu coupant, mais sinon c'est parfait, tu dtends un peu et hop. Pour ceux qui dbutent on peut aussi changer directement les cordes, a vibre moins bien mais a vite d'avoir une bite de lpreuxEu. c'est plus glamour qu'avec une flte en tout casGA. la flte un grand classiqueUl. y a des fltes glamour, rien qu'une traversire c'est la classe. Sr que si tu gardes ta merde de collgienne en plastique mme pas impression bois tu va avoir une sale raction en te pipotant le minouEu. euh, oui on va dire que j'ai rien entenduGA. en attendant c'est trs con cette expression, c'est commeUl. je connais une boutique musicale sympa pas trop loin si tu veuxGA. faut pas jeter le bb avec l'eau du bain, c'est dbile, fauEu. faudrait une sacre bonde, oui, tu l'as dj dit des milliers de fois. Ulsio, je sais pas trop, on en reparleraGA. rien que l'aspect musical, videmmentEu. oui enfin j'ai dit on verra, faut pas mettre la charrue avant les bufsUl. ta mreEu. quoi ?!Ul. on dit "faut pas mettre la charrue avant ta mre", pas "les bufs"GA. je confirme, a serait totalement idiot de mettre la charrquoi ?Ul. ouais, qui se ferait une charrue de toute faon ?GA. je sais pas ta mre ?Eu. vous tes lourdsUl. pour le coup, je te trouve un peu obtuseGA. pas comme ta mre, encore que c'est quoi un angle obtus dj ? plus ou moins que droit ?Eu. vous tes juste lourdsGA. comme tanon trop facileEu. c'est ta mre qu'est facileUl. mec t'es une buse, tu te fais avoir chaque foisGA. chaque fois to you, sirEu. quelle morgueGA. double assassinat dans cette rue, je crois bien. Le coupable n'tait pas ma mreetc. 2047 [New Window]
Chauss de mocassins la faon daim, dun galurin cow-boy, cardigan nacarat autour du poitrail, Sol (alors sintitulant R. B.), tout transi, faisait son troubadour urbain, souriant, chantant fort sur un trottoir, sur huit trottoirs, Paris (il croit (croyait) a), sy baladant bandant dans son pantalon trop grand, poussant ainsi bout son slip sous daucuns bravos ou cris badins ( paladin viril ! ou plus impoli) sortis dun (ou six) badauds (ou malandrins) du coin, paysans voisins hurlant ahuri(s) par son phallus rococo, tous soumis (y compris Sol) lalcool. Gravitant autour dudit Sol, un pygmalion flambantAvant a, sorti du boulot, riant autour dun gros bocal (un aquarium), lui (Sol) balanait pataud sur un portail. Savisant dun canon passant pas trop loin, il chanta lamour soudain qui vibrait pour la chic nana (illumination !) (un bijou aux jolis appas !) dans son corps, loin du goujat ou du malotru ou du fat il lui lana dans lair son chant, sa voix roulant sans hasard sur rubans tordus pour courir au but voulu, ici fut donc un truc dont limpact alla la conclusion : la nana stoppa son pas adroit, tourna son corps plaisant, vit Sol qui bouillait vingt bonds. Puis, la nana sapprochant, il accabla dabord son orillon dairs flambants, allant prompt, lui susurrant dabondants mots dadmiration, gazouillant mots doux dun cocon ou mots cochons quasi tabousSoupirant : Y a-t-il un nom vous clarifiant, mignon joyau ?Piano : Subaru M.Ravi : Ho. Du Japon. Subaru, un croustillant sandwich au clair lunal vous dirait-il ? Puis nous pourrions nous voir autour dun carafon, un balthazar.Lair coquin : Ou un nabuchodonosor.Jovial : Parfait. Dansons !Tournicotant, limpromptu duo va au bord du trottoir, faillit choir mais accomplit un fait inou, partant sur un hardi azimut, dans un ravissant tourbillon. Plus au Sud, trois instants passant, Subaru applaudit un babouin jonglant, accompagnant un poilu portugais jonglant lui aussi (pas inclus dans ladmiration Subaru), jonglant donc (babouin). Six brandons ! Bravo babouin. Sol, dubitatif, choisit dapplaudir un brin lui aussi. Ici ou l, un millions dabrutis hurlant la promotion du babouin.Lami portugais, contrit dun si grand affront (aucun bruit pour lui mais tout un tohu-bohu pour lidiot babouin, troublant), bondit au bas du podium dimpro, criant sur daucuns son affliction. On lui fait savoir rapidos quil na pas raison, son minimum syndical puant (un soupon) lidiot, ton truc vaut autant dubik quun vacuum, andouillard ! , quon lui brait fort dans son ciboulot compassion pour babouin, oui voil cquon a ! lui au moins na pas choisi, on voit aussi dans son air quil vous hait, quil maudit vos trucs, quil vomit son sort . Labstrait portugais pond : Ah ! a, vous ! Vos savoirs sans fond ni fonds sont affabulations. Mon ami Bongo, un babouin, oui, vit ici puis cinq ans j, jamais na plaint sa condition, jirai aussi jusqu garantir quil vit tout gai, satisfait du lot autour. , un public, sopposant sans plus savoir pourquoi : Tyran ! Ton jour sur lanimal ici vivant naura pas plus dinstants futurs, toiSol produit un brin sa traction sur la main Subaru, lui susurrant laissons lidiot discourant son baratin un abruti aux longs baragouins insignifiants. Plus loin : Allons donc plutt nous nourrir dun frugal sandwich, ainsi quavanait ma proposition. Puis nous pourrons, pourquoi pas, ah, allons-y franco, courir mon appart, ta maison, pour y assouvir nos pulsions et nous sur affaiblir sur un lit, fichu lit, navrant lit ployant sous nos corps. Subaru souscrit sans fric au contrat baisal.PAF, aucun sandwich, frugal ou non, tout droit la maison, hop, a y va tout glissant vulval tout croupion tout cotant BANG PAN passion pan dans lcul, un vagin un phallus un duo danus un duo buccal, hop tout part autour dun milliard (trois !) combinaisons du kama-sutra ou RAAAAA all night long plus ou moins, plus ou moins car plus ou moins trois horos du matinos, un bruit incongru, fort, aigu, pulsa dans la maison Subaru, faisant finir sans sommation (mais si sommation) un cot long.Discussion. Ton mari ? Mais non, abruti. Alors quoi ? Un ragondin ? Sun Quan ? Qui a ? Un chinois. Un chinois mort. Mais pourquoi ? Sais pas moi, pourquoi pas ? Un ragondin aussi ctait con a priori. Vrai. Tas du cran pour vouloir un ragondin ou un chinois mort, ici, quasi dans ton lit. Idiot.Bruit. Inconnu. La situationOh ! Un toubib (on voit a son habit blanc) joufflu (on voit a du gras parcourant tout son corps) surgit par un portail pourtant clos. Dun coup Sol bondit pour aboutir son cabochon mafflu. Poing droit, panard droit, coup dans son nombril, coup haut frontal sous son pif. Toubib knock-out, rlant plaintif. La suspicion sinstallant, Subaru sort du lit, lchant son coussin, va au toubib, grappillant son pouls. Mais pourquoi a-t-il fait du bruit ? Sil voulait nous froidir, il aurait choisi son motus. Pas malin pour un toubib. A moins Oui, quil ait voulu mourir. Aussi, mais. Stop, dis-moi sil a un signal incongru sur son bras.(durant tout a, Sol a toujours son phallus bandant, voulant rapidos son cot rompu) Ah. Sol, vois, il a un truc anormal. Un poinon cobalt l, puis au moins huit par ici, formant un Oh, abracadabrant, formant un abricot dansant la polka on dirait, oui la polka. Un abricot ! TRAHISON ! Pizza pizza~ !Il accourt au corps du toubib pour voir a. Oui, un abricot. Dansant. On dirait quil (labricot) a lair jovial, pas trop courtois aussi, un diapason dans sa main. a ma tout lair dun complot. On diraitPiano, Titus Pullo sort du couloir o il languissait. Applaudissant Sol pour son illumination. Bravissimo , dit-il souriant. Tu vois, Sol, un toubib suffit pour tahurir, nous naurons plus got assaillir ton cul si adouci, gros ramolli Tu sais pourtant quau Nord nous voulons ta participation nos complots. Rachid Bilovitch aura fort accomplir pour ta soumission. Ton bluff finira mal, sais donc a. Mais pourquoi un toubib ? Ta fabulation dit toubib, ton hallucination dit toubib. Mais vois sous son mascaron rubicond sa conformation. Tu sauras alors Ahah, Titus, toujours aussi impulsif. a conduira ta fin.Soudain Sol saisit un bonbon (azur), fait trois fluctuations du bassin, catapultant ainsi lazur bonbon, qui va droit implosant sur Titus, fumant, noircissant tout autour. Sol court, bruyant, ouvrir lhublot puis va sous limposant lit Subaru. Titus, impulsif (oui), trouvant sa raison hors du noir fumant, soupirant ( Boudiou, trop pas subtil. Chiant ), bondit par lhublot, criant Taaut. Assolant il poursuit un contour passant pas trop loin, convaincu dans un brouillard quasi marron.Sol, sortant du lit, dit Subaru quil, lidiot Titus, pourrait courir durant au moins trois saisons sans voir quil suivait un mauvais couloir, nous pouvons donc partir sur un hardi joli cot. Parcourant dx y, w aussi lidiot.Subaru boit du soda. On fait quoi du toubib ? Il a lair mort. Ranafout. Mais pourquoi un portrait dAkira T. sur ton mur ? Mais ! On dirait quil a du cristal autour du cou. Inou ! Bon, CHUT, finis donc ton boulot, voil mon minou, vas-y hop hop hop sors ton dard, ou plutt ah non, toujours poil, va donc au but. Prima Donna, jai faim. Prima Donna, pourquoi pas. WITH A TWIST. Un twist syncopathicus.Un instant plus tard, Sol oracula. Jusquau plafond, sans quil soit normal davoir autant daction. Au plafond, non mais, a na aucun vrai, trop fantasmant ou du moins trop idiot. Tu vois, tu sais, un portrait dAkira T., si haut, si laid pourtant, pourquoi ? Jladmirions aussi, mais l un pas franchi. Un pas trop troubadour.Subaru, lair conciliant, lui fait voir quil dit du caca. Tout a vaut un canon, donc Sol, sil vous plait, plus un mot, a vaudra pas plus mal, non ? vos amours sont donc si nains. Trahison !Sol fuit (pas dans laxial Titus), puis boit. Voil pourquoi, linstant, Sol a toujours son zob tout dur, bandant dans son pantalon. Chicots abrasifs, mains tanant un abruti hurlant du coin. Pif. Paf. Droit dans ton bidon, couillon. Allant fourbu avoir son coup dalcool au bar du coin, Sol ramassa la Ray Ban du couillon, qui vivait la faon dun robot kitsch du cosmos, oubliant automatiqutacboum son flux. Sans plus daplomb, mi-rompu par lair pulsant autour, Sol tintinnabulant va tout droit insubmarsouin au Titanic, bar maladif imposant o tout va sombrant, mais, car il y a un mais, mollo oui, sombrant mollo, sans plus participants mais suivant un apokalupsis bouffon, , oui bouffon, un truc tombant dans son plaisir automatisant, dans sa volution chorus (il y a trois ans, Titanic coula tout droit suivant un patron poltron, il y a six ans aussi, Titanic chavira par un vol amplifiant dix-huit ans j Titanic sabandonna sur un trou aux capitaux, usw.), arrachant ici ou au coin daucuns cris paradisiaux. Moribond, soupirant fa un vasistas du Titanic, un couyon murmura quson fiasco navait pas dunion aux humains. Pas voir. Pas quson fiasco soumis, mais Fiasco au haut F, toujours un mort na pas daccointant un Humain, au haut H aussi. In abstracto, car sarcasmant sans quautour on voit a, un couyon disait quun chut faisait aucun bruit. Aucun ! a na voir quau rapport ! Jamais nos faons niront. Fructifiant, non. Chambardant, non. Transformant, jamais, jvous dit a comm a Jamais fut tout, jamais naurons. Oh, tu fais ton bovin. Chiant. Non ! Si, bovin, rustaud rococo. Tu dis du bon, mais un hanap darak aura toujours raison sur ton corps, du coup tout trop chiant. Voici, au moins jdis du bon. Assobri a sra comparab, tu sais tout a. Non. Ou si. Ouais.Un drojki sintroduit dans un trottoir adjauvant.Bart (oui, S. snommant jadis B. , tout a fut inscrit), passant titubant, sapprocha du duo causant. Baston. Non, aucun. Courquoi un pombat ? Pharos appuyant contours barbus ou viciains, ombrant sous daucuns photons damphibourri. Bart stroboscopant, paumant jusqu sa main dans un apparat chroniquant si puissant, coruscation ourdissant par ici. Abandonnant son avis dantan, B. part sur Titanic, baroudant, hardi, quasi-fanfaron. Ouvrant un truc Bart voit six souris paradant sur un comptoir, puis un autochton. Un non-dit : autochton, chiant chantant, boit sa vodka.Fascinant bandant, Bart sur un brancard afin dinjactir du rhum rapidus, puis un sandwich si a va. Instants passant sans quun habitant du Titanic par ici. Hi ! Ha ! Jai faim. Tutti du cinabrakutus partant priapus, Bart, appauvri, a du fait un brin dappantit irrassasiant qui aimrait sa paix, car a fait du barbant, Bart va chafrin, sa faim savanant sur sa chair. Du miam, du miam Bart. Transitant transi, Bart par hasard attrapa fric-frac un pain charchutant. Massant pansu, mchant sans praxis. Quas-tu ? dit un sacristain massif, maffrux.Fin du truc, Bart part dans un parc juxtant, suit un mandarin aqua puis attaqua. Puf. Humidant, buvant un brin, B. jamba sans mistraux. Suivant sans fin un mandarin aqua puis attaqua. Puf. Frachant, buvant un brin, B. brancha sans bistraux. Suivant un canard, futur cirrus bandit. Y avait, pas vrai, un jury du canard vaquant.Bink axquis au hasard. Narcissidiscursif, causant, cuit dici. Canard candarin pas bavard suivi sur un kayak fard dandinAncrant. Sur pur quasar azur.Cancanant, canandarin fuit subitus.Quasar accru, attardant au nacarat. Un sursaut canard !Qutatis Qutandis, un bizut bandit vitant arriva ici au parc, abandonna du fard nitra.Razzia. Un. Bart vaut ta fin, ahuri piaf ravi. Canard parti un infini, cuivri. Tant dur, tant.~Divin haut.Capriciant, appraxicanardant, Bart va titibant rtir canardin. Titan. Bikini cyan, Bart finit aqra panachard criant.Infini, canandin, Can Can. Tapin tippant, chiant, fichait.Ha ici, B. china.Ani fapa.Iniq. SFX LIE [New Window]
Un petit avis sur X Files Rgnration (The X Files I want to believe) (je spoile sur l'ensemble du film)Le film ne parle pas de conspiration gouvernementale ni d'extra-terrestres, et quiconque a dj vu la srie un peu plus largement que l'image qu'on s'en fait sait trs bien que la majorit des pisodes se compose d'une mosaque d'affaires non-classes (les X files en question) mlant questions proprement surnaturelles et un paquet d'aberrations gntiques. Rgnration fait partie de ce pan de la srie, qui est l'origine bien plus prsent que les histoires de l'homme la cigarette et de ses copains ; en partant de ce postulat, se plaindre de ne pas retrouver ce qui a fait la lgende (pour ce genre de choses on parle de mythologie, l'chelle) publique de la srie est soit un caprice de fan insatisfait de ne pas poursuivre ce qui faisait selon lui l'essence de la srie (se dcevoir tout seul en imaginant des choses que personne n'a vraiment promis), comme une conclusion aux mesures bancales de ses espoirs (et qu'il espre toujours en guise de troisime et dernier film sortir en 2012, le jour de la fin du monde), qu'il voudrait voir remplacer quelques dernires saisons lourdes, affaisses sous leurs propres extensions tentaculaires jusqu'au vomissement, soit une idiotie de qui n'a jamais regard autre chose qu'un ou huit pisodes (disons Tunguska et Anasazi, Tempus Fugit ou E.B.E.) et parle d'un fond qu'il ne connait pas. D'ici, que fait-on ? on se dbrouille dj pour ne pas avoir de gnrique de dbut (quitte faire supposer au spectateur que le cold open habituel dure vingt minutes avant qu'il se satisfasse de ne pas savoir s'il verra malgr tout dans la liste des noms tels que William B. Davis ou Nicholas Lea (pourquoi pas, sait-on jamais, bref), ou mme plus simplement Mitch Pileggi) et limiter la ritournelle lgendaire en six notes trois apparitions, une tout au dbut, marque de prsence, une finale (fin de boucle) et une pour un effet comique totalement dli de la srie. Ce qu'on veut voir, c'est pourtant simple : Mulder et Scully. Nous dbutons dans la neige, sans trop savoir ce qui se droule : deux ides mises en miroir, l'une dbut de nuit et l'autre de matin, l'une en lieu presque ferm et l'autre ouvert, une deux ou trois et l'autre tant qu'on ne sait pas vraiment si les compter est intressant. Le montage est un peu lourd, passant d'un point l'autre en s'acclrant comme pour fixer les battements de curs de la victime sur les recherches pleines de froid, du spectateur aussi. Le mystre ne vient pas encore du meurtre mais de la faon dont on dcouvre le corps, un corps, un seul membre mme, qui ne correspond pas a qui a disparu. Un prtre aide le FBI (un ancien pdophile d'ailleurs, drang par ses pulsions au point de s'tre castr), on ne sait pas ce qui le lie au mystre. A la limite, on s'en fout, il sert intgrer les "lgendaires" Mulder & Scully sur une piste mystrieuse, tandis que le meilleur avantage de ce personnage est qu'il met Scully encore une fois face ce que d'aucuns prtendent faire partie de sa religion (on ne verra pas, je crois, le fameux pendentif (que ce soit l'original ou un autre semblable) symbolisant sa foi, son espoir pragmatique et touchant, mais on sait que Scully est en lien au christianisme et, si on ne le savait pas, les marionnettistes se dbrouillent pour faire apparatre son personnage comme mdecin dans un hpital religieux (elle a servi de mdecin lgal tout au long de la srie, de mdecin tout court quand cela servait (mme si je retiens d'un pisode vu dans la journe qu'elle a arrt de pratiquer), d'agent du FBI le plus souvent et au moins une fois on l'a vue avec une tenue proche du commando et elle a crit sa thse sur le paradoxe du jumeau d'Einstein, a m'a toujours surpris qu'elle soit comme un couteau suisse parfois)), qu'il la met face aux limites de l'homme, de ses croyances et de son rapport l'autre, au moins deux niveaux distincts (le prtre signe la limite de l'acceptable d'un ct et pourtant devient cl de la vrit, la mettant dans l'impasse voulant qu'un viol et un violeur peuvent avoir une consquence positive, qu'on s'empressera de remettre au centre et sous les milliards de ngatives videmment). A partir d'ici (aussi, encore), que fait-on des clins d'il ? premire vue, le clin d'il ne se fait pas sur la mythologie de la srie, donc on se les fout au cul, ils ne servent plus grand-chose pour l'amateur moyen (s'il y a une chose qui rappelle un pisode avec Leonard Betts*, on fait quoi ? rien, non ? il est dur de faire quelque chose qui serve rellement, il ne servira qu' rien d'autre qu' satisfaire qui l'a entrevu, ayant du mal entamer autre chose que son entreprise de rapport temporel) on s'estimera juste content de voir comment la mise en scne s'amuse avec les scnes d'introduction de personnage, conservant l'idiotie volontaire et le suspense basique qui consiste faire voir d'un homme ou d'une femme simplement la main ou le dos, pour ne s'apercevoir qu'un peu plus tard qu'il s'agit bien de LUI (OH ! AH !) ou d'elle (AH ! OH !) (l'exercice devient d'un ridicule assum, effet presque comique quand il arrive une troisime fois sur Skinner). Ici, l'inverse le retardement sert comprimer l'excitation : on sait que cet homme retourn est Mulder, et depuis l'autre ct de la camra on retarde l'apparition de son visage. Aussi on sera finalement ravi, comme un gamin, de voir que l'iconique poster de Mulder est toujours placard sur un mur. Mme chose, plus ou moins, pour la photo de Samantha ou pour quiconque arrive peut-tre lire les coupures de journaux ct. Perplexe quand sur un lit trane un bouquin de Dori Carter (apparemment la femme de Chris) intitul "Beautiful wasps having sex" (mme si je suppose que les wasps en question sont de ceux qu'on apprend en troisime ou quelque chose dans le genre, les clbres white anglo-saxon protestants, ce que l'on peut, en tant trs gnreux, estimer que Mulder et Scully sont, la gupe est un motif rcurrent de la srie, moins que ce ne soient les abeilles enfin). En fait, ce qu'on voulait voir, c'tait comment dire ? Mulder et Scully, oui, si possible avec l'enrobage de beaux dialogues et d'aura mystique, de relation labore sur des annes (qu'il devient difficile rendre l'cran en une ou deux heures, rsumer, tendre et contracter), de combinaison d'habit de fonction et de tension sexuelle plus ou moins palpable, a, c'tait avant et maintenant au moins voir comment a marche, comment aprs ce temps ils ont chang et dans quelle mesure ils sont rests immuables. Hic ou non, leurs chemins qui dans la srie partaient d'une base professionnelle pour se tisser sur le reste de leur vie, deviennent ici, par les annes qui passent, plus proches physiquement, c'est peut-tre pour cela que la relation professionnelle est brise, se composant pour la majeure partie de choses largement diffrentes pour l'un et l'autre, quitte se dpartir du rle (Scully, en tenue de Docteur, n'est pas le personnage Scully, mme si c'est un autre type de vtement, un autre uniformedj dans la srie, le seul fait de la voir en tenue civile crait un malaise rigolo, tant elle s'incarnait comme agent et peut-tre objet fig dans une unit de tenue : maintenant l'uniforme a chang, sa ralit revient avec l'enqute), et petit petit reprenant une cohsion impossible afficher : les longueurs d'ondes redeviennent communes, mais le tandem est pour le moment impossible, pour une raison ou une autre, runir. La fin signe donc une sorte de retour la normale du mtier, de l'enqute acheve en couple plus ou moins victorieux, redonnant par la mme occasion un lustre au couple sous une optique personnelle ( vrai dire, en dehors de quelques allusions dont certaines peuvent avoir l'air de se contredire, on ne sait pas vraiment comment vit le couple, comme si cela n'tait pas ncessaire et que l'ide qu'ils portent se rvlait par le reste, par leurs ractions). On restera peut-tre coi devant quelques rpliques : l'horreur laquelle ils faisaient quotidiennement face dans leur ancien mtier suppose comme encore vivante (la haine du mdecin fondamentalement incapable de russir ce quoi il s'engage d'un ct, le ressassement improbable d'une foi dont on en est presque taire la fois le but et la raison pour l'autre (je reste choqu non pas de la rplique de Scully sur les 37 enfants de chur, mais par sa rplique sur la sur de Mulder : aprs quelques minutes de film, on a dj oubli qu'elle tait leitmotiv des actions de Mulder dans la srie et a continu de l'obsder au point qu'une affaire sans lien pourrait tre rellement ou symboliquement lie (pour ceux qui le peuvent : voir l'pisode Paper Hearts, mme si par sa ponctualit ce n'est peut-tre pas un exemple pertinent)), les deux continuant s'exprimer et reprenant leur expression d'avant travers cette histoire de prtre pdophile et de corps disparus sans raison apparente) et ne pouvant (je place plusieurs niveaux en mme temps, c'est un peu douteux mais tant pis) s'extraire que dans une dernire farandole, une dernire danse en couple qu'est ce film. Ainsi, ceux qui restent pendant/aprs le gnrique verront, en regard du dialogue final, une sortie devenue extraction du monde horrifique en un retrait comme oblig d'tre heureux et schmatique. Aprs tout ce qu'il y a eu, que reste-t-il croire, vouloir croire ? Oh, le scnario n'est mme pas mauvais. Le traitement, lui, est un peu bancal : on se demande presque s'il tait ncessaire d'intgrer deux nouveaux agents du FBI dont l'une disparatra misrablement sans qu'on n'ait vraiment rien su d'elle (alors que son placement mi-admiratif mi-perplexe face Mulder aurait pu augurer des choses intressantes si le film tait parti dans une autre direction) et dont l'autre sert de contrepartie pragmatique si molle qu'on ne sait pas trop s'il est convaincu lui-mme ( cette image, c'est peut-tre lui le plus proche du film), ou s'il n'aurait t plus judicieux de rsumer tout cela coup de tlphones et d'autres absents physiques. On se demande d'autres choses ; si la bonne ide de sparer Mulder et Scully (en fonction) une bonne partie du film est rellement, l'cran, une bonne ide : le climax qu'auraient pu tre les retrouvailles finales n'a pas tant d'intensit que a et plus gnralement, eh bien le couple fonctionne justement en tant que couple (sauf exceptions : si vous pouvez allez voir l'pisode Le shrif a les dents longues), le yo-yo gographique se liant au relationnel ne parvient pas s'approprier les tensions. On pourra aussi fliciter les gens qui l'ont fait pour que toute une partie du film (qui donne le sous-titre franais du film : Rgnration) soit rellement en fond, jamais vraiment prsente ni explique autrement que par des rapports trs vagues ce que fait Scully, ce qui aurait t un bonus non ngligeable si le reste du film tait mieux men, ou autrement ax encore une fois (avis dans le vide). Et effectivement, dans cette optique, un film partant sur les bases de complot et d'extraterrestres aurait pu, sinon gommer des choses tranges et/ou perfectibles probablement, du moins faire en sorte qu'elles soient plus en arrire dans la tte de qui regarde (devrait-on donc Chris Carter d'tre sincre et de larguer l'intrigue gouvernementale pour nous offrir un squelette renouvel de la relation Mulder/Scully ?) (si on peut vraiment l'avoir, cette resuce de complot, on ne s'en plaindra pas non plus, hein ; le film n'est pas parfait mais tente son propos, et pourrait annoncer un mlange adquat pour 2012), et plutt qu'eux deux servant de prtexte une resuce de complot, c'est la rgnration qui, peine vue dans son propos paranormal, s'en vient envahir le sentiment par la dernire incarnation d'une entit large dont seul les deux personnages ont toujours merg comme monuments incassables. * Leonard Betts, bien qu'il ait t choisi au hasard, est un personnage dont l'activit peut effectivement se rapprocher de celle du film, mme si c'est de loin. [New Window]
et des boules de glaces, qui agiraient comme dans des sentai...PISTACHIOFRAISUSBANANAXCASSIMANGOen formation.sic Say "cheese" [New Window]
Est un moment dans la vie dun lecteur o le mot souris se voit immanquablement coll Kafka. Pas cafard, pas mme mtamorphose, pas cette chelle, peut-tre procs. Mais souris . Pas non plus Mickey ou une autre petite bestiole anthropomorphe, mais la souris en gnral, l'ide de souris, individuelle comme collective. Quand Roberto Bolao intitule une de ses nouvelles Le policier des souris , on est dj, au moins un peu, envoy. Et quand quelques moments plus tard on saperoit que Jos, le policier, a une tante qui sappelle Josphine et est cantatrice, il ny a aucun doute possible, a ne peut simplement pas tre une concidence : la toute dernire nouvelle crite par Kafka (compose en mars 1924 et publie le 20 avril, Kafka alors moribond dans un sanatorium) sintitule Josphine la cantatrice ou le peuple des souris.Dune manire gnrale, a na rien de rellement tonnant, quelques thmes sont connexes (autorit, oubli, perte, combat, tunnels), mme si traits dune manire diffrente, chez Bolao et Kafka, et ici se retrouvent combins et imbriqus un peu plus profondment.La souris suppose que lhistoire se droulera dans les gouts, lieu vocateur, tant par son aspect suppos de cloaque grouillant que par son existence, littralement sous-humaine.Si les deux nouvelles nont pas grand rapport (Le policier des souris suit Pepe le flic dans la rsolution de meurtres, insolubles mme aprs que l'on ait trouv le coupable, alors que Josphine la cantatrice raconte lhistoire de Josphine en rapport son public, son chant comme mode de ralliement et de convergence triste), les deux sont parcourues dune tristesse maladive et surtout, comme en un dernier cho, le nom de Josphine et sa prsence, qui allaient la fin du texte de Kafka, se perdre dans loubli prolifique de ses frres multiplis, existe encore chez Bolao, lui accordant un sursis rel. Le peuple souricier se voit, en combinaison de lgout, vtir dun aspect de groupe immanquablement sur le bord du dsastre ou de la catastrophe. Cest dailleurs laspect qui prvaut chez Bolao, o les belettes et les serpents aveugles ne sont jamais bien loin, et o cest larrive dun conflit interne qui lance les prgrinations de Pepe. Chez Kafka il y a certes un conflit, mais il est mis en sourdine.La comparaison, si elle peut probablement tre pousse (les premires phrases voir dj), ne le sera pas ici. Simplement savoir que le personnage de Josphine, voqu au dtour de dialogues entre Pepe et dautres souris, correspond effectivement la figure quelle avait chez Kafka (par exemple et pour tre rapide : les membres de mon peuple accdrent ou firent semblant daccder ses caprices. (p. 60, le gaucho insupportable, collection titres, Christian Bourgois) alors que toute une partie, sinon lentiret du texte de Kafka repose sur la position ambigu plus dun point quelle entretient par rapport aux autres ( toutes les autres) souris, chantant selon un art que lon ne comprend pas parmi ses congnres et se mprenant elle-mme sur cet art).Le policier des souris est aussi, son chelle, une petite Partie des crimes. piper maru [New Window]
Puisque je suis sur X files, j'en profite pour donner cette liste d'pisodes particuliers, fruit d'heures de choix ardus (pour l'instant, a ne va que jusqu' l'pisode 17 de la saison 5 et, que ce soit une bonne ide ou non, je n'ai pas inclus, quelques/une exception[s] (Emily) prs, les pisodes concernant la mythologie, ce qui comprend aussi Musings of a Cigarette Smoking Man et autres qui aurait pu tre sur le podium des plus cool ou plus oppressant). (bien sr, tout est sujet ma mmoire, blablabla) Episode le plus drle : Le Seigneur du magma (3x20; Jose Chung's 'From Outer Space')dauphin : Le shrif a les dents longues (5x12 ; Bad Blood)Episode le plus sanglant/dgueu : Sanguinarium (4x6)dauphin : F. Emasculata (2x22 ; Contamination)Episode le plus glauque : La meute (4x2; Home)Episode le plus oppressant : Quand vient la nuit (1x19 ; Darkness Fallsce n'est probablement pas vrai mais j'aime beaucoup cet pisode)dauphin : Projet Arctique (1x7 ; Ice)Episode le plus cool : Compressions/Le retour de Tooms (1x2 & 1x20; Squeeze/Tooms)dauphin : Le vaisseau fantme (2x19 ; Dod Kalm)2me dauphin : Autosuggestion (3x17 ; Pusher)Episode le plus mon dieu comment a craint : Espace (1x8 ; Space)dauphin : Clic Mortel (5x11 ; Killswitch)Concept le plus foir : Les vampires (2x7 ; 3)dauphin : Corps astral (3x7 ; The walkcontrairement Les vampires/3, celui-ci aurait sa place dans la catgorie des "oh mon dieu comment a craint")Episode le plus triste : Le pr o je suis mort (4x5; The field where I died)dauphin : Emily (part. 1 & 2) (5x6 & 5x7 ; Christmas Carol/Emily)Episode le plus aimable : Un Promthe post-moderne (5x5; The post-modern Prometheus) amusement [New Window]
2047 -- eximplications [New Window]
Explications d'un morceau de la contrainte du message post pile avant.1024 premiers mots : suppression d'une lettre (pas gnante ce niveau-l) - lipogramme 1.512 mots suivants : suppression d'une deuxime lettre (pas gnante) - 2.256 mots suivants : suppression d'une troisime lettre (a commence serrer) - 3.128 mots suivants : suppression d'une quatrime lettre - 4.64 mots suivants : suppression d'une cinquime lettre - 5.32 mots suivants : suppression d'une sixime lettre - 6.16 mots suivants : suppression d'une septime lettre - 7.8 mots suivants : suppression d'une huitime lettre - 8.4 mots suivants : suppression d'une neuvime lettre - 9.2 mots suivants : suppression d'une dixime lettre - 10.Dernier mot : suppression d'une onzime lettre - 11.(sans compter les absences involontaires d'autres lettres)Soit 2047 mots (c'est du moins ce que le compteur intgr au traitement de texte me dit, rien voir avec le film chiant de Wong Kar-Wai) me dit.Au passage, j'ai pu me rendre compte que 1984 (coucou Orwell) est 1024 + 512 + 256 + 128 + 64.Nota 1 : le texte participe d'un ensemble plus grand, tant pis si les motivations (haha ?) ne sont pas claires.(Nota 1.5 de quelques jours plus tard : le texte est considr comme trop faible pour faire partie d'un/de l' ensemble plus grand. )Nota 2 : le texte participe aussi d'une volont de non-rversibilit de son prcdent immdiat, i.e. pas de correction du texte en amont (c'est moiti faux tant donn qu'il a d'abord t rdig en 1000, 500, 250 avant de voir qu'un peu plus loin je ne pourrai pas trancher entre 62 ou 63 mots (un demi-mot n'existe pas), mais c'est surtout aux trois quarts vrai).Nota 3 : videmment, les lettres partant une une peuvent former un mot, puis un autre, puis un autre, puis un autre puis deux, puis deux encore, puis.Nota 54 : le mot 1024 contient la lettre qui disparait dans les 512 suivants, et cetera. Je n'ai par contre pas pouss le vice jusqu' allitrer (ou par voyelles) dans tous les sens. spur of the moment [New Window]
So if you see me in your town and I appear to be moodyIt's cause I'm thinkin 'bout plans that's bigger than Serena booty-- Ludacris( illustration ajoute pour appuyer les dires de sieur Bridges et l'intensit de sa moodiness et FOR GRAET JUSTYS aussi, quoi que non, mme avec du dtachement*) Au soir aimable et folichon du 12 fvrier 2002 avril 1997, l'on aperut de par toutes les rgions du coin un halo de lumire plotte s'aventurer dans des recoins profonds des heureux territoires plats, par toutes les rgions et les tlescopes, outrs d'une violation si manifeste des accords sur la luminosit ambiante. La cause de cette aurole pleine comme une corne d'abondance (n'en ayant pourtant pas la forme) tait la grande rception, au PALAIS DE VERSAILLES mesdames et messieurs (chteau) (mais oui les enfants aussi y allaient), rserv pour l'occasion, parterres de tulipes et tout un arsenal de choses propices faire exploser de bonheur ambr le cur et les poumons des gens passant par ici, mene tout spcialement pour le mariage de la Dame chtain clair Domitille Croquis et du Sieur imberbe et moyennement grand Raphal Tabulon, mene en grande pompe car, comme l'exprimait l'instant avec sa verve et son honneur habituels le Pre Simon Tralala, jovial cur la pointe de la thochnologie ecclsiaste : car en vrit, en vrit, je vous le dis, ces gens-l sont plus riches que Duba tout entier, ce qui est probablement faux et d'ailleurs plus que probablement un mensonge par exagration, mais se laisse dire et entendre quand c'est un respectable membre de l'Eglise (la question est de savoir si l'expression est redondante) qui l'annonce (peut-tre tait-ce une parabole), mme sous l'emprise demi-avoue du whisky bnit et des chips estampills corpus christi sauce barbecue (CORPUS CHIPSI a fait faillite mais ses produits connaissent un succs ayant permis aux amateurs de les retrouver, peine modifis, chez d'autres dcoupeurs de patates), car en vrit, en vrit il nous le dit encore, bon sang ne saurait mentir. Il y eutamen !, et tout reste assez calme un bon moment malgr les ponctuelles btiseslarge bombance et festoiements chatoyants tout au long de la nuit et mme jusqu'au moment o les grasses matines s'achvent, comme pour casser des expressions et des gueules de bois, un ensemble d'vnements satisfaisants, mens par un cortge de coucheries puisantes et porteuses de dcouvertes sinon de ftus, entre demoiselles d'honneur et membres du chur de chant grgorien, quelques jeunes habiles amateurs de fiesta et de bamboula extrieurs aux sphres familiales des familles Tabulon et Croquis s'tant mls dans le tas ds les dbuts, satisfaits d'avoir leur attirail gnital prt un rapide emploi sous les longues robes blanches (chacun sait qu'un mariage est, pour qui sait faire et dans la mesure o ce n'est pas un mariage de monstres, une sacre occasion de partouzer) de l'uniforme religieux, et bien d'autres choses faisant partie d'une crmonie russie et marquant d'une pierre aussi colore qu'une glace la fraise la chose dans l'autoroute souvenante de quiconque s'tait engag boire plus que d'habitude ; tranant force rigolards et sensuels vnements dans sa trane comme le fait celle de la marie, jusqu' quelques vnements peu estimables et mme dirons-nous assez perturbants. Mais, allonssi, la soire suivante, celle d'aprs peut-tre, ils savent encore dormir, tout ira bien. Notre cher ami le Pre Simon Tralala, aprs avoir mis sa pense sur l'tat de richesse du tout jeune couple Tabulon et par extension (ou intension) des deux familles, s'en alla dgobiller dans un bosquet en compagnie d'autres ventres barbouills, et rina ses manquements l'abstinence par le pelotage de fesses bien senti d'une portion congrue qui passait dans le domaine d'tendue de ses bras hagards. Il est intressant de noter que cela se passe ds le dbut du grand repas, ordonn autour des jardins, alors que la petite partie de la journe rserve au domaine religieux vient de s'achever sur une explosion sonore et que le grand banquet commence faire voir ses entres dans les brumes d'un apritif durant cinq heures. Domitille tout juste Tabulon, ne Croquis, descend des grandiloquents escaliers avec sa robe probablement faite en peau de cul d'un animal en voie d'extinction, blanchie pour l'occasion, accompagne du fier Raphal et de son sceptre ouvrag comme celui d'un grand vizir, duquel il frappe le revtement tapissaire des marches, le couple main dans la main au centre d'un couloir de convives trs expressifs, le ct gauche (relativement au couple) commenant s'vaporer pour aller courir dans l'herbe et faire les idiots dans les larges et espacs bassins, se courant aprs et se lanant des andouilleries comme s'ils taient dans Mario Kart. (a apparemment t crit le 4 juillet au soir. Pas relu mais suivent environ 27.000 mots d'aventures dans lesquelles Heather Graham et d'autres, y compris une femme qui porte un pseudonyme de catcheuse flaubertienne et une autre qui mange des gambas, se battent contre un trange amateur de chair fminine (le vil P. Chaussouris, dj cit ici) ; dans lesquelles une femme essaiera sans succs de se suicider ; dans lesquelles un homme au pseudonyme semi-asiatique se transformera en otarie (oui, je sais) ; dans lesquelles Heather Graham et Chaussouris font d'honteuses blagues sur les noirs et les lesbiennes, peut-tre un peu sur les juifs ; dans lesquelles la jeune journaliste de mode Corinne Bourbonnois se demande pourquoi, en chiffres dits romains, 999 s'crit CMXCIX et non IC ; bref beaucoup de femmes, et des jolies bien souvent)(l'exergue est ajoute aujourd'hui, pour le simple bonheur de l'ajouter et de faire le jeu de mots en note qui suit)* L'INSEE Lohan indique que 43% des personnes interroges sont effrayes par cet exemple de postrieur.Au revoir : hublot [New Window]
Car effectivement, suivant la leon un peu pathtique du Titanic et d'un paquet d'autres patapoufs des mers mal conus ou mens par des andouilles notoires, la logistique et tout l'appareil superviseur de la construction a commenc bien en amont des premires tudes concrtes de charpenterie : le principal problme tait celui de l'vitement des icebergs, dans une ordre d'ide de temps assez rapide si cela est possibleil est bien connu que, la manire des platanes, les icebergs surgissent au beau milieu de la ligne de conduite, l'on se demande mme force si les deux ne sont pas lis, si les platanes ne poussent pas exclusivement sur la banquise avant d'tre replants aux bords des routes ; cela peut ou doit pouvoir aussi s'expliquer par la physique des glaons, qui bien souvent dans un whisky-coca (par exemple, exemple pratique) remontent de manire impromptue sous les perturbations qui les avaient vu s'enfoncer un tantinet, d'abord envisag sous l'angle du sursaut et de l'absence de contact pure, ce qui se traduisait par de petits moteurs latraux capables, d'un coup de gouvernail ou de bouton rouge, de propulser le navire l'cart du problme, ce qui pourrait aussi servir (cela s'est dit assez vhmmment lors de la prconception) dans la perspective d'une attaque pirate ou de la chute d'une mtorite, mme dans l'optique o les divergences de temprature peuvent dcider de blablabla (" attends mec je t'explique iceberg = froid et mtorite = chaud mme si enfin voil t'es sr que t'es scientifique ? / ouhl attends en quoi a a un rapport avec les moteurs ?"), position rapidement abandonne devant des problmes vidents (taille qu'il faudrait pour ce genre de moteurs latraux, surtout si on les estime "petits", ainsi que le drangement des passagers), pour tre remplace par des lucubrations voulant faire du bateau un lieu (selon les modes du moment : magntique ou simplement dcomplex) destin pouvoir se schrdingeriser (une version moins ambitieuse se voyait projeter des choses pour ddoubler l'iceberg, le faire osciller avec assez d'amplitude et de vitesse relative pour passer, un peu comme Gibraltar ou Charybde et Scylla), et comme le dit Monsieur Colvert, scientifique 4me dan : "ce qui consisterait faire en sorte que l'tat l'iceberg n'est pas l domine pour un petit moment, vous comprenez ? le temps que tout passe l'obstacle : la transition se fait par un ensemble li au navire lui-mme : en approche de glace trop solide pour la coque, l'tat"les proportions d'tats"se modifie"nt"comme par pression d'un interrupteur. D'un saut prvu, d'un grandissement d'chelle, seul l'iceberg est tmoin du changement quantique qui embrasse le lieu et cela pourrait servir pour bien plus, imaginez votre nom accol un Prix Nobel ou dans la bouche de la crme intellectuelle". Il continuera un brin, improvisant pour donner un aspect liss et raliste la chose : "aucune indisposition des passagers, qui seront mis au courant d'une attraction fantolographique spciale", et dans un lan d'intelligence, stoppa son babil avant de donner une approximation du nombre de chats ncessaires l'opration. Tout ceci fut rapidement abandonn : malgr la motivation de ses dfenseurs, Colvert en tte, l'incapacit de la mettre en pratique et plus globalement d'avancer une thorie concrte, viable ou simplement cohrente sur le plan adquat, tout ceci coupl un amateurisme certain ("votre navet me donne envie de vomir" ; un fan avant l'heure ?) a prvalu. Tout cela a men une thorie propos du verre ou d'autres matriaux plus ou moins transparents (plexiglas et autres choses de tintinophiles) qui n'encombreraient pas vraiment la flottabilit ni la rsistance, tout en permettant une certaine publicit ("Le premier paquebot transparent !" ou autres btises mornes) capable d'attirer les curieux, les actrices et les dermatologues. Aprs avoir compris que 1) le nombre de couches ou 2) l'paisseurce qui revient sensiblement au mmeannulaient d'office la possibilit de translucidit (un des scientifique en marche sur ce projet a propos aprs coup de faire un bateau normal, entour d'une dernire couche de bidule pas trs opaque o les gens pourraient venir faire les observateurs de poissons mrites et n'a pas gagn grand-chose d'autre qu'une godasse en travers de la gueule "mais ce serait trs condens ! mais" mais oui mon con) (si on demande maintenant aux autorits de rgulation, elles ne sauront pas vraiment en quoi le plexiglas ou le verre taient supposs avoir un impact sur les icebergs, mais a n'a pas eu l'air l'poque de les dranger outre-mesure). La solution finalement retenue fut assez simple et consistait en une combinaison de quelques lments : un commandant de bord sobre de naissance, des radars la pointe de la technologie et quelques jeux de torpilles habilement placs sur le profil sous-marin du bateau, ce qui explique peut-tre sa forme, qui elle-mme explique son nom : L'ENDIVE. La plus grande question de nombre des gens concerns par la construction de L'ENDIVE tait de l'ordre de celle-ci : "pourquoi supposer un iceberg alors que le trajet est Nice-New-York ?". La rponse la plus facile et la plus utilise se basait sur : "l'Histoire ne vous a donc rien appris ?" ("mais monsieur c'tait il y a plus de soixante-dix ans, on se dbrouille mieux maintenant"), une autre "sur le trajet il fait froid", mais la relle raison tait d'un autre ordre : le voyage, aprs tre parti de Nice, avoir fait escale Barcelone et s'tre arrt quelque courte distance de l'Amrique, consistait en la runion du maximum de passagers sur le pont principal au petit soir, pour leur faire dcider du point d'amarrage futur, parmi deux lieux. Vers l'Alaska ou vers les Carabes, destinations vagues que le Commandant, Monsieur Chaala Ed Chaala, amrico-marocain ttraglotte et (comme tous les grands chefs et meneurs de navires) possdant un perroquet, bien conscient qu'une jambe de bois bien montre est plus valorisante que n'importe quelle prothse moderne, prciserait chaque fois que l'approche s'annoncerait, dans la mesure du possible. Les torpilles sont donc presque ncessaires pour la voie du Nordpeut-tre insuffisantes aussimais savent trouver leur utilit (comme les petits moteurs latraux abandonns) face aux bandes organises de bandits qui svissent le long des ctes, qu'elles soient caribennes ou (bien en amont) espagnoles. Les torpilles elles-mmes contiennent des canots de sauvetage gonflables, qui serviront en cas de naufrage ("on n'est jamais trop prudent ! Mieux vaut trop que pas assez !"), de blague morbide si elles sont utilises, et rien autrement, peut-tre amuser des petits pingouins ou des phoques si le Commandant se perd un brin. D'autres solutions (dont certaines auraient pu cohabiter avec les autres sans trop de problmes), telles que la coque chauffante, dclamer du Saint Augustin ou survitaminer les olives des martinis, n'ont malheureusement pas t retenues. ~ [New Window]
Je suis amoureux. Je ne sais pas de qui, c'tait un rve. The Sanza Affair [New Window]
(attention attention, ce qui suit dvoile la totalit de lintrigue de The Sanza Affair (Altmanns Tongue, Brian Evenson). Si vous ne voulez pas en savoir plus, stoppez votre lecture au premier nom de singe qui arrive dans les mots qui suivent. Autruche. Cest une des histoires les moins violentes du recueil, plus longue et laissant presque les meurtres de ct par son aspect moins direct. Mandrill.)1) La piste factuelle. (il ny a pas de deux)Si lon ne sait pas exactement o et/ou quand se droule cette histoire, on peut au moins tirer de lagencement pratique des vnements le cheminement de la mort de Lund (vous me rtorquerez quil nest pas proprement parler mort, je vous dis simplement que a na aucune importance), de lui seul, partir du moment o les rouages quittent d'autres personnes pour qu'il se fixe sur leur rythme, qui se rsume au final des gens lui tirent dessus . On peut remonter les pistes, dire quil a fouill la merde, les faits sont l : il est mort.a) la piste policire. (il y a peine un b)Remontons. Sanza est mort. Les pistes ne sont pas des plus claires, personne ne peut expliquer pourquoi il est mort mais tout le monde, interrog (sa femme, son seul ami, sa secrtaire, ses collgues, ses suprieurs), a quelque chose en dire. On sait simplement quil enqutait sur une affaire normalement classe depuis longtemps, rouverte avec de nouveaux lments, et continue malgr les demandes de plus en plus pressantes dabandon faites par ses suprieurs. Il devient vident quils ont quelque chose cacher, que cest probablement pour cette raison que Sanza a t refroidi (euphmisme drle). Quelque chose est l, se balanant la frontire entre le complot de petite envergure et lenvie de finir ses jours devant les barreaux, moment classique du commissariat fantasm. a rsout laffaire et la fois ne rsout rien ; on suppose dabord, lhistoire est mene comme telle, que sa femme ou son ami ont voir avec tout a. Rfutations, suspections, choses tranges (il est possible que Sanza senvoyait lui-mme des cartes postales et tait son propre correspondant dans des parties dchecs interminables). Des pistes qui se forment et qui vont dans des culs-de-sac plus ou moins profonds et labors, conduisant parfois en des couloirs successifs. Des histoires de bols, de petits pois, des thories improbables leur propos et ltude de la plupart de ces pistes, reprsentatives d'ensembles absents. On retrouve des pices sous les paupires de Sanza et dune autre victime, quon pourrait qualifier, en restant assez neutre, de collatrale . Pourquoi ? On trouve un papier sur lequel est crit anamnse sous la langue morte de Sanza. Bien, cela correspond au reste. Mais cela nindique rien pour autant sinon l'ide, provoque, du petit complot foment derrire les bureaux.On nous prsente des preuves et des faits. Quand il ny a pas de preuves, on nous prsente des faits, et inversement. Si ni lun ni lautre ne sont l, les estimations sont donnes, allant d'un extrme l'autre suivant qui en parle. On verra l aussi que les petits morceaux de vrit(s) ne sont pas forcment o on pouvait sy attendre : alors que la secrtaire de Sanza nous annonce que ses suprieurs ( Sanza) (donc les siens aussi) le violentaient presque, le menaaient frontalement, eux-mmes nous disent quils nont fait que leur travail normal, lui demandant demi-mot de sarrter, insistant quelque peu uniquement aprs son manque de coopration, aprs tout il y a plus important faire. Pourquoi pas. La distorsion arrive lorsque Lund, charg de lenqute de Sanza, en vient souponner les suprieurs en question ; ils lui demandent effectivement de sarrter, mais rien nest physique avant la fin, les menaces sont mielleuses et implicites, et ne sont que peu des menaces, comme ils disaient faire propos de Sanza. On en vient souponner aussi la secrtaire, pourquoi pas une menteuse, et Lund mme, qui pourrait bien avoir quelque chose cacher, tant quon y est. En parallle, rapidement ou non, on saperoit quon est (encore une fois, peut-tre) en prsence dune chane et non dun simple camouflage de crime. Lund enqute sur Sanza, qui enqutait sur laffaire Hadden . On ne sait pas grand-chose de cet Hadden, ni du Ramsay quil a tu, mais pris comme ils viennent, les lments peuvent indiquer quil (Ramsay) enqutait lui-mme sur quelquun qui enqutait sur etc. Mme s'il ne le faisait pas comme Sanza ou Lund, il a t refroidi parce qu'il s'intressait de trop prs des choses qu'il n'aurait pas d suivre. On nage en plein dans un imaginaire fantasque de police et de vendettas timides, de figurations rves, tout en se dbattant pour rester terre terre, aid et ancr par les multiples pistes tout ce qu'il y a de plus matrielles. Happs dans un engrenage fascinant, ersatz de mouvement perptuel dans lequel des gens meurent uniquement pour avoir vu d'autres gens morts.b) la piste qui glisse.On peut aussi supposer le suicide de Lund. De Sanza. Ainsi de suite, du prochain ou du prcdent. La recherche de la vrit a du bon, mais il court dans la gueule du loup et le sait. Et y va, dcouvrant en mme temps que celle de Sanza sa propre fin. Le principal problme de Fox Mulder, cest quil a toujours su que la vrit tait ici. titre provisoire de texte inexistant [New Window]
(source : Hirohiko Araki, JoJo's Bizarre Adventure, vol. 33 : Allons manger italien !citation approximativement extraite de la traduction, qui est normalement [...] dans ces spaghettis) IT'S OVER HAL 9000 ! [New Window]
Janvier, sans ordre prcis ; Hunter x Hunter, vol. 25, avec sa distanciation de l'action totalement absurde et bandante, son jeu de miroirs concernant la relle frustration de lecteurs, l'habituelle dilatation qui ici va jusqu' annuler le rythme pour le redistribuer, dilatation qui se joint celle de la parution dans un apex jouasse o chacun est oblig de sabrer les quelques secondes dans lesquelles tout passe ; le ski et les crpes, les unijambistes sur les pistes en nombre tonnant, les virages marrants, Mario Kart comme des dbiles, les chinois dans le bus, le rhum trange et ta petite version de a (je sais que tu ne passeras jamais ici, c'est aussi pour a que j'en parle, et puis tout va bien normalement) ; KENTA vs. Kotaro Suzuki, le 25 pour le GHC Jr., des contres comme il faut, en squence ou espacs, Genba sur le ct toujours drle et chacal, Kotaro efficace en match comme en rle, KENTA un peu plus haut, la violence des go 2 sleep et peut-tre, oui, un petit candidat au MOTY ; Randy Orton dominant, pire encore ; le build-up ridiculement drle et avort entre Mickey Rourke et Chris Jericho ; trs tt dans le mois le main-event du WRESTLE KINGDOM III, bizarrement hypnotisant ; Les plages d'Agns, vu un peu tard, sans rien connatre, sans que a gne trop, ses choses parfois un peu dsutes et charmantes, sa qualit ; moindre mesure : les noces rebelles et Australia, pour quelques choses aussi, quelques moments, piqus dans l'ensemble ; friends, saison un, pas revue depuis longtemps finalement, chaque pisode aprs l'autre, les vrais moments de comique, le dosage plus qu'adquat entre a et les histoires de chacun, les surprises de voir des cohrences mignonnes sur des lments mineurs passant d'un pisode l'autre, Ross ; pourquoi pas la reprise de Lost, mme si ; rien lu de dtonnant finalement, rien de marquantil faudrait se tourner vers dcembre : Motorman, the broom of the system, mme Arbre de fume qui m'a laiss de marbre la plupart du temps, prfrant la limite, mme si je ne l'ai pas fait, repartir sur Cioran quand il tait cit ; arctualits [New Window]
WE NEED CHANGE ! oui, du calme, j'ai juste des pices de cinq centimes, a vous va ? The Son of the Sun [New Window]
Il y a toute une flope de gens, de mecs, de gugusses ns disons dans la deuxime moiti des annes quatre-vingt, srement dans la premire aussi (peut-tre un peu aprs mais je ne peux pas me prononcer) on rigolait en voyant Cody dans notre belle famille le soir sur M6, un autre moment de la journe ou du temps Parker Lewis tait notre hros-copain (synchronisation des montres !) et Kubiac un gros rigolo, le mercredi matin on tait juste content de prendre son petit-djeuner et d'aller se poser devant TF1 pour regarder Dragon Ball et autres trucs que nos parents et nos profs d'histoire-go trouvaient particulirement dbiles. D'ailleurs, on a rouspt quand le Club Dorothe s'est arrt, surtout qu'il ne restait pas normment d'pisodes de Dragon Ball diffuser, je crois. On avait aussi des magazines, des trucs sur Dragon Ball aussi, des fois un Spirou ou un Journal de Mickey, un Mickey Parade, un Super Picsou Gant ou un Picsou Magazine. Spirou on va le dgager de la liste parce que a ne correspond pas. Enfin on lisait des histoires avec des canards ou des souris. Avec le temps on a perdu la majorit des choses qu'on avait lu dedansavouons-le, moins d'avoir encore moins de douze ans, y avait pas forcment grand-chose sauver (surtout dans Mickey Parade en fait, c'tait gentil mais a allait pas beaucoup plus loin, a marche peut-tre si on n'est pas regardant sur le ct graphique, narratif, humoristique ou en gnral). On se souvient qu'il y avait pas mal de noms italiens et que dans Picsou Magazine on nous disait que les histoires de canards avaient un certain succs en Scandinavie. On n'a pas vraiment retenu les noms des mecs qui faisaient a, plus ou moins bien. Ouais, plus ou moins. C'est "dispensable", comme on dit, les bonnes histoires camouflant le reste pas forcment homogne. En gros, on a retenu deux noms : Carl Barks, le crateur, l'instigateur, le monstre, et surtout Don Rosa, l'lve ou repreneur magistral. Surtout parce que peut-tre le trait tait plus clair, les couleurs plus nettes, l'ensemble plus foisonnant et dans l'absolu plus moderne. Les deux taient ceux qui donnaient une me des canards. En fait, on se souvient principalement des histoires d'aventures et de chasse aux trsors, de tous les trsors possibles et imaginables (inclus dans un agrgat de cultures et de mythologies existantes), et de quelques histoires mythiques (Si Donald n'existait pas ?, chose magnifique sortie dans Le Journal de Mickey pour les 60 ans du personnage, je n'avais mme pas huit ans), le reste on s'en rappelle de plus loin, tout a finalement centr autour de La Jeunesse de Picsou. On avait d'ailleurs, au milieu de choses imputables la fins de la dcennie, religieusement achet notre exemplaire complet ( l'poque, 15 pisodes dans un volume) de La Jeunesse, en 1998. On grandit avec, on commence voir que le dcoupage de Don Rosa est parfois bancal au dbut de l'histoire, que les ellipses minuscules des entre-cases sont pataudes, qu' un certain niveau, certaines cases s'enclenchent mal, un dcalage absurde, mais on s'en fiche, a ne dure pas, c'est toujours au dbut, on ne sait pas vraiment s'il y a changement rapide ou si on est dj embarqu dans l'histoire ; notre petit niveau de gamin on commence peut-tre comprendre que "l'uvre parfaite" n'a aucun intrt et que le tout primera toujours, tant pis si les parties sont ingales. On continue grandir. On a Internet. On dcouvre que Carl Barks a un astrode son nom, que Donald Duck est class 7me au Top 100 du Comics Journal, Scrooge McDuck (soit Picsou) en 20me. On sait pas trop si a vaut quelque chose mais c'est dj a. On s'aperoit aussi qu'en 1995 Don Rosa a reu un Eisner Award de la "best serialized series" pour La Jeunesse, dont on apprend au passage qu'elle se nomme The Life and Times of Scrooge McDuck et qu'il y a srement un paquet de nominations perdues dans l'indiffrence de chacun. Mme chose, on ne sait pas si a avance grand-chose, mais a montre si besoin tait que d'aucuns hauts placs savent que ce mec sait faire ce qu'il fait. Enfin voil, on aime toujours. Le truc, c'est qu' moins de tomber sur des gens qui ont connu a comme nous, les gens qui on en parle nous regardent avec perplexit. Picsou ? Srieux ? Ce truc avec des canards anthropomorphes ? La bande Picsou (wou-hou) ? Mme les gens qui ont fini par se convaincre que les mangas n'taient pas forcment un ramassis indfini de merdes interchangeables, plus par dpit indiffrent qu'autre chose d'ailleurs, haussent les sourcils. Enfin on s'en fiche, dans le tas on a vu que certains comprenaient aussi, mme si on est triste depuis quelques mois : Don Rosa, souffrant de l'il et apparemment mal pay, ne fera plus de Disney. La Jeunesse de Picsou, c'est quoi au fait ? 18 histoires s'parpillant entre 1877 (il nat en 1867) et le dbut du vingtime, les deux derniers pisodes allant jusqu'en 1930 puis un triste Nol de 1947, racontant la faon chaotique dont Picsou est devenu le canard le plus riche du monde. En se basant sur diverses anecdotes places ci ou l dans la bouche de Picsou par Carl Barks et en remplissant les blancs, Don Rosa dcide de nous montrer ce qui a conduit le jeune Balthazar, cossais (prdisposition la pingrerie) cireur de chaussures, tre un vieil acaritre enfonc dans son fauteuil (la dbut de l'pisode 12, dernier chronologique, avant le rappel l'aventure que sonne l'apparition de Donald (neveu) et de ses propres neveux, ouvrant une sorte de paradoxe banal du hros fig dans le temps : jusqu'en 1947, Picsou grandit, vieillit, partir de 1947, Picsou est comme immobilis dans le temps, y compris rtrospectivement et/ou pour les histoires d'autres auteurs), en passant par une flope de pays et de mtiers temporaires, d'escrocs et de rencontres fabuleuses. a pue l'aventure, le voyage, le grandiose et l'rudition gentillette mlant le canard des vnements plus ou moins importants, l'humour est omniprsent, les cases sont pleines de dtails sans tre rellement charges (disons que mme Eiichiro Oda, pourtant grand professionnel en ce domaine, doit s'incliner), c'est fluide, drle et a sait tre poignant. Un canard peut tre poignant. L'volution mentale du personnage, son rapport l'argent (le pivot de sa richesse, au Klondike) (l'argent pour ce qu'il est et pour ce qu'il reprsente, pour ce qu'il peut expliquer de lui) ou sa relation conflictuelle avec Goldie, sa tristesse devant l'impossibilit de russir son choix. Et puis h, il y a dj un moment, on a appris que les gens de Picsou Magazine allaient sortir des volumes regroupant tout ce qu'avait fait Don Rosa sur Picsou, Donald et autres habitants du coin. D'abord deux volumes de la Jeunesse, puis le reste, plus ou moins chronologiquement. Au dpart c'tait trange de se dire qu'on allait retourner chez "ton marchand de journaux" pour lui prendre un exemplaire de Picsou Magazine. Puis voil. A vrai dire, il n'est pas prcis que c'est une intgrale, ou mme une intgrale des histoires faisant plus de dix pages. On le suppute, mais en dehors de quelques un personne n'ira comparer avec les listes officielles. Plus globalement rien n'est vraiment prcis, les histoires sont dans un ordre indfini. Ce n'est pas un bel objet mais pour 4 euros 90 on va pas non plus se plaindre, en attendant peut-tre ceci. Il y a quelques jours le volume 7 est sorti ; au vu de ce qu'on sait, c'est le dernier. Ce qui importe, c'est qu'il contient deux histoires permettant d'apprhender la dimension motive du personnage de Picsou (ainsi que d'autres qui, moindre chelle, modulent ce qu'est Donald). La premire, "Une lettre de la maison" (A letter from home), revenant par le biais des Templiers sur un trsor enfoui dans le chteau o vivait la famille Picsou (on remarquera d'ailleurs le Saint-Graal, sorte de relique ultime, trait comme une pauvre merde), famille qu'il a quitt ses treize ans et n'a depuis revu que peu, dans des situations sans passion. Oblig de retourner sur le lieu de son enfance et d'tre confront sa sur Matilda, il doit faire face ce qu'elle pense de lui et plus largement de l'image de pingre solitaire qu'il a laiss travers le monde, jusqu' ses parents : "Maman Papa Approuviez-vous ma mission ? Etiez-vous fiers de savoir que je parcourais le globe la recherche de la fortune ? Compreniez-vous ma passion pour l'aventure vcue aux quatre coins du monde ? Pour le frisson que j'prouvais en affrontant les plus malins et en gagnant ? Ou pensiez-vous que je ne songeais qu' l'argent ? Quelle opinion aviez-vous de moi ? Je ne le saurai jamais. Je bougeais sans cesse et vous ne pouviez pas m'envoyer de lettre !" (devant la tombe de ses parents) "Je n'ai jamais reu de lettre de la maison ! J'tais seul contre le monde le monde entier ! Et le monde gagnait !" "'J'avais trop honte ! [] Mon corps tait devenu plus rsistant que mes idaux. J'avais perdu de vue mes buts. Mais j'tais trop ttu pour le reconnatre. Maman et papa taient dj partis Et quand vous m'avez quitt, j'ai perdu ma joie de vivre !" (une fois le trsor trouv, en parlant Matilda) C'est en gros sur ces trois citations que peuvent reposer l'histoire, se mlant aux souvenirs de tout son cheminement honnte de jeune homme cherchant l'aventure et la richesse, jusqu'au moment nodal ou la seconde composante est passe devant la premire. Picsou, dcouvrant le trsor cach sous la demeure familiale, boucle une aventure se chiffrant en dcennies et finit par verbaliser ses sentiments. La seconde, "La prisonnire de la valle de l'Agonie Blanche" (The prisoner of White Agony Creek), arrive comme un pisode de la jeunesse de Picsou (ce qu'elle est d'ailleurs officiellement, pisode 8B, se calant ainsi entre le simple 8 et le 8C, publi et crit plus tt), partant non pas d'un point prcis de l'histoire de Picsou mais comme histoire raconte ses neveux, les yeux perdus devant un trsor inestimable. L'intrt de cette histoire tient principalement ce qu'elle se situe peu aprs un point charnire de l'volution de l'encore jeune canard : la fin le voit trouver sa premire ppite, il est "riche". Il n'y a qu' nettoyer cette masse boueuse pour dcouvrir que c'est de l'or. Sa qute d'aventure, symboliquement mene par la recherche de richesses, basculera du ct secondaire. Cette ppite acclre l'volution du personnage, allant de l'innocence ou de la navet (encore dans l'pisode 6, il se fait berner par un Afrikaner) vers le cynisme et la cupidit (le personnage de Soapy Slick, banquier vreux et ignoble, qui apprend sans mnagement Picsou prisonnier que sa mre est morte). Avec la richesse matrielle, sa qute s'achve, il sait pertinemment qu'il ne sera plus le mme. Mais que faire ? Continuer se mentir et retarder l'chance ? Il sera riche, que l'interrupteur soit actionn maintenant ou quelques annes plus tard ne changera pas grand-chose ce fait. Il embrasse son futur, quitte aller lentement sur un chemin en pente, vers l'avarice et l'loignement des siens, vers le Picsou qui est connu. La toute dernire case de l'pisode 8 ne contient d'ailleurs pas un "The end" mais un "The beginning". Plus qu'une astuce scnaristique cule avant mme sa premire utilisation, c'est une vrit d'une tristesse inoue qui s'installe : ici meurt le jeune aventurier, laissant place qui n'avancera plus que pour l'argent. Tout ceci, videmment, jusqu'en 1947. Tout ceci encore, pourquoi pas, jusqu' sa reconnaissance verbale dans Une lettre de la maison. L'pisode 9 le voit retourner, deux ans aprs sa premire ppit, dans ses Highlands natals, o il enfilera pour la premire fois sa lgendaire redingote, nage dans son argent et commence agir d'une faon mprisante, admettant qu'il mrite sa fortune (ce qui reste vrai) En admettant que le changement soit encore palpitant chez lui, il se situe dans l'intervalle entre ces deux histoires. C'est l que s'installent les pisodes 8B et C. C'est l que s'installe vraiment le personnage de Goldie, en qui il trouve un alter ego poigne et un amour que l'un et l'autre ont du mal admettre. Leur relation est videmment rude, en silences oscillant entre la colre, l'incomprhension et la timidit, dans son petit chalet isol comme en ville, pendant que Jack London cribouille ce qui deviendra grand. En partant du Klondike, du Yukon, Picsou fait volontairement un choix new fric on the block [New Window]
IT'S TIME;http://www.fricfracclub.com. APPRENONS LES DECLINAISONS LATINES AVEC VICTORIA'S SECRET [New Window]
1re dclinaison, sg. puis pl. :adrianalimaadrianalimaadrianalimamadrianalimaeadrianalimaeadrianalimaadrianalimaeadrianalimaeadrianalimasadrianalimarumadrianalimisadrianalimis2me dclinaison :mirandakerr (trichons un peu a marche aussi (mais sans tricher) avec Marisa Miller)mirandakerrmirandakrummirandakrimirandakromirandakromirandakrimirandakrimirandakrosmirandakrorummirandakrismirandakris2me dclinaison, neutre :heidiklumheidiklumheidiklumheidikliheidikloheidikloheidiklaheidiklaheidiklaheidiklorumheidiklisheidiklis3me dclinaisonFUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU moins autonome [New Window]
Avant de lire ce qui suit, passez (ou retournez) donc voir sa premire partie.(celle-ci n'ayant pas subi la mme tape de relecture)(pic unrelated)londonien : A[S]PIDISTRA, de ceux qui se disent underground ou plus simplement diffrent, comme si cela avait un sens, et qui a sur quelques uns de ses compagnons souterrains internationaux l'avantage non-ngligeable de suivre une parution tout ce qu'il y a de plus alatoire. (le titre est probablement un jeu de mots douteux sur le thme orwellien rebours de la surveillance et de l'il constant, li au double sens purement lexical que l'on peut entendre et/ou voir si l'on s'y penche un brin, en anglais comme en franais d'ailleurs : d'un ct adiposit/adiposity, et de l'autre le terme apis, soit abeille, qui correspond probablement la taille de gupe recommande et lgante, dans un contraste balourd de finesse et de graisse ( ce petit jeu, on peut galement estimer qu'il fait rapport la plante elle-mme ou au roman d'Orwell en question et non pas des thmatiques, qu'il est question de l'Apis gyptien et de sa tte de taureau, ou que le dbut AS est une savante lision du second s de ass (de cul, donc), fait en tant qu'as (comme l'as de trfle et le as (comme) anglais aussi) et qu'ass la fois et peut-tre la sous-entente d'also known as (a.k.a.) (alias), que le PI renvoie pee , soit pisse, ou peut-tre au nombre pi et que la structure du magazine suit les dcimales d'une manire codifie, voire bee , donc abeille, ce qui colle avec l'apis que l'on peut voir dans les quatre premires lettres ; la fin peut signifier un ventail de choses allant de la distraction la dtresse en passant par l'astral ou l'vident distribution ; plus longuement pdestre ou dsastre, strasbourg ou pdraste, etc., et personne ne sait vraiment la raison du crochetage du premier S, peut-tre une modification secrte qui ferait du titre rel quelque chose approximativement anagrammatique comme ART IS APIS, PISA IS DSASTR, ART IS ASPIC, PART. DISTRA~, ASPIC IS DART, SIR AT DIAPS (hein ?), ASIATIC DIAPRS, IS DAT PARIS ? (non, c'est Londres), etc.)). Malgr quelques diffrences sur le sujet pour lequel September est venue (la mode, pourquoi l'abricot ?) et qui indiffre Ewa (ben c'est joli c'est tout), un certain lien se noue rapidement autour d'une bouteille de cognac sortie de sa biensance petites doses ; disons qu'une amiti est en marche.La deuxime, Corinne Bourbonnois, franaise au physique de danseuse du ventre, possde une impressionnante collection de culottes en coton (des petites culottes) (c'est une lubie qu'on s'imaginerait mieux convenir September Kubica et ses hanches coquines, mais tant pis) (techniquement, c'est une passion qu'on vite d'bruiter dans des milieux dpassant son cercle d'amis, et encore), venue rendre visite un couple de connaissances. Intrigue par la frquence avec laquelle elle croisait cette carnation vestimentaire plichonne, elle s'interrogea sur les gots de cette peuplade trange par l'intermdiaire desdits copains, qui lui apprirent ce qu'ils savaient de la chose, savoir que c'tait probablement directement issu d'une mode trs orange venue de Finlande et que a avait probablement tap dans l'il de quelque fashionista sans le sou qui avait teint tant bien que mal quelques tenues, le rsultat ft un chec au point de vue de la copie et de l'intrt direct, mais pas selon celui de l'intrt de ct : le ple lui convint, et le reste n'est qu'une belle histoire, propulsant cette pauvresse un rang de dame secrte dans le monde modiste, organisant dans l'ombre les prochains chapeaux et souliers.Au moment de la rencontre, son principal problme consiste savoir de quelle faon crire 99 en chiffres romains, XCIX ou plus simplement IC (par extension, cela fonctionne aussi avec 199, 299, etc. jusqu' 999 : soit CMXCIX soit IM, et pas normment plus loin), ce qui serait somme toute plus logique mais briserait l'espce de rituel numral asymtrique qui fait la force de ce systme. Son magazine, trs ax sur la recherche de courants alternatifs (dixit le tout premier ditorial), suivant le bimestre sur lequel il tale sa parution change de titre, modifiant une lettre chaque fois et se situant successivement en haut, milieu-haut, mi-lieu, milieu-bas ou en bas avant de remonter) :FAILFALLFULLBULLBULB(aprs que le troisime magazine est sorti, soit au dbut de son histoire, il a t dcid que la combinaison FULL/BULL/BULB serait celle dfinitive, mettant un terme aux espoirs des amateurs de FULL/FUEL/QUEL ou de FULL/DULL/DOLL, le deux tant pourtant bien plus appropris au magazineon peut nanmoins imaginer avec le temps le magazine suivre un chemin tel que FAIL FALL FULL BULL BULB BULL FULL FALL FAIL FALL FULL FUEL QUEL FUEL FULL FALL FAIL FALL FULL DULL DOLL DULL FULL FALL FAIL FALL FULL BULL etc., l'identit graphique permettant elle seule de capturer les lecteurs occasionnels).(on voit donc que les titres FAIL et BULB seront moins usits avec le temps, ce qui reste somme tout comprhensible pour FAIL mais le serait plus avec BULL ; si les neuf titres s'uti-lisent avec le temps (en lieu et place des cinq encore prsents), les proportions maximales iront FALL et FULL, ce qui est apprciable et permettra encore plus de choses quand FALL sortira en automne)(dire que d'aucuns songeaient aussi en faire une srie du genre LAST LEST LIST LOST LUST ; les trois lettres uniques et consonnes conservant la mme police d'une paru-tion l'autre tandis que la voyelle serait excentre verticalement et possderait un autre visuel, actionnant un thme majeur du numro en question ; croire qu'il y avait plus de propositions que de gens pour en faire)(dans un tout autre domaine, on remarquera que la place accorde aux chteaux de cartes di-minue avec sa propension les oublier)La rencontre s'organise autour de quelques axes/questions bien dtermins : 1 que pen-sez-vous de cet engouement pour l'abricot et pourquoi le commerce de ce fruit ne monte-t-il pas en adquation avec la vogue vestimentaire qui s'empare de la Pologne toute entire sauf les enfants et les vieux ? 2 qu'aimez-vous dans la vie et si vous pouviez rpondre autre chose que le saut skis a m'arrangerait parce que tout le monde s'en cogne ? 3 que diriez-vous d'un voyage en Angleterre ? 4 voudriez-vous sauver ou dtruire le monde ? 5 les beignets c'est plutt fourr confiture ou napp de crme ? 6 etc. L'interview se droulant autour de bires, le courant passe avec heur, les rponses s'inscrivent entre des petits clats rieurs ; un contact restera.La troisime est une finlandaise avec un senfin on s'en fout, en tant que finlandaise elle aurait pu occuper le rle d'une connaisseuse de la soi-disant mode orange et du ski nordique, mais fi ; tout cela pour montrer qu'on commence s'intresser elle pour d'autres choses que celles qu'elle aime et sait. Qui ici compte est la deuxime, qui n'a pas su cacher son jeu mais qu'Ewa n'a pas jug bon de relever, histoire de continuer sa vie un peu plus longtemps sans problmes, faire la totale sur une saison si possible, de s'engager rellement quitte partir juste aprs.Peut-tre par l'entremise de Corinne Bourbonnois, Ewa se met lire et s'ouvrir au reste du monde, sortir de sa coquille tout en se rservant le droit de conserver son calme jusqu' la fin de la prochaine saison sportive. D'abord apprenant par tous les moyens (elle lit et comprend dj le polonais et l'anglais, un peu le franais et l'italien), comme bien souvent on trouve ce genre de gens, autodidactes dit-on, qui terminent clbres et sont fiers de l'annoncer au public bahi et aux enfants dgots, en s'empressant d'ajouter qu'il ne faut pas faire les mmes erreurs qu'eux ; d'abord donc et s'excitant toute seule face sa promesse d'attendre pour exploser, sa capacit emmagasiner pour distribuer l'envi et sans direction prcise.C'est ce qu'elle fait :la saison 1996/1997 marquera son apoge sportive, son fate lointain (elle remportera toutes les comptitions sur lesquelles elle s'engagera) (ratant la totale mais empochant la tour-ne des quatre tremplins avec un nombre de points encore jamais gal, mais devant malheureusement faire l'impasse sur les rendez-vous nippons de Sapporo et d'Hakuba), se terminant en apothose les 22 et 23 mars 1997 Planica, o elle crasera littralement la concurrence, puisant le Letalnica lui-mme, avec quatre sauts fabuleux, se posant respectivement 237 puis 235,5 mtres le premier jour, avant de passer un autre niveau encore le lendemain, sous les yeux bahis (bien que, s'il faut tre prcis, elle ait t au-dessus des yeux bahis) du public, des commentateurs, des publicistes, des oiseaux, des tlspectateurs et des autres sauteurs en retombant 239 puis 243,5 mtres, des performances ingales, au moins la dernire, avec chaque fois un tlmark approximatif mais qui aura eu le mrite d'exister, lui donnant de la part des juges des notes maximales, abusifs mais berlus et lui donnant ainsi par conduction, par logique et par exemple un paquet de points, lui donnant par avalanche patriote et festive l'envie de faire la fte toute la nuit, ou plutt d'accepter bras grands ouverts la fte qui lui est promise, lui donnant l'occasion, c'est cela qui nous intresse, de rencontrer, par un fortuit hasard (40HAZARD = 100% DANGEROSITY, RAPTORS), des gens qui s'intressent son sport par son seul intermdiaire, et d'autres allant jusqu' l'empathie par l'intermdiaire de son sport et des capacits qu'il ncessite, principalement au niveau de la musculature jambire (elle a des mollets qui pourraient rendre des ftichistes fous et ftichistes des gens sans passion particulire pour le galbe jambier ; c'est vrai dire son seul avantage physique, au sens sducteur (en l'occurrence issu d'un sens sportif), tant donn que son cul, s'il est muscl, est surtout osseux donc peu intressant dans une optique de reluquage, son ventre, plat et muscl, pourrait tre sensiblement attirant s'il n'tait pas si indicateur de ses complexes, ses seins sont ceux des femmes que l'on catgorise gnralement dans la bote "planche pain", sans le ct espigle et mandibuleux de l'expression, qui laisse penser que ce n'est pas en soi un problme, son visage estest laid ; et l'on sait trs bien qu'aucune autre partie n'intresse les gens (les cheveux ? uniquement ? les bras ? les genoux ? les mains ?) ; d'une manire gnrale sa silhouette (de face ou de dos : de profil ou d'une autre faon (trois-quarts, sept-diximes, etc.) on ne discerne que trop bien le peu d'harmonie de son corps, mme si on voit ainsi lesdits mollets (encore une fois)) est joliment dcoupe on peut aussi s'imaginer que personne n'a envie de faire sa vie avec une ombre chinoise, parler avec un pan de mur plus sombre. Peut-tre un mime ? Elle fait nanmoins partie d'une faction de plus en plus rduite de l'ensemble fminin : elle ne s'pile pas les sourcils. Cela est certes quelque chose de plaisant en thorie (et que, au milieu des sculptures et exercices de styles (arcs mal fichus, longueurs improbables, angles moribonds, vagues monocordes, paisseur dtestable, bizarreries supraorbitales ne s'affirmant que peu avec le trait) que cela entrane, bien souvent hideuses car mal adapts aux visages incrimins et pas non plus trop fameuses dans une perspective plus large) mais ne change pas grand-chose au fait qu'elle soit aussi sduisante qu'une holothurieses mollets, la puissance qu'ils dgagent vue), trs pratique pour voler un lment prcis et selon les dernires tudes dtruire les sprinters engags par d'autres, comme dans ces dessins anims o tous se croisent diffrents niveaux de verticalit et se prennent et reprennent un paquet quelconque (un jambon, un grille-pain, un slip, une bombe retardement, de l'opium) ou comme ces enfants qui, effrays par le fait que leurs grands frres les trouvent, cachent leurs lapins dans une bote elle-mme cache et sans trou salvateur, le retrouvent mort peu aprs, outrs, quand ils retournent le caresser et lui donner des carottes, cela si l'on considre qu'Ewa prend la place du lapin schrdingeris peut-tre et que les activits qui risquent de lui tre proposes cette nuit se retrouvent dans la catgorie mortifre plus ou moins moyen terme et si l'on considre galement que le monde est une bote ou mme que l'univers lui est assimilable, une image trs romantique dans ses aboutissants et qui se rvle probablement trs juste dans d'autres situations, si l'on considre aussi qu'il y a un grand-frre innommable ou invisible qui agit sur celui qui manipule l'ventuel lapin Ewa et que la carotte sert une nouvelle fois de symbole, ce qui rendrait Ewa (encore) proche (dans une duplication d'images) d'un ne, assez peu compatible avec un lapin, qu'aussi le monde est une cave (au contraire de l'autre qui n'est qu'une cage) (c'est l que vont cacher les lapins les enfants effrays) ou un recoin quelconque sous des auspices meilleurs et aveuglants, ce qui rend la chose (une fois de plus) assez religieuse dans sa faon d'tre, et qu'il y a des figures parentales ou du moins ducatrices ou plus simplement mystiques qui agissent dans l'ombre, ce qui reste, l'un dans l'autre et dans la situation d'analogie concerne assez idiot.Bouscule de coin en ballon ; vers minuit, l'heure du crime, de la Crime, de tout et rien. Un mec magntique orn d'un nom idiot, comme un pseudonyme qui s'afficherait tellement et ds les premiers rapports qu'il perdrait sa notion de camouflage, une sorte de sdatif de la comparaison entre l'affichage et ce qu'il affiche. Dboussole par l'euphorie de son succs, accentue par son partage national et l'alcool, elle reste surprise que son milieu prcis attire de telles personnes, pour ce qu'elle est oblige d'imaginer comme d'obscures raisonsne pas dire mauvaises. Les discours s'embarquent travers le flux de celui qui se prsente avec un prnom japonais, montrant ses papiers comme le ferait un agent du FBI fantasm : d'abord c'est un mouvement de main qui de la poche va la poitrine pour dplier la pochette, ensuite l'ensemble de face c'est surtout un geste consistant prouver que l'on ne dit pas de la crotte (ou que si on en dit, on a une raison et qu'on l'estime valable) ainsi qu'une tentative d'anonymat : donner son nom et le montrer tout petit sous un sigle gant, lisible et vocateur : faire s'annuler la parole et le visuel cras par l'organisation que vous annoncez, la seule rester en tte de 91,438% de la population douze minutes plus tard, mle entre le manque d'intrt et l'oubli pur et simple d'une information sur deux (imaginons que c'est une question d'instinct de survie). Ils s'assoient, commencent discuter sous le brouhaha du fait qu'elle soit encore loin de son pic de forme et de ses performances optimales, mme en sautant dj si loin et, tant ce qu'elle est, trouve l'offre donne dans ses intrts.Bonus tangent : avoir piqu la cape de Jushin Liger rend Genba heureux. Greed Island, partie 1/? [New Window]
lenvie de relire non plus comme dj fait quelques fois lintgrale croissante de Hunter x Hunter, mais en gros tout ce qui est mon passage prfr, savoir Greed Island, en largissant un peu lavant (soit plus prcisment du chapitre 1206 septembre (1) (volume 13), la transition entre les enchres de York Shin et Greed Island pour se remettre dans le bain, transition notable dans le simple dtail qu'elle suit une clipse d'un jour plein quand depuis le chapitre 72 tout titre est une date, souvent rpte, du 1er au 4 septembreau chapitre 185Rencontre fortuite (volume 18), sortie directe. Avec ses longueurs calcules, son pseudo cul-de-sac narratif, ses digressions prcisives et son pic dintensit entre les chapitres 162Duels (5)et 168Duels (11)trangement atteint grce une partie de ballon prisonnier, montrant encore une fois le brio de Yoshihiro Togashi user des codes et cordes pour proposer une agglutination de tension et denvies, de climax anticips et firement atteints, de promesses tenues et d'autres exploses en petits riens heureux ; lenvie donc de relire Greed Island, quand s'attarder sur les tranches croissantes donne envie de tout reprendre, petit trait damiti entre un sauvage un peu abruti (Candide et Vendredi la fois, disons, en plus fin que le premier) et un ancien tueur en srie repenti de douze ou treize ans (le prsenter comme a a toujours l'air ridicule), affubls dune prof force, nubile et mythomane, aux concepts ducatifs radicaux et efficaces, et en son apex de forme du rcurrent magicien pervers, donc, tait trs forte.Quelques mots de la situation pour les non-sapients, pour se remettre. Gon (le naf) cherche dans Greed Island (vrai-faux jeu vido mythique cr par son pre, voqu ds le volume 8 (le nom est donn au chapitre 69), tout ce qui se situe entre ce chapitre 69 et ledit chapitre 120 mne Greed Island : les plans ne russissent par forcment, mais c'est le fantme du jeu qui conduit Gon et Kirua, puis d'autres, les intrts se croisant, travers ce qu'ils connaitront) des informations sur ledit pre. Ds le dbut, on sait que Gon finira G.I. et ne trouvera rien sur Gin. Pourtant on lit. Pas pourtant dailleurs. On lit, cest tout. Curieux, comme Gon. On sait quaprs une huitaine de volumes de rutilisations de codes shnen et nekketsu (l o son prcdent YuYu Hakusho ne faisait que les rutiliser certes efficacement mais dans une sorte damoncellement de joyeuses btises tant graphiques que pseudo-scnarises et combatives, HxH sen sert bon escient, les sortant sur commande dans un pro-cessus qui cre quelque chose par-dessus, si faible soit cette chose) et un tiers de douzaine qui sen loignaient assez en offrant une trame dense et pleine de tout et nimporte quoides pupilles carlates, des aspirateurs semi-conscients, des araignes qui se demandent si elles peuvent et doivent vivre quand leur tte n'est plus disponible, des enchres souterraines repousses, des prcautions devenant vrits et des gens qui finissent par voir que leurs objectifs changent, quau bout de douze voles de deux cents pages lauteur, sil est peut-tre dj fatigu et/ou branleur, a toujours de bonne ides dans son sac. Et lauteur, un peu plus malin que les autres, ne le vide pas ; il nous emmne dedans, une sous-partie, une poche bien trop remplie pour que tout soit visible premire vue.Disais donc que YuYu Hakusho utilisait fond des choses dj tablies, avec un ton permettant de rendre a efficace. On sentait la chose un peu force et la faon de faire pas encore digre (trop serre pour tre autre chose que purement efficace, justement), tant dans les rendus visuels des gens souvent assez risibles (la fameuse limite tnue entre ridicule et grandiose) par volont de trop en faire avec une certaine rserve que dans lavancement de lhistoire basique en diableon ne lui reproche pas il tait pay pourconvenu et sans rel intrt, ou mme que les hros, sorte de mchis de grandes gueules et dabrutis notoires ; une sorte d'apprentissage en marche. En gros et surtout quand on le relit aprs HxH, en tentant de supprimer lventuelle nostalgie de la dcouvert de lun avant lautre, YuYu vaut surtout pour ce quil nest pas (c'est un peu triste, c'est exagr vrai dire, c'est surtout s'apercevoir que ce qui pourrait sortir s'il se secoue un peu mme en restant dans ce domaine aurait de quoi tonner), pourrait tre, annonce surtout et qui, en restant effectivement dans le shnen bases pas trop compliques (erf), est HxH, en partie au moins. Peut-tre aprs tout suis-je biais mais il parat quand mme qu (avec son Level E publi en roue libre au milieu) e Togashi a pris quelques mesures et a matur son bordel, ne sortant quassez peu des sentiers battus mais avec des bras si longs quil fout des tartes ceux qui sen loignent dans des chemins en courant travers champs parce qu'ils ne sont pas capables de marcher droit et qui emmerdent ceux qui se baladent dans le coin parce qu'ils l'ont voulu. Remarque ds le dbut que a va mieux. Graphismes plus simples et dautant plus expressifs, qui saffineront au fil du temps, univers fix et assez large pour que les rgles puissent y voluer, route principale trace. Se vrifie sur la suite : zones dombres et interstices, volutions conjointes et personnages plus intressants, trames plus vibres, sujets traits, bien traits, et un vrai ton, calme et enjou, bosse roule.Mais : Greed Island. Le simple saut d'une journe permet au contexte temporel de se dpartir de cet aspect abondant et accumul qui menait ; aussi il signe plus facilement la rupture et la petite fin (Vers l'est ?, qui mne hors de ce qui est visible ce qui suivra, inversant au passage toute une logique voulant que l'aventure soit fille de l'ouest, toujours de l'Ouest ; tout comme ces histoires d'effaceur de nen qui donnent dj, rapidement et en rson-nance avec l'est, des liens qui ne seront concrets que bien aprs, tout en permettant de conserver l'absent Kurapika en contact) : ainsi ds le chapitre 120 ce qui aurait pu conduire un affrontement l'issue trop vidente pour l'tre vraiment n'est plus qu'une petite source de peur rapidement annule. De la mme faon, on voit encore assez vite que ce n'est pas le jeu lui-mme qui compte ici (Phinks et Feitan en volent un exemplaire, y entrent avant mme que nos deux hros aient la possibilit d'y toucher : nous n'en verrons rien avant que les autres y entrent) mais sa jonction avec Gon, et par extension avec Kiruacommence vraiment se dessiner un motif o chacun n'est complet qu'avec le second.A revenir rapidement sur les noms de chapitres : aprs un Ouverture des enchres ! (chapitre 71) tout l'arc York Shin se basait sur une action condense (procd d'ailleurs repris plus tard dans la srie, dans Greed Island mme, par plusieurs fois, avec insertions comiques (chapitres 135 141) et clatements, surtout plus tardivement, entre les chapitres 223 et 265 avec une simple clipse au 255, accompagn au passage par l'lment de compte rebours) : il faut attendre l'entre dans le jeu lui-mme pour que s'arrte cette faon de faire (chapitre 128 : 10 septembre (5)) et, proprement parler, l'entre des deux protagonistes dans l'univers mme du jeu (il y en a quinze autres entre eux, ce qui donne un espace d'approximativement d'heure, un peu moins), et non l'espace de transition entre ce qui est ralit et ce qui est ainsi considr comme coup de la ralit, un peu contrite par cette systmatisation du nom (on pourra aussi noter que ds la premire page du chapitre 129, o l'on revient York Shin pour quelques instants et enfin voir les enchres rassures, est vue une horloge affichant minuit, signant la fois la fin des jours agglutins en un vnement spcial et la fin de la nomination quotidiennele fait que ce jour soit le 11 septembre pourra tre intressant ou non (le fait que l'anne en question soit toujours 1999 aussi)).Ils ne sont plus les quatre mais deux. Une sorte de nouveau dbut de la srie, par entre autre part, dans un lieu voulu comme alternance, un nouveau systme : le jeu est total, y jouer signifie sortir du monde vu comme rel (quitte largir sa dfinition quelques temps plus tard) et comprendre les rgles avec un dcalage qu'on s'efforcera de ne pas rendre dommageable. En allongeant un peu, cest lentre dans le fantme du pre : Gin n'tait pas aux enchres de York Shin pour vendre les jeux, ce qui tait vaguement espr par les personnages ; pourtant il doit tre possible pouvoir trouver des informations sur son existence prsente l'intrieur du jeu (comme le dit Gon : On s'en fiche pas mal de ce jeu que tout le monde s'arrache stupide-ment. Ce qu'on veut, nous, ce sont les informations qu'il contient et, quand il parle ainsi, de surestimer la dose d'information qu'il est susceptible d'y trouver, mais tant pis), des anecdotes pour le cerner, des lments permettant de sculpter une image qui ne demandera ensuite qu' tre confronte la ralitle lecteur en est sensiblement au mme point que Gon sur ce qu'il sait de Gin : peu mais assez pour vouloir que cette confrontation soit, moyennant une narration qui se moque vaguement du suspense mais n'offre pas tout tout de suite, la plus rapide possible. Maintenant que l'on s'approche des certitudes voulant que ce but initial soit, en parlant purement de progression et d'apprentissage, une tape et non une fin (et pourtant, s'loigner de la rencontre comme faisant prendre conscience Gon qu'il n'a plus aucun but prcis, a pourrait nous revenir plus fort en travers de la gueule), il pourrait tre une sorte de bonus collatral au fait de terminer le jeu sans que tout semble tre une impasse. Sans entrer dans des interprtations douteuses on peut aussi signaler que Greed Island est, au mme titre que Gon, une conception de Gin laquelle il a trs probablement pass plus de tempset qu'une certaine familiarit est possible entre la faon d'tre de Gon (ce qui se traduit videmment dans le simple fait que Kirua soit son ami ou que Biscuit ait dcid de s'occuper d'eux) et les mcanismes du jeu. Quelques phrases prononces par Laser ou Biscuit vont d'ailleurs en ce sens, sans pourtant que soit vrifiable chez l'auteur l'ide que Gon est model par un pre qui voudrait une copie, voire qu'il soit naturellement une copie (un homme semblable, oui, de ce qu'on sait, une copie, non) (ce en quoi il est encore une fois fondamentalement diffrent de Kirua, mais cela n'entre pas vraiment en compte ici ( moins d'entrer dans une analyse comportementale et comparative, qu'il faudrait encore pondrer par la chape shnenique et ses personnages archtypaux, ce qui serait probablement trs intressant mais demanderait bien trop de temps et de volume)).Quoi qu'il en soit, les premiers lments qui lui sont donns une fois dans le jeu sont, lors qu'il possde une sauvegarde spciale qui lui permet d'avoir une introduction spciale au jeu, faite par papa lui-mme, en gros si tu cherches des indices sur moi t'en trouveras pas beaucoup ici et si t'es l c'est pour t'amuser : des ardeurs refroidies et rapidement compenses, tout est question de dosage, la partie se lance sans problme. 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Dans la famille je mets des trucs que j'aime bien pour une raison ou une autre et vous souhaite la bonne anne tout en tant conscient de la btise du truc (souhaiter la bonne anne, le reste n'est que consquence facile) et en avanant un semblant de sursaut lectronique en donnant une sale impression tnue, tout en prenant soin de ne rien prciser, voici Shuji Kondo (de dos) et Rachel Bilson, qui vous souhaiteraient peut-tre la bonne anne si vous les rencontriez, j'imagine qu'ils sont polis, mais qui ne parlent pas.Anne, donc. mud [New Window]
Bien. Ce qui suit fait partie d'un ensemble un peu plus grand. C'est une pice de thtre d'un personnage ayant subi un sorte de traumatisme en 1967 (qui a, au passage, probablement mal digr Beckett). Le personnage est amricain, possde des origines japonaises, crit en franais (au moins cette fois), a t traumatis en Bolivie (il semble, cela est sujet caution). Etant donn que la pice n'est pas date, il n'est pas spcialement ais d'estimer en quoi ce traumatisme a ou influerla date n'aurait pas chang grand-chose. D'autres personnages devaient la voir en 2007, 8 ou 9, je ne sais plus trop (la pice servait donc de lien un peu facile), mais ils ont t purement et durement supprims. Dans la mesure o l'ensemble a la possibilit de se concrtiser, elle en fera toujours partie ; et puis vous ne vous en souviendrez pas. Si jamais je me dcide hyperlier quelques trucs, ce sont des indications triviales sur la provenance de telle ou telle choseun mensonge, ventuellement.Je n'ai aucune ide de ce que cela donne.(nota : a manifestement t crit en juillet dernier, mais jusqu' environ 18h30 aujourd'hui je ne savais pas que le titre avait des significations en espagnol je m'en doutais bien en voyant ci et l le "Pencas Mudas" de L'Odysse Barbare (qui commence profondment m'ennuyer, page 454, bonjours chez vous) ; ni mme en italien, voire en japonais (enfin, si) ; pour tre peu prs logique, devrait tre renomm en MUDA-DA)MUDAacte unique et sans florinsd'ASHELEY KOBASHI (nom de plume)(traduction : Quebrada de Magellan)Un lieu boueux verdtre et inutile o patauge l'attente : une jungle fatigue, pluvieuse. Bruits de jungle (chants ventuels d'oiseaux/d'ventuels oiseaux, vent, plissements et bruissements de feuilles) en fond, sans lien aux personnages. Approche du soir. Sombrero entre, peint en jaune pour adoucir son tat et la sant mentale de certains. Il porte un sombrero, un pantalon de velours us, rien d'autre. Comme les suivants, son nom est inscrit sur sa poitrine.Dix secondes durant lesquelles il s'installe, s'assoit dans la boue, les jambes tendues, la main gauche sous le menton, le coude gauche pos vers sa hanche. De la main droite il crit dans le vide. Sa main gauche quitte son menton, fouille mollement dans la boue, en retire un masque. Il le fixe. Pause huit secondes. Sa main monte le masque sur son visage, il le revt. On peut voir que la partie basse est transparente, peut-tre inexistante, seules deux bandes rouges recouvrent les joues. La partie haute est rouge, couvre totalement les yeux.La lumire se concentre sur le visage, dont la moiti basse murmure des choses incomprhensibles. Entre un deuxime personnage : Bdouin ; invisible sur la scne. Sombrero ne le peroit pas, mais son arrive renforce sa voix. Bdouin s'approche, la lumire s'tend (durant la suite elle restera large), il s'assoit, dans la mme position que celle initiale de Sombrero, environ deux mtres. Les mots que donne Sombrero sont perceptibles comme sons, mais toujours incomprhensibles.Bdouin se gratte, Sombrero continue sa gestuelle labiale. On voit arriver deux nouveaux personnages, chacun d'un ct de la scne : Elias, qui sautille, et Albatros, qui sautille. Les mots de Sombrero se font intelligibles pour le public.SOMBRERO (en boucle, stopp par Albatros trop proche) : uda muda muda muda mudEntrent Ghagha et Muda, vasifs. Leur arrive augmente aussi la porte des mots de Sombrero, interminables, hypnotiques, sans qu'on sache si Muda lui-mme a quelque chose voir. Tous se lvent puis se mettent en cercle. Dans le sens horaire : Sombrero, Ghagha, Bdouin, Muda, Elias, Albatros Sombrero est sur les six heures, face au public.Sombrero se retourne, rendant presque absents les mouvements des autres. Leurs regards convergent sur un centre absent.SOMBRERO (en boucle permanente maintenant) : admu adum amdu amud audmSimultanment :Ghagha prend le masque de Sombrero, qui ne bouge pas. Albatros et Elias frappent dans leurs mains. Bdouin s'endort. Derrire eux un grand bruit, qu'ils n'entendent pas.Muda sort un livre de la boue ; lit :MUDA (rapidement) : si l'on dcolle le d de lucide, une lucioleUne luciole passe en fond ; tous sont immobiles.Muda fait tomber son livre. Ghagha enlve le masque. Sombrero se tait.La luciole arrive et se plante dans son il.MUDA : ntsst dans l'il !SOMBRERO : tu aurais au moins pu garder le masqueELIAS : messieurs, un peu de tenueALBATROS : je crois que cette luciole est la vritSOMBRERO : quoi a te sert de me voler un masque si c'est pour l'enlever ?ELIAS ( Sombrero) : tu crois que a a un rapport avec son il ?BEDOUIN : quelle symbolique de merdeSOMBRERO : effectivementMUDA : si l'on dcolle le u de luciole, liicioleALBATROS : le problme est que a ne veut plus rien direSOMBRERO : tu crois que a a un rapport avec son il ?Muda prend le masque. La luciole s'en rapproche et reste comme immobile. Sur tout ce qui suit, Muda remue son masque, comme s'il tait coll sa gueule ou qu'il essayait de l'enlever, la luciole n'en bouge pasELIAS : a fait comment ?MUDA : je crois que cette luciole est la vritBEDOUIN : que voudrait-elle nous dire ?ALBATROS : que ce masque est la vrit ?SOMBRERO : je croyais que c'tait la lucioleMUDA : si la gravit arrive et frappe un morceau de liiciole, l'icioleALBATROS : l'ici Ol ?ELIAS : ol~ol ol ol ol ~olBEDOUIN : Ole ? un nordique ?ALBATROS : ce n'est pas trs prcisGHAGHA : messieurs, un peu de tenueBEDOUIN : il nous faudrait un gnrique, vous savez, comme si onGHAGHA : il est trop tardMUDA : tu crois que a un rapport avec mon il ?BEDOUIN : tant donn l'iciole, oui, a ressemble assezELIAS : ntsst dans l'ilGHAGHA : quoi ?ALBATROS : messieurs, un peu de tenueMUDA : si l'on colle le c au i de l'iciole, l'idoleELIAS : c'est donc l que tu voulais en venirBEDOUIN : je croyais que c'tait la lucioleGHAGHA : je crois que cette luciole est la vritSOMBRERO : c'est bien ce qu'il tente de nous direALBATROS : que la lumire de la luciole est la vrit ?SOMBRERO : Muda ?MUDA : ol~ol ol ol ol ~olGHAGHA : mais l'idole n'est pas vritELIAS : dis donc gros malin, t'essaiera de faire vrit avec lucioleBEDOUIN : ce n'est pas trs prcisELIAS : effectivementSOMBRERO : messieurs, un peu de tenueALBATROS : c'est trs profond, songez que l'idole image n'est qu'une projectionBEDOUIN : oui, du croyant sur l'incroyantGHAGHA : ce n'est pas a le problme ; le problme est que a ne veut plus rien direELIAS : mais pourquoi ?MUDA : je crois que cette luciole est la vritGHAGHA : la luciole apporte lumireALBATROS : c'est bien ce qu'il tente de nous direSOMBRERO : que la lumire de la luciole est la vrit ?GHAGHA : c'est l'tymologie lucifrienneBEDOUIN : quelle symbolique de merdeELIAS : effectivementGHAGHA : tu crois que a a un rapport avec son il ?BEDOUIN : mais tu disais que tu croyais cette luciole comme vritMUDA : je crois que cette luciole est la vritGHAGHA : effectivementALBATROS : tu serais donc un obscur ?ELIAS : c'est bien ce qu'il tente de nous direBEDOUIN : ol~ol ol ol ol ~ol hepHep ol~ol ol olSOMBRERO : mais l'idole n'est pas vritGHAGHA : nous avons dplac le problmeBEDOUIN : oui, du croyant sur l'incroyantSOMBRERO : le problme est que a ne veut plus rien direMUDA : effectivementGHAGHA : ce n'est pas trs prcisELIAS : dis donc gros malin, t'essaiera de faire vrit avec lucioleMUDA : je crois que cette luciole est la vritSOMBRERO : tu aurais au moins pu garder le masqueALBATROS : tu serais donc un obscur ?GHAGHA : c'est bien ce qu'il tente de nous direBEDOUIN : quelle symbolique de merdeMUDA : effectivementELIAS : je croyais que c'tait la lucioleSOMBRERO : ol~ol ol ol ol ~oA partir d'ici, le/ RIDEAU /peut tomber n'importe quand, de prfrence pendant une rplique de Sombrero.Indications et notes l'attention du metteur en scne : - partir du moment o Muda se revt du masque, la mise en scne et le jeu d'acteur sont laisss l'apprciation du metteur en scne (i.e. toi) et/ou des acteurs eux-mmes, dans la mesure o ils ne parasitent pas le bon droulement de la pice - le tempo, de la mme faon, est volontairement ambigu, laissant les envies de chacun s'exprimer dans une reprsentation rapide, saccade, comme dans son pendant lent et plus ou moins hypnotique ; d'aprs de savants calculs, la pice peut durer entre trois minutes et trois heures sans qu'il y ait rupture avec les intentions de dpart (on peut par exemple affaiblir la rythmique des dernires rpliques, tout comme les doubler)- il est possible d'intgrer un ou plusieurs robots ou automates qui, bien rgls, feront des acteurs trangement dous- cette pice est originellement crite en franais ; ne soyez pas abruti au point de vouloir compenser la traduction : il n'y en a pas eu- (bis) au metteur en scne : dbrouillez-vous pour que les acteurs comme les spectateurs ne se rendent jamais compte que le mot luciole a une anagramme assez particulier : couille ; cela peut par exemple se faire en n'accentuant pas les rpliques sur lesquelles les lettres se modifient par contre, dbrouillez-vous pour leur faire comprendre sans leur dire vraiment que le terme MUDA n'est qu'une perversion lettre du prnom Maud ou un trou dans un palindrome du genre MURDA A DRUM.bonus adjacent : JOJO'S BIZARRE ADVENTURE : FUNKY SHIT UN SANDWICH SEMIOLOGIQUE DE PROUST [New Window]
Notre apprentissage des signes ne cesse jamais, et tout au long de notre existence, mesure que nous parcourons des mondes diffrents, nous devons toujours faire face des systmes que nous ne connaissons pas, et quil nous faudra apprendre matriser. Et pour ce faire, nous navons mme pas besoin de voyager. Quand nous rencontrons une personne pour la premire fois, cest comme si tout un univers trs particulier savanait vers nous, avec ses soleils et ses trous noirs, accompagns de toutes sortes de signes (gestes, sourires, accents, paroles, mouvements des yeux, manire de tenir sa cigarette) qui viennent entrer en collision avec nos certitudes et quil va nous falloir de nouveau matriser. Do le fait que toute amiti est le triomphe dune perception. Quand nous lisons un livre, nous avons galement affaire une espce de confrontation dont la fin reste ouverte, car il nappartient quau livre, de par sa nouveaut, son mouvement ou sa splendeur, de venir nous rvler la prsence de quelque chose que nous souponnions peut-tre, mais sans pouvoir placer les mots quil convient sur ce sentiment, et que mme nous aurions t bien en peine de souponner, et qui viendra nous estomaquer comme rien ny tait encore parvenu. Tout autour de nous, les signes prolifrent, au lyce, au travail, au restaurant, dans les maisons de retraite. Lenchanement des codes nous est dvoil par notre provisoire incomprhension, que le culot, laudace, le flair peuvent rapidement faire svanouir, mais que la timidit, langoisse, peuvent transformer en mutisme ou en fuite. Briser le code, acqurir le signe, cest sengouffrer dans les multiplicits sociales.Grce la magie nocturne de Proust humant le lige, la cire et lencre, A la recherche du temps perdu est le plus grand et le plus vibrant catalogue de signes aux interprtations par milliers qui ait jamais t dress en langue franaise. Peu importe que celui-ci, du point de vue sociologique ici inepte, se cantonne aux mondes artistocratiques et bourgeois. Mme sil est vident que les classes sociales dites dfavorises possdent leurs propres rgimes de signes, leurs propres perceptions, tout aussi dignes dtre explors (et recoupant dailleurs en grande partie ceux des classes dites suprieures), il faut bien comprendre que lexplorateur smiologue doit avant tout rechercher la terra incognita o les signes, comme les meutes danimaux sauvages africains ou les envols de hrons japonais, seront les plus nombreux et les plus divers, et il nexiste pas de monde o le signe ne prolifre de manire plus dlirante que le monde aristocratique, o tout se rgle sur le mode dun rouleau de piano-mcanique, une raction en entranant une autre selon des rgles tacites, dans un dploiement de signes absolument vides de sens (Deleuze), quon pourrait presque coder de manire mathmatique. Dans les milliers de pages proustiennes, le Narrateur est notre Virgile dans cette jungle de signes appelant rarement moins de trois interprtations diffrentes, et souvent se plait susciter notre brve incrdulit lorsquil est exig par le code dexprimer une chose par son absolu contraire, comme le prouve ce passage exemplaire de Sodome et Gomorrhe : Je reus du reste peu de temps de l une leon qui acheva de menseigner, avec la plus parfaite exactitude, lextension et les limites de certaines formes de lamabilit aristocratique. Ctait une matine donne par la duchesse de Montmorency pour la reine dAngleterre ; il y eut une espce de petit cortge pour aller au buffet et en tte marchait la souveraine ayant son bras le duc de Guermantes. Jarrivai ce moment-l. De sa main libre, le duc me fit au moins quarante mtres de distance mille signes dappel et damiti et qui avaient lair de vouloir dire que je pouvais mapprocher sans crainte, que je ne serais pas mang tout cru la place des sandwichs. Mais moi qui commenais me perfectionner dans le langage des cours, au lieu de me rapprocher mme dun seul pas, mes quarante mtres de distance je minclinai profondment, mais sans sourire, comme jaurais fait devant quelquun que jaurais peine connu, puis continuai mon chemin en sens oppos. Jaurais pu crire un chef-duvre, les Guermantes men eussent moins fait dhonneur que de ce salut. Non seulement il ne passa pas inaperu aux yeux du duc, qui ce jour-l pourtant eut rpondre plus de cinq cents personnes, mais ceux de la duchesse, laquelle ayant rencontr ma mre le lui raconta et se gardant bien de lui dire que javais eu tort, que jaurais d mapprocher, elle lui dit que son mari avait t merveill de mon salut, quil tait impossible dy faire tenir plus de choses. On ne cessa de trouver ce salut toutes les qualits, sans mentionner toutefois celle qui avait paru la plus prcieuse, savoir quil avait t discret, et on ne cessa pas non plus de me faire des compliments dont je ompris quils taient encore moins une rcompense pour le pass quune indication pour lavenir, la faon de celle dlicatement fournie ses lves par le directeur dun tablissement dducation : Noubliez pas, mes chers enfants, que ces prix sont moins pour vous que pour vos parents, afin quils vous renvoient lanne prochaine. Cest ainsi que Mme de Marsantes, quand quelquun dun monde diffrent entrait dans son milieu, vantait devant lui les gens discrets quon trouve quand on va les chercher et qui se font oublier le reste du temps, comme on prvient sous une forme indirecte un domestique qui sent mauvais que lusage des bains est parfait pour la sant. Soient A lamabilit, B la distance, C la gaffe, D le respect, E laccomplissement. Le duc de Guermantes met trs puissament le signe A, mais celui-ci exige de par le code dtre interprt comme tant en ralit B. Le Narrateur peroit A dans toute son exagration ; tant au fait du code, il inverse le A puissance dix qui lui est adress en un B puissance dix, vitant ainsi C, mauvaise interprtation du signe qui annihilerait toute possibilit future dun A authentique. Peru par le duc, ce signe B devient un D mondain parfaitement accompli, qui suscite alors les consquences E. Tout lart du code aristocratique est contenu dans la maxime selon laquelle il ne faut jamais interprter les signes au pied de la lettre, mais au contraire toujours les contempler avec la suspicion quon accorde un reflet dans le miroir. Il sagit bien sr dun systme hypocrite o, en public, tout est inversement proportionnel ce qui est rellement exprim ; mais cest surtout quil incarne son summum le raffinement des rapports de signes entre cratures sociales.On sen voudrait quand mme de ne pas souligner, dans cet extrait, la syntaxe extrmement concise et efficace (bien linverse de ce quon impute Proust quand on ne la pas lu), le merveilleux usage de lhyperbole dans les chiffres (40 mtres, 1000 signes, 500 personnes), lart de placer le dtail incongru exactement l o il sonnera juste (les sandwichs), et la constante proccupation proustienne de toujours contrebalancer les dveloppements abstraits par des exemples trs prcis, emprunts la vie quotidienne, et toujours lests dune solide dose de comique : un exemple de composition qui ne perdra pas de sa force avant encore trs, trs longtemps. DE WAGNER AU LEIJIVERSE [New Window]
Notre poque voit toutes ses images soulignes par la musique quon leur juge la plus approprie ; du jour o a t invent le walkman, dsormais vnrable antiquit, la musique est venue envahir notre vie quotidienne, telle chanson accorde telle humeur, ou devant combattre telle autre humeur, musique nous affranchissant du monde et ralimentant sans cesse notre besoin de rythme, de sonorit et de beaut personnelle. On pourrait presque dire quen nos annes il ny pas dart plus strictement contemporain que la musique. Mais qui peut nous dire quelle est la vritable bande originale de notre existence, quelle est la musique qui, telle date, a flchi le cours de notre existence ? La lgende veut que le jeune Akira Matsumoto (qui navait pas encore chang son prnom en un plus martial Leiji), dont lambition tait de devenir un grand mangaka, put financer son voyage depuis sa province jusqu Tokyo grce la vente dun 78-tours trouv dans une maison en ruines. Ce disque, ctait la Marche funbre de Siegfried , de Richard Wagner. Cinquante ans plus tard, le pre de Captain Harlock (rebaptis Albator en France) nen a toujours pas fini avec cette hroque morceau de dploration grandiose, dont lombre plane sur toute son immense production de space operas sans cesse remanis, et vient sans cesse lenrichir. Nous nous retrouverons l o les boucles du temps se rencontrent : cette phrase bien peu wagnrienne dans son essence est prononce par lun des personnages de Captain Harlock (1977/81), mais aucune autre ne rsume aussi bien la distance mlancolique qui se creuse au fil des sagas de Matsumoto et qui irrigue constamment lunivers dHarlock. Celui-ci nchappe pas, bien entendu, la charte graphique du shnen manga, qui chez Matsumoto prend la forme, tantt de dformations grotesques (les rondeurs caricaturales de Tochiro), tantt dune longation presque filiforme du canon humain, particulirement sensible dans les personnages fminins, cratures thres et mystrieuses devenues la marque de fabrique de Matsumoto. Mais ces dformations traditionnelles dans le manga japonais sont, dans le cas de Harlock, inluctablement surpasses par lampleur cosmique de lpope qui nous est prsente, et qui doit tout une grande ambition wagnrienne puissamment incarne dans le genre du manga.Ce qui fait la force, la vritable profondeur de lunivers dHarlock, cest en fin de compte limmense mlancolie qui progressivement sen dgage. LArcadia, contrairement aux apparences, nest pas primordialement un vaisseau spatial guerrier ; il est surtout nouvel avatar du Vaisseau Fantme, navire de lerrance et de la qute dsespre, se refltant dans son propre pass avec le DeathShadow conduit auparavant par Great Harlock, le pre du hros, qui ne se distingue de ce dernier que par ladjonction dune barbe (o lon voit que ce qui intresse Matsumoto, ce nest pas lindividualit, cest larchtype). Les figures fminines y sont toujours tranges, rserves, riches de leur propre mystre, dvoues au combat (Esmeraldas), la vigilance mystique (Mime) ou lerrance fatidique, comme la blonde et triste Maetel toujours enveloppe de fourrure noire, qui dans Galaxy Express 999 (1977/79) protge et menace la fois le jeune Tetsuro, prisonnire des ambiguits de son existence. Cest dans Galaxy Express 999 quest mise au jour les contradictions, souvent trop ludes en science-fiction, de la tension entre corps et machine. Dans cet univers (o Harlock nest quun figurant), le jeune Tetsuro part la recherche du corps mcanis qui lui permettra datteindre la vie ternelle ; mais au bout du voyage, et parvenu la trahison finale, il aura eu tout le temps de comprendre, travers diffrents tmoignages, dont celui de Maetel (qui possde le troublant visage de la mre de Tetsuro, et prouve envers ce dernier un sentiment maternel qui la taraude), que dpasser le stade de la mortalit, devenir capable de voyager travers lespace et le temps , datteindre ces boucles du temps , ne se fait pas sans payer un prix terrible, celui dune souffrance perptuelle, de labandon de ce qui nous fait tre nous-mmes dans nos limites. Harlock a beau naviguer bord du vaisseau le plus perfectionn de la galaxie, il reste, comme sa contrepartie fminine Esmeraldas, une sorte danarchiste de lespace qui a plac lemblme de la mort sur son tendard, et qui sapprte chaque minute se confronter la fin de son voyage.La plupart des mangakas prfrent en gnral se concentrer sur un monde imaginaire distinct, autonome, quils enrichissent en cercles concentriques (cest le cas, par exemple, dEiichiro Oda pour One Piece). Le cas de Leiji Matsumoto est tout autre : plutt que dagrandir sans cesse le primtre spatial dHarlock, il na cess, que a soit en mangas ou en films, de rcrire sans cesse la mme histoire, tel point quon parle son propos de Leijiverse. Ce beau nologisme drive bien sr de multiverse, un mot quon associe le plus souvent luvre protiforme de Michael Moorcock, mais qui, quon le croie ou non, a t invent ds 1895 par William James (alors strictement contemporain de la naissance de la science-fiction victorienne proto-steampunk chez H. G. Wells). Le Leijiverse, symbolis, prendrait la forme dun ruban de Mobius, qui lorsquon le parcourt du doigt ne nous signale pas que la surface a chang de ct. Certes, le pass peut toujours tre explor. Mais surtout le Leijiverse ne cesse de rebattre les cartes narratives, changeant les lieux, les protagonistes, les physionomies, mais ne renonant jamais ses scnes capitales, ce qui est le cas pour la mort du professeur Tochiro, qui dans les deux lignes temporelles de Galaxy Express 999 et de Arcadia of my Youth (en France, Albator 84) meurt physiquement mais russit transmettre son esprit dans lordinateur central de lArcadia, le vaisseau de mon meilleur ami . Dans la premire version, il est aid par le jeune Tetsuro qui le retrouve agonisant dans son exil solitaire ; dans la seconde, son corps est min par les radiations qui lont transperc lors du sauvetage dEsmeraldas, dont il est secrtement amoureux. Mais dans les deux cas, ce qui demeure capital, cest lalliance de lintellect et de la machine, et la promesse dune amiti indfectible entre Harlock et Tochiro qui puisse saffranchir des limites charnelles. Sappuyant sur larchtype, Matsumoto creuse le mythe, et permet son Leijiverse de conserver toute sa cohsion. Dans la ligne du shnen manga, en quelque sorte un bildungsroman la japonaise dont la ligne de force est lapprentissage et la matrise par le jeune hros de ses forces, de ses connaissances et des rgles de lhonneur et de lamiti, lArcadia se doit toujours de possder son bord un jeune adolescent (dont le regard la fois innocent, anxieux et battant quil porte sur lunivers nentre bien sr pas pour peu dans le vieux concept didentification du jeune lecteur/spectateur). Que celui sappelle en gnral Tadashi, et quelle que soit sa backstory (chasseur de prime affam, fils de professeur gnial, mais en tous cas toujours orphelin), cest la symbolique qui laccompagne en permanence, dans ses espoirs, ses erreurs et ses doutes, qui tisse la vritable trame de son rcit.Arriv au sommet de sa rputation, Leiji Matsumoto dut alors senti quil lui fallait, dune manire ou dune autre, payer ouvertement sa dette, et le rsultat de cet hommage fut Harlock Saga (1999), rcriture un peu appuye du Ring de Wagner, reste dailleurs inacheve : le tout dernier tome de Gtterdmmerung ne fut jamais dessin, crant une fois encore les conditions dune uvre la fin ouverte. Ces noms nordiques et wagnriens, Wotan, Fricka, Walhalla, Alberich, il est trange de les entendre rsonner de faon si familire dans le cadre dun space opera, croire quune ligne invisible, trace depuis le dix-neuvime sicle, menait les fantasmes historiques de Wagner directement depuis Bayreuth jusquaux confins du cosmos, comme une prfiguration de la grandiloquence onomastique qui caractrise parfois la mauvaise science-fiction. Dans la version manganim de Harlock Saga, les coups de timbales et les accords stridents de cuivres de la Marche funbre ne cessent dagir comme une basse continue. Cest l quon se rend compte que le Ring, quelle quen soit ladaptation, opratique ou manga, mme reconditionne dans un cadre fictionnel autre, ne fait jamais que raconter la mme histoire archtypale : loppression dun ordre suprieur, laccaparement des richesses et du pouvoir par une lite corrompue et esclavagiste, la lutte du hros solitaire pour le renversement de cet ordre impie et ltablissement dune nouvelle re des hommes se substituant celle des dieux. Au dbut de Harlock Saga, le moment capital est celui o Wotan ne parvient pas comprendre les motivations de Harlock : lhomme, lindividu, ngligeable au regard des tendues dternit dans lesquelles se dploient les plans du dieu, vient brusquement rompre lquilibre, porter la venue de la loi du hors-la-loi, celle de sa justice et de son thique personnelles. Larme suprme de lor, les luttes de vaisseaux, ne sont que des interludes prvisibles, sur lesquels surnage avant tout la qute grandiose du hros prt affronter ce qui pourtant le dpasse presque mtaphysiquement : les bornes de lunivers sont inatteignables, et pourtant cest vers elles que lArcadia ne cesse de porter ses lignes derrance.Plus rcemment encore, Leiji Matsumoto sest occup du long-mtrage Interstella 5555 (2003), qui illustrait lalbum Discovery de Daft Punk ; mais le regarder, on ne peut se dprendre dune vague sensation daffadissement du Leijiverse, un air de commande, en dpit (ou cause) de la musique de Daft Punk. Dans le choix du groupe franais entrait bien sr une admiration sincre pour une passion denfance, la volont de retrouver les merveillements de la jeunesse, les jolis vaisseaux spatiaux glissant dans lespace, les combats cools avec leurs improbables explosions bruyantes dans le vide intersidral. Dans Interstella 5555, un groupe de musiciens est enlev, et un intrpide baroudeur de lespace, tomb sous le charme de la jolie instrumentrice, part leur rescousse. Il est impossible de ne pas voir quici le Leijiverse est rduit un dcor daventures piques, totalement dpourvu de la grande dimension presque mtaphysique que les diffrents univers dHarlock ont progressivement tisse. Cest certes l le moment lgiaque o une grande uvre de la pop culture, tout doucement, se banalise et sefface, rcupre par le marchandising mais quoi quil arrive, nous savons que les fascinantes boucles des temporalits harlockiennes demeureront jamais intactes, dans linpuisable richesse de leurs virtualits. Vivement le livre [New Window]
Innarrables publicits au cinma pour les parfums de luxe. Une femme sublime dans un fourreau court, toute en jambes et en cheveux, dambule ordinairement dans un palais de marbre, descend un escalier immense, suivie par un loup blanc ou une panthre noire, sort dans un parc frissonnant sous la vote toile. Elle tient dans sa main un flacon de cristal contenant une eau rose ou ambre, le fameux parfum, Noctiluque ou vanescente, aux fragrances de pop-corn tide, de moquette rpe et de pieds dchausss.Eric Chevillard LE TIGRE DE BORGES [New Window]
Le vieil homme savance sur la scne, la dmarche trs raide, le pas peu assur. Il est aveugle. Sa compagne lamne doucement jusqu son pupitre, lui indique o il se trouve tandis que les applaudissements se prolongent, lui amne sa chaise, sempare de sa canne, guide sa main vers le verre deau pour quil nait pas le chercher, et sclipse enfin en coulisses. Lorateur ovationn, cest Jorge Luis Borges, soixante-dix-huit ans, qui prend la parole dune voix molle lhsitation tudie, diction forge en plus de vingt annes de cours et de confrences, donnant une ide dimprovisation derrire laquelle se dissimulent une longue prparation et un apprentissage par cur. Cest la dernire soire de ce cycle ; il annonce, avec sa modestie habituelle, quaprs ces dj trop nombreuses confrences, il a remarqu que le public prfrait toujours le personnel au gnral, et le concret labstrait, et quil se permettra donc dvoquer sa modeste ccit personnelle. Il ne voit plus du tout dun il, trs peu de lautre (cest le fameux regard vide, et pourtant captivant, que lon retrouve sur toutes ses photographies de vieillesse). Il peut encore dchiffrer le vert et le bleu. Le rouge et le noir ont disparu : sa ccit nest pas la prison obscure que lon croit. Mais sil y a une couleur qui lui importe par-dessus tout, une couleur qui ne ma jamais t infidle, qui ma toujours accompagn , et qui est sa couleur ftiche, cest el amarillo, le jaune, couleur des tigres. Borges se souvient du temps o, petit garon, il sattardait longuement, au jardin zoologique de Palermo, devant la cage du tigre ; brivement, une forte motion linterrompt, son regard et sa parole se troublent. Lamiti du jaune, le souvenir magique du tigre, viennent pendant quelques secondes de franchir les barrires de la ccit et du temps. Dans son pome Lor des tigres, Borges avait dj clbr la splendeur du tigre emprisonn, en association troite avec sa ccit :Hasta la hora del ocaso amarillocuntas veces habr miradoal poderoso tigre de Bengalair y venir por el predestinado caminodetrs de los barrotes de hierro,sin sospechar que eran su crcel. Cette heure du crpuscule dor, indfiniment prolonge, Borges la considrait sans doute comme le reflet invers de cette rvlation de jeunesse, fulgurante et inoubliable. On rapporte que le petit Georgie hurlait et pleurait de rage lorsque venait le moment de quitter le zoo. Dans les livres, le jeune Borges avait pu trouver le fier animal de ses rves, notamment dans les rcits inspirs Rudyard Kipling par son sjour aux Indes, le Shere Khan des Jungles Books en tant la figure de proue. Mais le hantait tout autant, sinon plus, le pome de William Blake, The Tyger (dans les Songs of Experience), dont les premiers vers contiennent la matrice de ces rves borgsiens : Tyger ! Tyger ! Burning brightIn the forests of the night,What immortal hand or eyeDare frame thy fearful symmetry ? Le tigre est pour Blake une incarnation du mal, linstrument que Dieu a promis pour la dvoration de lagneau innocent. Ne voulant pas souscrire cette thse, Borges retenait avant tout de ces vers la puissante image dun gigantesque flin semblable la flamme et savanant dans le contraste de la nuit sombre des lointains, limage dun artefact magiquement anim par une volont divine, dun mystre que lentendement humain ne pourra jamais percer. Dans lextraordinaire nouvelle La escritura del dios (reprise dans El Aleph), Borges raconte lhistoire dun mage aztque emprisonn par les conquistadores, et dont la cellule, plonge en permanence dans lobscurit, jouxte la cage dun jaguar (reflet du tigre) quil peut apercevoir travers des barreaux chaque fois quon lui apporte manger et quun peu de lumire lui parvient alors. Isol, le mage anonyme part alors mentalement la recherche dun mythe, une phrase magique, expression du pouvoir absolu et universel que les dieux auraient dissimule dans la nature afin quelle ne soit jamais altre et quelle puisse parvenir intacte aux hommes pour lutter contre le mal. Rapidement, le mage en vient comprendre que cest son compagnon dincarcration, le tigre fier et cruel lui aussi rduit en esclavage, qui porte sur lui la cl de la rvlation : Imagin la primera maana del tiempo, imagin a mi dios confiando el mensaje a la piel viva de los jaguares, que se amaran y se engendraran sin fin, en cavernas, en caaverales, en islas, para que los ltimos hombres lo recibieran. Imagin esa red de tigres, ese caliento laberinto de tigres, dando horror a los prados y a los rebaos par conservar un dibujo. Le tigre nest alors plus un animal, mais un lment primordial, model la ressemblance du feu quil renferme dans sa dmarche et dans sa livre. Le mage entreprend alors, chaque brve claircie dans sa prison, dapprendre par cur la forme des moindres taches noires du tigre, guettant le moment o cette fameuse phrase magique lui apparatra dans son intgralit. Il y parvient, mais cest au sacrifice de son humanit, car le tigre amne lui lunivers tout entier, dans toute son incommensurable ampleur, la grande roue de feu qui rgit la naissance, destruction et rsurgence du cosmos, le fourmillement de toutes formes de vie, le paradoxe dune totalit sans fin crasant le mortel qui oserait lapprocher. Si dans la nouvelle El Aleph, le point de mire central de lunivers se trouve par drision sous lescalier sordide dune maison de Buenos Aires, dans La escritura del dios la nature divine des myriades passes et venir est dissimule sous un pelage jaune ray de noir, image du soleil frl par la nuit, image de la sauvagerie originelle jamais indompte. Tout comme Jos Lezama Lima qui, sans jamais quitter Cuba, se sentait en proximit avec la doctrine confucenne chinoise, ou ce que la Grce homrique devait la spiritualit funraire gyptienne, Borges na cess, toute sa vie de lecteur, de pote, dcrivain, de dialoguer avec des cultures loignes : le grand Bouddha impassible de Nara, les mystres exotiques des Indes, les tragdies rudes et sches des sagas islandaises. Aujourdhui cest le tigre flamboyant et ternel qui veille probablement la nuit au-dessus de sa tombe, fantme oriental gar Genve. Le tigre est dfinitivement devenu lanimal totmique de Borges, lexpression accomplie de son dsir de puret et dintemporalit. Au moment de la naissance de Borges, le sous-continent indien comptait approximativement un demi-million de tigres. Un sicle plus tard, il nen reste plus que mille quatre-cent : le braconnage, la dforestation, poussent inluctablement le tigre borgsien vers sa disparition. Sur les neuf sous-espces de tigres connues dans le monde, trois sont dj teintes (les tigres de Bali, de Java et de la Caspienne). Le tigre du Bengale, le tigre de Blake, de Kipling, de Borges, ne tardera sans doute plus longtemps disparatre lui aussi. Alors, cet instant, les uvres de ces trois auteurs ne seront pas un souvenir suffisant. La passion de Borges nous a fait dcouvrir plus que toute autre le mystre sacr de cet animal : sil avait pu imaginer un univers sans tigre, nul doute quil en aurait pleur. UNIVERS-RGLISSE, DCOR GOTHIQUE [New Window]
Une industrie du divertissement qui savait crer la merveille, voil qui aujourdhui, alors quon a de plus en plus de mal distinguer, dans le mainstream culturel, le prformat de la nouveaut authentique, ne cesse de nous surprendre, et irrmdiablement de nous enchanter. Cest, pour ainsi dire, la chance des dbutants, de ceux qui ont pu, dans les premires dcennies du vingtime sicle, accompagner lavance de la technique tout en donnant forme leurs ides, leurs joies et leur pur plaisir de crer. Mickey Mouse fut cr par Ub Iwerks, avec une allure plus trappue et plus acide que celle que nous subissons maintenant, celle impose par lempire Disney, ronde et fade, amusante et sans intrt. Revoir les court-mtrages des annes 1930 est un petit choc, car on y dcouvre un Mickey qui nest pas celui du merchandising, un Mickey nourri par les ides sans fin des animateurs et des scnaristes, et non celles des dcideurs financiers.Steamboat Willie (1929), archaque, maladroit, drle, mouvement, nous ramne brusquement aux origines dun monde en perptuel mouvement (la moindre des choses, dans lanimation), mille lieux de lunivers Disney officiel, enfantin, dlav et pour tout dire, dfinitivement fade. Il ny a rien de stable dans Steamboat Willie ; cest un monde de rglisse et de chewing-gum, o tout peut stirer, se tordre, se transformer, corps lastiques et toiles de fond transparentes. Les animaux y existent comme des objets, et les objets comme des animaux. Toute vraisemblance des rgles de la physique est vacue au profit de lexplosion comique, tout est sujet mtamorphose. Cest un univers mou, au trait noir pais et aux formes fluides. Des notes de musique peuvent surgir dun museau, toutes frtillantes, et exploser sur le pont dun bateau comme de grosses gouttes deau ; un bouc peut servir de bote musique ; les instruments de navigation prennent vie et se tordent, se contorsionnent, frmissent comme des tres vivants. Aucune matire a priori inerte qui ne soit potentiellement sujette au mouvement. On touche l, en quelque sorte, une ivresse du cinma : tout peut bouger, tout doit bouger.Objets, bteau, animaux, sont des caricatures rduites des lments de reconnaisance minimaux. Mme si la rapidit dexcution est le corollaire dune volont de parodie (celle dun film de Buster Keaton, sorti quelques mois auparavant), cette simplicit de trait porte paradoxalement le petit film un degr defficacit presque parfait, o rien ne distrait lil du mouvement comique au point mme quon ne sinterroge pas tout de suite sur la caricature premire, celle de Mickey lui-mme. Car comme lcrit, non sans humour, Umberto Eco dans Kant et lornithorynque : Walt Disney a russi nous faire prendre pour une souris un animal qui, pour avoir une queue et des oreilles de souris, nen est pas moins bipde et anthropomorphe. Il est lgitime de se demander si nous laurions reconnu immdiatement comme une souris sil ne nous avait pas t demble prsent comme Mickey Mouse. Alors il devient permis de se faire un orchestre de fortune partir danimaux non consentants : chats et porcelets aux queues tortures, canards auxquels on tord le cou pour retrouver le son dune bombarde. Le Mickey qui se livre ces actes de torture caractriss sur de pauvres btes (scnes qui dailleurs furent censures par de dcidment bien prudes amricains), on redcouvre avec plaisir quil ntait pas lorigine le bon copain btasse des petits enfants, mais tout au contraire un petit tre espigle, mchant, rleur, cruel, audacieux, trs trs loin du parangon de vertu incolore que la multiplication de sa figure a fini par nous imposer. Cette mtamorphose, cette dpersonnalisation de Mickey, a dbut trs tt : ds le court-mtrage The Mad Doctor (1933), on retrouve dj peu prs un Mickey froussard et pouss laventure malgr lui qui nous prpare licne actuelle.Ce Mickey nest plus le moteur de laction, il la subit, dans un lment gothique qui le porte passivement : le caractre trs Katzenjammerkids (en France, Pim Pam Poum) a t gomm, et ne demeure quune petite boule noire au courage gomtrie variable, quon va pouvoir promener dans toutes les situations quon veut, camlon aussi transparent que le Tintin dHerg. Dans The Mad Doctor, cest latmosphre noir et blanc du film qui rgne : le dcor gothique (tonnerre, vent, arbres qui ploient, cris dans la nuit, traces de pas, passerelle prte seffondrer, improbable chteau mdival perch sur un pic dominant la mer dchane) est prt se livrer toutes les variations du genre, que Mickey pourra traverser en toute une srie de petits cris, gestes comiques, yeux carquills, plus du tout une incitation la farce gamine, juste une figure qui avance sur lcran et quon peut suivre sans risque dtre incit quoi que ce soit, si ce nest avoir peur des squelettes et leurs danses macabres, des araignes et des jeux dombre. Cest le savant fou qui nous enchante : son laboratoire encombr, son crne chauve et ses moustaches slaves (voire, vu lpoque, bolchviques), son accent terrible, ses gants noirs et sa longue blouse blanche. Un savant qui est capable de dcouper une ombre : une abilit fantastique qui est un lien bien tnu avec le monde lastique de Steamboat Willie, peine quatre ans plus tt.The Mad Doctor se termine sur un ce ntait quun rve , technique facile et encore bien vivante aujourdhui, mais quAndr Breton, exactement la mme poque, mprisait comme une intolrable trahison des puissances de limagination. Rien de pire, pour le pote, que de rduire nant la merveille rve par un brusque retour la prtendue ralit . Mais en fin de compte, rve ou pas, ces films danimation en noir et blanc, mme faisant semblant de se situer dans un univers dtermin, finissent par prendre les allures de rves fragiles que la tendresse entretient. Tous ces court-mtrages Disney taient, il y a soixante-dix ans, des produits dappel commerciaux, que nous regardons avec une incurable candeur. Une nouvelle preuve du fait que cest laction du temps qui, plus srement que tous les efforts humains, cre le chef-duvre ou la simple nostalgie. IMPERCEPTIBLE DANS LE CIEL [New Window]
On ferme le magasin bablique cl, l'abandonnant la poussire, on entasse les quelques bagages l'arrire de la flying machine, on vrifie son col amidonn et sa cravate victorienne, le chapeau-melon bien viss sur le crne, et enfin prts abandonner ces lieux dj bien dsertiques, on s'envole vers de nouveaux territoires, dans l'ivresse de l'invisibilit retrouve :www.fricfracclub.com CYCLOCOSMIA II - 11/6/2009 [New Window]
Grande soire de lancement pour la revueCYCLOCOSMIA #2et son dossier consacr JOSE LEZAMA LIMAle 11 juin 2009 19h la librairieL'Arbre Lettres14 rue Boulard Paris XIVemtro Denfert-Rochereaupour plus de dtails sur le sommaire du numro :www.cyclocosmia.netVENEZ NOMBREUX !!! LES ROMANS DU ROMAN DE SENGES [New Window]
La naissance dune grande fiction tient parfois peu de choses : une uvre fragmentaire laissant limagination toute libert de reconstruire entre ses blancs tout un fleuve de pripties ; un petit fonctionnaire clibataire ls mais incapable de se rsoudre la catastrophe de son incomptence ; de la colle et des ciseaux. Tout Fragments de Lichtenberg repose sur un norme et si qui savre suffisant pour tracer un grand arc de cercle fictionnel ; o Hermann Sax, pre de la premire conjecture sur Lichtenberg, devient limage de la toute-puissance de limagination littraire : un petit rien, fragile, labor, mais riche en possibilits, donnant naissance une grande uvre. De la folie reconstructive dHermann Sax, surgit tout un monde peupl dtre et dobjets : Il y consacrera une partie de sa vie, que faire dautre ? (se lamenter sur ses finances ? regretter chaque matin, la fentre, de navoir pas invent le couteau suisse ? se dfaire chaque soir de son chapeau et avec son chapeau de ses devoirs de responsable du quarantime bureau ? voir le temps passer, guigner le dimanche, prs des promenades de hauts couples aux allures de hrons mles et femelles, si panouis ds le printemps, si heureux ?). Il y consacre la moiti de son existence : la journe au bureau, le contentieux, les factures, le recommencement des affaires en compagnie des collgues et le soir, la nuit peut-tre, la pente obscure, lubac, luvre au noir, la primaut donne aux travaux secondaires, et inutiles, peut-tre vains : lart pour lart, le secret, le gnie intime, la vocation accomplie chez soi pendant les jours de cong, laspiration autre chose : lAbyssinie vue dAllemagne. Hermann Sax louvrage naurait lair de rien, sinon dun maniaque de la paire de ciseaux, de la colle et du cahier dcolier, un de plus certains archivent de la mme faon des feuilletons parus dans la Gazette de Gttingen, et dautres tous les articles consacrs Sarah Bernhardt ; lui, sefforce de remettre luvre de Lichtenberg dans le bon sens. Mais le destin individuel ne suffit pas mettre une grand machinerie en branle ; il lui faut, de manire bien plus comique, le draisonnable dploiement de moyens mondiaux qui pourront dployer, sur la surface du globe, au Kamtchatka, dans le Saskatchewan ou Zanzibar, la folle rudition de ses personnages et leur agitation aussi vaine que rjouissante. Le fiasco, on sen doute ds le dpart, pointe dj lhorizon, et pourtant la puissance dmente de limagination, les espoirs insatiables qui dvorent ltre humain, suffisent propulser une manie de petit fonctionnaire allemand au rang de grand dbat littraire du sicle. Pour que la grande aventure dmarre, il ny a qu lui adjoindre, en guise de dlicieuse ficelle narrative, la manne inpuisable du legs Nobel (la dynamite finanant la reconstitution dune grande uvre dtruite, quelle douce ironie), et voil que des rangs de sudois en chapeau haut-de-forme donnent vie la Socit des Archives Lichtenberg, multipliant les dossiers, cahiers, paperasses de recherche, en autant de processus et de prolifration des objets qui font les dlices de Pierre Senges. La promesse continue dun financement suffit justifier cette vaste rcriture du roman de professeur quest Fragments de Lichtenberg : ou comment faire dune aride question de philologie littraire de passionnants romans daventure. Car le problme Lichtenberg, devenu la conjecture de Sax , puis la conjecture de Mulligan , ne reste que peu de temps cantonne au travail de copier-coller de quelques chercheurs isols. Deux temporalits sinterpntrent dans Fragments de Lichtenberg, et toutes deux stendent sur de longues distances : dune part lexistence de Lichtenberg lui-mme, avec ses combats, ses maladies, ses manies, ses monologues ; dautre part, llaboration exponentielle des possibilits autour de ses fragments, ayant fini par acqurir lautonomie dune machine produire des sagas, des romans, des essais, laboration cavalant dun bout lautre du vingtime sicle, et qui fatalement finit par acqurir lempreinte du temps qui passe et des bouleversements non-littraires qui agitent le monde. Comme sil ne fallait jamais oublier que lhistoire de la pense, loin dtre isole dans une sphre spculative pouvant rester immacule, reste conditionne aux destins parfois tragiques des tres humains qui la transmettent. Cest cet gard que les sections de Fragments de Lichtenberg concernant la Reconstitution dOvide Rome, daprs le rabbin de Katowice, le talmudiste de Kurylwka et ltudiant de Szczecin sont particulirement mouvantes, sans pour autant jamais voquer directement la tragdie des camps qui leur donne toute leur force : ne survivent, la surface sobre et toute en retenue du rcit, que les dtails signifiants de ces crayons sans mine ni gomme, de ces bouts de papier froisss et maculs, presque illisibles, quau prix de leurs dernires heures des passionns russissent encore faire parvenir jusquen Sude par les moyens les plus dtourns et les plus poignants. Cet pisode des camps, suggr en creux par le flottement que la recherche sur Lichtenberg subit ce moment, cr une csure dans le roman tout comme elle en a cr une dans lhistoire de lhumanit, et cest partir de cet pisode que la haute fantaisie comique du rcit laisse entrevoir clairement son arrire-plan politique (guerre froide, rideau de fer) que lauteur noublie jamais. Cette qute dune cohrence finale du corpus Lichtenberg, qui trace son grand arc narratif dun bout lautre du livre, pouse elle aussi les gondolements, les trous dair des diffrentes poques. Reconstituer un hypothtique roman global, cest toujours, fatalement, devenir le reflet des ides de sa propre dcennie dans son travail. Ainsi, dans lenchanement des diffrentes conjectures proposant la renaissance dun roman (voire parfois de plusieurs diffrents), on pourrait sans trop de peine distinguer plusieurs moments de lhistoire littraire occidentale. Les dbuts, au moment de la Belle Epoque, sont marqus par la croyance encore tenace en une vrit globale et pouvant tre aisment atteinte ds que toutes les possibilits auront t puises. Cest ce quillustre merveille lhypothse Polichinelle, longuement dveloppe, qui non seulement rappelle fort propos de la gibbosit de Lichtenberg, mais se rvle aussi trs progressivement une caricature quelque peu monstrueuse des Annes dapprentissage de Wilhelm Meister (voyages se succdant fort propos, entrecoups de passages thoriques), dans le dsir dy rassembler absolument tout et son contraire, au prix dacrobaties interprtatives souvent rjouissantes. Ensuite, il y a bien entendu le moment des annes folles, avec les surralistes, et le got trs parisien (qupingle gentiment Pierre Senges) pour les dbats interminables et les sparations de groupes savrant pourtant trs similaires dans leurs ides. La courbe sinflchit plus nettement partir de lhypothse Robinson, qui est dinspiration clairement moderniste : reprenant une figure reconnue (un peu comme lUlysse de Joyce), elle incarne la destruction de la figure du hros, devenu un anti-hros auquel est retir le privilge de laction au profit dun dsenchantement sans cesse remch. Lhypothse extravagante du huitime nain de Blanche Neige est elle, en retour, parfaitement postmoderniste : les cadres fictionnels ne sont mme plus respects et laissent chapper leur crature, laquelle se voit attribuer un don de parole qui la place au mme rang que le narrateur, tout en affirmant de manire sarcastique que la fiction la plus insipide (la Blanche Neige de Disney) peut se voir pervertie par lintroduction dlments htrognes qui viennent relancer la machinerie narrative. Tout grand arc finit toujours par retomber quelque part, et la qute Lichtenberg, mesure quelle approche des bornes du roman de Senges, achve sa dgnrescence tale sur un sicle, prenant des couleurs crpusculaires, comme dans lhypothse des espions runis dans une chambre alors quune inondation recouvre le monde et lannule, nime tentative de rcapitulation qui ne se donne plus la peine de faire courir des lments dans le monde, mais au contraire rassemble le monde et ses ultimes rcipiendaires en un lieu clos sans espoir. La dernire conjecture, baptise Mouche en Dieu par un japonais bicentenaire (o lon voit que Senges ne sembarrasse pas de crdibilit historique), associe ce type de rcapitulation lagonie mme de Lichtenberg, prcipitant leffondrement final en un seul lieu qui est aussi celui de lorigine, comme en une sorte de repositionnement ftal, une conclusion o le giocoso du banquet mondial ayant lieu au rez-de-chausse agit en contrepoint du doloroso de la mort qui vient Lichtenberg ltage, tout cela comme lair Un coro e terminiam la scena revu de faon associer plus de larmes que de rires. La course du grand arc achev, la fantasmagorie de la fiction svanouit telle un rve matinal. La fuite des Archives Lichtenberg au ple Nord incarne le moment de la disparition aprs lapoge, suggrant malgr elle un on with the story qui restera inexprim dans ses montagnes de papiers congels. Ne reste plus alors au lecteur qu compulser, presque au regret que laventure doive un jour sachever, cet Index qui agit comme un gnrique de fin, et qui, comme tous les gnriques, rserve certains endroits la surprise dtranges juxtapositions. STEPHEN KING CONTRE DONALD BARTHELME [New Window]
Cest un paradoxe qui ne devrait faire peur personne : ce sont, parfois, les auteurs dits de genre , qui ont de leur travail lapproche technique la plus lucide et la plus riche. Au contraire des auteurs srieux , dont on attend selon le concept encore vivace davant-garde quils explosent toutes les normes, les auteurs de genre , eux, travaillent la norme, la creusent, la pervertissent, en font tout ce quils veulent, et ce tout dabord parce quils en possdent fond toute la connaissance et donc toutes les virtualits. Ce privilge leur permet, parfois, de parler en public de leurs mthodes dcriture, des problmes quils rencontrent, sans cette rticence que dautres auteurs montrent trahir labsence de leur suppose inspiration divine.Stephen King, prolifique matre de lhorreur, est de ces crivains qui assument leur genre comme personne. Dans un passionnant ouvrage, On Writing (devenu en France Ecriture. Mmoires dun mtier), il nhsitait pas, il y a une dizaine dannes, sous lapparence dun petit manuel pour crivains dbutants, ouvrir toutes grandes les portes de son bureau, ou plutt de son atelier, tant linsistance sur les aspects techniques de lcriture y est forte, assimilant le travail sur le mot ou sur la phrase un martellage de mtal certes trs personnel. On pourrait, a priori, se sentir en droit de relguer On Writing dans cette catgorie des manuels remplis de conseils de bon sens, qui ne donneront certes aucun frisson aux lecteurs de Blanchot ou Bataille ; mais King sy livre sur son travail avec une telle honntet, une telle fracheur, et une si relle passion, que son livre mrite quon lui accorde plus quune vague attention au dtour dune pile douvrages.Il ne sagit pas, videmment, dapprouver aveuglement tout ce que lauteur de Shining donne comme conseils (mme si certains auteurs franais, bien plus respects, devraient y jeter un coup dil histoire de sarcler leurs adverbes et autres mauvaises herbes lexicales). Parfois, cela donne lieu, ds lors quon sautorise tlescoper les lectures, de passionnants petits dbats. Ainsi, par exemple, King, dans la section si bien nomme Bote outils de son livre, sattaque avec virulence la voix passive : Je pense que les crivains timides la chrissent pour la mme raison que les amants timides chrissent des partenaires passives (ou passifs). La voix passive, cest la scurit. Pas daction prendre en compte, avec les ennuis affrents ; le sujet na qu fermer les yeux et penser lAngleterre, pour paraphraser la reine Victoria. Je souponne, en outre, que les crivains qui ne sont pas srs deux ont aussi limpression que la voix passive donne de lautorit la chose crite, voire de la majest. Si vous trouvez majestueux les manuels pratiques et les attendus des avocats, ce doit tre vrai. Un timide crira : La runion sera tenue sept heures parce que cela lui fait croire que, la phrase tant formule ainsi, les gens seront persuads quil sait de quoi il parle. Foin de cette vision tratresse des choses ! Ne soyez pas une lavette ! Redressez les paules, tendez le menton et prenez les choses en main ! Ecrivez : La runion aura lieu sept heures. Et voil vous ne vous sentez pas mieux ? Bien entendu, Stephen King est ensuite oblig de reconnatre, non sans grogner quelque peu, que des effets trs intressants peuvent tre atteints en fiction avec la voix passive. Et sil y a un auteur qui a fait de la voix passive une manire de petit chef-duvre laconique et poignant, cest bien Donald Barthelme, qui dans ses nouvelles, prenant modle sur les meilleurs (Beckett, surtout), taille ses phrases ironiques et surralistes comme de petits diamants mlancoliques, souvent assns sur un ton en apparence objectif et froid, parfois volontairement rptitif, saccad, sec. On en trouve un formidable exemple dans la nouvelle intitule Marie, Marie, Hold On Tight (reprise dans Flying to America). Le narrateur fait une certaine Marie le rcit des msaventures de trois jeunes hommes manifestant devant une glise new-yorkaise, aux revendications quelque peu nbuleuses (leurs pancartes portent des slogans comme Lhomme meurt ! , Abandonnez lamour ! , Cogito ergo rien du tout ! ), et dont le principal souci est surtout de ne pas tre dnoncs comme communistes par les passants. Aprs des dmls avec le cur et la police, les trois manifestants transportent leurs pancartes jusquau Rockefeller Center : cest l quils sont agresss et violemment battus par de jeunes voyous assez insensibles leurs discours politico-philosophiques. Le paragraphe se termine alors, avec une efficacit extraordinaire, par ces deux simples phrases, laconiques et terriblement dsoles : Medical aid was summoned for the pickets. Photos were taken. Cest--dire, non pas, comme laurait voulu Stephen King, une assertion directe comme les manifestants furent soigns ou on prit des photos , mais de pures phrases passives, o les objets les plus improbables prennent brusquement place au premier-plan, relguant llment humain un statut subordonn. Dans la droute des manifestants, ce sont laide mdicale et les photographies qui prennent soudain vie, une vie trange, irrelle, et pourtant immdiatement prsente, qui souligne avec brutalit lchec et la violence de la situation, avec la froideur dun rapport dautopsie. Donald Barthelme est le roi de ces phrases dtaches qui cristallisent en note bleue toute la mlancolie dune socit incapable de communiquer et perdue dans ses propres complexits. Dans une autre nouvelle, il nous est dit que, lors dune soire mondaine, Sadness was expressed : de la tristesse fut exprime . Cest comme un faire-part de deuil qui, sobre et exemplaire, tombe au milieu de la frivolit et nous surprend jusquau cur. Chaque nouvelle de Barthelme est une surprise o le rire et la tristesse se mlent comme en nulle autre endroit, dans le choc dun collage surraliste, la collision de fragments de phrases qui prennent sens malgr eux, ou de dialogues tte-bche dont les clichs assums nous tiennent en haleine. Dans Florence Green is 81, Barthelme fait dire lun de ses personnages que Le but de la littrature est la cration dun objet trange recouvert de fourrure qui brise votre cur : nous connaissons peu daussi beaux programmes. CODA ? [New Window]
( spcial ddicace mon collgue Thomz) LES COMMUNAUTES ET LE RESEAU [New Window]
Ce texte a t crit en chos ou ct, plutt qu'en rponse, des propositions de Franois Monti parues sur son blog Tabula Rasa. Aujourdhui, nous disposons de nouvelles manires de lire, et peut-tre dcrire. () Mais les bonnes manires de lire aujourdhui, cest darriver traiter un livre comme on coute un disque, comme on regarde un film ou une mission tl, comme on reoit une chanson : tout traitement du livre qui rclamerait pour lui un respect spcial, une attention dune autre sorte, vient dun autre ge et condamne dfinitivement le livre : cest ce qucrivaient Gilles Deleuze et Claire Parnet dans Dialogues en 1979. Trente ans plus tard exactement, o en sommes-nous dans le suivi de cette lucide recommandation ? Hlas trs loin, semble-t-il. Causer littrature avant de causer livre ou causer livre avant de causer littrature , cest un dbat qui tourne un peu en rond, ds lors que ses deux termes sont depuis longtemps dcridibiliss, et ce plus particulirement en France. Dun ct, la littrature, de plus en plus emprisonne dans le primtre de la fiction qui nest plus elle-mme que la dgradation du roman en rcit atone et rachitique, sans histoire ou sans langage, voire priv des deux ; une littrature galement emprisonne dans les deux moules antagonistes du chef-duvre et du produit market. Bref, une abstraction tellement vaste quelle en finit par ne plus rien dsigner. Dun autre ct, les livres, qui, davantage que des ouvrages particuliers sans liens entre eux, dsignent en ralit la plaie de la critique actuelle, savoir lapprciationnisme, la manire dont un livre, peu importe sa qualit relle ou suppose, est tout doucement aplati par des formules creuses, censes appter le lecteur potentiel, mais qui par leur vacuit en rabotent toute loriginalit ou lintensit probables. Il suffit douvrir nimporte quelle publication pour trouver des formules prtendument profondes comme une fable politique brillante et vertigineuse , une rflexion potique et trs noire sur lOccident , un roman familial et gnalogique oppressant , un journal intime dune limpidit mouvemente , une mditation sur le destin des hommes , un regard politique acr sur le monde Ces exemples prlevs dans un soi-disant magazine culturel franais parlent deux-mmes : le clich prolifre en toute impunit, et ce dans tous les domaines, musique, cinma, littrature, art. Mais plutt que sacharner inutilement sur la critique officielle (qui, en fin de compte, ne fait que ce que les diteurs et les lecteurs passifs attendent delle), il sagirait de voir comment, sur le rseau, des communauts semparent du champ qui lui est laiss libre.Sur cette question, il ny a pas de place pour les donneurs de leons. Nanmoins, ds lors quil sagit de critiquer dune manire diffrente un film, un album de musique, un livre, une exposition, il semble important de se dbarrasser de deux notions obsoltes qui ont la vie dure dans toutes les sphres intellectuelles : dune part lapprciationnisme, dautre part le chef-duvre. Le premier confond toutes les uvres dans un mme champ de plaisir indiffrent : cest la marque dune cration devenue simple divertissement. Le second, qui a tout autant la vie dure, fait persister la critique dans des hirarchisations et des jugements obsoltes, qui excluent des pans entiers de la cration au prtexte quils ne relvent pas du sublime ou de la mtaphysique : cest sur cette base que les littratures et les cinmas de genre, des musiques par centaines, les formes dart marginales, sont soit exclues du rayon daction mdiatique, soit dlaves dans le malentendu. Or le rseau et ses communauts, dont lacte de naissance part toujours du constat que ce qui devrait tre crit et disponible ne lest pas, sinscrivent toujours invitablement dans ces lacunes bantes. Il faudrait mme inventer un autre mot que critique , pour dsigner une activit volante, fluide, dcomplexe, volontairement dilettante. Ce nouveau discours saffranchirait du jugement, dpassant le bon / pas bon en rejetant le mdiocre et en ne satelant qu lanalyse des forces, et en finirait avec la hirarchie en plaant telle ou telle uvre non au-dessus ou au-dessous dune autre, mais ct.On aimerait proposer le mot intensit pour dsigner toute action de luvre (musicale, picturale, littraire) sur notre cur, nos nerfs, notre pense. Le rle du critique serait, non pas de juger luvre, mais den dgager la fois les problmes et les intensits. Ces intensits, toujours ressenties personnellement, diffrent non par leur ordre mais par leur diffrence. Mises cte cte, et non empiles, elles se forment alors en rseau, en une sorte dunivers sans frontire o aucune intensit ne peut tre juge par rapport son emplacement, puisque celui-ci ne se dfinit par rapport aucune coordone prcisable. Lintensit nat dans les suites de notes de musique, dans llaboration des plans dun film, dans lassemblage des mot, dans le choix dune couleur ou dune touche dans tel tableau. Cest cette intensit qui cre chez son rcepteur la sensation et lmotion ; il revient au critique de remonter la source de son motion et de dgager la nature de son intensit en sattachant au fonctionnement interne de luvre. Ce fonctionnement est bien sr lui-mme li des dizaines de paramtres extrieurs (poque, milieu, ides, reprises, dveloppements), et le critique doit bien entendu sy reporter : cest ce quon peut appeler la transversalit. Quel que soit son domaine, le critique est guett par le grand danger de la spcialisation, souvent de plus en plus rduite : la littrature uruguayenne, le cinma tawanais, les installations critiquant la socit de consommation, etc. Totalement rebours de cela, il lui faut au contraire avoir un il (pas une connaissance approfondie que le temps rend de toute manire impossible, mais un il) sur tous les autres domaines. Cest ainsi que, par exemple, le livre doit tre sorti du splendide isolement dans lequel la socit veut le laisser, et quil faut briser en se rapportant tout autant aux images et aux sons.La notion de diffrence dintensit est trs importante, car ds lors que la notion de chef-duvre a t vacue, on se voit alors accus de mettre sur un mme plan un manga japonais et The Recognitions de Gaddis, les films des frres Zucker et ceux de Kubrick, le dernier morceau dun groupe de rock mtalleux et une chanson des Beatles. Les mangas, les films comiques, sont des uvres bourres dides, et mme si celles-ci nous mnent moins loin quun grand roman amricain, nous savons bien au fond de nous-mme quelles nous procurent des sensations que nous ne retrouvons pas ailleurs : le storytelling, linsouciance, une lgret de propos presque mozartienne. Accepter leur simple diffrence nous permet alors daccepter notre plaisir auprs de notre connaissance. Le triomphe de la culture populaire, qui trane sa suite autant de projets passionnants que duvres interminablement mdiocres, est un grand champ dexpriences. La srie tlvise a repris, avec le succs que lon sait, la fonction humaine feuilletonnante que la littrature a abandonne sous les coups du modernisme ; la musique, clate en milliers de style clectiques, a de quoi puiser plusieurs existences. Des milliards dintensits nous attendent, marques par la nouveaut ou la variation : cette poque peut tre une grande poque, condition quon le dsire et quon la relance par de nouvelles intensits, de nouvelles diffrences.La critique, surtout, doit rester ouverte et se garder de conclure. Georges Didi-Huberman compare limage un papillon : si on le tue, on peut lobserver tout loisir, mais son mouvement, la vie qui en faisait tout le prix, sont alors perdus. Si on le laisse voleter, lmotion du mouvement et de la vie nous sont conservs, mais il faudra se rsigner ne jamais percevoir entirement tout le dessin des ailes. Les intensits ne se laissent pas aisment capturer : cest souvent lorsque nous croyons les tenir dans nos mains que les mots schappent loin de nous. Tel critique va capter tel aspect, puis un autre en apercevra un deuxime, et ainsi de suite. Alors, sur le rseau, grce aux communauts, deux, trois, quatre visions, voire plus, dune mme uvre, peuvent cohabiter sans que lune doive ncessairement avoir pouvoir sur lautre.Le pril du rseau, ce sont les voix autoritaires. Quel que soit le domaine dans lequel on essaie de travailler, on en trouve toujours une, doue, premire vue impressionnante, prouvant quelle matrise le Verbe, proclamant quelle possde la Vrit (quelle que soit la nature de celle-ci), et dont le projet serait de rallier tous les autres elle. On ne trouve pas meilleure ngation dun idal de rseau, car l o celui-ci se doit dtre aussi dpourvu de centre et tout entier dvou lassociation libre, la voix autoritaire sacharne ramener de la centralit, avec pour armes le Jugement et le Chef-duvre. Ce quelle ne peut pas ramener elle, elle est rsolue le dtruire, sans oprer de distinguo entre ce qui est btise et ce qui est potentialit. Elle narrte pas de crier, taisez-vous, je sais mieux que vous . Sur le rseau, cest ce que doit appeler un comportement criminel, qui strilise et condamne celui qui nest pas apparu le premier un abominable statut de suiveur. Rien de pire que les pigones : non seulement elles ne font que rpter, sans aucune tentative doriginalit, ce qua dj dit la voix autoritaire, mais en plus elle rvle inmanquablement tous les tics insupportables de la doctrine quelle suit. Lorsquon a la chance de possder la pleine matrise de ses outils, ou davoir sa propre mthode, il ne faut surtout pas se proclamer le matre de son domaine, ne pas poser sa voix en modle duniformit, fut-ce le modle le plus dlirant, le plus labor ou le plus mtaphysique.Il ny a rien de plus difficile que de mettre les mots justes sur lintensit quon a ressentie en lisant un livre, en regardant un film, en coutant une chanson, en observant un objet mme les plus aguerris subissent encore et toujours la prsence paralysante de cet cart blanc entre luvre et le discours. Pour ceux qui commencent, modestement, presque innocemment, laventure de la critique, de cet assemblage de mots devant donner un sens une intensit, cest encore pire : balbutiements, garements, ratages, sont ce qui procure rtrospectivement aux dbuts ce petit halo nostalgique. Le mot, la rfrence, toujours vient manquer : cest, dans le futur, les diffrentes lectures, visites, visionnages, qui permettront daffiner toujours plus loutil du discours, sans avoir peur de se rcrire, dchouer toujours mieux. Et mme le lecteur, aussi maladroite que soit sa lecture, na pas recevoir le jugement dun autre.On nest jamais sr de pouvoir distinguer au premier coup dil quelle noyau ingrat de matire donnera la fin les plus belles plantes. Pour ceux qui mnent une communaut prcise, quel quen soit le domaine, il sagit bien dtre lcoute de ces voix qui naissent avec tant de difficults : leur rle serait alors de soutenir, par lattention, ces futurs meneurs potentiels. Il nest pas question de conseils : les conseils, ce sont les travaux des communauts eux-mmes qui les fourniront bien mieux que toutes les thories abstraites. Alors bien sr, la btise, le bavardage, la rptition inutile, occupent les trois-quarts du rseau, et on ne demande pas aux communauts de se livrer des missions vangliques dun nouveau genre. Il sagit, trs simplement, dtre gnreux envers ce qui peut tre prometteur, et dignorer compltement la mdiocrit et la haine, sans mme essayer de le convaincre.Le travail des communauts nappelle dailleurs pas forcment un dbat infini. Il ne peut y avoir dbat dides que sur des problmes gnraux et abstraits (que va devenir le roman ? le cinma est-il mort ? etc.), alors que le critique sattaque plutt des questions prcises autour duvres prcises. Tout dbat se heurte la question du got personnel, dont la remise en question totale reste impossible. Le vritable dialogue consisterait plutt dbattre de manire interne aux textes, cest--dire se servir de ce que font les autres pour rebondir dans sa propre rflexion forcment fragmentaire, et ce surtout en saidant dautres domaines en apparence trs loigns, rejoignant ainsi lide dune transversalit fertile. Ces rebonds ne sexpriment pas forcment par crit, ils peuvent aussi prendre des formes silencieuses, dlaboration lente et personnelle, qui peuvent resurgir des mois plus tard sans quon ne sy attende plus. Le critique, mesure quil se fixe des objectifs, dsire en ralit sorienter vers des surprises : et lorsque deux lments disparates viennent brusquement simbriquer, il ny a pas de plus grande joie que cette dcouverte. SENGES CONTRE GOETHE [New Window]
Fragments de Lichtenberg souvre sur deux agonies spares dans le temps (lune en 1832, lautre en 1799) mais runies en diptyque dans la fiction. A droite, Johann Wolfgang von Goethe, figure officielle, incomparable, inconteste, des lettres allemandes, sactivant une dernire fois, entour de ses dvots, pour que la postrit recueille un mot de la fin digne de figurer dans les futures pages roses des dictionnaires. A gauche, Georg Christoph Lichtenberg, professeur et mathmaticien bossu, antithse du Goethe solaire, mourant dans une intimit rduite, ayant dj rdig toute une liste de mots de la fin pour tre bien sr de nen choisir aucun, et sapprtant disparatre aussi discrtement quil a vcu. Dun ct Goethe le pote laur, ayant eu tout le temps driger son mausole avec des volumes duvres compltes par dizaines, ayant fait un certain moment le choix dexercer un pouvoir sur ceux qui lentourent ; de lautre Lichtenberg, sa gibbosit comme facteur de marginalit physique et intellectuelle, destrangement, et luvre secrte, farouchement garde dans lombre, quon nommera aphorismes ou fragments.Et voici quau milieu surgit Pierre Senges qui, dans la mcanique des dernires heures, se plat introduire le diable incarn dans le jeu de mots, par un factieux dtournement du trop fameux Mehr Licht qui devient brusquement la troublante matrice dun Mehr Lichtenberg dont mme le pauvre Goethe (qui vient de demander un dernier plat de macaronis, nous informe notre crivain impitoyablement drle) ne souponne pas forcment toutes les implications. Tout au long de Fragments de Lichtenberg, Lavater et sa Physiognomonie (qui aura les consquences racistes que lon sait) sont les ennemis dclars de Lichtenberg, qui monologue, discoure, argumente, prenant luvre-phare du Suisse pour une insulte personnelle faisant entirement allusion sa gibbosit. Chez Lichtenberg aussi, la paranoa guette. Mais dans le roman, cest surtout la figure de Goethe qui subit des assauts rpts bien plus subtils et corrosifs. Pierre Senges se moque, avec sa merveilleuse ironie, de la statue vivante de Weimar, de lidole quon vient visiter chacun son tour lheure du th, naccordant que quelques minutes sans jamais simpliquer, ayant ramifi son savoir dans toutes les catgories dune crasante universalit ; faire dvier le mot de la fin en une interrogation subtile, cest introduire une faille dvorante dans la statue du commandeur : Goethe na jamais t un grand sportif (minralogiste, astronome, comptable, courtisan, pote mme, physicien, ophtalmologue, oui, mais sportif, jamais il sest servi un jour dun bton de marche, ctait pour attraper un Fondement de la mtaphysique des murs, tout en haut de sa bibliothque) : le phonme enberg, il na pas eu la force de lexpulser, ce quil conservera jamais comme un secret (qui voudrait aller chercher ce trsor devrait se rendre Weimar, exhumer le matre et lui ouvrir le ventre). Un seul tmoin aurait vu les lvres du matre dj bleues (trs exquis bleu) se serrer pour prononcer la prochaine consonne : sacharner, spoumoner si lon peut dire, rester fermes force de vouloir bien faire (et pendant que les lvres de Goethe chouaient sur le b de berg comme un vieillard butte sur un talus de trois pouces, lil de Goethe sest mis briller de la lueur particulire de lpouvante : terroris, visiblement terroris, lide de quitter ce monde sur un malentendu). En contrepoint, Senges suggre que la rputation dmesure de Goethe fait davance obstacle tout projet. Le grand homme ne serait-il donc plus quune figure historique fige, infertile, engonce dans le corset de poussire des encyclopdies littraires, condamne, force de paralyser ce qui lentoure par laura de son gnie universel, ne plus rien produire sinon sa propre caricature indfiniment dveloppe ? Que dissimulerait cette trange vengeance ? Pierre Senges nest pas le premier utiliser Goethe comme archtype de ces travers. Dj Donald Barthelme, dans une courte nouvelle intitule Conversations with Goethe (reprise dans Forty Stories), attaquait, travers la rcriture malicieuse des souvenirs dEckermann, cette glorification du matre dissimulant les failles, les paresses et les routines dun homme aussi veule que les autres. Dans cette nouvelle, sur un schma rhtorique infatigablement rpt ( x est le y de z ), Goethe, dsireux de briller en face de son jeune interlocuteur aveugl par tant de gnie, accumule les clichs et les dclarations ronflantes vides de toute signification relle, comme Music, Goethe said, is the frozen tapioca in the ice chest of History ou encore Art, Goethe said, is the four-percent interest on the municipal bond of life. He was very pleased with this remark and repeated it several times. Tout comme ces adorateurs qui chez Senges dfilent dans le salon du matre de Weimar tenant sa tasse en porcelaine par le petit doigt avec une indiffrence hautaine, le tmoin accepte tout avec une admiration gale, sans aucun sens critique. Mais lorsque le bat Eckermann de Barthelme se prend vouloir imiter son idole, mal lui en prend : Critics, Goethe said, are the cracked mirror in the grand ballroom of the creative spirit. No, I said, they were, rather, the extra baggage on the great cabriolet of conceptual progress. Eckermann, said Goethe, shut up. Le matre, comme toujours, dtient la parole qui est le pouvoir, et quil entend bien conserver exclusive. Alors pourquoi ce rire sardonique ? On se doute bien que Senges a lu Goethe, et quil a bien su lapprcier comme il le faut. Goethe est le dernier en date des allemands pour qui jprouve du respect , proclame, la fin de Crpuscule des idoles, un Nietzsche qui nhsitait pas aussi dire quil changerait volontiers toute la littrature allemande de son temps contre un peu de suc du vieux Goethe soi-disant puis. Lironie mordante de Senges, comme celle de Barthelme, ne doit pas nous faire prendre Goethe pour une victime facile, car en fait travers lui cest une figure bel et bien contemporaine, mais plus sournoisement active, quil sattaque : le grand crivain franais, mieux orthographi grantcrivain, qui aime sentourer de fidles prt lui obir et le clbrer en toutes circonstances, exerant son emprise, alimentant son image, ayant plus besoin des medias que de lcrit, et ce alors mme que, de manire aberrante, de si nombreuses personnes sont prtes se soumettre, de mille manires, son pouvoir. Cest ce modle que les livres de Senges, dbarrasss de toute notion duniversalisme autoproclam, de leon facilement ingrable, de culture surcharge et vide de sens, combattent avec une force et une vie qui ne provient que de la solidit de sa propre prose. Le choix, comme lieu de dpart (car un auteur est aussi un lieu lui tout seul, une plante, voire une petite galaxie), de Georg Christoph Lichtenberg, est mettre en miroir avec luvre de Goethe, uvre close, la signification dj laboure en tous sens. Pas de lecture fertile de Goethe, alors que les aphorismes de Lichtenberg, perus par notre sensibilit contemporaine comme une uvre ouverte (opera aperta), suscitent lemballement de limagination partir de leurs vides permissifs. En choisissant un minoritaire, une curiosit de bibliothque , Senges se plat en retour dmolir les statues des commandeurs (ct franais, Voltaire aussi est joliment gratign), pourvoyeurs dpopes et de bildungsroman, leur opposant la leon prolifrante et polysmique dune uvre flottante, incertaine, cerne par le vide et le doute (trs entretenu par Senges) de la destruction, qui devient elle-mme une nouvelle pope extraordinairement vivante. Au-del de ces hypothses, Fragments de Lichtenberg pose aussi, de par la magistrale orchestration de sa culture, le problme de ces crivains franais qui semparent arbitrairement de la figure dun grand personnage (politique ou littraire), bricolent autour de cela un roman soi-disant ambitieux qui nest que le laborieux dmarquage dune connaissance superficielle, et qui naccomplissent en fait que la prise dotage dune figure qui sen sort toujours davantage salie que grandie. Fragments de Lichtenberg nest pas, fort heureusement, un livre sur Lichtenberg : comme tous les grands livres, il dborde de toutes part son sujet en multiples couches de sens (sur lhistoire humaine, lhistoire littraire), il incarne une nouvelle manire duser de la langue franaise (le style Senges, immdiatement reconnaissable), et transforme son sujet primordial en un grand centre cosmologique. En fin de compte, comme le disait Proust : cest ce quon appelle des livres composs ou pas du tout. KILL THE WABBIT ! [New Window]
Le parfait petit wagnrien, comme disait George Bernard Shaw (jamais court dun sarcasme), en avalerait son chapeau, en boufferait son fauteuil : ces amerloques ne respecteront donc jamais rien. Quon en juge : un grand guerrier nordique muscl se rvle tre un nabot chauve portant un casque trop grand pour lui ; un lapin aux trs grandes oreilles, mangeant sa carotte comme Groucho Marx fume le cigare, rit sous cape de lattirail magique, ne cherche mme pas cacher son scepticisme, et se fait accompagner au cor pour dinterminables rpliques sans intrt ; un cheval blanc apparat, au regard bovin et au derrire monstrueusement dvelopp ; la musique du matre sert de prtexte un ballet ridicule entrecoup de courses-poursuites dans la plus pure veine comique ; la jeune fille amoureuse est un rongeur travesti aux cils trop longs Le petit wagnrien nen peut plus, il appelle la police de Bayreuth : mais personne ne va rpondre au bout du fil, car loprateur lui-mme est mort de rire.Tous les spcialistes, quel que soit leur domaine, devraient avoir inscrit au-dessus de leur bureau la devise Il faut savoir rire de ce que lon aime , et jamais celle-ci ne devrait autant sappliquer qu ceux qui ont encore la faiblesse dapprcier la musique de Richard Wagner. Le dessin-anim de Bugs Bunny intitul Whats Opera, Doc ? (1957), qui transpose les habituelles incartades entre Bugs et son perptuel chasseur malheureux Elmer Fudd, peut tout fait prtendre ce statut dantidote souverain contre lesprit de srieux , dans la ligne de Nietzsche et de Shaw. Des extraits musicaux de la Walkyrie et du Vaisseau fantme, la musique de ballet sur le Venusberg de Tannhuser, y servent de support des chorgraphies comiques ou ridicules (sy adaptant parfaitement, ce qui a de quoi troubler), qui ont tt fait denlever cette musique tout la grandeur dont elle prtend se parer. La logique de la parodie est mme pousse un point presque horrible dans le cas du cheval, norme et proprement immonde, et propos duquel le ralisateur Chuck Jones prcisa quon lui avait donn les courbes quon ne pouvait pas dcemment donner Bugs . Le strotype de la cantatrice wagnrienne obse et bruyante ne pouvait pas tre plus subtilement dtourn. Mme chose pour lobsession de Wagner pour la lettre W, qui avait fini par devenir omniprsente dans lonomastique de ses opras, et que le dessin-anim moque en faisant dire par exemple, Elmer-Siegfried : Be vewy qwiet, Im hunting wabbits . Cest cette mme onomastique dlirante que les Walkyries doivent leurs noms absolument invraisemblables (on les cite ici juste pour le plaisir hilare : Gerhilde, Ortlinde, Waltraute, Schwertleite, Helmwige, Siegrune, Grimgerde, Rossweisse). Cest cette aune quil nous semble aujourdhui invraisemblable que le wagnrisme ait pu tre cette mode qui balaya lEurope entre 1870 et 1900.Dans son trs ironique manuel The Perfect Wagnerite (1898), George Bernard Shaw ne manquait pas, tout en dissquant la trame narrative du Ring avec application, de comparer le tarnhelm (heaume magique) un chapeau haut-de-forme (couvre-chef qui, dans lhypocrite socit victorienne, permettait en effet de devenir invisible), ou de ridiculiser Gtterdmmerung en le rangeant dans la catgorie des grands opras pompiers la Meyerbeer. Il refusait aussi, dans la grande tradition irlandaise de lindpendance et du trait desprit, davaler les proclamations hystriques qui provenaient de Bayreuth, et tout en manifestant un intrt sincre pour la musique de Wagner, nhsitait pas se moquer des scnes les plus tartignolesques, comme limmolation de Brnnhilde. Encore rcemment, il ne manquait pas de metteurs en scne pour prendre trs au srieux les lgendes du Ring les rsultats de ces interprtations littrales sont, bien videmment, toujours grotesques ( l'exception notable de Patrice Chreau), et impossibles regarder sans rprimer un terrible fou-rire.Le pastiche, la parodie, sont parfois le meilleur moyen de creuser jusquaux fondations secrtes dune uvre. Le pastiche en redploie les ficelles de la cration, tandis que la parodie en dterre les failles secrtes. Rcemment, un groupe musical bavarois a transcrit la musique de Wagner pour piano et accordon, sandwichant le tout avec des citations de West Side Story ou de La Cucaracha : le rsultat est absolument effarant, car lauditeur est alors oblig de constater que Wagner accompagnerait parfaitement la fte de la bire Munich, alors quon subodore que Beethoven ne le pourrait sans doute pas. Un opra srieux, qui porterait une dimension sacre son summum, est une misison impossible : Arnold Schoenberg et son Moses und Aron rest inachev en sont la preuve. Restent tous ces duos interminables, ces dcibels, et ces morts dramatiques qui concluent les soires. Alex Ross, dans The Rest is Noise, le constate fort bien : lopra est un genre dconsidr par lpoque. Le mot de la fin reviendra ds lors Bugs Bunny, une fois encore dans Whats Opera, Doc ? : What did you expect in an opera ? A happy ending ?!? MATHIAS ENARD ET LE LEITMOTIV [New Window]
Lors de la publication du Zone de Mathias Enard, il ny a pas eu pires malentendus que ceux ayant entour le trop fameux concept de la phrase unique . On finirait par croire que la critique littraire franaise entretient un rapport quasi psychopathologique avec tout ce qui, de prs ou de loin, scarte dune sorte de canon franais secret qui ramnerait toute tentative de ce genre la catgorie exprimentale , mot que dans ce pays on rapporte bien plus souvent un grossier besoin de jouer au poseur quau dsir pourtant noble de subvertir les modles pour mieux les habiter. La critique sest donc empare de cette absence suppose de points, se faisant dailleurs gloire de remarquer quil y en avait pourtant, des points, sans oublier toutes ces virgules, ces points-virgules, ces tirets prolifrant sans mesure. Dun ct, on arguait que cette technique navait rien dextraordinaire ni de nouveau, quil ne sagissait que dun dcalque du chapitre Pnlope de lUlysses de Joyce, et que bien dautres avaient utilis cette forme avant. Ctait correct, mais partir dun tel raisonnement on pouvait bon droit sinterroger sur ltrange indulgence dune critique qui ne reprocherait jamais quatre-vingt-dix-huit pour cent de la fiction franaise dutiliser ces instruments rtrogrades et surfaits que sont la prose et le pass compos. De lautre ct, on souponnait derrire le roman dEnard une tentative de prestidigitateur, un truc destin pater la galerie et dissimuler derrire le dcorum de linnovation formelle un ensemble de propos plats ou dcousus. ce compte-l, on se demande avec quels regards effars certains ont pu voir arriver chez eux ces vritables monolithes noirs de lespace que sont les livres de Mark Z. Danielewski, authentiques objets littraires non-identifis, parcourir le souffle coup, observer avec une loupe ou un miroir (La Maison des Feuilles), tourner et retourner dans tous les sens (O Rvolutions). Danielewski lui-mme na pourtant aucun problme reconnatre, avec la plus grande dcontraction, quil a trouv son bonheur dans les Calligrammes dApollinaire ou le Coup de ds de Mallarm, et quil ne voit absolument pas pourquoi il devrait en prouver une mauvaise conscience de magicien amateur. Il ny a quen France que les livres sont des univers clos, ternellement intouchables et sacrs.De manire trs symptomatique, de nombreux lecteurs ont affirm quils avaient prfr, dans Zone, lhistoire dIntissar et Marwan, situ durant la guerre du Liban, et insr au sein du livre au titre de lecture parallle du narrateur, donc contenant tout larsenal de ponctuation et disposition graphique attendu dun livre correct . Outre cet aspect physique de la page, compte sans doute beaucoup dans cette apprciation le fait que ce rcit, plus linaire, peut aussitt lu tre apprhend dans sa dimension directement motive, au contraire du reste du livre plus fuyant, compact et entreml, moins immdiatement dchiffrable. Mais mme si le lecteur a toute libert de prfrer tel ou tel passage, se focaliser sur lpisode du Liban revient se mettre des illres par rapport tout le reste du livre, et manquer de saisir, sinon sa signification, en tous cas sa structure inhrente.Cest que Mathias Enard na pas choisi cette technique de la trs longue phrase tendue dans le seul but de se distinguer des autres, dattirer lattention. Il sagit, avant toute chose, de crer les conditions dexpression du livre. Un crivain ne choisit pas telle ou telle technique pour parader ( to show off ) ; il la choisit, viscralement, parce quelle est la seule pouvoir convoyer les puissances fictionnelles, motives, signifiantes, historiques, quil a en tte au moment de se mettre crire. La longue phrase de Zone nest pas une technique btassement recopie ; cest un grand flux, un choix de rythme, qui tout en saccordant avec le mood du projet va dterminer la rigueur de lexcution, lemplacement des respirations, la disposition des listes, les endroits des reprises, etc. La frontire entre posie et roman, quoi quon en dise, a toujours t poreuse, et elle devra le rester le plus longtemps possible. Rien de plus pnible que dentendre un crivain dire : je ne lis jamais de posie . Le romancier nchappe pas la posie, car celle-ci qui est rythme, sonorit, tension, revient toujours fatalement sinviter dans le droulement de la phrase en prose. La posie est musique, le roman est musique donc posie. Cest l, au niveau le plus atomique du langage, que, radicalement, quelque chose doit se produire, exploser, pour que la machine produise du nouveau. La longue phrase de Zone cre un environnement comparable une mlodie continue, qui possde sa propre feuille de route, et ses propres rgles. La chute du rythme, sur telle ou telle virgule, ne simprovise pas dun claquement de doigts quoi quen pensent certains ; elle ne peut se doser quavec subtilit et une grande patience.De mme, que na-t-on pas lu propos de lrudition de Zone. L encore, en France, on fait face une bien curieuse dfinition de lrudition. Lorsque celle-ci est tale sur sept-cent pages de considrations personnelles sans aucun intrt critique, on se fait un devoir de crier au gnie, au brillant, la drlerie, au plaisir de la lecture, et bien dautres inepties encore. Dans le pays des zarzltres, on nest toujours pas sorti dune tradition de la parlotte cultive, de limage du jeune dandy (aujourdhui lunettes noires mais cheveux toujours aussi longs) qui brille dans les salons de la haute socit (ou dans les cafs germanopratins), une rudition pour lrudition aussi admirable que vaine et inutile, car ne servant aucun projet rllement cratif. La culture, a consiste beaucoup parler , concluait tristement Deleuze. Ceci, donc, pour la bonne rudition. En revanche, lorsque cette rudition se met apparatre dans un roman qui ne soit pas sign par un des gardiens officieux de la culture, brusquement le projecteur de la suspicion est braqu sur lauteur, qui se trouve aussitt accus de complaisance, de poudre aux yeux, et dtalage criard. Cest ce quon appellerait, ailleurs, de la schyzophrnie. La chose est pourtant claire : si vous citez, ce doit tre pour crer, pas pour rpter.L encore, les rfrences nombreuses que fait Mathias Enard, dHomre Burroughs, peuvent avoir, au premier abord, une apparence de gratuit, de balises de savoir. Mais ce serait sen tenir une approche superficielle, et ne pas vouloir comprendre comment ces rfrences sinsrent dans le flux dont nous parlions plus haut. Il y a en ralit, dans Zone, deux gomtries distinctes avanant ensemble. Dune part, le train dans lequel voyage le narrateur, qui traverse tout le nord de lItalie, de gare en gare, de ville en ville, et qui trace une grande droite rectiligne, celle du sens de la lecture, de la premire la dernire page. Dautre part, ce quEnard appelle la Zone , lensemble du bassin mditerranen, de Troie Marseille, dAlger Beyrouth, qui forme un immense disque articul sur la droite du train (qui est son pivot, pour ainsi dire), et dont les points diffrents sont convoqus sur la droite dans un ordre alatoire qui est celui du flux de conscience du narrateur. Burroughs, Genet, Lowry, avec des degrs de prsence certes divers, sont convoqus par ce quils sont dune part des personnages presque mythiques ayant vcu dans la Zone, et dautre part des tres humains dont les drames personnels entrent, dune manire ou dune autre, en cho avec les propres drames familiaux, historiques ou sentimentaux du voyageur. Toutes les rfrences, il faut tout de mme le reconnatre, ne fonctionnent pas avec la mme intensit, et une ou deux peuvent sembler avoir t rattaches cet ensemble de manire quelque peu force. Mais les critiques ngatifs, qui se sont surtout acharns sur la rfrence lIliade, auraient du reconnatre que, en plaant lhistoire mditerranenne sous lgide de la guerre de Troie, Enard traait en ralit une nouvelle chronologie de la souffrance et de lhorreur dans cette rgion, sattachant nous rappeller que les conflits en ex-Yougoslavie ou au Proche-Orient taient bien plus proches de nous, et pourtant toujours aussi terriblement invisibles dans nos esprits.Cest ici quon se permettra alors dintroduire un concept wagnrien qui ne vaut que par son caractre analogique. Un peu plus haut, il tait dj question de mlodie continue propos du flux ; ici, on comparera les rfrences employes des leitmotivs wagnriens. Le leitmotiv, dans Zone, apparat sous la forme dune petite cellule progressivement dveloppe. Il peut apparatre comme form demble, ou bien sinsrer dune manire brve et innocente qui trouvera sa signification plus en aval dans le flux. Les personnages rels (crivains, potes) fonctionnent comme des leitmotivs miroirs : ils incarnent des moments, des attitudes criminelles ou tragiques, des positions dans lespace et dans le temps. Lorsquils reviennent (ce qui est la fonction mme du leitmotiv), ils peuvent tre associs un ou plusieurs autres personnages, de nouvelles situations historiques, et de cet assemblage nat alors une signification quil revient au lecteur de danalyser : la rencontre fait-elle signe ? Elle le fait en tous cas dans lesprit du narrateur, mais ces rencontres semblent toujours lgrement loignes, elles sont la trame de lhistoire, ce que le narrateur ne peut que retrouver et non modifier. Mme chose, en plus diffrent, pour les personnages fictifs. Alors que les personnages rels sont dsigns et non dcrits, ceux fictifs agissent au premier plan, chacun dans la douleur de son existence, que le narrateur a pu ou non malmener. Les camarades de guerre croates et leurs faits darmes ou divrognerie viennent rejoindre au mme plan les cellules des petites amies, qui sont celles appellant les plus grands dveloppements et le plus grand nombre de rencontres. Tout cela, dans le flux de la phrase, agit ensemble : lieux, dates, crivains, amis, femmes, et tout cela ne cesse de se mlanger, si bien que le disque des rfrences absorbe irrmdiablement celui des personnages. Ce nest pas tout : cet ensemble, gigantesque lchelle dune me humaine tourmente, nest pas dune taille constante, il volue et grandit mesure que saugmente la connaissance que le lecteur prend du pass du narrateur. Lorsque celui-ci se livre ses rapprochements, ses numrations, sensuit alors un phnomne dacclration smantique de la phrase, qui va grandissant au fil du livre et devient de plus en plus poignant mesure quon approche de la fin du rcit, de larrive dans la dernire gare. Vers la fin du livre, on peut lire ainsi : () moi je nai sauv personne, ni en laissant traner mon flingue par terre ni en ressuscitant dentre les morts, personne, ni Andi ni Vlaho, et personne ne ma sauv, ni Marianne ni Stphanie ni Sashka la blonde, je me demande si Rafal Kahla me ressemble, pourquoi crit-il ces histoires terrifiantes, a-t-il essay dtrangler sa femme comme Lowry, ou la-t-il assassine comme Burroughs, incita-t-il la haine et au meurtre comme Brasillach ou Pound, peut-tre est-ce une victime comme Choukri le misrable, ou un homme trois fois vaincu comme Cervants qui lavera mon corps une fois mort, elle est bien triste cette histoire, bien triste, une ville qui tombe, qui seffondre, une ville se brise comme du verre entre les mains de ceux qui croient la dfendre, Barcelone en 1939 Beyrouth en 1982 Alger en 1992 Sarajevo en 1993 et tant dautres, tant dautres avec les masses de combattants promis la mort ou lexil, comme Intissar, seule avec Abou Nasser, Intissar linnocente qui croit payer une faute quelle na pas commise () Tout fuit et tout se prcipite dans une gigantesque et unique apocalypse : ce mot ne signifie-t-il pas rvlation du secret ? Des secrets, des nigmes, des ombres, des fantmes, ce nest pas ce qui manque au narrateur, quil les transporte dans sa valise ou dans sa tte. La dernire cigarette est comme le reflet moqueur de cette consumation finale, qui naura lieu que le prolongement de cette grande chappe.Mathias Enard, il faut quand mme le noter, a une curieuse manire de lire Zone. Livre en main, il en dcoupe la longue phrase comme si celle-ci possdait dinnombrables points invisibles, dont seul lui dtiendrait la cl, appuyant chaque mot comme un petit trsor individuel. Il nest pas sr quon puisse ainsi, innocemment, dnier loral la force quun livre possde lcrit. Nul doute que, propulss par la ponctuation flottante, les lecteurs de Zone ont vite appris apprhender ce livre comme un grand voyage redoutable pour les souffles courts, un livre trpidant qui nous entrane au mpris des nerfs mis rude preuve par les fortes motions que Zone produit, non sans rapport avec cette mlodie infinie qui ne lche jamais. Mais ni Enard, ni la critique ne peuvent avoir le dernier mot dans cette vocalisation muette quest la lecture : cest le lecteur qui, une fois encore, dtient tous les droits. STATLER & WALDORF PRESENTS [New Window]
IMAGES LEZAMIENNES [New Window]
Dabord Cuba, le cercle primordial, le condense en un point duquel tout peut partir , le tout autant omphalos que la tour Martello de Dublin, Cuba nexus o se trouve sans cesse pose la pointe du compas de Jos Lezama Lima, ltendue dmesure. Ensuite, deuxime cercle, locan gnsique sur lequel Cuba flotte comme ces mondes ns de la fleur de lotus dans la cosmogonie hindouiste, ocan au-dessus duquel naissent et enflent les cyclones chargs deffacer lcriture des hommes. LEurope et les Etats-Unis, troisime cercle civilisationnel, rgions de refuge, derrance, de perdition, de culture, de dgot. Enfin lEgypte et la Chine, les royaumes ternels, les sables glacs dOsiris et les valles blanches du taosme, lappel de lOrient, la bibliothque-dragon, ce grand lointain qui, dans lagitation fascine des grandes lignes mythologiques, finit toujours par se rvler le plus proche de la calle del Trocadero, l o travaille le pote, dans la maison de sa mre. Dans Oppiano Licario, roman inachev, les personnages supracultivs ne cessent, comme dans la somme Paradiso, de discourir comme sils sortaient tout arms des merveilleux essais qui enluminent Introduction aux vases orphiques. Impossible de discerner si Lezama Lima crit ses fictions comme des essais-fleuves ou ses essais comme des fictions hermtiques. Ricardo Fronensis, en voyage Paris, affronte la verve cynique du peintre Champollion et la lubricit homorotique du paria Cidi Galeb, qui veulent lentendre parler de son pays avec de basses arrire-penses ; mais au lieu de se fourvoyer dans les clichs, Fronensis dveloppe le moindre sujet loign avec une virtuosit savante dont le style tudi annihile dans le roman la moindre vellit de ralisme. Cest un troisime larron, Mohamed, personnage plus pur, habit par une extraordinaire lgende familiale, qui dvoile Fronensis la trame mythologique de son discours, le mythe inpuisable de son le : Le plus souvent, cest daprs ce que nous connaissons dun pays que nous nous faisons une image de ses habitants ; mais en vous coutant parler, il se cre un processus inverse : nous connaissons votre pays avec plus de prcision que si nous lavions visit ou, mieux encore, nous avons limpression davoir travers ses paysages, sans savoir quand ni comment. Mme quand vous nous parlez des Chichimques, du lotus gyptien ou des mythes mditerranens du dauphin, votre discours nous ramne infailliblement votre le ; nous finissons par sentir comment sen dgage et comment irradie la promesse quil nous apporte, comme si nous dcouvrions quelque chose demeur jusqualors dans lombre, qui soudain nous captiverait et nous rserverait une surprise qui dj nous fait frmir. Limage entraperue est de nature terrifiante pour le profane, qui, comme face aux innombrables miracles de la lgende chrtienne, ne sen approche quavec crainte et merveillement mls. Cette image lezamienne est une des plus hallucinantes de la littrature sud-amricaine : profuse, charge, brillante, musicale, coruscante, elle condamne le lecteur press lesquive berlue, mais rcompense son lecteur attentif avec une munificence princire. Aujourdhui, pour reprendre le titre de Huysmans, Lezama Lima est rebours du rcit hispanique sec et violent de notre poque ; il dploie un luxe bouriffant qui agace et fascine celui qui le dcouvre ; il cultive le bizarre, le surprenant, le trsor qui naccepte de soffrir quau bout dune phrase lance sur un mode en apparence pdant : Les murs orns de gravures colores des divers parterres floraux de Versailles voquaient, comme quand on regarde un Kandinsky, une baie japonaise ou une plantation de tabac de Pinar del Rio, de mme que le vomissement dun enfant qui a got la pulpe de mangue nous dcouvre lhcatombe dun avion qui sest cras ou la colre dun samoura. Et un peu plus loin, dans la douceur du passage simultan de plusieurs ralits, comme dans les superpositions dun film : La pesanteur de lexpression espace courbe fut adoucie par les fossettes qui se creusrent sur ses joues, pareilles celles dune jeune Japonaise qui et pass en train par Yoshiwara. Parfois, au dtour dun paragraphe, peut passer un fugace lment proustien : En ralit, sagissant de Fronesis, Galeb tait dconcert par tous les signes habituels quil tentait dclaircir ; il ne sobstinait pas moins forger des interprtations l o tous les gestes taient tout fait simples et ne se prtaient ni des interprtations contradictoires ni des valorisations symboliques. En dpit du fait quil sagisse ici davances homosexuelles rates (chez Lezama Lima, rien de lopprobre dont Proust couvre sa sexualit, pas de maldiction de Sodome et Gomorrhe, seulement un rgime dimages et de rites parallle au rgime htrosexuel), il ny a pas chez Lezama de thorie du signe dchiffrer selon les lois psychologiques ou sociales. La lutte des classes est abolie par lerrance, la concidence, la construction progressive dans lespace et le temps dun rituel, et ce rituel lui-mme ne sencode pas dans des nigmes, il est compos de signes cabalistiques qui doivent tre connus dans leur puissance hermtique, et non dchiffrs pour parvenir une ventuelle vrit. Dans Oppiano Licario, pas de vrit proustienne allant en se dsagrgeant mesure quon la pourchasse ; cest la connaissance qui occupe la place centrale, connaissance des rites, connaissance des corps, connaissance des mes, recoupes par leurs glissements les unes sur les autres et leurs transsubstantiations finales. La scne hallucinante de la conjonction charnelle entre Ynaca Eco, sur dOppiano Licario, et Jos Cemi, hritier spirituel de celui-ci, en est proprement exemplaire dans son manirisme sotrique. Lhomme et la femme y traversent la plupart des rituels paens, du zoroastrisme au tantrisme, accomplissant un miracle longuement prpar. Lezama Lima est loin dtre proprement parler un auteur baroque, moins quon ne rduise cette dnomination une pure luxuriance verbale, ce qui alors serait le cas. Mais ses architectures narratives, au lieu daffirmer la gloire dun plafond illusionniste de la Rome papale, nous amnent vers dautres styles : un symbolisme profondment personnel, auquel le rattache son adoration pour Mallarm (et ainsi de la traverse dun parc nocturne par un Licario errant dj dans un royaume de la mort, comme les dfunts gyptiens voyageant dans lattente de la rencontre avec le dieu funbre ternellement vivant dans la mort), et un manirisme pictural vident, qui sy entend lorsquil sagit de disposer sur des paysages perturbs des figures allant sans cesse en stirant dans lespace psychique mesure quelles ramnent elles tous les lments disparates de lunivers. Cest du moins ce que le lecteur pourra dcouvrir chez Jos Lezama Lima lorsquil aura appris ne plus avoir peur de la puissance de limage. Julien Gracq, dernire enchre [New Window]
Je me souviens encore, il y a presque un an maintenant, lorsque revenant d'Espagne j'ai appris avec une semaine de retard la mort de Julien Gracq : le vague sourire que m'arrachait rgulirement la pense "encore un qui va finir centenaire" n'avait alors plus de raison d'tre. Il me restait bien sr l'essentiel, de beaux souvenirs de lecture, les amitis empoisonnes et noires d'Au chteau d'Argol, les paysages mlancoliques, en voie de dsagrgation, les complots raffins qui hantent Le Rivage des Syrtes, et toutes ces phrases suffuses de posie surraliste.Andr Breton dtestait le roman : il y a dans le premier Manifeste du Surralisme une clbre critique, aussi froce qu'injuste, d'une description de Dostoevski. Pourtant, cette haine ne l'a pas empch, ds sa parution en 1939, d'tre enchant par Au chteau d'Argol et d'crire aussitt l'auteur encore parfaitement inconnu pour lui faire part de son admiration. Lorsque quelques mois plus tard il est mobilis et envoy comme officier mdical sur un terrain d'aviation Poitiers, Breton n'emporte que quelques livres : Rimbaud et Au chteau d'Argol. Suivit une amiti fidle et constante de vingt-sept ans.Combien valent sur le march les souvenirs de ces vingt-sept annes? On le sait depuis hier : 75.000 euros. C'est le prix qu'a atteint l'ensemble des lettres et cartes postales de Breton Gracq, prempt par la Bibliothque Doucet, pour le plus grand dpit du collectionneur anonyme qui convoitait le lot majeur de la vente d'hier. Dans les murs de Doucet tout a ira rejoindre les lettres de Gracq Breton qui s'y trouvent dj, mais dont il nous est encore interdit de connatre le contenu jusqu'en 2026.De la vente elle-mme, on a peu parl, sauf chez Pierre Assouline, qui un poil m'as-tu-vu ne rate jamais une occasion de rappeler qu'il a pu parler de la pluie et du beau temps avec le matre, et chez Franois Bon, apparemment pas encore vaccin contre les pratiques des institutions culturelles franaises, qui, c'est pourtant bien connu, ont horreur des fondations, prfrant toujours rcuprer les bonnes pices lors des ventes plutt que d'assumer la charge de maisons d'crivains bourres d'objets mineurs et dvoreuses de temps et d'argent. Dans les journaux de ce matin et de ce soir, sauf bien sr dans les canards locaux, rien. Les commissaires-priseurs semblent pourtant ravis. On s'est absolument tout arrach : de la lettre orne de dessins de Magritte en passant par les livres rares jusqu'au lampadaire de la rue de Grenelle (adjug 20 euros...), tout est parti. L'Etat a, parat-il, prempt 65 lots en tout ; mais comme d'habitude, impossible de savoir exactement quoi. Il parat que le livret scolaire du bachelier Louis Poirier fait partie des heureux lus...Les manuscrits, eux, sont bien arrivs rue de Richelieu. Avec des morceaux de vrais indits dedans. Les annotateurs du futur vont se rgaler.Photo : Julien Gracq et Andr Breton dans la fort de Meudon, vers 1965(source : www.atelierandrebreton.com) ANACHRONISMES [New Window]
La mode, ces derniers temps, est larchologie signifiante. On nous reconstitue, trs grands frais, les dcors soi-disant authentiques dpoques lointaines, et on nous prie bien de croire que cela constitue lun des lments de vente dterminants, pardon, un des arguments de poids, devant nous inciter regarder telle srie tlvise. La prcision maniaque du dtail, la surdtermination du dcor, prennent un aspect crasant et disproportionn. Le message que les ralisateurs et scnaristes veulent porter est trs clair : Nous avons fait de gros efforts de crdibilit dans la situation. Nous voulons que vous puissez regarder notre srie tout en croyant que vous tes, vous-mmes, le regard contemporain de cette priode de lhistoire. La Rome antique comme si vous y tiez. Il y en a qui le croient. Il ny a pourtant rien de plus faux, car un tel regard innocent, totalement familiaris et donc fondu avec une poque, ne peut pas exister. Et ds lors, largument archologique se met doucement tanguer. Commenons par ces paroles que Jorge Luis Borges, dans sa srie de confrences LArt de posie, nonce propos du concept de modernit : Si vous ouvrez lIvanho de Walter Scott ou (pour prendre un exemple tout diffrent) la Salammb de Flaubert, vous savez tout de suite quelle date ces livres ont t crits. Flaubert a beau parler de Salammb comme dun roman carthaginois, nimporte quel lecteur digne de ce nom savise, ds quil a termin la premire page, que le livre na pas t crit Carthage mais quil est luvre dun Franais trs intelligent du dix-neuvime sicle. Rome est, il faut le reconnatre, une srie efficace dans sa ralisation, et qui fait plus que se laisser regarder. En toile de fond, il ne manque pas un trpied en bronze, pas une mosaque, les dcorateurs nont pas lsin sur les couleurs vives de lpoque (en particulier le rouge, rouge sang bien entendu). Quest-ce que Rome, en fin de compte ? Une reconsitution trs soigne dune poque, une srie de complots politiques, des petites histoires de famille, tout cela tant sens faire trs authentique. Pour ce qui est de la politique, on avait dj Shakespeare, dont le spectre plane invitablement sur la moindre ligne de dialogue comme sur le jeu des acteurs. Et quest-ce quun dialogue vrai, dans ses intonations dpoque ? Il suffit dcouter les intonations, les manires de parler, despacer leurs mots, des acteurs franais des annes 30 ou 40 pour comprendre le foss qui peut se creuser, dans loralit dune langue, en moins dun sicle. Maintenant, portez ce problme la puissance de plusieurs millnaires La fiction historique est par ailleurs incapable dviter le dialogue informatif ( qui est X ? qua fait autrefois Y ? souviens-toi que Z ), alors que toute lHistoire a t btie sur des secrets, des non-dits, des silences, qui ont par la suite trouv leur forme explicite dans des uvres rtrospectives.Pour les petites histoires prives, cest encore plus problmatique. Placer sa camra au ras du plancher des trahisons, mesquineries, assassinats, dans une veine raliste , cest fatalement glisser, trs doucement, insidieusement, du ct du soap-opera qui, contrairement ce que lon croit, ne se cantonne pas aux villas de la cte ouest des Etats-Unis. Lisons, par exemple, la nouvelle de Donald Barthelme intitule The Jokers Greatest Triumph (dans The Teachings of Don B.) : de manire irrsistiblement drle, une banale aventure du feuilleton-tl Batman des annes 60 y est ralentie au niveau dun feuilleton interminable, coups de dialogues sans intrt autre que dtaler la dure, jusqu linvraisemblable le plus hilarant. Dans Rome, le sandwichage des affaires prives entre les scnes politiques ne rpond gure un autre motif. Cest la bonne vieille mthode de lidentification qui joue fond (pour les hommes comme pour les femmes), et qui nest pas diffrente de ce que lon trouverait dans une srie se passant dans les annes 2000. Passons charitablement sur cette mauvaise plaisanterie quest The Tudors, dans laquelle Henri VIII semble bien mal imiter une rock star trs fashion copulant dans tous les coins et abusant de la coke entre deux sorties colriques. Ce que nous affichent les dcors de Rome, cest ce simple axiome : lauthentique, cest le sale et la violence. L o, dans les annes 50 ou 60, Hollywood nous avait offert de majestueuses colonnes blanches et des personnages aux attitudes dignes, les studios nous offrent maintenant une vision sordide de lhistoire, une vision prtendument moderne, o lon sactive dployer de la crasse authentique, des vtements lamins et des litres de sang asperger sur des corps. La violence en particulier a pris place au premier plan. Ce nest mme pas une question de changements de murs, o ce qui tait jug littralement obscne il y a cinquante ans serait dsormais montrable, mais plus tristement le reflet dune fascination morbide pour le combat, le meurtre, le viol, toutes les transgressions du corps humain, scatologie et sexualit. Le luxe tranquille de la Rome antique des annes 50 peut juste titre nous apparatre aujourdhui comme suranne ; mais avec le dchanement souvent gratuit de la violence, destine repatre le spectateur dune soif suppose pour elle, on ne fait que substituer un manirisme atroce un autre manirisme.Tout regard sur le pass est invitablement anachronique. Tout regard synchronique est impossible, car disparu avec lpoque qui le portait. Ds lors quon parle du pass (et particulirement en fiction), ce nest pas du pass que lon parle, mais de notre propre poque, et de la manire dont celle-ci simagine rejoindre ce temps du pass. LAmrique, entrave par la superstition de la dmocratie, ne se dcide pas tre un empire , crivait encore Borges dans sa nouvelle LAutre. Un empire dans les formes, cela va de soi. La vieille fascination de lAmrique pour lantiquit, qui a connu ces dernires annes un revival rarement heureux, nest que le reflet de la vieille angoisse de la chute, puisque, comme nous lapprend lhistoire (celle, froide et sans prtention, des faits), la gloire succde toujours linfamie. Dans le sort tragique de lempire Romain, les Etats-Unis guettent la cl, le chiffre de leur propre disparition. Nul hasard au fait quun film aussi crpusculaire que La Chute de lEmpire Romain soit sorti la fois au moment o lAmrique doutait de sa puissance et o le genre mme du pplum touchait son puisement. Rome, malgr son luxe de dtails, ne nous apprend pas grand-chose de plus sur son homonyme historique ; en revanche, elle nous en dit beaucoup sur le fantasme omniprsent de la violence dans la socit amricaine, et sur sa vision shakespearo-tlvisuelle des jeux de pouvoir. Lanachronisme soppose aux puissances trop signifiantes de la reprsentation archologique ; il vient souligner la sparation entre la vie rve et lart qui nexiste que dans un degr matris dexagration, et donc de trahison de la vie relle.Ces piges de lanachronisme valent aussi pour les visions du futur, qui prennent bien plus de risques paratre trs rapidement primes. Mais l aussi, cette premption nous en dit plus long sur les visions contemporaines du futur (confiantes, puis angoisses) que sur les extrapolations historiques proprement parler. Il faut toutes les qualits dun chef-duvre absolu pour nous viter de sourire, dans 2001 Odysse de lEspace, durant les scnes de la station orbitale, avec ses fauteuils Paulin, ses tables en plastique blanc et ses appareils photo astamatic. Dans Orange Mcanique, le sentiment est diffrent : esthtiquement, le film dans certaines de ses parties touche une telle monstruosit kitschissime, que lon en vient dconnecter totalement le film de tout contexte historique prcis : on se laisse simplement, dans cette reprsentation de toutes les formes de violence (physique, sexuelle, policire, tatique, mdicale, socitale), prendre lide dune uchronie indtermine qui nimporte plus beaucoup en elle-mme.Un dernier exemple frappant. Dans sa trilogie Star Wars des annes 2000, George Lucas, fort des progrs de la technologie et de moyens financiers consquents, na pas lsin sur les vaisseaux immenses et brillants, les costumes labors, la diversification ad nauseam des cratures, etc. Le plan de fin o Dark Vador contemple lespace sur la passerelle dun des vaisseaux du tout nouvel Empire, plan confin dans des teintes de noir et de gris terriblement rtros, se veut comme un raccord avec la trilogie des annes 70-80 ; au lieu de cela, ce plan souligne lnorme hiatus esthtique qui spare les deux trilogies, deux visions bien distinctes du futur qui, paradoxe, sont pourtants censes se suivre dans un mme univers cohrent, lune sobre, humaine et mythique, lautre prolixe, bruyante, et globalement inutile. Comme le disait Richard Faria en version franaise : lavenir nest plus ce quil tait . LA GUERRE COMME UN OPERA [New Window]
Tout comme les tumultes de notre poque, qui nous semblent si atroces, noccupent quune place risible dans la longue histoire de lhumanit qui se confond avec une perptuelle violence ( Lhistoire de lHomme est lhistoire de la Douleur , conclut le Pnine de Nabokov), notre histoire de la musique ne peut qutre partielle. Les harpes gyptiennes aux cordes redevenues poussire, celles de Sumer ornes de ttes de taureaux kitschs devenues muettes, les shofars des Hbreux, les trompettes de Jricho, lolifant de Roland accul : leurs sonorits, qui accompagnrent la paix mais aussi la guerre, nous resteront inconnues dans la splendeur de leur instantan. Sonnez, trompettes ! tonnez, cymbales ! que lexplosion triomphale secoue comme les vagues dune tempte de joie la vote magistrale et les colonnes mme du firmament ! , scrie la Penthsile de Kleist, mlant la folie dun amour dmesur aux jouissances bestiales de son peuple combattant. Des millnaires de littrature orale perdus jamais, et autant pour la musique. Dans la relativement courte histoire de la musique occidentale, lopra nat la faveur du mythe dOrphe, traverse le thtre de toutes les passions humaines, ne saccordant dans la pudeur des scnes que les combats purs et chevaleresques des hros du Tasse ou de lArioste. La Marseillaise, le Chant du dpart, avaient des origines autres mais alors vint la Zukunftmusik wagnrienne, permettant la guerre de rattraper lopra, moins que ce ne soit linverse.En faisant leffort doublier pour quelques minutes les images cinmatographiques qui sont venues si puissamment sy superposer, il faut couter cette Chevauche des Walkyries comme tant tout dabord un hallucinant exercice orchestral, qui commence par une srie de trs courts motifs aux bois (vibrations) et aux cordes (glissements) se rptant en ostinatos progressivement organiss en un systme de tuilage qui suscite cette impression de vol plan musical. Ces motifs, qui amorcent sans conteste le climat dramatique, sont aussitt suivis par le leitmotiv Chevauche des Walkyries (leitmotiv n81), quatre notes nonces aux cuivres avec la premire note dtache (pom, pom-pom-pom), en un rythme bondissant qui se rpte inlassablement pendant tout le morceau en arrire-plan. Senchane alors le thme le plus connu, Walkyries (leitmotiv n79), entonn par les cors lunisson puis rpt plus fort et staccato , suivi enfin par Appel des Walkyries (leitmotiv n80), le fameux Hojotoho ! , aussi linguistiquement dpourvu de sens que le Waia ! Waga ! du langage primitif qui ouvre le Ring, cri dattaque et de sauvagerie. Il y a, tout autour de cette scne bien trop clbre, un malentendu que seule une lecture des indications scniques outrageusement prcises de Wagner permet de dissiper. On croit, en gnral, daprs le sentiment immdiat qui se dgage de cette musique froce, quil sagit dune scne grandiose et hroque, se dployant dans lespace mythologique infini et sublime, et dont les Walkyries seraient les figures majeures. Dans la trame narrative du Ring, il ny a pourtant rien qui puisse appuyer une telle vision. Dabord parce que la scne est, proprement parler, bien plus statique que ce que lon imagine : les Walkyries, runissant sur un rocher isol les cadavres des hros quelles destinent Wotan en vue de la protection du Walhalla contre les plans dAlberich, ont pour la plupart pied terre, discutant entre elles, trs loin des images populaires de cavalcades ariennes. Seules quelques Walkyries fendent les airs, et celles-ci, selon Wagner, ne doivent faire que passer fugitivement en arrire-plan (o lon devine que Wagner guettait, avec quarante ans davance, linvention du cinma). Les dialogues des Walkyries, en dehors de leurs cris sauvages, sont crus, macabres, sardoniques, parfois mme involontairement comiques comme seul Wagner, autoproclam Dichterkomponist (ce que Philippe Lacoue-Labarthe qualifiait de monstruosit ), tait capable den produire.Les Walkyries ne sont pas des hrones : ce sont, au mieux, des accompagnatrices de cadavres, imbues de leur position, des hynes qui face au pouvoir tabli (Wotan) dvoileront toute ltendue de leur lchet. (Certains ont fait remarquer que le projet mme de Wotan est bti sur du sable : les hros quil fait rassembler sont, aprs tout, des perdants, des zombies, puisquils sont morts.) Sans concessions, Bruno Lussato voit dans les Walkyries des harpies ncrophiles , et analyse lpisode soi-disant glorieux de la chevauche comme un pouvantable cauchemar macabre et sadique . On ne peut pas tre plus loign des cris de victoire que lon attribue dordinaire ce morceau.Il est impossible de nier lextraordinaire construction de la musique de Wagner, son inventivit, ses couleurs harmoniques, la manire dont elle trace immdiatement, dans ses passages tourments, les lignes de tragdie. Mais, dans le cas prcis de Wagner, il faut toujours garder lesprit le fait quil convient de sinterroger sur la redoutable efficacit dune telle musique, sur la manire quelle a de parler immdiatement aux nerfs de lauditeur. Personne na su mieux que Nietzsche analyser, avec la plus grande lucidit, les dangers dune telle pratique musicale, comme le prouve ce passage dans Le Cas Wagner : Cest en fait pratiquement Wagner qui a dcouvert la magie quexerce encore une musique incohrente, et, pour tout dire, lmentaire. La conscience quil en a ne laisse pas dinquiter, tout comme linstinct qui le poussait ne pas sentir labsolue ncessit dune suprme loi, dun style. Llmentaire suffit : timbre, mouvement, coloration, bref, tout laspect sensuel de la musique. Wagner ne calcule jamais en musicien en partant dune quelconque science musicale. Il recherche leffet, il ne recherche rien dautre que leffet. Et il sait bien de quelle corde il faut jouer. Les enfants naturels de la musique du futur seront les portails et fanfares imposants dAnton Bruckner (qui considrait Wagner comme son matre absolu), et la surenchre sonore du premier Richard Strauss, celui des hystriques Salom et Elektra. En regard, il faudra placer la saine raction de Gustav Mahler, qui sans renoncer de grands ambitions saura interroger le vide, la bance, le doute, le mystre de la nature, avec des moyens moins immdiatement parlants. Ce que nous savons aujourdhui, cest que nous ne pouvons plus nous permettre une coute innocente de Wagner en gnral, et de la Chevauche des Walkyries en particulier. Car la Seconde Guerre Mondiale est passe par l, et la rcupration de Wagner par le rgime nazi ne cessera jamais de nous troubler comme semblant terriblement naturelle. Si cette rcupration a pu tre effective, cest parce que Wagner lui-mme lavait par avance autorise. George Steiner (grand admirateur de Wagner, tout comme Mahler) na jamais cess de sinterroger sur lhomme qui tait capable toute la journe dcrire la musique la plus fabuleuse, la plus excitante de son temps, celle de Tristan et des Matres chanteurs de Nuremberg, et qui le soir lorsquil sasseyait sa table pour dner criait sa femme : Ah, si tous les juifs pouvaient tre effacs de la surface de la terre, le monde sen porterait tellement mieux ! . Wagner a crit plusieurs pamphlets antismites, surtout la fin de sa vie. Parsifal, outre quil sagit dune messe no-chrtienne dguise en un opra proprement interminable (cinq heures presque sans action) que ne rachte pas ses audaces musicales, incarne aussi, selon Alex Ross (dans The Rest is Noise) lobsession du corps pur chrtien pour la souillure juive. Mais la musique de Wagner est, dans cette affaire, aussi complice que ses ides. Par sa constante relation au sublime, par sa prdilection pour les effets immdiats et grandioses, elle est venue pour ainsi dire coller la ralit culturelle de son pays, militariste et pangermaniste. Ds lors, la rcupration par les Nazis tait invitable, et elle le resta jusquau bout : lors de la capitulation allemande, cest la Marche funbre de Siegfried qui fut diffuse par haut-parleur dans tous les lieux publics. Lorsque les soldats allemands les plus mritants taient envoys Bayreuth en rcompense de leurs bons services, que pouvaient-ils bien penser en voyant, la fin du Crpuscule des Dieux, brler et disparatre dans la honte un Walhalla qui comme le troisime Reich tait cens durer mille ans ? Au fil du magistral Gravitys Rainbow de Thomas Pynchon, le Ring et Tristan font plusieurs apparitions en filigrane, montrant quel point le crpuscule des nazis que dpeint ce roman ne peut se concevoir sans cette vritable bande-son quest devenue la musique de Wagner. Certains, non sans monstruosit, ont vu dans lusage de la musique par Hitler, lors des grandes manifestations, une prfiguration du comportement des rocks stars aspirant lidoltrie de leur public Wagner sera donc, tout jamais, un gnie sale, qui stait voulu Wotan mais ne sera plus quun Alberich de lhistoire musicale, fascinant et rpulsif la fois. Wagner nest pas, comme Beethoven, une victime de lre musicale nazie : sa postrit, il la lui-mme cre. Et lon en arrive alors presque naturellement la si fameuse scne dApocalypse Now (1979), dans laquelle le commandant de lattaque des hlicoptres utilise la Chevauche pour effrayer lennemi ( it scares them ). Les nazis avaient, par leur usage extensif de Wagner, pouss lesthtisation de la guerre son maximum, la transformant en un vritable opra sanglant, incarn dans un alliage de musique sauvage et de jouissance morbide. La guerre finie, une autre commence sur un autre front, on voit lennemi dhier se livrer son tour aux mme mthodes : o lon en revient ainsi la lchet des Walkyries et lesthtisation nazie, lorsque la mort vient den haut, du ciel, et que la musique colle beaucoup trop bien des scnes de carnage, amplifiant dans le film de Coppola cette impression dopra dlirant.Une musique comme la Chevauche sagite sur des lignes de tension effroyables : son discours unique est celui de limminence de la catastrophe, de larrive de la mort, et pourrait tre traduite ainsi : attention, le danger arrive, quest-ce qui va nous arriver, cest la mort qui vient nous, cest formidable, nous la vengeance . Vingt ans aprs Apocalypse Now, lors du bombardement par lOTAN des positions serbes au Kosovo en 1999, Slobodan Milosevic fit diffuser un clip dans lequel les porte-avions et les chasseurs amricains taient associs la Marche Impriale de Star Wars. Cette musique de John Williams, elle aussi (mme si elle est bien sr loin davoir lpaisseur instrumentale de Wagner et ses arrire-plans idologiques), appartient cette ide de la catastrophe imminente porte au point dbullition du sublime : que va faire lEmpire, les hros vont-ils sen sortir, lesquels vont mourir, quelle terreur . Aprs tout, Williams aussi utilise le principe des leitmotivs tout au long des deux trilogies de Star Wars (qui, dans une interprtation tire par les cheveux, pourrait tre vu comme une rcriture du Ring) : thme de Luke, thme de Yoda, thme de Dark Vador, revenant chaque fois trs lgrement transforms pour saccorder une scne prcise.La guerre comme opra, depuis la dernire guerre mondiale, ne sest pas cantonne aux films. Lesthtisation des conflits se poursuit, insidieuse. CNN noublie jamais de forger un jingle dramatique ds que loccasion se prsente. On est pris de sextasier sur les belles images vertes stries de blanc par les tirs de roquettes, scnes nocturnes offertes par la vision infrarouge. Chaque jour, la tlvision transforme un peu plus le conflit isralo-palestinien en un abominable opra baroque sans fin, dans lequel alternent les rcitatifs de la diplomatie et les arias des massacres (que ce soit bombardements ou attentats-suicides). Il ne sagit mme plus de musique classique. En Irak, les (trop) jeunes soldats amricains conjurent le danger permanent grce au monde clos de leurs lecteurs MP3, couvrant le vacarme des tirs en senfermant dans un cocon de rock ou de hip-hop, qui ramne les tranes de sang des pixels de jeu vido. Plus prs de nous quon ne le croirait, Guantanamo, on torture laide de la musique rock, suppose antinomique au code gntique terroriste. James Hetfield, co-fondateur du groupe Metallica, sest dit fier que sa musique serve des buts hautement patriotiques. Lhistoire de la guerre comme opra-rock va scrire pendant encore de longues annes. CROSSING THE RED SEA [New Window]
A l'intention de M.B., incitatrice de cette rcriture d'un ancien et trs mauvais articleUne longue carrire remplie de succs, dbute lpoque du muet et poursuivie jusque dans lge du technicolor le plus rutilant, a permis Cecil B. De Mille daccomplir ce petit cas dcole trs spcifique, le remake dun film, trente ans de distance, par son propre ralisateur (autre exemple connu : Hitchcock et LHomme qui en savait trop). Dj dans sa version muette, Les Dix Commandements pouvaient associer sans aucune rupture de ton les scnes spectaculaires obliges (dpart des chariots gyptiens) et des moments plus intimistes o laction laisse transparatre une rflexion esthtique (les jeux dombres trs expressionnistes de Ramss portant son enfant mort, dans une ambiance de catacombe). Le nom de Cecil B. De Mille semblant tout jamais associ une catgorie de grand spectacle cinmatographique, on en a fini par oublier que ce grand technicien, chaque scne, se rendait matre du moindre dtail, et que chacun de ces dtails contribuait lanimation du plan, ou servait dagent de liaison. Tout au long des Dix Commandements, le dtail signifiant sincarne dans laccessoire : lventail de Nefertari, agit, repli, maltrait, dploy avec langueur, parle bien plus de la fatuit et de la sensualit vide de sa propritaire que les paroles que celle-ci peut prononcer ; dans la rivalit architecturale entre Ramss et Mose, la balance et les poids qui sont successivement poss sur ses plateaux symbolisent chacun un tat de lagression psychologique qui se droule sous les yeux du vieux pharaon ; dans le jeu de loie entre le pharaon et sa fille, lun des pions, un btonnet orn dune tte animale, est jet au sol, et glissant sur le carrelage il est suivi par la camra qui nous mne jusqu lobjet de la dispute, les pieds de Mose qui ramasse le btonnet et nous offre de nouveau son visage, cette tte que certains voudraient saccaparer et dautres couper.Invitablement confront, de par son histoire, cette gageure quest la transcription en images de la puissance divine (problme confronter au tabou hbraque de limage divine et aux pisodes iconoclastes), Les Dix Commandements sen sort de deux manires : dune part limagerie biblique traditionnelle, dautre part le sublime expressionniste. Limagerie traditionnelle ne touche pas au sublime, car elle ne concerne avant tout que le miracle, cest--dire quelle consigne lintrusion du divin dans la ralit, par le dtournement dun objet commun : un buisson qui brle sans se consummer, de leau qui se change en sang. Le miracle est un hic et nunc humain et terrien, qui dans le film sexprime par le trucage, la stricte reproduction visuelle du texte sacr. Le sublime, lui, agit dans une direction oppose : la pense humaine, paralyse, annihile, se dissout dans une crainte cosmique ; et lusage expressionniste des couleurs, des mouvements, vient souligner cette ide crasante. Lorsque la dernire plaie sabat dans la nuit gyptienne pour prendre leur vie aux premiers-ns, le rythme se ralentit, et dans un plan superbe, des fils de brume vert fluorescent se mettent glisser sinistrement dans le ciel noir, prs dun poteau clair en rouge vif au premier plan, crant une ambiance irrelle dans laquelle plane linluctable. Le cosmos boulevers par la volont divine se rend encore plus prsent, et ramne lhomme limpuissance de son existence finie.La scne de la traverse de la mer Rouge se situe trangement entre ces deux ples. Dun ct llment cosmique avec le ciel qui se mtamorphose, prend la couleur de la colre sans que personne, ni Hbreux ni Egyptiens, ne semble sen rendre compte dans la panique, ; et quel moment saisissant que celui o ces nues noires comme la suie plongent brusquement, comme aspirs par la puissance luvre, vers les eaux devenues furieuses, dans le souvenir des temptes de lumire ou de non-lumire tourbillonantes de Turner, ou des catastrophes miltoniennes de John Martin. Dun autre ct, le miracle du tourbillon de feu (apparaissant sur un petit motif musical wagnrien), qui sinterpose entre les ensembles humains prsents. Lorsque les eaux se soulvent et se dchirent en flammches bleues, plutt quelles ne se retirent littralement, le miracle destin lhomme et linfinie capacit destructrice du cosmique sallient provisoirement. Le Mose de Charlton Heston, qui perd chaque nouveau plan un peu plus de son humanit pour se transformer en symbole hiratique de tout un peuple au milieu duquel il se dresse de manire totmique, remplit alors le rle de lintercesseur entre les puissances du cosmos et les forces latentes de la nature, comme un paratonerre qui canaliserait lclair destructeur pour le rendre la terre.Cecil B. De Mille utilise trs peu le travelling, prfrant lutilisation de plans fixes trs tudis, qui ramnent chaque plan lide de tableau anim dlimit par un cadre immuable, et quil sagira alors danimer le plus souvent de lintrieur, cest--dire partir de personnages ou dobjets ne quittant pas le cadre. Sujet biblique oblige, les foules abondent dans Les Dix Commandements, mais au contraire de certains ralisateurs actuels qui simaginent que la foule, cest la dmultiplication du mme quel que soit le contexte, De Mille ne cesse pas dindividualiser la fois le mouvement de la foule et les lments constitutifs de celle-ci. La scne de la transformation de la paille en brique utilise la foule de manire presque documentaire ; lorsque la salle de rception de Sthi accueille les trsors de Nubie, la foule se partage entre la danse sauvage des prisonnires et ladmiration statique des Egyptiens ; enfin, lors de la sortie des Hbreux dEgypte, la foule nest plus seulement une masse quil sagit dtaler de gauche droite, ou sur des avant-plans ou arrire-plans tags, mais lexpression plastique de lunit de tout un peuple qui redcouvre son identit pleine dans la libert.Dans cette foule des Hbreux, et plus particulirement lors de la traverse de la mer Rouge, le ralisateur opre la distinction entre un il divin et un il humain. Certains plans offrent une vision absolument sature, la foule occupant tout lespace, dans une masse grouillante et indistincte, bourrant limage dans tous les sens, et que des centaines de micro-gestes des mains, des ttes, impossibles vritablement sparer entre eux, vient constamment animer : cest une vision vol doiseau, celle du dieu ou de lhistoire, qui a dj choisi. Et cest entre ces grands plans densemble imposants que viennent sintercaler toute une srie de plans-dtails extrmement rgls, qui en contrepoint offrent lil humain (qui est davantage celui du spectateur que le premier), les symboles picturaux de lesprance ou de la terreur. Vue de prs, cest une scne absolument encombre dobjets, danimaux et de personnages individus : paniers, btons, tuniques, chariots, baluchons, torches, fardeaux, couvertures ; oies, poules, bufs, nes, chameaux ; enfants aux regards fascins (qui sont aussi le ntre face lcran), vieillards en prire, femmes agites. En rsum, toute une pagaille organise et soigneusement chorgraphie. Chaque petit ensemble de personnages illustre une dimension de ce voyage au sein du dchanement cosmique : la procession religieuse (le rapatriement des os de Joseph ?), lentraide (lpisode du chariot avec la roue casse), la peur qui nose pas se prononcer dans le verge (les regards invitablement entrans vers le haut des flots dresss) ou se cathartise dans leuphmisme, tout ceci pendant quen arrire-plan la foule ne cesse de dfiler, tandis que pendant un bref instant la musique pompire se tait pour ne plus laisser entendre que le bruit du vent qui soulve les eaux, type de musique bien plus signifiant. Ce nest plus seulement un simple pisode, mais la coupe transversale de tout un flot de vie humaine qui passe devant nous et se dploie dans toute sa diversit. De manire frappante, ce soulignement des individualits humaines, dsordonnes et dbordantes de vie et despoir, vient sopposer la formation linaire, lefficacit rigide et carre des chariots gyptiens, qui ne partagent avec les Hbreux quune seule constante du film, lexagration de chaque geste, comme si lair lui-mme tait lourd de sens et devait tre fendu.La fin de la scne signe lchec total du jeune pharaon, qui ont t retirs sa superbe et sa splendeur. Their god is God , constate-t-il les yeux dans le vide, peine conscient de la rancur de son pouse. Dj lors de la mort du fils, le luxe de la cour gyptienne avait t brusquement oblitr par les couleurs du deuil : la couleur noire, dure et sculpturale, envahissait violemment tout lespace du palais, annulant toute la dimension archologisante des lieux pour ne plus laisser susbsister que celle dune tragdie grecque. Sans les emblmes de la vanit de leur pouvoir (casque bleu clatant, armes dores, ventail, robes chatoyantes), Ramss et Nerfertari deviennent des ombres mortuaires, prisonnires de pices rouges et de meubles noirs comme la mort, dont on se prend penser quils ne sortiront plus. Tout est dit dans le magistral dernier plan : rigides et glac sur leurs trnes de diorite, signorant lun lautre, les deux souverains deviennent transparents, et seffacent la fois de limage et du film, qui les abandonne leur amertume endeuille, pour laisser apparatre derrire eux lemblme de la victoire des opprims : le mont Sina, flamboyant de la prsence divine. Antimanifeste littraire argument sans l'aide d'un seul mot [New Window]
LE STYLE SENGES [New Window]
Si proccups par la structure ou par les ides que lon soit, il serait impardonnable de ne pas sintresser un bref instant au style de Pierre Senges tel quil se dploie dans Fragments de Lichtenberg, ce style immdiatement reconnaissable, si simple et dtach en apparence, et qui pourtant ne cesse de subtilement se dplacer dun paragraphe lautre entre toute une gamme de tons, comme un incroyable travail de camaeux tir de lironie ou de laffolement des situations. Le style Senges, cest la base un art de la variation, pouss un degr de complexit toute tranquille assez sidrant. Le gros roman autour de Lichtenberg est comme lacm de cette fiction de la glose, de la paraphrase, de la prolifration joyeuse, qui semble atteindre un rjouissant statue dautonomie. Supposons que le corpus lichtenbergien soit le thme de dpart, un thme grave et simple, comme ceux dont les musiciens aiment semparer (aprs tout, Beethoven avait trouv son bonheur dans le trs oubli Diabelli, tandis quil suffisait Mozart dune niaiserie comme ah vous dirai-je maman pour en tirer des merveilles). Cest partir de ce corpus, dont Senges ausculte avec gourmandise les interstices, les petits blancs, les possibilits, que lespace de la fiction (qui au-del de la notion de plot devient une sorte de terreau) donne prise la prose, un ptrissage permanent du matriau langagier, et que la folie Lichtenberg, se librant de son personnage historique, prend son envol, tout comme la variation musicale trace de nouvelles courbes entre les notes dj donnes, les tirant, les malaxant, et crant ses propres vides propices.Il y a un art de la variation sengienne, mais cest un art qui connat bien sa retenue. Il nest aucun moment question de se donner la libert de porter le monde au dlire et lhallucination des cumuls grotesques, comme sy est joyeusement livr James Joyce dans le chapitre Circ de Ulysses. La variation selon Senges ne verse pas immdiatement dans le cosmico-comique ; au contraire, elle saffirme au premier abord comme toute de retenue, trs tudie, ce qui permet des effets certes plus restreints mais aussi plus dlicats, semblables des dizaines de sourires de chats de Cheshire quon ne se sent pas assurs de dchiffrer immdiatement. Quon prenne, par exemple, le passage des invasions barbares Gttingen, ou celui concernant larche de No. Ce que fait Senges, cest poser une situation, et tout doucement, petite touche par petite touche, mot aprs mot scrupuleusement choisi, lair de ne pas y toucher, oprer un dcalage, une espce de collage inattendu, qui va crer une conjonction trange peut-tre plus efficace que les copulations tlphones de machines coudre et de parapluies. Attila saccageant la sinistre Gttingen uniquement pour brler du papier ? Des entrevues administratives calmement mais rondement menes, avec perruques et autres accessoires, alors que le dluge sannonce ? Tout cela est pris trs srieusement, et ce nest que dans lalchimie comique de la prose, qui accumule les situations absurdement rgles, que le srieux est dsamorc et quune douce magie du style saccomplit. Senges, on le sait, refuse la mtaphore (et en particulier la mtaphore lyrique). Il lui prfre les effets plus simples dune phrase calmement pose, dont le droulement va mener progressivement le lecteur vers la recourbure de sa signification. Senges na dailleurs nul besoin du feu dartifice de la mtaphore, car le petit monde quil labore lui est suffisant pour ce quil veut faire : cest quil sagit dun monde absolument encombr. Encombr des objets les plus divers (allumettes, trombones, macaronis, balanoires, pommes, tlescopes, bosses) qui ne cessent doprer des plans rapprochs, encombr de personnages secondaires (soubrettes, employs, cochers, professeurs, messagers) jamais prcisment dcrits qui ne cessent de sagiter devant ce dcor farfelu quest la qute du grand roman lichtenbergien. Les deux atouts de Pierre Senges sont, dune part son ton pince-sans-rire qui mne laction comme une longue discussion entre amis qui sait se parer quand il le faut dune certaine mlancolie, dautre part un vocabulaire immense qui fort heureusement ne cde jamais au pdantisme. Il y a dans Fragments de Lichtenberg un dlice du mot isol qui sautosuffit, et qui procure mme aux combinaisons les plus anodines (par exemple, saucisses grilles ) un relief assez fameux, comme un gros plan de cinma se prcipitant sur un accessoire. Pour vivifier en permanence ses phrases souvent trs longues, Senges sest galement adjoint la technique de la juxtaposition rapide (qui nest pas sans analogie avec ce que fait Pynchon), qui saffranchit des articulations lourdes des relatives (flau du beau style franais) et organise la phrase en squences successives, rapides ou lentes suivant lendroit o la ponctuation est place. Senges sait enfin redonner vie au clich dimage comme personne : ses Sudois barbus lorgnons ne sont quune image corne, use, de lacadmicien scandinave puritain et obtus, et pourtant, de par tout le contexte dont il les entoure, ces Sudois acquirent une vie diffrente, unique, et propre au livre qui les fait natre. Cest lune des forces de Senges : pour ses personnages, jouer le jeu de la caricature jusquau bout, envers et contre tout ralisme psychologique, et pourtant parvenir une certaine forme, sinon de ralisme, du moins de forte prsence. Il est intressant de comparer les positions de Rgis Jauffret et de Pierre Senges par rapport au clich textuel : alors que Jauffret lui coupe carrment lherbe sous le pied, suprenant son lecteur au moment o celui croit voir le clich saccomplir, Senges, lui, le laisse tranquillement apparatre, trs confiant, mais cest bien sr pour aussitt le pointer du doigt dans une parenthse assassine qui nous dmontrera que lauteur est loin de laisser sa plume (ou son clavier) filer innocemment. On aimerait donner des exemples tout cela, mais cela exigerait de citer presque tout le livre. Terminons par une plaisanterie vaguement borgsienne. En supposant que le temps nagisse pas en sens unique : de Lichtenberg recr aprs deux cent ans par Senges, ou de Senges auteur suscit (et comme prvu) par les fragments de Lichtenberg, lequel est le matre, et lequel la crature ? Qui, le premier, a lanc la flche janusienne de la cration ? Cest, quoi quil arrive, le petit mystre quil appartient au lecteur de rsoudre dans le sens qui lui plaira. Black Pages [New Window]
Si a vous amuse, cherchez quel rapport peut tre tabli entre ceci :Découvrez Frank Zappa!et ceci (surtout partir de 1:15) :Découvrez Clemens Krauss, Astrid Varnay, Regina Resnik, Wolfgang Windgassen, Hans Hot! Houdini musical ! [New Window]
FLASHFORWARDS POUR LES ETUDIANTS [New Window]
Cest un trange avenir qui se prpare pour les tudiants. Sans que cela soit jamais avou, trs progressivement, dans une sorte de demi-mensonge permanent, on rduit de plus en plus les possibilits qui soffrent ltudiant, on le replace dautorit dans les clous de la tlologie entreprenariale, on lui coupe laccs aux savoirs inutiles . Il ne sagit mme pas seulement des tudiants : cest tous les chemins de linstruction, de lcole primaire luniversit, quon reconditionne doucement sous la bannire du mot efficacit. Le grand tort de ltudiant est de ne pas se montrer assez immdiatement efficace : son affranchissement progressif du cadre familial, sa formation intellectuelle parfois en forme de montagnes russes (les plus beaux dtours), la sorte de gnreuse curiosit qui entoure sa dcouverte des savoirs, tout cela est hautement suspect. Les pouvoirs, leurs administrations, ne sy reconnaissent pas. Au prtexte que les caisses sont vides, on va sacrifier le soi-disant inutile. Les branches de savoir superflu seront rognes, limes, vacues. Les universits en perptuelle qute dargent, suite au dsengagement de lEtat, privilgieront les formations fort rendement pouvant intresser directement le march du travail immdiat (ce qui flattera aussi ses statistiques). Cest le mme problme qui se cache derrire les rcentes dclarations du Prsident sur le rapprochement progressif entre le lyce et le monde de lentreprise. Ce nest pas le premier qui va y gagner en solidit ; cest le second qui va se transformer en levier de pouvoir, en instance dcisionnaire peine occulte, et craser le premier de ses volonts ; et on ne peut pas croire que les idaux du lyce et de luniversit ne sen trouveront pas affaiblis. Et on peut tout de suite deviner quelle sera la premire victime : les sciences humaines.Cest en faisant le vide que les pouvoirs se protgent des populations qui pourraient devenir menaantes par le simple fait de penser, de rflechir. On voit bien que malgr les mensonges honteusement rpts par tous les pouvoirs successifs (ces pouvoirs en place dont le seul but, comme on le sait, est de rester en place), lEtat nprouve aucun intrt pour les populations marginales que les structures sociales sentendent parfaitement toujours plus carter : les banlieues, les ouvriers, les classes moyennes infrieures Soit on va dtruire mthodiquement le tissu culturel, soit on va se rfugier dans une utilisation gadgtisante de la culture, en recourrant son aspect thaumaturgique (une culture, un savoir qui gurirait la pauvret, lexclusion) qui est la pire des escroqueries intellectuelles.Le savoir dans lducation ne devrait pas tre, comme il va rapidement le devenir, un intrus gnant, mais au contraire une force structurale. Ce que, dans les initiations au collge, au lyce, et mme encore luniversit, lEtat devrait offrir, ce serait le plus grand ventail de choses possibles. La seule limite laquelle ce projet presque utopique se heurterait, ce serait la parole de celui qui naurait plus dautre parole prononcer que : si je ny suis pas arriv, cest de ma seule faute . Le citoyen, dans ses checs, ne devrait jamais avoir accuser un autre que lui-mme. Mais on sait bien quon en est loin. LEtat serait-il prt laisser se dchaner toutes ces puissances potentielles ? De toute vidence, non. Lintrt de lEtat, cest de compartimenter, isoler les forces, diviser, pour mieux asseoir sa domination, culturelle ou autre.Pourtant, on aimerait affirmer avec force ceci : il ny a pas de culture bourgeoise ; il ny a que des usages bourgeois de la culture. Et ce sont le plus souvent ces usages bourgeois qui massacrent et assassinent la culture et le savoir : littrature romances sans intrt, dj mortes sitt que publies ; art calqu sur l'offre et la demande ; cinma dvoy en mornes histoires dadultres ou pseudo-comdies sans humour torches comme les pires tlfilms. Le bourgeois ne regarde pas lart, ne lit pas le livre : il leur rend un culte en tous points mortel. Ce nest que lorsque la lecture et le regard retrouvent leur force dcapante, proprement entropique (la littrature comme un combat contre la btise et lhorreur, luvre dart comme tmoignage de rsistance contre la barbarie), que la culture schappe de sa prison bourgeoise, et peut spanouir. Pas de culte ; que des sensations, que des intensits.Une mesure rcente comme la gratuit des muses est ncessaire, mais certes pas suffisante. Il faut dailleurs garder la plus grande mfiance envers la politique culturelle du Prsident : celle-ci, une fois dissip le brouillard masquant des effets dannonces et des coups dpaule volontaristes, savre ntre quune massive et monstrueuse reterritorialisation forcene de la culture sur lhistoire nationale, la terre nationale, lautoglorification hexagonale, une obsession malsaine pour un pass disparu, un refus paniqu de lanachronisme sidrant quest devenue la puissance franaise tout ceci sans parler des videntes vises dmagogiques de lensemble : le pouvoir fait mine de soutenir le savoir dune main, mais de lautre il sentrane mieux ltrangler, mieux le conserver entre les mains de classes sociales restreintes.Cest un processus lent et insidieux qui est luvre. En feuilletant certains livres, on est frapps de se trouver face de vritables flashforwards (terme forg pour la srie Lost) o le pass et le futur entrent brusquement en collision mais hlas, ce nest pas de fiction quil sagit ici. Ds 1972, Gilles Deleuze, dans un entretien avec Michel Foucault, pointait cette transformation perverse dj en route : Il ne faut pas chercher seulement l'unit de toutes ces formes dans une raction Mai 68, mais beaucoup plus dans une prparation et une organisation concertes de notre avenir prochain. Le capitalisme franais a grand besoin d'un "volant" de chmage, et abandonne le masque libral et paternel du plein-emploi. C'est de ce point de vue que trouvent leur unit : la limitation de l'immigration, une fois dit qu'on confiait aux migrs les travaux les plus durs et ingrats - la rpression dans les usines, puisqu'il s'agit de redonner aux Franais le "got" d'un travail de plus en plus dur - la lutte contre les jeunes et la rpression dans l'enseignement, puisque la rpression est d'autant plus vive qu'on a moins besoin de jeunes sur le march du travail. Hors des manifestations actuelles, lheure semble tre bientt au cynisme : on ne laissera pas dautre choix luniversit que son dlabrement physique ou son anantissement moral. On abandonnera dfinitivement le savoir aux privilgis qui sen taient dj largement assur la jouissance. On sinterrogera benotement sur le pourquoi du comment. Mais ny a-t-il donc encore aucune place pour un idal de savoir dans notre socit ? Est-il donc impossible de saventurer dans un projet de communaut scientifique qui puisse encore saffranchir des carcans que la socit (la socit capitaliste, osons le mot) veut employer pour ltouffer ? On feuillette un livre de poche, et on tombe soudain sur un autre de ces flashforwards, sur ces mots qui pourraient aussi bien avoir t prononcs hier, ici, maintenant : Ds lors que la vie estudiantine est entirement soumise lide de fonction et de mtier, pareille ide exclut la science ; car il ne sagit plus de se consacrer une connaissance qui risque de dtourner des voies de la scurit bourgeoise. () Il faut que, comme capacit damour, pareil dvouement prilleux la science et la jeunesse vive dj chez ltudiant et soit la racine de son action cratrice. () La communaut entre crateurs lve toute tude au niveau de luniversel, sous la forme de la philosophie. Pour acqurir une telle universalit, il ne sagit pas, comme le voudraient maints groupements dtudiants, que les juristes suivent des cours de littrature, les mdecins des cours de droit ; il faut plutt que la communaut prenne soin et fasse elle-mme en sorte quavant toute spcialisation (laquelle nest possible que par rfrence au mtier), au-dessus de toutes les activits propres aux coles professionnelles, la communaut universitaire comme telle soit elle-mme gnratrice et protectrice de la forme de la communaut philosophique, et cela en posant non point des problmes techniques limits de caractre scientifique, mais bien les questions mtaphysiques de Platon et de Spinoza, des romantiques et de Nietzsche. () De la sorte on viterait que ltude se figet en accumulation de savoir. () Dans sa fonction cratrice, le monde estudiantin devrait tre considr comme le grand transformateur qui, en les situant dans une perspective philosophique, aurait transformer en questions scientifiques ces ides neuves qui gnralement surgissent plus tt dans lart et dans la vie sociale que dans la science. Ces mots magnifiques, et si lucides, sont ceux du jeune Walter Benjamin, en 1915, dans une allocution intitule La vie des tudiants . En les lisant et relisant, on se prend songer quil ne tiendrait qu nous den faire des paroles prophtiques. Pas joli joli [New Window]
Oubliez les lettres un jeune pote, insuffisamment timbres, d'un certain Rilke. Et lisez plutt les "quelques conseils aux crivains en herbe", disponibles sur le site officiel de Bernard Werber, auteur d'popes hymnoptriques et de de rflexions niou hedge. Des conseils, il en donne vingt-sept, mme si on aurait bien aim en lire vingt-huit, mais aujourd'hui (et srement demain) nous n'en retiendrons qu'un, le numro 11, parce qu'il est rvlateur d'un cynisme dont on n'ose imaginer l'quivalent en politique. Outre la haine de la forme, laquelle on va finir par s'habituer, ce conseil prne un utilitarisme confondant, affich sans complexe, et sous-tendu par une forme de joie, une joie ne d'une rflexion simple: la langue a fait chier quand mme. Je n'ai rien contre Werber et ses fourmis ne me dmangent gure. Je lui sais mme gr d'assumer cette real-politik: au moins, c'est clair. Le problme c'est que je doute que les grands crivains populaires comme Eugne Sue, Paul Fval etc. auraient eu l'aplomb (et le besoin) d'aller aussi loin dans le ressentiment dguis envers la langue, le style, l'criture. Donc, lisons en frmissant fourmis dans les yeux ce onzime conseil, qu'on vitera de prendre pour un commandement:"Beaucoup de romanciers surtout en France, font du joli pour le joli. Ils enfilent les phrases tarabiscotes avec des mots de vocabulaire qu'il faut chercher dans le dictionnaire comme on enfile des perles pour faire un collier. Cela fait juste un tas de jolis phrases. Pas un livre. Ils feraient mieux d'tre potes. Au moins c'est plus clair. Toute scne doit avoir une raison d'tre autre que dcorative. Le public n'a pas (n'a plus?) la patience de lire des descriptions de paysages de plusieurs pages ou il ne se passe rien, ni des dialogues sans informations qui n'en finissent pas. La forme ne peut pas tre une finalit, la forme soutien le fond. Il faut d'abord avoir une bonne histoire ensuite l'intrieur on peut amnager des zones dcoratives, mais sans abuser de la patience du lecteur."Voil. Tout est dit. a se passe presque de commentaire. Pour crire de bons livres, il faut anticiper la demande du lecteur, lecteur qui a bien chang et qu'on ne va pas emmerder avec de pnibles descriptions de pension Vauquer, soyons srieux un instant. C'est au final assez neuh-neuh, plutt inoffensif, globalement pathtique, et trs werberien. Et oui: nous ferions mieux d'tre potes. Quant monsieur Bernard, qu'il vite effectivement les jolies phrases. Elles n'y gagneraient rien. Saint-Ouen, lisez pour nous [New Window]
Les vnements Hors limites Inauguration Hors limites 2010 Le 5 fvrier, mdiathque Perspolis, Saint-Ouen partir de 19h, retrouvez les vnements avec lesquels nous vous proposons de dbuter les deux semaines de festival Hors limites :19h - Vernissage : Michel Denanc, La ville nest pas loin > La prsentation20h - Lecture : Claro, Mille milliards de milieux > La prsentation21h - Lecture spectacle : Arnaud Cathrine & invits, En labsence de Benjamin Lorca. En avant-premire > La prsentation22h - Cocktail Linvitation tlcharger au format pdf . Mdiathque Perspolis :4 avenue Gabriel Pri / mtro ligne 13, arrt mairie de Saint-Ouen > Le plan daccs Merci de nous confirmer votre participation cette soire ladresse suivante : contact@bibliotheques93.fr ou par tlphone : 01 48 45 95 52 Les disciples sauvages [New Window]
Aprs avoir vu, rcemment, la MC93 Bobigny, lingnieuse et puissante adaptation, ncessairement parcellaire, quont faite du roman de Bolao, 2666, Pablo Ley et Alex Rigola, et dont ce dernier a sign la vibrante mise en scne (en lecture ?), quoi de plus naturel que de replonger, comme incessamment magntis, dans cette uvre dont le droulement posthume nous rserve encore de beaux vertiges. Les ditions Bourgeois publieront en avril prochain un texte intitul Le Troisime Reich, et lon ne peut que guetter galement la parution, dans un avenir proche, de La Universidad Desconocida. En attendant ces ppites, o charbon et diamant devraient continuer leur dialogue tendu, on ferait bien de soffrir le dtour pluriel que nous propose la revue Cyclocosmia, revue dont le dernier numro paru est pour lessentiel consacr luvre de Roberto Bolao. Aprs un numro Pynchon, un autre sur Jos Lezama Lima (et en attendant dautres venir, possiblement centrs sur Volodine et Milorad Pavic), Antonio Werli et ses deux acolytes, Julien Frantz et Julien Schuh, ont concentr leurs efforts pour nous aider nous retrouver dans une uvre qui na rien envier au poulpe ou la mduse. On lira donc avec intrt les souvenirs du salvadorien Moya, lequel fait de RB un guetteur infatigable ; le parcours ditorial de RB tel que le retrace Jorge Herralde. Antonio Werli, en quelques pages lumineuses, ressuscite le rve mallarmen du livre chez RB ( Au-del lespace transparent ), tandis que Franois Monti sefforce de dgager les lignes et fractures politiques dun auteur quon ne saurait uniquement articuler une critique du fascisme ( A la gauche de Bolao ). Dans Prosopope pour anapocalypse , Julien Frantz tente une lecture girardienne plus que pertinente. Eduardo Lago, dans une contribution intitule La Soif de Mal , replace RB dans les lettres hispanophones, et nous rappelle quel point lauteur de 2666 jouait avec lespagnol, le chilien, luruguayen etc. Eric Bonnargent, dont on suit sur la toile le blog littraire Bartleby Les Yeux Ouverts, relit Les Dtectives sauvages pour en extraire le perspectivisme fondamental et nous rappelle au passage le fameux pome de Tinajero considr par Belano et Lima comme la quintessence de lart, Sion. Dautres contributions font de ce volume une salutaire cavalcade sur les terres bolaiennes. Et, fidle son credo littraire, Cyclocosmia intercale dans ce mille-feuilles critique quelques rcits et pomes, signs Julien Frantz, Carlos Henderson et alii. Pour plus de renseignements, on ira sur www.cyclocosmia.net Dans la cour d'cran [New Window]
Quand Le Monde II s'intresse au numrik, nous devenons tous des Monsieur Jourdain se dcouvrant propritaire d'un computeur. Aussi est-ce avec un intrt certain que nous apprenons, en lisant le dernier post amus de Franois Bon, que ledit magazine s'est fendu d'un questionnaire, comportant quatorze questions. On a envie de rpondre audit magazine que, oui, effectivement, le dernier Amstrad est dj sorti et que le jeu Pacman a modifi notre apprhension de la ptanqueLa premire question est l'quivalent digital d'une tarte la crme sans crme dont on aurait oubli la pte :"Les nouvelles technologies (traitement de texte, internet, smartphone) ont-elles modifies (sic) vos habitudes de lecture et dcriture ?"Elle est suivie d'un corollaire incroyable:"Si oui de quelle manire ?",lui-mme dot d'un appendice fabuleux:"Cela a-t-il eu une influence et/ou incidence sur votre criture ?"Il tait temps que ce tabou soit tripot, franchement. J'aime beaucoup d'ailleurs la nuance suppose entre influence et incidence. Un peu comme si, aprs vous tre pris un pain dans la gueule, on vous demandait si vous souffrez ou si vous avez mal. La subtilit est dcidment un art subtil. Autre question, assez confondante:"Lcran ne constitue-t-il pas une distance physique entre vous et votre texte ?"On a envie de rpondre que non, pas du tout, mais que quand mme c'est fou comme on se cogne la tte chaque fois qu'on essaie de passer de l'autre ctComment se fait-il qu'aprs toutes ces annes enchans aux claviers, on puisse encore se poser navement la question des perturbations ? Certes, il est toujours bon d'attendre un peu avant d'essayer de reprer les changements induits par un changement de mdium. Mais tout a ne date quand mme pas d'hier. Ce qui est susceptible d'intrt, ce serait, ne serait-ce pas plutt ?, la faon dont celui qui crit transforme tout support son avantage, le rend mallable, invisible, la fois aussi abstrait qu'un plan et aussi concret qu'une peau. Cette faon de traverser l'apparence de l'apparence, de rendre organique le mcanique (ce qu'on fait dj d'entre de jeu avec le corps, rappelons-le). Jean Genet crivant sur des sacs en papier dans sa cellule, Artaud scarifiant son billot, Richard Powers dictant couch son PC reconnaissance vocale, etc. Ecrire sur de l'horizontal, du vertical, du transparent, de l'opaque (peindre avec ses pieds) rveiller l'encre sympathique avec l'ampoule du regard critique s'enfermer dans la mitraille de l'Olivetti, le bourdonnement de la machine boule IBM, l'clat de l'cran cristaux liquides Questions: le clavier alphabtique du Minitel a-t-il modifi votre rapport la drague? La lenteur de vos premires connections internet a-t-il nui votre envie d'acheter des godemichs en ligne? Le Bic qui fuit a-t-il pourri l'criture de vos pomes acniques?Mais peut-tre ne faut-il pas tordre le nez et se rjouir de voir l'empire du papier se pencher sur nos petits moulins octet? Ou bien faut-il poser la question suivante: "L'criture ne constitue-t-elle pas une distance physique entre vous et votre texte?"Ou mieux encore: "La distance physique ne constitue-t-elle pas une criture entre vous et votre texte?"Voire: "Le texte ne constitue-t-il pas un 'vous' entre la distance physique et l'criture?"Mais on risquerait peut-tre alors de donner la rponse Choir, choir encore, choir mieux [New Window]
En janvier, la rentre littraire (mme si on aurait du mal parler de sortie) sera marque par une dizaine de livres dont on se gardera bien de ne pas tomber amoureux (cette double ngative est l pour renforcer l'aspect positif de l'espoir rcompens), dont le nouveau livre d'Eric Chevillard, Choir. Extrait:"Une seule ambition pour les habitants de Choir,notre seul projet, quitter Choir. Cest formul ici avecmesure, froidement, pour la chronique. En temps normal,nous le hurlons.BONDIR HORS DE CHOIR !oh ! moi !laisser Choir sous moi, dchet immonde de madcrpitude, de mon incontinence !HORS DE CHOIR BONDIR ! ISSIR !marracher ses glus, ses boues, largir les huittrous de mon corps afin que scoule au travers toutle sable de Choir !puis dans mon dos retombe !" Anatomiquement vtre [New Window]
Les ditions Jos Corti avaient publi l'immense Anatomie de la mlancolie de Robert Burton, dans une traduction de Bernard Hoepffner: il tait donc dans la logique des choses qu'elles publient aujourd'hui La Mlancolie de l'anatomie, de Shelley Jackson, galement traduit par BH. Nos vies sont des humeurs qu'il convient de faire chanter, et Shelley Jackson, auteur surveiller, dcline ici les diverses facettes d'un corps rinvent, souvent menac, toujours loquace. La psych est un blason qui s'ignore, et dans ces pages tour tour radieuses et crpusculaires, l'auteur se livre un inventaire vibrant des entits qui nous aident entrer ou sortir du monde: uf, sperme, ftus, cancer, nerfs etc. L'ide de rsidu est porte bullition, et les vapeurs enivrantes. Srement un des plus beaux livres traduits en ce dbut janvier. Allez, mise en bouche:"Il existe des curs plus gros que des plantes: des curs noirs qui absorbent la lumire, l'espoir et les particules de poussire, qui mangent les comtes et les sondes spatiales. Dirigeables immobiles, menaants, ils flottent dans l'espace vide entre les galaxies. Nous ne pouvons pas les voir, mais nous savons qu'ils sont l, et engraissent." Les bizuths de la fortune [New Window]
Paru en 1959 aux ditions Gallimard, La Tour dHlne Bessette est enfin rdit par Laure Limongi dans la collection LaureLi, aprs quatre autre titres qui ont permis au lecteur dentendre une musique autre, un fracassement nouveau une potique tendue. La Tour est un voyage-spirale, la fois ascendant et descendant, au bout du dsir consumriste, une danse crispe autour du bcher des choses muettes qui ont un prix. A cet gard, la tour du livre est la fois la reine Eiffel, symbole de la capitale/du capital, babel effile dont il convient de gravir les lumineux tages afin de dominer le monde, puisque le verbe dominer est de toute vidence, le verbe numro 1. Le verbe champion. Super-vedette. Le verbe sensation. Le monde nest plus une fort de symboles mais un lupanar dobjets, et les personnages du roman de Bessette sont des curs crevs emplis de monnaie , obnubils par les billets, ivres de sous, qui veulent parader dans la rue millionnaire . Attirs telles des phalnes par les ors rimbaldiens de cet opra merveilleux quest le monde des rclames tapageuses , les voil aspirants bourgeois jusqu la moelle de leur tre, ne rvant quacquisition, accumulation, ascension. Mais la tour du livre cette tour Eiffel , quon peut entendre aussi comme le tour que font F et L, Fernande et Louise , est aussi, bien sr, un tour, instrument de torture, engin refaonner, orbite grisant, rotation. Comme si le capitalisme tait un mange ne menant nulle part, mais dont les rvolutions, vertigineuses, taient seules garantes dun dynamisme perdu. Afin de restituer la musique de lhydre consommer/consumer, Hlne Bessette va trs loin dans la langue et ses rythmes dmembrs. Congdiant le verbe dont se rient les actifs de sa prose, cassant la syntaxe comme un bton dans leau du paragraphe pour en laisser paratre et la fibre et la pulpe, frottant entre eux les mots afin den irriter lamadou sensible, Bessette orchestre une potique de lnonciation en perptuel renouvellement, alternant sursauts et litanies, lans et chutes, dans un hoqutement du dire comme on en prouve rarement. La phrase, coude, osseuse, recommence chaque fois linstant de sa csure, afin que tinte plus cruellement le prix des choses et que brille plus sinistrement leur aura vicie. Dsireuse de nous balader dans le Luna Park loufoque de ce grand magasin quest le paysage crev du consommable, lauteur structure ses squences comme des bolges constitues dructations trs articules, o le client est le damn, o le prix est la peine, le crdit fausse ternit. Teintant ses prmisses daccents tantt verlainiens, tantt rimbaldiens du soleil pm la trane sur les meubles vernis de notre maison , on spoumone sur des flicits , des mouchoirs mignons de dentelles les sourires mousseux se rassasient de mille riens , etc. , Bessette travaille sa prose par intensits, syncopes, clats, boucles ; on entend son clavier cahoter, tout nest plus que fuses (au sens baudelairien), ritournelles, bris de cantiques, et la cadence, en apparence pileptique, est plus charpente et plus grisante que le vin des amants le plus noir. Car ce que ses personnages gagnent en biens matriels, ils le perdent videmment en volont daimer, et leurs sensations, stant trouv un sige plus creux quune vitrine, ne sont plus faonnes que par la matire, la texture, la couleur, le poids et laune des articles quils accumulent, soit en intention soit en acte. Elle remplace les lettres du cur par les oprations de la tte , est-il crit un moment. Dans La Tour, Bessette ose tout, tente tout, russit tout, sur le fil chantant dun rasoir quelle applique autant son criture qu notre lecture. Quil sagisse de dire, dun pinceau dfinitif, la nature capitule : Charmante dans la blancheur cruelle, asentimentale, indiffrente de la saison immobile. Les arbres du parcs tiennent en lair quelques dernires feuilles rebelles. Paysages aux mlancoliques parades , de rendre tangible le fractionnement dun rire en un saute-mouton syntaxique et renversant : Le rire de Louise nest pas le bon grand rire des gens simples dont le bonheur clate sur les joyeuses figures sans malice. Nanmoins il ranime les invits. Les rchauffe. Les redonne la ralit. Les tire de la mortelle stupfaction. De la surprise aux lignes rigides. De la peur. De langoisse. Que suscite le drame ? Au bord du drame. Il camoufle la dramatique surprise de la convoitise allume dans laquelle on sest plus plonger. Les dlivre de leffroi glacial. Quand le bonheur est pour les autres. , ou de faire vibrer leffarante mosaque dun grand magasin tel un cyclotron : Ceux qui sont en bas. Ceux qui montent. Celui qui hsite. Grappes au comptoir. Doubles dans les glaces. Ceux qui sen racontent. Celui qui rsiste. Des rubans en couleur. Voltigent dans lespace. Des arcs dans le ciel. Sentrechoquent. Celles qui choisissent. Ceux qui ramassent les paquets. Sloignent. Commandent, appellent, questionnent, interrogent, rpondent, coutent, rptent, expliquent. Ceux qui se consultent. Dposent des fardeaux. Cherchent des yeux. Dchiffrent des panonceaux. A haute voix dans le tumulte. Sexclament, dmentent, affirment, sinquitent, sangoissent, se dcident. Soudain. Note de leur crayon mine. Des prix que lon dtermine. Les hautes vitres des portes tournent sans discontinuer. Alles, venues. Vitesse du croisement. Temps du dpassement. Celle qui examine. La dure de la poursuite. Celle qui sachemine. Les mouvements disperss, croiss. Centrifuge. Ceux qui cherchent refuge. Celui qui surveille vtu de noir. A la noce. Crmonie. Braderie baroque. Foire fantastique []. Hlne Bessette est anime dune grce dune haute technicit, qui lui permet de dire et la vie et son dsenchantement, dans le mme mouvement dune langue pluriel, magique, tactile, abordant toutes choses avec une prcision dexplosante-fixe, opposant la richesse de sa prononciation suprieure au crpitement ignare des babioles mirobolantes . Colin pour l'autre [New Window]
Le vendredi 19 fvrier 2010, 19h30, la librairie Atout-Livre (203 bis avenue Daumesnil, Paris, XIIme) accueille l'crivain Fabrice Colin l'occasion de la sortie de son roman Big Fan aux ditions Inculte, dans la collection Afterpop dirige par Alexandre Civico (dont il a t dj question ici).J'aurai le plaisir de prsenter l'ami/auteur et d'animer youp la boum le dbat avant le petit hips cubi de l'amiti. Il sera question de rock, de bombe atomique, de mditation, de vautour, de Shakespeare, des joues de Tolkien, des rapports entre Kubrick et le Vatican, de la sexualit de Winnie l'Ourson et, si vous tes gentils attentifs, peut-tre des chances qu'a Godzilla d'avoir une relation sexuelle satisfaisante avec qui tu sais.a commence donc 19h30 et vous n'avez aucune excuse valable, alors venez trs beaucoup. En attendant, potassez un peu la bio de cet crivain-orchestre: Romans * Neuvime cercle (1997) * Les cantiques de Mercure (1997) * Arcadia : Vestiges d'Arcadia (1998); La musique du sommeil (1998) * Confessions d'un automate mangeur d'opium (1999) * Winterheim : Le fils des tnbres (1999); La saison des conqutes (1999); La fonte des rves (2003) * A vos souhaits! (2000) * Vengeance (2001) * Atomic Bomb (2002) * Or not to be (2002) * Dreamamericana (2003) * Sayonara Baby (2004) * Sunk (2005) * Kathleen (2006) * La mmoire du vautour (2007) Romans jeunesse * Les enfants de la lune (2001) * Projet oXatan (2001) * CyberPan (2003) * Le mensonge du sicle (2004) * Invisible (2006) * Le syndrome Godzilla (2006) * Le rveil des dieux (2006) * Memory Park (2007) * Camelot (2007) * La maldiction d'Old Haven (2007) * Le grimoire de Merlin (2007) * Le matre des dragons (2008) * Le livre des monstres : Chroniques du monde noir (2008) * La fin du monde (2009) * La saga Mendelson : Les exils (2009); Les insoumis (2009) * Les tranges soeurs Wilcox : Les vampires de Londres (2009) BD * Tous les matelots n'aiment pas l'eau (2006) * Tir Nan Og 1 (2006) * Gordo (2008) * Nowhere Island (2008) * Tir Nan Og 2 (2008) * La brigade chimrique (2009) La reine sanglante [New Window]
De Ramn Sender, on ne connat bien souvent que son Requiem pour un paysan espagnol et ses prises de position en faveur du peuple et des anarchistes. Sa vie, aussi, faite de drames et dexils, dabord lEspagne, puis la France, le Mexique et enfin les tats-Unis. Et un legs la postrit dune soixantaine de romans dont seulement une dizaine sont disponibles en langue franaise. Cest une belle ppite que rdite donc les ditions Attila en republiant la traduction que fit Emmanuel Robls en 1955 de El Rey y la reina Le Roi et la Reine , parue alors aux ditions du Seuil. Paru initialement en 1948 au Brsil, Le Roi et la Reine peut tre envisag sous divers angles. On peut bien sr y lire le rcit dune fin, celle des nobles, sous la pression de la guerre civile (laction se passe en 1936, Madrid), la reine blanche quest la duchesse se retrouvant assige dans son donjon tandis quau pied du palais grouillent les rouges , avec, dans le rle du passeur amphibie, le jardinier Romulo, dont le dsir brouille la conscience politique, lempchant de choisir son camp. Mais le roman ressemble galement une trange partie dchecs, une partie aux rgles perverties : en effet, dentre de jeu, le roi est mis en chec (le duc a fui, est peut-tre mort). La reine, elle, na plus que quelques cases sur lesquelles se rfugier, savoir quelques chambres du donjon, la tour devenant ainsi sa dernire protection. Quant Romulo, il nest au dbut quun pion, mais lon sait quel point aux checs les pions peuvent jouer un rle capital, la fois protecteur, obstacle, adjuvant de la dfaite. On trouve galement un fou, personnifi ici par le nain Elena, qui, rfugi dans les entrailles du palais, prtend affronter un couple de rats gants. Il y a aussi les deux cavaliers de la Reine, tout dabord le duc, quon croyait mort et qui revient par un passage secret, puis lamant, Estban, qualifi de diable Mais la folie, on sen rend vite compte, nest pas le seul apanage du nain/bouffon (bien que fasciste, il est adopt la fin par les rouges ). Car Le Roi et la Reine, ce nest pas le duc et la duchesse, mais bien le jardinier et la duchesse, car, comme il est dit lentre du roman : Lhomme est le roi. Lillusion de lhomme est la reine. Ensemble ils forment la monarchie qui gouverne le monde. Phrase sibylline, complexe, dont le roman de Sender semploie dplier et clairer les arcanes. La guerre civile a clat, le duc a fui, et la duchesse se retrouve consigne par la peur dans le donjon du palais, linsu des combattants qui ont rquisitionn les lieux. Seul Romulo, le jardinier, veille sur la scurit de sa matresse, laquelle il a vou allgeance. Mais cette allgeance est corrompu ds le dbut du livre par une mise nue capitale : la duchesse sort nue de sa piscine et sadresse son jardinier sans la moindre du pudeur, ne le considrant pas comme un homme. Humili autant quexcit par la vision du corps nu de la reine , Romulo se doit dsormais de devenir un homme (et non plus seulement une fonction) aux yeux de cette femme. Il ne saurait donc la livrer simplement aux combattants. Le dsir lemporte sur le social, et les deux personnages vont devoir se croiser au mitan de leur non-rapport, le jardinier aspir dans un devenir-homme et la reine prise dans un devenir-femme. Plus quune banale relation matre-esclave, et en cela aussi fin que Marivaux, mais dans le cadre dun roman trangement gothique (Walpole nest pas loin), Ramn Sender nous offre un affrontement sans cesse ddoubl entre des forces qui souffrent dtre contraires. Quattend chacun de lautre ? Qui veut possder qui ? Qui ne respecte plus quoi ? La duchesse le dit clairement vers la fin du roman. Sadressant Romulo, elle exprime le dsir suivant : que tu sois plus fort que toutes les folies qui nous assigent . Et le jardinier de finir par lcher cette inquitante promesse/menace : Je vous donnerai la dernire chose que je puisse vous donner . Sous la plume fine, prcise et patiente de Sender, le rcit palpite et respire, la fois thtre dombres, tragdie en huis clos, roman de chevalerie, logomachie. Pas un seul instant, le duel au minuit ne senlise dans une lutte caricaturale entre oppresseur et opprim. Car ce qui se dbat ici, dans les pices du palais, dans la boue de la cour ou dans les caves, cest un dsir encore informe, informul, un dsir contrari dans son devenir, rtif aux hirarchies, assoiff dune puret qui au soleil paratrait simple souillure. Romulo ne dsire par la duchesse, ce serait trop simple. Il dsire quelle voit en lui le dsir, le possible roi, lillusion ncessaire laccomplissement dune nouvelle forme de monarchie, en apparence btarde, mais puisant des racines obscures, inconscientes. Et il sait que son dsir peut transformer la reine en femme, cest--dire renverser lordre social, pas seulement en une femme que son mari prend sa guise et que viole son amant, mais en une femme susceptible de rveiller en lui lhomme vaincu par le jardinier. Quant la duchesse, on saperoit assez vite quelle est pass dune fausse libert une fausse incarcration, quelle a troqu sa libert de mouvement contre le mouvement de sa libert : bien que trouble (elle a conscience de lobscnit de son acte au sortir de la piscine), elle refuse de laisser pntrer en elle le membre viril de linsurrection. Ds lors, le palais, sige des tensions, motions et rvlations, fonctionne comme linconscient, la reine occupant la place en apparence privilgie du surmoi dans les hauteurs du donjon, le jardinier uvrant la faon dun moi intercesseur, tandis que le a semble stre rfugi dans le corps triqu du nain Elena, lui-mme aux prises avec des cauchemars tout en griffes et en crocs. On est loin dune mcanique, tant Sender fait preuve dune sensibilit exemplaire dans sa faon de relier par un fil invisible des scnes o la beaut rgne la faon dun pouls sous la peau des paragraphes. Lisons ce passage, qui ferait aussi bien les dlices de Charlus que de Deleuze : Romulo avait pass des heures et des heures contempler un parterre darums. Dans leurs profonds entonnoirs blancs entraient souvent une abeille ou un bourdon. Certains de ces bourdons taient parfois de grande taille, velouts, vtus avec un luxe asiatique et se mouvaient avec une sorte de gravit religieuse. Il avait vu un de ces insectes entrer lentement au sein dune fleur, comme un roi dans sa chambre. Ds que le bourdon fut au fond Romulo saperut quune tamine sabaissait, lui touchait le dos et le marquait de jaune. Ce comportement de la fleur avait laiss Romulo perplexe. Rien, dans la vie humaine, ne pouvait tre compar en beaut lentre dun de ces insectes au cur dune rone entrouverte []. Cette pntration, avec les dlices mles du toucher, de la vue, de lodorat et de la saveur, devait procurer une sensation inconnue de lhomme, une sensation quil pouvait peine imaginer. [] Si les miliciens ne revenaient jamais et si lui restait l, dans ce domaine et avec la duchesse, il se sentirait aussi comme ces bourdons qui lentement senfoncent au cur dun magnolia. Comme le dit si exactement Sender lui-mme : Mon propos relve plutt de lillumination que de la logique. Jessaye de suggrer des plans mystiques []. La puissance suggestive de lcriture senderienne trouve, grce aux ditions Attila, un crin parfait, tant louvrage est dune fabrication soigne (la maquette est signe Jeanne Witta), la mise en page de temps en autre envahie par les inquitants dessins dAnne Careil, qui permettent au surnaturel dinsuffler sa petite musique : ici une pluie de main, l quelque somnambule pig dans son rve, et ce dans une tradition ingnieusement hrite de Max Ernst, crant un univers parallle, satur de diagonales et napp dombres. A signaler quAttila annonce la parution prochaine dun nouveau texte de Ramn Sender, El Vado. Karma Colin [New Window]
Big Fan, le nouveau roman de Fabrice Colin s'ouvre sur la citation suivante: "crire sur la musique c'est comme danser sur l'architecture", citation la paternit douteuse (Elvis Costello? Miles Davis? Anonymus?), mais taille pour l'ternit (divine? musicale?). Ce pourrait tre la devise de la collection Afterpop, dirige par Alexandre Civico: crivez sur la musique, soit, mais comme si vous dansiez sur l'architecture. Et chez Colin, eh bien l'architecture danse, fatalement, allgrement l'espace est rythm comme un concept-album et les volumes (d)rsonnent. De quoi s'agit-il? De ce dont il s'agit ds qu'on aborde la question du groupe: de l'individu. De ce dont il est question ds qu'on parle musique: de silence. De folie, de paranoa, d'exgse, d'amour et de rejet, de gloire et de mort, mais aussi de l'alimentation des iguanes et du magicien d'Oz, de la fin du monde et du rock ind.Colin nous raconte l'irrsistible ascension du groupe Radiohead, dont la monte en puissance et en mystre est suivie par un pauvre type, un gros, un solitaire, bref, nous l'heure purulente de notre adolescence, quand l'interprtation des signes menace de l'emporter sur le dni de l'acn. Il s'appelle William Madlock, et non, ce n'est pas le joueur de base-ball auquel vous pensez si vous allez sur Google, car ici tout ce qui est a t pip, et deux fois pip.Madlock, le bien nomm, surnomm Bill, ou gros Bill, vit en Angleterre avec sa mre pathtique, son pre alcoolo et sa graisse (+ Pablo, un iguane). Il doit y avoir plus follichon comme faon de dprir. Bill a du mal se trouver mais c'est peut-tre parce que le monde est en train de se perdre, et c'est l une des rvlations qui strangule un beau jour Big Bill, aprs avoir cout Radiohead. Le problme avec la paranoa, c'est qu'elle a dj anticip sur la moquerie qu'elle suscite, dj intgr la rpression qu'elle s'attire invitablement. Bill est donc seul contre un monde manipul par la Police du Karma (vrifiez: votre ordi est d'accord), un mystrieux Kid A erre dj de par la plante (contrlez: a dure 4:45), et seul Thom Yorke, le leader du groupe Radiohead lutte contre cette nime invasion des ttes molles par des visiteurs venus de notre propre ailleurs (on suce du sang jeune, n'oubliez pas).Colin alterne lettres du Gros depuis sa prison (il a fait une connerie, genre l o je commence tu finis), bildungsroman (comment devenir ce qu'on hait, style I might Be Wrong): l'enfance et l'adolescence de Bill, qui cherche la cl du monde et aussi l'amour, histoire du groupe Radiohead, exgse des chansons, albums, concerts, clips etc. La machine fonctionne redoutablement, et le lecteur suit toutes les pistes comme un retriever ayant tt de la coke. D'autant plus que le rcit de l'ascension de Radiohead est maille de notes et remarques, entre parenthses, crites par le Gros, notes & remarques pour le moins ironiques, moqueuses, ce qui permet Colin de prendre en toute sincrit une certaine distance avec le style invitablement format qui va avec toute hagiographie musicale. L'effet est la fois hilarant et troublant, car on joue ici avec le sabotage, donc risque, donc a bouge, donc tant mieux, paf, exemple:"Ils dcouvrent de nouveaux sons, de nouvelles machines, exprimentent avec fougue. [Fougue. J'adore ce mot. On se croirait dans une srie de comics des annes 1950.] Au final, aucune vritable chanson ne sortira de ces sessions, lesquelles auront toutefois eu l'immense mrite de librer le groupe et de le familiariser avec une technologie qui, jusqu' prsent, lui semblait antinomique avec l'ide mme de musique. Radiohead devient une machine folle, lance sur une route connue d'elle seule. [Millime clich.] Les ides ne cessent de surgir, au risque de submerger le groupe. Ed confessera plus tard n'avoir jamais fum autant d'herbe de sa vie. [Pourquoi? Encore une fois, tu ne sembles t'tonner de rien.]."C'est la rponse de Colin Costello (ou Miles, ou Anonymus): le problme, quand on crit sur la musique, c'est qu'on enfile des gants qui ont dj trait les mmes vaches canoniques. Toute bio est interprtation, dessine d'aprs les derniers calques. Or il y a un niveau suprieur l'interprtation, et c'est, gaffe aux petits hommes verts, la paranoa critique. Or Bill est pass dans l'autre dimension, il dcrypte fond les manettes, comme cela se fait depuis, disons, les Beatles, depuis que certains voient des messages cachs dans les interstices de la production ( ce propos, lire l'excellent bouquin de Pacme Thiellement: Poppermost, sur les Fab Four), depuis que Paul is Dead, depuis que Revolution 9.Et Colin d'enfoncer le clou en sciant la planche de la fanitude. Toute adulation est exclusive. Dans le cas de Bill, c'est l'extrme. Il y a Radiohead et le reste, et le reste n'est rien. Ce qui permet l'auteur de Big Fan de se fendre de tous ces secs jugements premptoires qui font la lie de la critique rock, style "Moby est au rock ind ce que Tony Blair est au Labour Party: un handicap majeur" ou "Coldplay? Les U2 du XXIme sicle", "Muse? Obsession quasi pathologique pour les envoles rachmaninoviennes assortie d'un soupon d'pilespsie para-punk et d'une pleine louche de grandiloquence glam: autant agiter un bol de glatine rance" ad libitum. Faon pour l'auteur de dire: oui, moi aussi je sais faire, moi aussi je connais les travers, du genre et regardez quelle sauce spicy je les mange.Dcortiquera-t-on les arcanes de la conspiration quantique laquelle l'ami Bill croit dur comme karma? L encore, Colin s'en donne cur joie [tu le sens pas, le clich, l, mon pote bloggeur?], et l'expos des thories numrologiques (ou apocalyptiques etc) est implacablement hilarant de crdibilit. Ainsi, quand page 205 le laus suivant nous est assen:"Le fait que dix ans sparent les deux albums. In Rainbows est sorti le 10/10. Jetez un il la pochette de OK Computer. On y trouve cette trange affirmation 1=2. Puis un nombre: 18576397. La somme des chiffres le composant, 46, peut tre rduite 10. Lors de sa sortie, In Rainbows tait tlchargeable partir de 10 serveurs. Sa parution a t annonce par 10 messages roputs incomprhensibles, portant chaque fois la lettre X (10 en criture romane)."Et un peu plus loin, rebelote:"La dure de l'album est de 42 minutes 34 secondes, soit 2554 secondes. Si l'on divise ce nombre par le nombre d'or, 1,618, on obtient 1578. ET c'est la 1578me seconde de l'album que cette voix se fait entendre."Tout a peut paratre tir par les octets, mais il suffit de surfer sur la toile pour vrifier que ces divagations chiffres sont monnaie courante. Ainsi, sur la page myspace http://www.myspace.com/okrainbows, on peut lire une analyse compare entre le film Le Magicien d'Oz (prsent dans Big Fan, of course) et les albums Ok Computer et In Rainbows, agrmente d'intuitions hilarantes: "Ok Rainbows playlists tohether gives a time of 1:35:55 which leaves 5:05 missing from 101 minutes. 5+5 = 10 et 010 complements 101." Pas besoin d'inventer le dlire, il pousse dj au milieu de tout.Mais dire que Big Fan est l'histoire d'une exgse gone wild serait plus que rducteur. C'est aussi une ode l'adolescence, ode noire, douloureuse, o tout passe la moulinette de la frustration et de l'exaltation mal place. On aura ainsi droit, au cours du livre, une liste alphabtique de tous les groupes disponibles entre 1997 et 2007 (pages 62 73); des considrations [tu n'as pas un terme plus doux, connard?] sur la littrature fantasy et l'univers des games [j'aime quand tu parles anglais, mec], etc.Big Fan est tout cela et beaucoup davantage [fais pas ton Du Bellay, l'ami]. Car Colin c'est avant tout un sens inn de l'image, de la petite notation, toujours cohrente, toujours dcale. Ainsi quand Bill dcrit le dpart de sa mre, "triste et silencieuse comme une fuite radioactive". Ou quand il crit: "Les mots taient sortis de sa bouche comme des junkies Zurich un soir de free-party". L'humour, on le voit, sait tre gai comme un pinson pendu : "Il avait maintenant 32 ans, l'ge o mourir d'autre chose que d'un accident de mobylette devient dlicieusement possible." Enfin, il faudrait citer in extenso la magnifique lettre 16 de Gros Bill, pages 170 181, point d'orgue de ce livre-album, mix trange et mystique [j'adore quand tu t'emballes tout seul, Claro].Vous aimez Radiohead? Vous prfrez les Pet Shop Boys (naann, je dconne). Bref, lisez Big Fan en coutant Creep l'envers, avec sur l'cran de l'ordi un loop de Dorothy tombant au milieu des cochons, comme vous voudrez, de toute faon les Kid A, B et C a dj programm votre mode de lecture, lequel sera, over ou in the rainbow, jubilatoire, mouvant, imparable [tu en connais des adjectifs, dis donc].Allez, un rappel, avant d'teindre les lumires:"Quand aura lieu la fin du monde? La question est sans objet, mon pote: La fin du monde, on la vit en ce moment mme."Clap clap clap [Bis, tu veux dire]______________Fabrice Colin, Big Fan, ditions Inculte, coll. Afterpop, 18 Brian Evenson in Paris [New Window]
Brian Evenson, dont Lot49 sortira le prochain livre fin janvier, Pre des Mensonges (cherche-midi diteur), dans une traduction d'Hlose Esqui, sera quelques jours Paris en janvier. Ce sera l'occasion d'une lecture/rencontre avec l'auteur de La Confrrie des mutils, Contagion et Inversion la librairie Atout-Livre (203 Avenue Daumesnil 75012 paris) le vendredi 8 janvier 19h30. On lira, en anglais et en franais, on posera des questions qui donneront lieu des rponses, puis on dansera la tarentelle, quelque chose dans ce genre-l. Venez trs beaucoup. Last Vollmann in Paris [New Window]
Aujourd'hui sort chez Actes Sud un court texte de William T. Vollmann intitul Etoile de Paris, texte encore indit aux Etats-Unis (il devrait sortir chez l'diteur Void sous le titre Star of Paris). Commenc en 2004 Paris, alors que Vollmann rsidait Paris le temps d'assurer la promotion de La Famille royale, le texte a t achev deux ans plus tard chez lui, Sacramento. Il est accompagn de peintures et de photos, by Bill himself. Elgie de l'amour mort, anti-manuel de draison courtoise, Etoile de Paris revisite en soixante-dix pages et vingt-six chapitres l'attente et la dsillusion d'un cur pris de lumire sensuelle. Extrait:"Comme c'tait rafrachissant! Boulevard Saint-Germain, les grilles ondules sur le trottoir, avec dessous les lumires du Mtro et du gravier, me rvlaient les dangers de l'enfer. La braise rouge d'une cigarette s'engouffra sauvagement par les mailles du grillage. Encore une toile qui tombait! Mais la tour de l'glise s'levait tel de l'ivoire ancien, rendue crayeuse par la palette du temps. Une jambe noire se profila sur un seuil blanc, une vieille femme furieuse avec une jeune chevelure blonde, des continents d'corce brune s'accrochant au monde blanc et cylindrique d'un rable pel, l'un d'eux incis comme par un rseau de voies ferroviaires, tel tait Paris: vent et pierre, urine et anneaux rouills aux murs."_______William T. Vollmann, Etoile de Paris (traduit de l'amricain par Claro), d. Actes Sud, 75 pages, 15 Mille Milliards de Milieux [New Window]
Pour chaque dition dHors limites, lassociation Bibliothques en Seine-Saint-Denis clbre la littrature en proposant un ouvrage conu en partenariat avec un diteur.Hors limites sassocie cette anne aux ditions Le Bec en lair pour publier Mille Milliards de milieux de Claro (texte) et Michel Denanc (photographies). De ltrange relation entre la Seine-Saint-Denis et une htesse lair yougoslaveLes photographies de ce livre dessinent un paysage urbain n de la contrainte que Michel Denanc sest impose : rester dans un rayon de 10 mtres de la porte daccs dune vingtaine de bibliothques ou de mdiathques du dpartement afin de photographier ce qui leur fait face ; raliser des prises de vue frontales avec un objectif grand-angulaire (angle de champ horizontal de 74, angle de champ vertical de 53).A priori, donc, peu ou pas de lien avec lhistoire dune htesse de lair yougoslave chutant de 10000 mtres dans les airs. Et pourtant La forme choisie par Michel Denanc a stimul limagination de Claro, quon savait dj attentif la composition du texte dans la page et sa mise en scne typographique.Aux images horizontales, il oppose un rcit vertical ; la part de hasard induite par la circonscription gographique de la prise de vue ( proximit de la bibliothque/mdiathque), il rpond par lalatoire en maintenant lincertitude quant au point de chute de Vesna Vulovic, voire quant la vracit mme de cet accident.Une fois ces ingrdients en prsence, la tentation de les assembler en une forme ditoriale dcale devenait irrsistible, pour aboutir par exemple un sens de lecture du texte invers qui renforce lide de la descente. Laissons la perspicacit du lecteur les associations ludiques entre certains mots du texte et des dtails prsents dans les photosCe livre sera offert lors des rencontres Hors limites 2010 puis disponible en librairie partir du 11 mars (14,50 ). Posies du casse [New Window]
On pourrait sinterroger sur le titre du nouveau livre de Daniel Foucard Casse , sinterroger et dcliner ses significations, dire par exemple quil sagit l dun ordre, dune invitation la destruction ; ou dune entreprise de recyclage de vhicules ; plus probablement dun coup , dune combine, dune malversation ; et aussi : de lindication dune lecture deux niveaux, typographiquement orchestre en haut et bas de casse, un texte majuscule charg de la basse besogne, et un texte minuscule ayant cur de traiter les hautes instances. Malin, le nouveau texte de Foucard, qui spare et accole, double et divise et soffre linvisible coquetterie de nutiliser aucun trait dunion. Mais reprenons. Casse raconte un casse ; Casse est aussi, en soi, un casse ; Casse rinvente, par une pirouette rousslienne, la distinction caste/classe. Et nous informe que lhistoire secrte de lhumanit se confond avec la lutte des casses. A linstar de luvre dart contemporaine, un casse est avant tout un dispositif, qui narre son processus et noffre son rsultat que sous la forme bourgeoise dune plus-value. La chose est entendue, mais Foucard va nous aider lentendre de diverses manires, divers degrs dbullition ironique. Un dsuvr se fait un jour aborder sur un trottoir par un artiste qui a besoin de lui pour raliser une opration complexe : un casse qui soit une uvre dart, moins quil sagisse du contraire. Tout cela nous est rapport via des courriers quenvoie ce guetteur un certain Li, un contact chinois qui vit Wuhan. Ds lors, le texte se scinde en deux niveaux, une premire couche faussement narrative o nous sont dtaills les prparatifs du casse, et un PS un post scriptum, mais sans trait dunion dans lequel le locuteur dveloppe, avec un mlange de rigueur et de nonchalance, quelques thories quon qualifiera dconomiques : diffrence entre tradiste et trader, la question de llite, le recul du fminisme, le rveil de la Chine Il est aussi question dune jeune Vietnamienne, du nom de Schme, dune certaine Simula, dun dnomm Basic, dun butin de 980 000 (lunit nest pas prcise : preuve quon est, plus quon le croit, dans le rel, mais si mais si). Foucard a crit une sorte de Casse, mode demploi, ni plus ni moins pig que la socit dans laquelle nous vivons. Orchestr et cadenc comme un remix melvillien dun nime Ocean 14, faussement didactique, diaboliquement naf, Casse prend le lecteur en otage en lui laissant croire que cest linverse qui a lieu, et recle quelques renversements bien vicieux mais amplement mrits. Farce marxiste, polar pli en deux : Casse rappelle lurgence quil y a inventer des guetteurs. Daniel Foucard, Casse, ditions LaureLi, 16 Reap Clara Elliott [New Window]
Drle d'effet de lire les textes de Clara Elliott, l, comme a, tasss dans un livre, plutt qu'entendus dans un lieu interlope, pas d'heure il y a longtemps. J'ai rencontr Clara via Elli Medeiros, l'poque o cette dernire officiait dans les Stinky Toys. Il y avait ce truc appel CRASS, qui ne m'intressait pas trop. On a beau tre ado, le ct tripes-hop (is dead), parfois, c'est lourdingue. Mais bon, Clara, quand on avait pass quelques heures avec elle, a laissait des traces, dont on ne savait quoi faire, qui plus est. J'ai d m'engueuler avec elle une ou deux fois, mais pour quelles raisons, allez savoir, ce devait pas tre trs littraire et si mes souvenirs sont bons, a se passait dans un caf de la rue des Canettes, Chez Georges, o je ne vais plus, peut-tre un rapport. Clara Elliott une potesse publie? Forcment je souris, aujourd'hui. Je ne sais pas ce qui est pass par la tte de Sylvain Courtoux pour entreprendre cette anthologie. Mais peut-tre suis-je furieux, rtrospectivement, d'avoir appris la mort de Clara avec au moins six mois de retard, en 1986, pile quand je publiais mon premier livre, que j'avais mme pens lui envoyer, mais bon pas, d'adresse l'poque. Donc, le livre est l et j'en lis des bouts. Et si les notes en bas de page m'agacent, je suis oblig de reconnatre que Clara savait crire l o a fait mal. Oh, les rfrences me fatiguent toujours autant qu' l'poque, toute cette mystique crypto-beat et para-punk, mais Courtoux a d adapter tout a sa sauce, et du coup, bizarrement, a passe encore, en force. C'est mme beaucoup plus labor que je ne m'en rendais compte l'poque. "La littrature a pour ambition de solidifier l'chec" ? crit-elle page 63. Possible. Je pense que Clara cdait trop souvent au collage, mais l'poque voulait a, non? Bref, on le voit, c'est un livre dont je ne peux pas parler comme je le fais d'ordinaire. Trop prs, trop loin. C'est aussi sous-titr "leons d'exorcisme" - et je dirai que a tombe bien, c'est exactement ce dont j'ai besoin pour retraverser ces textes et cette poque.Clara Elliott, Strangulation Blues pomes post-punk et Leons d'exorcisme 1978-1985, suivi de Pomes inachevs (1986-1987), adaptation et prsentation par Sylvain Courtoux, Editions Al Dante. (17) Lisez Chauvin [New Window]
Hier soir avait lieu la remise du prix Maurice-Edgar Coindreau, prix qui rcompense le meilleur roman traduit de l'amricain en franais. La laurat tait cette anne Serge Chauvin, pour deux ouvrages de Colson Whitehead, Le Colosse de New York et Apex, tous deux parus chez Gallimard, et c'est Marc Chnetier, le saint Jrme des anglicistes, mon paen patron et malicieux mentor (et qui a rcemment traduit pour Lot49 Sonate cartsienne de Gass) qui lui a remis le prix aprs avoir rappel qui fut Coindreau, ce qu'est une bonne traduction (du plaisir) et voqu la perspective d'un buffet dans la salle mitoyenne. Quelques traducteurs s'taient dplacs pour entendre Serge Chauvin: Bernard Hoepffner, Michel Lederer, Jean-Pierre Richard, Mona de PracontalSerge Chauvin, qui travaille pour Gallimard depuis maintenant un bail, et qui compte son actif une belle pliade d'auteurs (Paul West, Jonathan Coe, Zadie Smith, Stephen Wright, etc), est un traducteur particulirement attach au grain des phrases, la rythmique, discret et lunaire, "remuant les lvres comme s'il voulait se rendre compte du got des mots" (j'emprunte l'image Faukner), dot d'un solide sens de l'humour (Chauvin a voqu les "nouilleries" dont ne peut se passer tout traducteur), sans lequel traduire n'a gure d'intrt, tant la symbiose passe, ainsi qu'il l'a rappel, par la "volupt" et qui dit volupt, dit rire, enfin je crois, j'espre.Le prix Coindreau, qui plus est remis par "le capitaine" Chnetier, c'est un cadeau dont tout traducteur de l'amricain ne peut que rver, car loin d'tre un ruban mou dcern par de mivres manitous, c'est un passage de relais, le rappel d'une lutte mene de longue date pour faire entendre une autre voix amricaine dans le panorama littraire. Vous ne trinquez pas avec Faulkner, mais bon, a fait entrer pas mal de noms en force et en rsonance, entre bruit et fureur. Sugar Plum Fairy [New Window]
Il fut un temps o les mots "sugar plum fairy" n'taient qu'une suite de syllabes murmures par John Lennon lors d'une sance d'enregistrement, entre en matire "A Day in The Life". C'est aujourd'hui le nom d'un groupe dont vient de sortir le deuxime album au titre nuanc, "Shades of Grey". Le premier album, influenc entre autres par Radiohead, Arcade Fire, pouvait s'couter en boucle de minuit minuit sans jamais user un seul sillon. What you call a miracle Le second album brigue assez gnreusement la mme place. Fte crpusculaire, mantra ptri d'motions, ode la persvrance des affects: "Shades of Grey" est a little more pop que le prcdent album, mais la voix d'Aurlien Jouannet vous emmne dans les sphres d'ordinaire squattes par Antony and The Johnsons et autres troubadours issus de la cuisse du Surfer d'Argent. Nous sommes seuls dans l'univers et nous avons dcid de l'oublier.Quelques dates de concert sont dj prvues:Mar 19 janvier Sortie nationale de l'albumJeu 21 janvier Le Cylindre Besanon (25)Ven 22 janvier La Laiterie Strasbourg (67)Ven 29 janvier Le Chato'Do Blois (41)Sam 30 janvier Festival Mo'Fo Mains d'Oeuvres St Ouen (93)Merc 10 fvrier au Fou du Roi sur France Inter, 2 titres en live & directVen 12 fvrier Festival Les Hivernales La Parenthse Nyon (CH)Sam 20 fvrier Les Abattoirs Bourgoin-Jallieu (38)Sam 27 fvrier L'Intime Festival Le Nouvel Atrium St Avertin (37)Lun 29 mars Le Nouveau Casino Paris (75)Sam 29 mai La Presqu'le Annonay (07) Lgendes de Choir [New Window]
Fabricant de fables depuis plus de vingt ans, Eric Chevillard a fini par pondre une le dont il prend plaisir retarder sans cesse lclosion, une le qui sappelle Choir, que Beckett aurait pu peupler si Michaux ne lavait au pralable ravage. Cette le, maudite, rude et aride, est en outre abandonne de Dieu, pardon, dIlinuk, dont le prophte Yoakam vante limprobable retour. Sur ce bancal lopin, la frustration est ce qui se rapproche le plus de la flicit, cest pour dire. Le bourreau Toquebuf remet de lordre dans les cervelles coups de gourdin et chacun vomit sa bile dans un puits o sont dverses des ponges. Plus swiftien que jamais, Chevillard puise dans la glaise velue des Choireux (je ne garantis pas ce gentil) pour mieux quexulte, pardon, quructe le corps souffrant de notre langue, langue que nous esprons mallable vu ce quelle endure au passage de notre gorge-forge. Ici, malgr une dsesprance rige en philosophie, tout nest que musique, et Chevillard, en athlte sonore sensible aux rverbrations les plus forcenes, en rogue chantre des empoignades, lche la bride la glotte : Sinon dchoir ! Descendre plus bas que Choir, creuser sous Choir, par le foss par le fond par le gouffre ou labme par labjection lignominie par en dessous quitter Choir, chuter encore, choir plus bas que Choir ! Do vient la langue de Chevillard ? De Michaux, entend-on souvent rpondre. De plus loin, assurment. De Rabelais, sans le moindre brimborion de doute, de Cyrano de Bergerac, sous influence lunaire, de Voltaire, zadiguement parlant, mais aussi, parfois, de Lautramont, dont les poux et les ongles ne dpareilleraient pas dans la gocratie de Choir. Chevillard crit avec une espce de rage tribale, en renvoyant le presque humain ses balbutiements, en dressant le frre de ladjectif contre le frre de lpithte, et il lui arrive souvent de castrer violemment la syntaxe, dune virgule affte, et si possible rouille, afin dviter toute cicatrisation prsomptueuse. Cest, videmment, jubilatoire, et le hoqutement diastole/systole quil imprime la phrase fait de la lecture de Choir une caracole hilarante. Il y a chez Chevillard une fascination pour la propension humaine la crasse complaisance, un got quasi sadique pour son pinglage. Chevillard tord ses habitants, leur pince la joue jusquau sang, puis coute leurs grandiloquentes qurimonies, quil foule aussitt en ricanant.Car une des pierres d'achoppement est l'enttement et son revers, le renoncement, avec, en sous-tasse, la vanit des vanits. Oui, l'homme est un lacet cass pour l'homme, et Choir se veut le cantique des gamelles, l'pope des crocs-en-jambes. La rage se rfugie souvent dans la salive et la salive dans l'invective; les agressions tournent au vinaigre; ici, on veut dompter, contrarier, diluer on est servis au-del de des dsespoirs. La faune est vicieuse, la flore inepte, la roche retorse: Choir, c'est tous les jours. Alors, videmment, la petite tribu bougonne guette un miracle, une intervention, et, tel E.T., regarde son doigt curer le nez vide d'un dieu absent. Mme faire table rase semble vou l'chec sur cet lot instable.Mais que fait le dmiurge? Il arrivera, n'en doutez pas. Chevillard a plus d'un vaisseau paen dans sa manche. Mais, las, nous sommes engeance, cela est prouv. Oui, Chevillard est un peau-rouge frappadingue et rimbaldien qui nous cloue nus ses poteaux chamaniques. Magie noire? Oui, mais qui a dit que lencre tait lapanage du seul poulpe ?___________Eric Chevillard, Choir, ditions de Minuit, 19 Folies d'Encre sympathique [New Window]
Rencontre/lectures/dgustationVendredi 12 fvrier 201018h30 : La librairie Folies dencre (Montreuil) reoit Claro pour une petite sance lectrique avec ses textes en compagnie des Fabulous lectors of Montreuil 9 Square de la Rsistance Montreuil mtro 9, station Croix de Chavaux COSMOZ (1) [New Window]
Commenc en janvier 2005, l'criture de Cosmoz s'achve pour moi dans quelques heures. L'criture d'un livre: non pas un long et patient droulement, constitu d'tapes et de coules, mais l'exprience pierre-ciseaux-feuille-caillou d'un jeu de dissolution, le rcit repris d'une diffraction. Il y a les recherches, les lectures, une forme de nutrition plusieurs niveaux, avec effet de saturation, dispersion, cette impossible tentative d'puisement d'un sujet qui n'en est pas un (en l'occurence, ici: le monde d'Oz, cr par Baum, anim par Fleming, mis dans ce roman l'preuve corrosive des annes 1900 1945); il y a l'laboration de la structure, lutte sans cesse recommence entre l'architectural et le dynamique (un parcours chronologique tout en contractions et dilatations); il y a la rflexion, c'est--dire, une forme de culture de cellules, o les choses sont appeles se complexifier et s'animer d'elles-mmes, dans le mystrieux confort de leur logique souvent impntrable: laisser les lments changer leurs proprits, tester leurs impossibilits (faire vivre l'imaginaire d'Oz tout en le dtruisant patiemment); il y a les rticences, les expriences, les dviances, les errances, tout le ratage ncessaire certaines aventures fugitives (le travail de scories, la tentation des rverbrations); il y a l'criture, dans toute sa redoutable apne, sa violence physique, son silence cadenc (l'oral devenu matire); et puis se relire, comme rebours d'crire, pour s'empcher, se dfaire, couper et retrancher, ce travail complexe afin d'aller l'encontre du style, c'est--dire d'une musique qui risque de se ritournelliser ds qu'un peu trop rode, prouve crire est rarement un geste, trs souvent un millier de micro-actions se produisant des dizaines de plans, au service du mouvement fantasm qu'est, que sera, une fois "autre", le livre, quand livr en pture l'il, dlivr donc de la main. Cosmoz, vous dit-on.Ecrire un livre: disparatre, aussi. Ne pas en tre l'auteur, mais faire que le livre devienne, sa faon anti-personnelle (du fond de sa mine), l'auteur de vous: lui, donc, surtout, de vous produire, et non l'inverse, sinon ce serait trop facile, bien sr. Puis le finir, c'est--dire, accepter qu'il continue de crotre ou rtrcir tout seul, sans vous. Ecrire un livre, aussi: disparatre dans le prochain, son insu.Ce que pourrait tre, mystrieusement, la construction d'une amiti? Max et les Maxifauves [New Window]
La librairie Folies dEncre, Montreuil, ne se contente pas de vendre des livres, elle en publie galement. Sous limpulsion de son grand manitou, Jean-Marie Ozanne, on peut donc lire (ou relire) dsormais le roman du Brsilien Moacyr Scliar (prononcez Mo-uh-seer Skleer), Max et les Fauves, paru une premire fois dans une prcdente traduction franaise en 1991 aux Presses de la Renaissance sous le titre plus domestique Max et les Chats. En quatre-vingt pages, Moacyr Scliar dcline une trange menace fline laquelle ne semble pas pouvoir chapper son personnage, Max Schmidt. Cest lhistoire dun enfant qui peine surmonter un cauchemar, une phobie, dabord celle dun tigre empaill dans la boutique de fourrures paternelle, dont les yeux de verre semblent percer jour sa jeune poltronnerie, sa fragile innocence. Le fauve se rincarnera souvent, il prendra trs vite le visage du prdateur nazi, obligeant le jeune Max fuir lAllemagne aprs avoir got dun peu trop prs une fourrure autrement plus capiteuse (la goulue Frida), puis se manifestera trs concrtement dans la peau dun jaguar, unique occupant dun canot sur lequel drive Max avant darriver au Brsil, plus prcisment Porto Alegre, ville natale de Scliar. L, dautres dmons lattendent, le guettent, car si Max a fui son pays pour tout recommencer zro, il na pas sold tous ses comptes, et sa conscience historique, fauche dans la fleur de lge, nest pas arriv maturation une bouffe dantismitisme cohabite chez lui avec la peur du nazisme. De ce conflit irrsolu vont natre phobies et hallucinations, mais aussi lamorce dune rdemption. Ce court roman, traduit par Philippe Poncet, inocule le virus de la fable dans le cauchemar de lhistoire, en glissant entre deux terres distantes, lAllemagne et le Brsil, un ocan fantasmatique o rgne un jaguar affam ; mais le texte profite galement de sa lgret de ton et de lenchanement rocambolesque des circonstances pour sonder quelques anfractuosits mentales, et ce avec une subtilit pleine de grce et dhumour. Le jaguar du livre, davantage reproche que menace, tt jailli des jungles de lenfance, cause et tmoin des premires peurs, gardien des premiers mois, ennemi et compagnon de lhistoire, refuse de lcher Max au cours de son odysse. Son rugissement sourd exige dtre articul, et Max ne saura se dvtir de son pelage avant de lavoir tu, mentalement et littralement. Difficile, voire impossible, de conclure sur ce roman paru en 1981 sans voquer ce curieux avatar, cet autre flin qui valut gloire et renomme lcrivain Yann Martel en 2002, avec la parution de son roman The Life of Pi. Dans une postface, Moacyr Scliar raconte comment il eut vent de ce rcit mettant en scne un personnage se retrouvant nez nez avec un tigre dans un canot. Yann Martel finit par concder dans un entretien quil avait lu un jour une critique faite par Updike du roman de Scliar, roman que Martel ne lut mme pas mais dont il estima lgitime de sinspirer, les ides, aussi afftes soient-elles, appartenant tout le monde. Scliar, bon prince, nalla pas jusquau procs, mais il reste jamais tonn de la dsinvolture de Martel. Si lhistoire littraire abonde en pillages et dtournements, on est toutefois en droit de se demander si cette ralit historique peut faire lconomie dun devoir de reconnaissance. Par sa discrtion, son refus du litige, Moacyr Scliar nous rappelle quun livre se nourrit de lectures autant que de lecteurs, et que sa force na gure besoin des griffes du plagiat ni des crocs du succs. Exprimentir / B.S. Johnson: une vie rompue [New Window]
La biographie consacre par Jonathan Coe l'crivain B.S. Johnson BSJ, histoire d'un lphant fougueux, traduit par Vanessa Guignery, ditions Quidam est avant tout le rcit douloureux d'un rapport au chaos, et son possible salut. D'emble, avec une franchise rare, Coe prend ses distances avec l'entreprise de l'auteur de Chalut: "[] je suis prsent en dsaccord avec la plupart des choses qu'il a crites ou en lesquelles il a cru []", en expliquant que ce revirement est sans doute li l'ge : "[] j'ai perdu cette conviction, comme la plupart des autres certitudes de jeunesse." De quoi s'agit-il? Quelle est ce paradis perdu, paradis ou enfer, auquel Johnson vouait allgeance et qu'il n'a dsert qu'en mettant fin ses jours?Aprs Joyce, avec Beckett, il apparat certains crivains anglais, entre autres, qu'il convient de rinventer le roman, afin de l'acclimater (paradoxe) au chaos. Il s'agit en quelque sorte de passer le "relais". Raction, haine, colre: le roman est un genre bourgeois qui n'a plus droit de cit, et le tissu de ses mensonges appelle de toute urgence les ciseaux de l'exprimentation. Coe estime quant lui que le roman britannique a survcu, non en poussant l'extrme les enseignements de Joyce et Beckett, mais en se rinventant grce un processus d'ouverture, principalement li la prise en compte de la "pluriethnicit de la Grande-Bretagne moderne" et l'acceptation des autres nergies culturelles (cinma, musique, TV etc).La biographie qu'crit Coe est donc avant tout le regard que porte romancier l'aise avec la tradition douce sur un frondeur, un non-conciliateur. C'est aussi l'analyse d'un rapport ambigu avec la dtestation du romanesque. Comment peut-on aimer l'autre, ds lors que ce dernier pitine ce qu'on cherche dvelopper par d'autres moyens que la hache?Il fallait peut-tre partir de cette position distancie pour raconter une vie d'criture place sous le signe de l'inachvement, voulu tous les niveaux, subi aussi, mais intensment voulu. Dira-t-on qu'exprimenter c'est tenter "d'chouer mieux", puisqu'on a cess de croire une forme stable et cadenasse? Peut-tre. Mais Coe est suffisamment intelligent pour ne pas rduire l'entreprise de Johnson un chec. En revanche, il a le mrite d'clairer les dangers inhrents (et assums) toute rupture avec la narration norme. Ce qui nous rend mouvant l'auteur des Malchanceux, c'est d'une certaine manire son attitude vellitaire innover, cet enttement parfois artificiel sortir des sentiers battus alors mme que Johnson emprunte sa propre biographie la plupart des lments qu'il redistribue dans son uvre.Etrange attitude que celle qui consiste dire que raconter c'est mentir, mais que ce serait mentir encore plus que de raconter autrement que par l'ambigit, le dsordre. Et Coe a sans doute raison de souligner, comme avant lui Christine Brooke-Rose, que l'alatoire propos par les Malchanceux est moins "original" que les dcoupages exprimentaux de Burroughs. Pourtant, livre aprs livre, BSJ essaie - sans cesse en guerre avec la narration traditionnelle, et en bisbille avec sa propre dmarche comme quand, la fin d'Albert Angelo, l'auteur tape du poing en gueulant: " OH, ET PUIS MERDE, RAS LE CUL DE TOUS CES MENSONGES"Tout le paradoxe de la dmarche dite exprimentale (mme si BSJ n'aimait pas le terme) est l: comment miner, dtourner, retourner, exploser, pervertir les formes existantes, comment en forger de nouvelles sans pour autant ne laisser triompher que les puissances du ngatif? Comment concder au chaos, la violence, l'irrconciliable une place de choix tout en donnant, en dpit de la ds-illusion, une uvre?En fait, tout part peut-tre d'une confusion. Car en littrature, deux voies se sont souvent ctoyes qui ne se sont pas toujours confondues: le souci d'exprimenter (tout a t dit avant d'tre dit) et la rticence faire uvre. Or il est vident que le souci d'exprimenter ne date ni de Beckett ni de Joyce, et que de tous temps les crivains n'ont fait que a, qu'il s'agisse de Rabelais, Sterne, Furetire, Flaubert, etc. En revanche, la mfiance vis--vis du concept d'uvre (ou de Livre) est peut-tre plus rcente (Artaud), et sans doute, mais c'est l une piste dfricher, profondment lie la Premire Guerre mondiale. Sans aller jusqu' avancer d'absurdes quations comme : (Lautramont + Mallarm) - Sarajevo = Artaud, il apparat qu'aprs 1920 nombre d'crivains ont pens (et vcu) qu'il n'tait plus possible, ni peut-tre souhaitable, de poursuivre une qute alchimique.Or, chez B.S. Johnson, on assiste aux dchanements de ce conflit, parfois larv, souvent colrique, toujours pineux. La haine de la tradition est inextricable ici d'une angoisse du formalisme, et c'est dans le traitement autobiographique, entre autre, que BSJ a tent de rsoudre, ou d'orchestrer, ce conflit.La dmarche du biographe Coe nous en apprend donc beaucoup, et sur l'uvre arrte de BSJ et sur les tentations de toute criture confronte aux bouleversements. Celui qui exprimente ne s'est pas coup jamais de l'motion et du beau, mais il veut les approcher par des voies imprudentes, et pour lui et pour son travail. Il exprimente, non seulement parce qu'agir autrement lui est impossible (et le ferait vomir), mais parce qu'il veut, se sachant perdu, goter aux risques du nouveau, de l'indit. Exprience, exprimentation: fusion illusoire? Le fait est que le combat a un sens. Forme: forge preuve du feu.Le 13 novembre 1973, l'crivain B.S. Johnson se suicide dans sa baignoire. Il laisse une bouteille de cognac sur le bord de la baignoire accompagn d'un ultime message, d'un dernier mot, et ce dernier mot, telle une pirouette d'encre et de sang mls, tenait en ces cinq mots:Ceci est mon derniermot Frering ou le bois mitraill [New Window]
A propos du livre de Marie Frering, L'Ombre des montagnes, qui sort cette semaine aux ditions Quidam, on pourrait parler de petit bijou, si ce nest que lexpression est galvaude et que le bijou en question changerait tout crin en cratre, tant il parle dune lgre implosion contenue .Sarajevo, 1994-1997 : quatre annes passes par lauteur dans la ville assige, aux corps assigs, aux esprits pris pour cible, par lattente, la faim, le froid. Comment dire cette faon qu linsupportable de chausser le quotidien pour en diffracter les foules ? LOmbre des montagnes procde par irruptions, carts, dcalages, sans jamais que les tranes de pastel sanglant cherche faire fresque. Le rcit de ces temps de guerre est le rcit dune guerre faite, aussi, la langue, et Marie Frering dhanche sa phrase, laide boiter pour mieux restituer lexprience Sarajevo elle cite dailleurs William Vollmann : Elle boitait consciencieusement comme si elle avait pris des leons de marche auprs de chats qui auraient leurs griffes rcemment arraches. Ce sont donc des instants, des bris, des paragraphes souvent courts, comme si, limage de la ville, il fallait vite traverser la page pour arriver, transi mais vivant, la page daprs. Il y a des rves, des dblocades , des ritournelles, il y a des phrases dont la justesse vient de la blessure, ainsi parlant dune jeune fille que revoit la narratrice et dont il est dit Son sourire est toujours ct de sa bouche. Le couvre-feu semble vouloir lui aussi sappliquer aux mots, mais Frering sort quand mme, sort de la langue, dessine dans la nuit. Elle voque un affreux rle dtimbr et dans la mme spirale fait se dresser des danseurs, grincer une grue et chanter des oiseaux. Elle parle aussi, en fin de livre, de ltau quest tout dpart, quand, aprs tant de disparitions, on continue davoir peur que laim ne rentre pas. Je dors et je pleure, rpond une jeune femme qui lon demande ce quelle fait la journe lorsque son mari travaille. Pas encore habitue aux sparations qui nont rien de dramatique. Des figures passent, des instantans troubls, inquiets, des verres pris en terrasse interrompus, des rues quon ne traverse plus, leau qui manque, la bire quon boit chez le boucher, les habits de jour quon porte la nuit, les cheveux longs qui au lieu de dire la frivolit disent la rsistance de la grce. En peine un peu plus de cent pages, Marie Frering russit faire rendre gorge cette phrase aperue sur un mur, dclaration-graffiti : Nous sommes tous anormaux. Sarajevo la fin du vingtime sicle : cest nous dcrire les livres qui nous manquent (p.35). Ce livre manquait, et sa lecture, la fois lente et fulgurante, fait reculer laccablement. Un segment porte le nom de Prcis de foresterie et il dit tout, la douleur, la rsistance, le travail des mots : "On nomme chablis les arbres casss par vent, neige, gel, pollution, catastrophes naturelles ou artificielles. Les bois sont laisss sur place sils ne prsentent plus aucun intrt conomique ou ne possdent pas suffisamment de richesse organique. Si le bois est exploit, on en distingue deux parties : le volis, la partie casse, inutilisable, que lon broie ou que lon abandonne sur place pour le nichage des oiseaux, et qui se transforme terme en humus ; et la chandelle qui reste sur pied, rcuprable et rcupre. Une des exploitations possible en est le merrain, bois quon fend pour faire des douves de tonneau, condition dtre en prsence de chablis de bon chne. Le traitement dun bois de mitraille est plus dlicat. Chaque blessure entrane du pourrissement. On constate que le chne bleuit lendroit de la mitraille ou de lclat dobus, par oxydation du mtal. Un bois mitraill perd 80 % de sa valeur marchande. Je me demande sil ny a pas, entre certaines mains, un trait similaire pour les chablis humains. _____ Marie Frering, LOmbre des montagnes, ditions Quidam, 13 euros Madman Edwarda [New Window]
Au sommaire de cette nouvelle revue orchestre avec subtilit par John Jefferson Selve et Sam Guelimi: Mehdi Belhaj Kacem Gilles Berquet Claro Ferdinand Gouzon Philippe Grandrieux Yannick Haenel Isabelle Rabineau Dominique Ristori Jean-Jacques Schuhl Betony Vernon Olivier Zahm.Edwarda, numro janvier-fvrier 2010, 10 en librairie.Revue bimestrielle.Contacts rdaction : Sam Guelimi, John Jefferson Selve.Pour toutes informations : contact@edwarda.fr et abonnement@edwarda.frComme le dit Haenel en page 14 : "La volupt, c'est ce qui vous rappelle que la mort n'est pas assez."La curiosit ne tue que les chats. Lisez Edwarda. Lhorreur est humaine. Horacio Castellanos Moya, Draison. [New Window]
Dans sa longue diatribe contre son pays, le Salvador, Vega, le narrateur du Dgot, dnonait, entre autres, la corruption du pouvoir politique qui, bien quayant t lu dmocratiquement, restait lhritier de la dictature. Le Salvador na pas lexclusivit de cette monstruosit. Dans son uvre, Horacio Castellanos Moya sen prend ces rgimes dAmrique centrale dont la respectabilit nest que de faade.Dans une logorrhe assez semblable celle de Vega, le narrateur de Draison, un journaliste salvadorien, explique la raison de son exil au Guatemala, un article dans lequel javais affirm que le Salvador tait le premier pays latino-amricain avoir un prsident africain, commentaire qualifi de raciste qui ma valu lhostilit de la moiti du pays, en particulier des puissants et des employeurs, bien que jaie mis au point que je navais pas fait allusion au fait, par ailleurs vrifiable, que le prsident ressemblait un ngrillon africain, car la couleur de la peau na aucune importance, mais son attitude dictatoriale et son refus dcouter les opinions qui ne partageaient pas son avis. Il est amusant de constater que, mme dans ces rgimes, il y a aussi une dictature du politiquement correct. Quoi quil en soit, lorsque Castellanos Moya crit Draison, en 2003, le prsident salvadorien en place ainsi insult est Francisco Flores, chef de lARENA, la branche politique des anciennes milices armes dextrme droite. Dmocratie, avez-vous dit ? Pas tonnant ds lors que le Salvador soit dchir par deux types de violence, celle du pouvoir et celle des gangs. Comme la appris ses dpens le photographe franais Christian Poveda : au Salvador, on ne plaisante pas avec les menaces de mort. Le narrateur de Draison, plus sage, a prfr fuir, comme a t oblig de le faire Castellanos Moya lui-mme, suite la parution du Dgot. La situation du Guatemala nest cependant gure plus enviable que celle du Salvador.Grce son ami Erick, le narrateur a pu sinstaller au Guatemala. Pour la somme de 5000 $, il est charg de lire et de corriger le millier de feuillets dun rapport sur le gnocide des Mayas command par lEglise catholique. Quelques claircissements sur lhistoire politique du Guatemala sont ncessaires pour mieux comprendre de quoi il est question. A la suite dun coup dEtat soutenu par la CIA le 23 mars 1982, le gnral Ros Montt accde au pouvoir. Avant den tre chass par lun de ses ministres en aot 1983, il met en place une milice, la PAC (Patrouille dAutodfense Civile), qui a pour mission dradiquer la gurilla. En prtextant le soutien des Mayas catholiques cette gurilla marxiste (!), il organise leur massacre. En un an, plus de 400 villages seront totalement rass et plus de 10 000 Indiens seront torturs et massacrs.Dans son bureau de larchevch, sous la surveillance ironique dun crucifix, le narrateur lit les tmoignages des survivants, nous invitant un voyage au bout de lhorreur. Je ne suis pas entier de la tte avoue un Indien dont les quatre enfants et lpouse ont t un un dpecs la machette sous ses yeux. Tout le livre se place sous lauspice de cette phrase : [] la phrase Je ne suis pas entier de la tte [] rsumait de la faon la plus compacte ltat mental dans lequel se trouvaient les dizaines de milliers de personnes qui avaient souffert des expriences semblables celle raconte par lindigne cachiquel et quelle rsumait aussi ltat mental des milliers de soldats et paramilitaires qui avaient dpec avec le plus grand plaisir leurs mal nomms compatriotes, quoique je doive reconnatre que ne pas tre entier de la tte pour avoir subi le dpeage de ses propres enfants ou parce quon a dpec les enfants des autres ce nest pas la mme chose, comme je me le suis dit avant darriver laccablante conclusion que ctait la totalit des habitants de ce pays qui ntait pas entire de la tte, ce qui ma amen une conclusion encore pire, plus drangeante, que seul un individu nayant pas toute sa tte pouvait tre dispos se rendre dans un pays tranger dont la population ntait pas entire de la tte pour raliser un travail qui consistait justement lire et corriger un pais rapport de mille cent feuillets rassemblant les documents sur les centaines de massacres qui rendent manifeste le drangement gnralis. LAmrique latine est folle, elle draisonne. De mme que lon peut dire dun footballer quil djoue, on peut dire des hommes quils draisonnent lorsquils utilisent leur raison contresens et quau lieu de permettre llvation de lhomme, elle participe son abaissement. Seul un dingue peut continuer sacharner sur un homme la machette sans se rendre compte que sil se tait, cest seulement parce quil est muetDraison ne se rduit cependant pas une longue numration dhorreurs. Draison est aussi un livre drle et cest peut-tre ce qui est le plus bouleversant. Mais comment ne pas sourire lorsque le narrateur raconte, entre deux lectures, ses msaventures amoureuses ? Lui qui pensait que la laideur tait un attribut des militantes dextrme gauche (sic), va dabord faire la rencontre de Pilar qui, aprs lavoir amen dans un restaurant vgtarien (et seul un esprit habitu aux abstractions absurdes et aux militantismes la mode pouvait prfrer cette nourriture insipide un bon morceau de viande tendre et juteuse. ), va passer toute la soire jouer aux vierges effarouches. Il y aura ensuite Fatima qui, aprs stre galement refuse lui au nom de lamour pour son fianc, lui fera une fellation dpouvante avant de se dshabiller, denlever ses bottes do est monte une puanteur qui a fait exploser mes fosses nasales et natre la pire des rpugnances, une puanteur qui tait imprgne ses pieds de loin sans doute beaux et dsirables, mais sur lesquels je nai mme pas os jeter un coup dil cet instant, compte tenu que javais rejet la tte en arrire, sur le dossier du sofa, que javais les yeux ferms et lair extasi dun homme possd par le plaisir, alors que la vrit tait que par mon esprit passaient les images et les penses les plus diverses, auxquelles je magrippais avec tnacit pour ne pas succomber au terrifiant coup nasal assn par la puanteur des pieds de Fatima. En alternant les rcits dhorreur et les scnes grotesques, Castellanos Moya provoque en nous, lecteurs, un certain malaise. Nous avons presque honte de nos sourires et pourtant, cest bien comme cela que les choses se passent dans notre vie. Nos indignations, aussi sincres soient-elles, sont toujours phmres. Nous nous scandalisons, nous nous mettons en colre contre linjustice et lhorreur, puis nous retournons rapidement notre quotidien si prosaque.Culpabiliss par lauteur, renvoys notre propre cynisme, nous prenons un certain plaisir voir peu peu sombrer le narrateur dans le ridicule de la paranoa. Il est impossible que nous ressemblions un personnage aussi minable. Pensant ntre quun pion au service de lEglise dans sa conqute du pouvoir politique, le narrateur est persuad dtre espionn par les militaires qui nattendraient que loccasion favorable pour lexcuter. Cela peut paratre risible, surtout nous, Occidentaux, qui ignorons tout de l'histoire du Guatemala. Mais, en 2003, se prparaient des lections prsidentielles qui opposrent Oscar Berger (finalement lu), Alvaro Colom (actuel prsident) et le prsident de la chambre unicamrale, le gnral Ros Montt ! Si le responsable du gnocide maya fut battu, ce ne fut pas pour autant une victoire de la dmocratie. Berger et Colom et leurs partis sont souponns par Amnesty International dtre impliqus dans de nombreux massacres commis pendant la guerre civile. On peut donc rire du comportement du narrateur, mais, comme il le rappelle, au Guatemala ou au Salvador, le crime constituait la mthode la plus efficace dascension sociale . Tout le monde sait qui sont les assassins et pourtant, depuis louverture en 1994 de lenqute sur ce gnocide, aucune condamnation na t prononce. Cest sans doute parce quil nest pas si pas entier de la tte que le narrateur sexilera une nouvelle fois. Les dernires lignes du roman le diront. Horacio Castellanos Moya, Draison. Traduit par Robert Amutio. Les Allusifs. 14 Illustration : Mark Vallen, Meanwhile in Guatemala. Bifurcations. Eric Pessan, Cela narrivera jamais. [New Window]
Un homme teint son rveil, prend son petit-djeuner, dcide de ne pas couter la radio pour ne pas tre perturb par le murmure du monde, attrape son sac de sport et sort de chez lui. Il a choisi de passer ses vacances dans le Sud, dans la maison de sa grand-mre. Au moment de monter dans sa voiture, il voit un couple quitter son immeuble, un couple quil ne connat pas, accompagn de ses trois enfants. Lhomme lui ressemble trangement. Mais Roman, puisque cest son nom, ny prte pas trop attention ; il dmarre et roule vers le sud. Sur le trajet, et aprs avoir machinalement allum la radio, il apprend quune catastrophe nuclaire a eu lieu en Europe de lEst et que les consquences risquent dtre dramatiques. Mais cest un autre drame qui lintresse, un drame qui sest jou dix ans plus tt, dans cette maison o il nest jamais retourn. Ce soir-l, Claire lui annona ce quelle pensait tre une bonne nouvelle. Furieuse de son indiffrence, elle monta senfermer ltage etBien quil tente de loublier, Roman est obsd par ce qui advint cette nuit-l, au point quil se sent incapable de faire quoi que ce soit. Depuis des annes, il aimerait crire, mais ne le peut pas. Il est devenu un artiste du renoncement et, arriv sur les lieux du drame, il pousse son art au paroxysme en dcidant de ne plus quitter sa voiture : Il va passer inaperu, il va jouer aux espions. Il sera lhomme invisible du conte de Herbert George Wells. Ou mieux, sourit-il, un Bartleby sans autre tmoin que le seuil dune porte. Chaque soir il pourra rpter sa petite scne, il garera la voiture, ouvrira la bote gants, prendre les cls de la maison dans sa main droite, les serrera et dira dune voix cabotine et obstine I would prefer not to. Sa bouche se tordra en une moue bute, lippe de dngation. Il atteindra la perfection du refus. Dans sa voiture, Roman dort, se branle et boit. Les fantmes du pass ressurgissent : lenfance somme toute assez heureuse et, encore et encore, le souvenir de cette soire o il laissa le drame se drouler sans intervenir. Dans son dlire, il prend le volant et pendant des jours, il parcourt de manire systmatique toutes les routes, tous les chemins aux abords de la vieille maison familiale, comme un astre perdu sur son orbite, attir et rejet par son centre de gravit. Car si toute sa vie dcoule de cet vnement, il lui est, comme tout un chacun, impossible de revenir en arrire afin de changer les choses. Dans lespace, il est toujours possible de rebrousser chemin, mais pas dans le temps. Bien que la chanteuse prtende quelle ne regrette rien, nous avons tous quelques regrets concernant certaines de nos dcisions qui ont boulevers le cours tranquille de notre existence. Hlas, aucune nouvelle chance ne nous est donne. Chacun de nos actes, chacune de nos dcisions transforme notre pass en destin et il ny a plus rien faire ; cest toujours trop tard, le mal est fait. Le rel est plus fort que nos dsirs. Nous avons beau penser ce qui serait advenu si nous avions agi diffremment, nous perdons notre temps.Dans la solitude de son habitacle, alors que la radio fonctionne comme un bruit de fond, Roman sintresse soudain une mission consacre la physique quantique. On y parle du paradoxe de Schrdinger (paradoxe qui donne son nom la premire partie de ce roman) selon lequel un chat mort dans un monde est toujours vivant dans un monde parallle. Tirant toutes les consquences du fait quun photon se divise chaque instant, Hugh Everett a alors dvelopp une thorie selon laquelle il existerait une infinit de mondes puisquil sen cre des milliards chaque seconde. Sil est impossible de faire marche arrire, on peut toujours se consoler en se disant quil existe dautres mondes o les choses se sont droules autrement.Tel est le point nodal de Cela narrivera jamais dEric Pessan. Publi en 2007, ce roman est, en ralit, constitu de trois romans, trois romans qui nen forment quun et dont le personnage principal est toujours Roman, ce mme Roman voluant dans des univers diffrents.Dans la deuxime partie, Le palais des destines, Roman a ragi diffremment lannonce de Claire. Cest dailleurs ce Roman que le Roman de la premire partie a vu sortir de son immeuble. Il est mari Claire avec qui il a eu trois enfants capricieux, deux filles et un garon. Lane aura bientt dix ans. Alors que toute la petite famille se hte pour attraper le train qui les mnera dans la maison de la grand-mre, Roman croit voir au loin sa voiture dmarrer. Mais il est trop press pour prter attention cette hallucination. Les vacances savreront catastrophiques. Si une dflagration nuclaire a eu lieu quelque part en Europe de lEst, il sen produira une autre dans ce couple aigri. Roman, sans sen rendre compte, boit. Il boit pour oublier ses insupportables mmes, pour oublier la passivit de sa femme qui lui abandonne lducation des enfants et qui refuse de lui faire lamour. Il boit pour oublier quil a chou au concours dentre du monde . Roman veut assumer son dsespoir et refuse dimaginer ce quil serait devenu si, dix ans plus tt, il avait ragi autrement. Nanmoins, une mission radiophonique attire son attention. Il y est question de lEssai de Thodice de Leibniz. Selon la thorie de lharmonie prtablie dont Voltaire se moqua dans Candide avec toute la mauvaise foi dont il tait capable, notre monde est le meilleur des mondes possibles car Dieu, avant de le crer, a envisag tous les autres mondes possibles, une infinit, diffrant les uns des autres, parfois dun rien, du moins dun presque rien. Il y a donc un monde o Roman serait totalement dprim, un autre aussi o il ne se ferait pas voler son temps par sa famille, un monde o sans doute o il crirait, o il serait heureux. Comment ds lors accepter sa situation ?Dans la troisime partie, Les sentiers du jardin, Roman, pour ces vacances, dcide de rester chez lui, dcrire, dcrire encore et encore sans mme savoir ce quil crit, de taper sur les touches du clavier comme un somnambule, sans se soucier des nouvelles inquitantes venant de lest de lEurope. Il crit et a le libre car pendant des annes il na fait que rver quil crivait, fatigu par avance lide de devoir affronter les phrases dj imprimes, ces touffantes et rbarbatives divinits. Les idoles du pass se dressaient sur sa route. Exasprante palissade, mur sur lequel scrasent les crivaillons . Il pressent quil crit sur Claire, sur laccident auquel il refuse de penser depuis des annes. Des bouteilles et un ordinateur pour se librer de tout cela. Lors de ses pauses, il trane dans les rues de la ville et lit le Jardin des bifurcations de Borges. Il y est question dun livre qui contiendrait tous les univers possibles et Roman ne peut sempcher de penser ce quil serait dans dautres mondes Et dans ce monde, comme dans les autres, Roman craqueNotre existence est contingente. A chaque instant, elle prend des chemins que rien ne dterminait : tout aurait pu tre diffrent. La vie est un roman dont nous crivons le scnario au fur et mesure. La construction de ce livre dEric Pessan nous pousse nous demander quel est le vritable Roman. Est-ce celui qui simagine mari avec Claire ou crivain ? Celui qui, mari, imagine ce que sa vie aurait pu tre sans elle ? Ou doit-on penser que les deux premires parties sont luvre du Roman de la dernire ? Le constat est en tout cas toujours pessimiste, terriblement pessimiste car, quoi quait fait Roman, cela ne changera finalement rien la mdiocrit de son existence. Aussi dsespre quelle soit, la rvolte de chacun des Roman choue et chaque partie sachve par la mme phrase, lourde de menaces : L, dun coup, il ralise que les oiseaux font silence. On peut aussi supposer que toutes ces variations ont t imagines par un quatrime Roman qui en serait le narrateur omniscient, extrieur aux histoires quil raconte. Aprs tout, Cela narrivera jamaisEric Pessan, Cela narrivera jamais. Seuil. 19 Illustration : Gricault, Le Chat mort. Quelques aperus de Histoires cueillies pour Hati lintention de ceux qui hsiteraient encore cueillir ces histoires. [New Window]
Il y a ceux qui le commandent parce quils souhaitent se montrer solidaires et aider Hati, qui en a plus que jamais besoin. Parce quaussi, ils connaissent un ou plusieurs des auteurs de ce recueil. Et puis il y a ceux qui prfreraient se faire une ide avant de. Feuilleter, en quelque sorte. Pour ceux-l, mais sans exclure les autres pour autant, quelques papiers qui leur permettront de se faire une ide plus prcise du contenu de Histoires cueillies pour Hati . Le premier : Carnet de JLK Suivi de : Buzzlittraire Et de : tat du lieu Faites passer. Pour commander le recueil, cliquez sur la bannire en haut du bandeau de droite. Ou ici. Et soyez-en remercis. Histoires cueillies pour Hati from Lola DeVille on Vimeo. La suite sous peu. Conversations : pisode 14 [New Window]
Devant l'ordinateur Elle: Qu'est-ce qu'il y a?Moi: J'ai pas d'ides...Elle: a devait arriver. Mme pas une petite?Moi: Non, rien.Elle: Bah, t'as qu' parler de a...Moi: De quoi?Elle: De rien.Moi: Tu veux que je parle de rien?Elle: Oui.Moi: Mais j'ai rien dire sur rien...Elle: Cherche un peu!Moi: Pfff.... Je vais pas tenir 10 lignes si je parle de rien.Elle: Essaie toujours.Moi: Bon, d'accord. Si je parle de rien, faut que je commence par quoi?Elle: Alors, l, je ne vois pas du tout.Moi: Tu vois, j'ai toujours rien dire. Mme sur rien...Devant la corbeille de linge saleMoi: T'as pas vu mon t-shirt Iggy Pop?Elle: Au sale...Moi: Mais je ne l'ai mis que deux fois cette semaine...Elle: Raison de plus!Moi: Je n'avais mme pas dormi avec... T'exagres!Devant une valiseElle: Tu crois que t'as vraiment besoin de prendre tout a?Moi: De quoi?Elle: Les disques... Pourquoi t'en prends autant? a ne sert rien.Moi: Si, c'est vachement important...Elle: ...de se charger pour rien ???Moi: Mais, non, c'est important pour moi.Elle: Ah?Moi: Oui, regarde. Chacun de mes disques correspond un vnement important. C'est un peu comme la b.o. de ma vie.Elle: T'es vraiment con.Moi: Mais, non, j'te jure. Tiens, regarde, j'en prends un au hasard, Doolitle, c'est le disque qui me rappelle le lyce, la terminale, celui-l de Pulp, c'est quand j'ai cass avec ma premire copine, Supergrass, pour moi a sent l't, les New York Dolls, a me rappelle Paris, le mtro, celui-l c'est Rome, celui-ci, c'est les vacances Bordeaux, tu te rappelles ? Celui-l des Eagles of Death Metal, c'est la classe de neige. J'te dis, chaque disque me rappelle quelque chose de prcis. Je peux tous te les faire. J'ai comme un rapport motionnel avec la musique...Elle: Vraiment?Moi: Oui. Et l, je ne sais pas quel disque sera celui de nos prochaines vacances, alors, j'en prends quelques uns. On fera des essais une fois l-bas et tu verras, y'en a forcment un qui va rester.Elle: On verra.Moi: C'est scientifique. Une histoire de Le Club du danger (suite) par Jacques Granola [New Window]
Il fallait que Bart' revienne. Cela tait maintenant une certitude indniable se disait Thomz, en voyant le bout de papier que lui tendait de sa main de jeune phbe Untel. Il ne put s'empcher de remarquer l'index jauni et l'ongle du majeur noirci du fumeur repenti.Ce bout de papier que leur avait apport Steve Braquemart tait en ralit un extrait d'un article d'un magazine littraire.Cela se voyait bien. Pedro, qui venait d'enfiler un kimono de soie rose, s'approcha de ses deux amis et relut par dessus l'paule muscle d'Untel ce qui y tait crit. Il sentit alors une odeur cre de sueur mlange celle d'un dodorant bon march dont le parfum lui tait jusqu'alors inconnu."Jacques Granola met fin Braquemart." Voil ce qu'il tait crit.- Bon, les amis, faudrait ptet maintenant se sortir les doigts du cul et passer l'action. Thomz, tu appelles Bart et tu lui dis de rappliquer fissa, Pedro, tu vas interroger le grand ordinateur pour savoir qui est ce Jacques Granola! ordonna Untel- Trs bien, acquiescrent les amis d'une seule voix.Le temps passa alors assez rapidement jusqu'au retour de Bart' qui avait dcouvert quelques heures auparavant le message laiss par Thomz sur la messagerie du rpondeur de son tlphone portable. Un Nokia 1208 rouge, un modle qu'il avait choisi selon les conseils d'une collgue avec qui il avait couch un soir de conseil de classe aprs un pot de fin d'anne un peu trop arross ou pas assez justement, il ne savait plus. Toujours est-il que le samedi aprs-midi, ils avaient pass la journe ensemble faire les magasins. Des fringues pour elle, quelques bouquins pour lui. Et puis ce portable. Il avait des points de fidlit, alors, oui, pourquoi pas... Pathtique souvenir. D'ailleurs, en tait-ce vraiment un? Toutefois, la voix chaude et sensuelle de son ami lui avait rappel la douceur d'un miel d'accacias mais aussi que cela faisait bien trop longtemps qu'il n'avait pu voir ses camarades trop affair qu'il tait sa mystrieuse affaire.- Tiens, qui va l? Un revenant? dit Untel lorsqu'il vit Bart de retour. Ce dernier portait un petit t-shirt slim noir qui laissait transparatre la rotondit des muscles d'un homme dj mur qui entretenait, certes, son corps et son esprit mais dont le poids des annes commenait marquer irrmdiablement sa silhouette.- Oh, toi ta gueule! rpondit promptement Bartleby.- Mais bon sang de bois, que faisais-tu depuis ces mois? demanda avec interrogation Pedro.- J'tais avec Marc Villemain.-Hum hum ! fit alors Pedro- Quoi? Hum Hum? reprit BartUntel: Nan, c'est rien. C'est un peu un truc entre nous. Mais, attends, tu faisais quoi au juste avec Marc Villemain?Bart': On bossait.Untel: Bon, a va. Arrte de faire ta p'tite thaie effarouche... Dis-nous tout. Vous bossiez sur quoi exactement?Bart': Bien, justement, je ne sais pas trop comment vous le dire. J'avais... j'ai d'autres projets.Thomz: Quoi?Bart': Oui. Avec Marc Villemain, on a cre un nouveau club. Enfin, c'est plus un site qu'un club mais...Untel: Tu dconnes? Et nous?Bart': Ca ne veut pas dire que j'abandonne tout. Juste que je me diversifie.Pedro: Je vais te diversifier la gueule moi, tu vas voir...Bart': Le prenez pas comme a, les mecs. C'est un beau projet. Attendez de voir.Pedro: Ah, ouais, plus beau que NOT'club p'tet?Bart': Je ne fais pas de comparaison. Mais j'ai besoin de faire autre chose, un peu comme... regarde, Pedro,toi, tu as le karat, Untel, toi, tu bosses sur tes bouquins et toi, Thomz, tu..., tu...Thomz: Laisse tomber...Pedro: Non, c'est vrai, tu fais quoi, toi, Thomz? Je veux dire dans la vraie vie. Aprs le club?Thomz: Ta gueule Miyagi.Untel: Et c'est quoi votre site?Bart' (trs fier): a s'appelle Thisistheendmyfriendpointfr.Untel: ...Bart': This is the end my friend point F-R!Thomz: Et?Bart': C'est un site o on raconte la fin de tous les livres qu'on a lu. On fait juste a. Pas de critiques ni d'analyses. Juste la fin. C'est trs conceptuel.Untel: Je veux bien te croire. Et a sert quoi?Bart': A rien, mais c'est pas une pure ide?Untel: Mouais. Mais l, on a autre chose sous la main, et on a besoin de toi...Bart': Je veux bien mais Marc veut que je revienne avant 19h.Untel: Aujourd'hui?Bart': Oui, ce soir. Aprs, il me fait la gueule sinon. Ce qui nous laisse grosso merdo 5 heures peu prs pour rsoudre cette affaire.Untel: Mais attends une minute papillon, on pourrait peut-tre utiliser ce que vous fates avec Marc Villemain pour avancer de notre ct...Bart': Comment a?Untel: Nt nt nt, chaque chose en son temps. Montre nous ton site, Bartounet!Pedro: Putain, j'ai eu peur, j'ai cru que t'avais dit autre chose... Le club du danger : pisode 4 [New Window]
Prcdemment dans le Club du danger : Nos valeureux hros sont partis la recherche dune mche de cheveux de Bolao afin de le cloner. Direction Espagne.L, nos amis rencontrent le clbre et mystrieux Professeur Bourdaud qui leur remet quelques mches du fris chilien et les avertit que dautres personnes essaient de cloner lauteur de Nocturne du Chili. Nos amis dcident alors de retourner Paris pour tenter cote que cote le clonage. Malheureusement, lavion qui les ramenait se crashe. Bartleby, Untel, Pedro et Thomz se retrouvent coincer dans Etoile Distante qui comme chacun le sait est un bouquin de Bolao. Labuse, lui, se retrouve prisonnier de Nocturne du Chili en compagnie dun certain Tom Pynchon Voil, on en tait peu prs l. 69 Farewell : Ecoutez, je vous dis quil y a quelquun dautre dans la pice. Nous ne sommes pas seuls. On nous espionne. Moi : Nt, nt, nt Lalcool vous fait dlirer, Farewell ce nest pas comme cela que vous me mettrez dans votre plumard ! Farewell : Regardez plutt derrire vous ! Moi : Grands dieux ! Mais qui sont ces nergumnes ? Qui tes vous, bon sang? Que faites vous ici? Tom: Je suis Tom Pynchon, et l'autre, l, c'est Labuse. Nous nous sommes quelque peu gars Farewell: Mon cher Icabache, si je ne puis vous traner jusqu'aux toilettes, je me contenterai alors de ce petit gros! Labuse: Si vous touchez un seul des cheveux de cet enfant, je vous pte la gueule! Farewell: C'est de toi que je parlais, gros malin! Labuse: Cours, Tom, cours! Farewell : Minute papillon ! O crois-tu aller comme a ? Labuse : Si vous ne vous poussez pas de mon chemin, je Farewell : Tu ? Tu vas faire quoi ? Tas oubli tes muscles ? Tavez pas prvu qui allait y avoir bagarre aujourdhui ? Tas oubli tes affaires de sport ? Laisse tomber et viens un peu par ici, mon loulou. Labuse : Je ne suis pas votre loulou. Tom Pynchon : Ecoutez, ce nest pas la peine de la prendre mauvaise, on peut discuter Farewell : Toi, le jeune phbe de supermarch, je moccupe de toi juste aprs le gras-double. Labuse : Mais, je ne suis pas gros ! Moi : Farewell, nous pourrions vtir ce Pynchon du petit costume de marin que vous gardez dans votre malle ltage. Farewell : Bonne ide, mais il faudra lui cacher son visage avec un sac en papier Il est tout de mme particulirement laid Labuse : Tiens, prends toujours a, gredin ! (lanant un coup de pied violent dans lentrejambe de Farewell) Farewell : Sa race ! a fait mal ! Une voix derrire la porte : Il est l, je lentends. Moi : Farewell, tenez ! Votre revolver ! Attrapez le ! Pedro : Mais que se passe-t-il ici ? Thomz : Attention ! Baisse-toi, Pedro (sautant au ralenti sur Pedro pour le couvrir des balles) Labuse : Oh, mon dieu, ils ont tir sur Pynchon ! Untel : Espces denfoirs ! Aprs quelques minutes dun combat acharn Bartleby : On sen tire plutt bien ! Une fois encore Pedro : Trop fort ! Comment Thomz lui a fait sa fte Farewell ! Et quand Untel a pris les deux flingues et a gliss sous la table tout en tirant ! Thomz : Cest vrai que a en jetait Bartleby : Et quand Labuse sen est pris lautre cureton ! Quest-ce que tu lui as mis ! Pedro : Je ne sais mme pas quel nom donn ce que tu as fait Labuse : A vrai dire, cela sappelle du Muay Thai Mais attendez une minute, ce nest pas que cela ne me fasse pas plaisir, mais que faites vous ici, les amis ? Untel : On tait coincs dans Etoile Distante mais on sest cass Labuse : Mais comment vous avez fait ? Untel : Bah, comme on tait pig dans le bouquin, on sest dit que le meilleur moyen pour sen chapper, cest davoir recours une ellipse Thomz : On est arrivs ici grce une ellipse ! Cest dingue, non ? Labuse : Et vous lavez mise en place comment cette ellipse ? Bartleby : Cest trs simple, laisse moi texpliquer : Aprs quelques minutes dexplication Labuse : En effet, cest fichtrement malin. Vous croyez que a peut marcher ici, aussi ? Bartleby : On peut toujours essayer. Thomz : Attendez ! Pedro : Quoi encore ? Thomz : Vous navez pas vu toutes les bonnes bouteilles que ces deux pingouins ont dans leur cave ? Bartleby : Parait effectivement que le vin chilien nest pas dgueu Pedro : Et leur bibliothque ! Vous avez jet un il. Untel : Bon, on ne se surcharge pas inutilement, non plus. Disons, six bouteilles chacun, a devrait le faire. Thomz : On en ouvre une maintenant ? Labuse : Cest vrai que cette bagarre ma un peu assch le gosier. Bartleby : On a le temps en plus Pedro : Messieurs, je men vais faire un petit tour dans leur bibliothque et je me joins vous. Thomz : Qui a un tire-bouchon ? Bartleby : Ah, non merde, jai rien Untel : Tiens, jai toujours un couteau suisse sur moi ! Thomz : Et cest maintenant que tu le dis ! Untel : Oui, pourquoi ? Thomz : Pour rien... Aprs deux bouteilles Untel : Bon, maintenant faut quon trouve un moyen de rentrer Labuse : Tavais pas parl dune ellipse ? Untel : Admettons. Et si a foire ? Si par exemple on se retrouve dans 2666 ? Thomz : Ou pire dans un Marc Lvy Bartleby : Il faut quon arrive renter Paris. Tu as toujours la mche de cheveux sur toi, Labuse ? Labuse : Oui, elle est dans mon porte-feuille juste ct dun autographe de Bernard Lavilliers. Bartleby : Parfait. Pedro (charg de livres) : Messieurs, je suis prt ! Thomz : Tu dconnes, tu passeras jamais lellipse avec autant de bouquins. Pedro : Mais ce sont des ditions originales et a, cest un texte dAristote que je ne connaissais mme pas. Cest la suite de la Mtaphysique ! Thomz : Vas-y, fais-toi plaiz Mais je te prviens, je ne taiderai pas porter tout a ! Pedro : Je me dbrouillerai ! Untel : Bon, alors, on dcolle ou on sencule ? Bartleby : Trs bien, allons-y. Place lellipse. 70 Pedro : Alors, a a march ? Thomz : Putain, on est toujours l ! Bartleby : On est trop charg Untel : Pedro, laisse quelques bouquins ici ! Pedro : Vous navez qu laisser des bouteilles, vous ! Bartleby : Pedrooooooooo ! Pedro : Bon, daccord. Bartleby: Bon, allez, cest reparti! 71 Pedro : Alors ? Bartleby : Attends un peu. Je sens que a arrive. Labuse : a va durer combien de temps ? Bartleby : Je nen ai aucune ide, quand on tait coincs dans Etoile Distante, on a dabo---- Paris, 14h19 Pedro : Fantastique, a a march ! a a march ! On est rentr ! Je reconnais, on est dans le douzime ! Bartleby : Je vous lavais bien dit ! Untel : Tout le monde est l ? Labuse : Oui, on dirait Thomz : Enfin chez soi ! Untel : Bon, on fait quoi maintenant ? Labuse : Jirai bien prendre une douche. Je suis crev. Bartleby : Ya pas une station vlib, pas loin ? Un homme en noir sapproche. Lhomme en noir : Messieurs du Club du Danger ? Untel : Ouais. Lhomme en noir : Je suis lEscargot G@rpien. Il f@ut que vous me suiviez immdi@tement! Bartleby : Et pourquoi donc ? G@rp: Vous vouliez cloner Bol@o, nest-ce p@s? Thomz : Oui, comment le savez-vous ? G@rp: Nous @vons nos inform@teurs! Vous ntes pas les seuls. Labuse : On sait, cest bon. G@rp: Oui, m@is eux lont dj@ clon suivre.... la mmoire de Thomas Pynchon La raison de la critique pratique - pisode ??? [New Window]
Quelque part. Un jour.Thomz: Dites donc, les copains, j'ai bien cru que sur celle l, on n'y arriverait jamais.Pedro: Heureusement que Untel tait l pour tout claircir...Untel: C'est un coup de chance, remarquez...Thomz: Fallait quand mme le trouver le coup des initiales. A.B, Ali Baddou, Antoine Bello... Ce cher crivain franais de talent ne supportait pas la concurrence.Pedro: N'empche, on n'a toujours pas serr de meufs avec tout a.Untel: Le cours des choses va pouvoir reprendre... non, merde, comment qu'on dit dj...Thomz: Les choses vont reprendre leur cours.Pedro: Au fait, il est o Bart?Untel: Dans ton cul...Pedro: Ah, ouais, trs fine, celle l. Bravo.Untel: Dsol.Thomz: Il est chez Marc Villemain.Untel: Encore?? Ils ne se quittent plus.Pedro: Hum humUntel: C'est quoi ce "hum hum"Pedro: C'est un "hum hum" d'approbation...Untel: Naan, arrte, c'est un "hum hum" avec un sous-entendu...Pedro: Non, je t'assure.Thomz: Tu sous-entends quoi, au juste?Pedro: Mais je sous entends rien du tout, bordel! Si on n'a mme plus le droit de faire "hum hum", juste comme a pour souligner l'importance d'une tirade...Untel: Ouais, bah, n'empche que ton "hum hum" ressemblait un peu plus un "hum hum" avec quelque chose derrire.Pedro: Le sujet est clos.Thomz: a fait pas bizarre depuis que Labuse est mort?Untel: Ah, ouais, c'est vrai. J'avais oubli.Pedro: Le pauvre, depuis qu'il a t vir, il trainait son dsespoir dans les bars les plus crasseux de la capitale... et puis...Untel: Arrte, n'en parlons plus.Thomz: La question est de savoir maintenant si on continue ou non "Le club du danger".Pedro: Faudrait que Bart soit l.Untel: On est assez grands pour prendre une dcision tout seul.Thomz: Faudrait refondre le truc. Garder le mme concept et y insuffler une dose de nouveaut.Untel: On pourrait avoir un camion?Pedro: Ou un hlico?Thomz: Non, ce n'est pas cela. Il faudrait changer la forme.Untel: Du genre?Thomz: Du genre un changement radical mais qui s'inscrit dans la continuit...Pedro: Et si on demandait un auteur clbre d'crire une de nos aventures chaque semaine?Untel: Quoi?Pedro: Bah, oui. Nos rapports, au lieu de les taper comme des tapettes, on demande quelqu'un de les faire pour nous, mais dans un langage chati. Comme a, on garde le Club et on a une plus value.Thomz: Pas bte.Untel: Mais qui demander?Thomz: On n'a qu' faire un prix sur les missions. Par exemple, -25% si le type est d'accord pour tout coucher sur papier.Untel: Putain, on aurait du demander Beigbeider, la dernire fois, on aurait p'tet eu un prix.Thomz: Attends, on ne peut pas faire n'importe quoi non plus.Untel: Alors, qui?Thomz: Pour le premier, j'ai bien ma petite ide. Il nous le doit bien. Je vais lui passer un coup de bigo pour lui en bafouiller deux trois mots.Thomz se leva alors tout d'un homme et se dirigea vers le tlphone. Lorsqu'il plia son bras, ses muscles saillants crrent une petite bosse rgulire sous le coton de sa chemise blanche.Il se gratta mthodiquement la tte et composa d'un doigt les numros du numro qu'il voulait appeler. La tonalit se fit entendre. Et au bout de quelques secondes, une voix d'homme dcrocha. Untel et Pedro n'entendaient pas de l o ils taient assis ce que Thomz pouvait bien dire mais ils avaient une confiance indfectible en leur ami. Untel se servit nouveau un verre de scotch. Il fit tourner le breuvage quelques instants puis porta le verre ses lvres.Soudain, on sonna la porta. C'tait quelqu'un qui appuyait sur la sonnette d'entre. De maniree brusque et dtermine.Pedro se leva, au passage il tapota l'paule de son ami au tlphone qui semblait rire de sa conversation. Arriv devant la porte, il eut comme un prssentiment, quelque chose qui lui disait que quelque chose allait arriver. Il ne savait pas quoi. Mais il savait.Alors, il prit sa respiration deux fois pour essayer de calmer le rythme saccad de son souffle et il ouvrit. Un homme et deux femmes se tenaient sur le paillasson "Bienvenue". Il tendit sa main Pedro qui aperut bien malgr lui la pointe des seins des deux jeunes filles qui dardait sous leur chandail chancr.- Bonjour, je suis Steve Braquemart.-Le Steve Braquemart?- En personne.- Je suis Pedro.- Le Pedro?- Oui, et l, ce sont Thomz au tlphone et Untel. Celui qui parle tout seul avec son verre de scotch.- Bien, voici Cindy et Sandra, elles m'accompagnent. Me laisseriez vous entrer?- Avec plaisir, M. Braquemart.Steve Braquemart entra avec la grce d'un flin dans l'appartement 4 pices de nos amis. A la fois sur la dfensive comme une panthre, mais avec une telle force de sduction que Thomz en lcha le combin.-Si je viens vous voir, les cocos, c'est que je suis dans une belle mouise.-On s'en doute dit Untel, en reposant son verre sur la table ct d'un Tlrama et d'un Chronicart.-Vous, vous tes plutt des hommes de lettres. Et moi, je suis un homme d'action. Chacun son boulot. On ne va pas demander aux poules de se garder toute seules. Ni l'habit de faire le moine, si vous voyez ce que je veux dire.- C'est parfaitement clair.-Il arrive un temps o un homme se pose des questions et un temps o il doit y rpondre.- Oui, continuez...-Et bien, je suis bloqu ce foutu deuxime temps...-Hein?- Vous voyez, je ne suis pas une tarlouze hein?, mais, je me pose des questions importantes sur mon existence et le sens de la vie. Et je suis incapable d'y rpondre.-Et?- Et je voudrais que vous m'aidiez y rpondre.- C'est une mission?- La plus prilleuse de toute ma carrire...- Dites-donc, vos deux copines, elles sont obliges de boire du champagne en se le faisant couler entre les seins?- C'est comme a que nous, les gens beaux, nous faisons.-Bah, moi, a me donne la gaule, l.- On peut revenir notre problme.-Oui. Bien sr.-Vous connaissez nos tarifs.-Oui.-Et bien, M. Braquemart, nous allons vous aider. Revenez mardi prochain, et nous rglerons cette affaire au plus vite.-Oh, merci dit Steve Braquemart avec un tremolo dans sa voix de baryton, je vous remercie du fond du coeur.- C'est rien, aprs tout, c'est notre job, conclua Untel.Jacques Granola, pour le Club du Danger Conversations : episode 10 [New Window]
1) Promesses Devant l'ordinateurMoi: Alors, tu vois?Elle: Quoi?Moi: Toutes les semaines, j'te dis!Elle: On en reparle la fin du mois...2) OphtalmologieDevant la machine laverElle: T'es chiant, t'avais dit que tu tendrais le linge, cet aprs-midi...Moi: Bah, oui, j'ai essay, mais a me donne des migraines ophtalmiques.Elle: Quoi?Moi: Les lignes du truc pour tendre le linge, je peux pas les regarder, a me donne envie de vomir...Elle: N'importe quoi!Moi: Ce sont des migraines ophtalmiques, je sais c'est chiant...3) My lucky old townAu cafLui: Ici, il n'y a que des banques, des coiffeurs, et des agences immobilires.Moi: C'est vrai qu'aprs 18h, on se fait un peu chier...4) Pique-niqueAu parcMoi: J'aime bien manger un kebap avec toi.Elle: Je ne sais comment le prendreMoi: Je sais, c'est pas trs romantique...Elle: C'est certain.Moi: Mais, on a franchi un cap.Elle: Quoi?Moi: Oui, c'est comme voir un truc un peu rpugnant chez l'autre, une espce de tue l'amour ou un truc comme a. Bah, moi, je suis content, parce que te voir manger un kebap, a ne me drange pas.5) La fin de la mtaphysiqueDevant l'ordinateur Elle: Qu'est-ce qu'il y a encore?Moi: Rien...Elle: Attends, a fait une demi-heure que tu fais des allers-retours Facebook-Blog...Moi: Non, c'est rien...Elle: Bon allez...Moi: Bah, c'est juste que quand je fais un truc super srieux sur Kant, tout le monde s'en fout et quand je raconte ma vie, j'ai au moins six commentaires...Elle: Six!Moi: Bon, c'est bon... Conversations : pisode 16 (cette fois) [New Window]
A un repasLui: Il faut que tu grandisses, que tu prennes tes responsabilits, tu ne peux pas acheter des disques ou des bouquins toute ta vie, c'est fini tout a, il te faut faire des projets, te construire un capital...Moi: Je sais, je sais. Hier, j'ai fait un placement...Lui: Ah? Tiens, a m'tonne... D'habitude, tu... Enfin, quel placement?Moi: J'ai achet une dition originale des Stones, en parfait tat...Lui: Bon, grandis un peu maintenant!A un cocktailLui: Tu te demandes pourquoi, je fais a?Moi: Non.Lui: Je vais t'expliquer... attends...Moi: Je m'en fous un peu vrai dire...Lui: Selon des rgles bien connues de la chimie, le fait de rajouter du sucre dans mon rhum augmente le volume d'alcool... c'est prouv.Moi: Ah ouais?Lui: L'alcool n'a aucun secret pour moi!Le club du danger (pisode 1)AVERTISSEMENTToute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant exist est purement fortuite. Les vnements relats ne se sont peut-tre pas encore drouls.Untel: Bon, voil, j'ai mes 5 pages sur Bolao mais j'avoue que sur certains points, j'ai peur d'avoir fait des contresens...Thomz (posant sa bouteille de bire): On n'est jamais l'abri...Bart': Ce qui aurait t vraiment intressant, c'est de le soumettre au questionnaire...Untel: Mais il est mort!Thomz: Oui, effectivement, a risque de poser un problme.Labuse: Ce n'est pas un problme pour tout le monde!En choeur: Mais COMMENT???Labuse: C'est simple, j'ai vu a dans Bouge ta science, un jeu d'enfants, il faudrait simplement qu'on arrive trouver une bouclette de cheveu du chilien et... _____________Aprs quelques minutes d'explication________________Pedro: Sapristouille! C'est extraordinaire! Faisons exactement cela!Thomz (posant sa bouteille de bire et refermant son pc portable): Bon, les gars, a y'est, j'ai les billets pour Barcelone, on part tout l'heure. On ne s'embarasse pas du superflu : une brosse dents, un gel douche, du linge propre et c'est bon!Pedro: Je peux prendre quand mme Le Tunnel pour l'avion?Untel: Si tu veux payer une taxe de surcharge de bagages, c'est ton problme...Pedro: Alors, j''appelle mes parents pour dire que je ne mange pas chez eux, ce soir... et je vous rejoins.Bart': Quelle aventure, les amis! Nous voil partis sur la route du plus grand auteur chilien pour ramener une mche de ses cheveux afin de le clner et de lui poser des questions sur son oeuvre...Thomz: Voil qui est bien rsum...Untel : Trs bien, en route! suivre...Nos hros vont-ils russir mener bien leur curieuse mais combien palpitante entreprise? Que vont-ils vritablement trouver en Espagne? Est-ce que tout cela est bien raisonnable?Vous le saurez la semaine prochaine en suivant la suite des aventures du Club du danger. Le club du danger: Episode 5 [New Window]
Prcdemment dans le Club du danger : Grce une ellipse, nos valeureux hros sont revenus d'Espagne, o ils sont alls chercher une mche de cheveux de Bolao pour le cloner. Mais peine sont-ils arrivs Paris quun mystrieux homme en noir les accostent et les prvient du grand danger qui les guette.Dans la voitureG@rp: Il v@ f@lloir l@ jouer fin@ude sur ce coup l@...Thomz : C'est--dire ?G@rp: Leur Bol@no clon @ comme qui dir@it un peu foirPedro : Sans blague ?G@rp: Cest devenu une espce de n@zi chilien qui veut conqurir le mondeLabuse : Dis donc, tu pourrais pas baisser un peu la radio, s'il te plat ?G@rp: Pourquoi ? Cest trop fort ?Labuse : Non, cest juste quannoncer la fin du monde sur Partenaire Particulier , a fait pas trs crdibleG@rp: T@imes p@s RFM, mec ?Labuse : Je dis a, je dis rienUntel : Bon, vous nallez pas vous prendre la tte pour une histoire de radio Tas des armes, G@rp?G@rp: Euh, non, f@ll@it que jen prenne ?Thomz : On est plutt mal barrDevant le repaire des mchantsG@rp: Et voil@, on est arrivPedro : Cest l ?G@rp : Bah, oui Tu t@ttend@is quoi ? Un comit d'@ccueil @vec petits fours et ch@mp@gne?Pedro : Non, cest juste le ct hangar dsaffect, a fait un peu clich, non ?G@rp: Qu@nd on voit les prix en ville Tu s@is combien a doit leur couter p@r mois ?Pedro : NonG@rp: V@s-y, dis un prix ? Je le s@is, mon cousin est d@ns l'immobilier...Pedro : Je sais pas 585 euros ?G@rp: 987 euros ! S@ns les ch@rges !Pedro : Cest une somme, en effet. Moi, par exemple, jeUntel : Bon, les gonzesses, on se sort les doigts du cul, ou on continue parler maison ?Bart : Et comment qu'on entre ?Untel : Je pensais y aller franco. On fonce dans le tas et on voit aprsBart : Non ! Je veux dire On y va comme a ? On ne se prsente pas. Direct, on les marave, cest a ?Untel : Cest un peu mon plan... grosso modo...Bart : Faudrait quand mme trouver une phrase daccroche, une entre qui fasse classe, qui montre un peu qui on estUntel : Comme : Salut bande denculs ?Bart : Mais, non, arrte Tu vois ce que je veux dire ? On peut pas dbouler comme a, sans trouver quelque choseThomz : Et si on leur lanait simplement Labuse ?Labuse : Ta mre, toi !Bart : Bon, si cest comme a, je ny vais pas.Untel : Et voil, cest repartiBart : Cest de votre fautePedro : Et si on disait : Au nom de la littrature, nous vous arrtons ?Untel : Non, cest nul.Labuse : Ou pourquoi pas un truc du genre : H les mecs, si ctait un jour normal, on vous pterez la gueule Bart : Et ???Labuse : Cest un jour normal Mel Gibson, dans Larme fatale 3Untel : Jolie citation. Cest vrai quon a vachement le temps pour ces conneries.Thomz : On a qu juste dire : Hey ! et puis on improviseBart : On improvise ? Cest toujours quand on improvise quon fait nimporte quoiUntel : On improvise. Point.Thomz : Trs bien, allons cassez la gueule ces fachos chiliens !Pedro : Jespre que cette fois, je me battraiA lintrieur du repaire des mchantsThomz : Hey !.Thomz : HHHHHHHEEEEEEEEEYYYYYYY !!!!Bart : Cest pas la peine, ils tentendent pas avec toutes ces machinesUntel : Baston !Une voix en hauteur : Si jtais vous, jviterai davancerUntel (stopp net) : Montrez-vous ! EtUne autre voix : Et ???Untel : Et on vous pte la gueule !La voix : Ah oui ? Vraiment ? Et pourquoi donc ?Untel : Vous avez piqu notre ide de cloner Bolao pour en faire un nazi chilien qui veut dtruire le monde ! On vous en empcheraLa voix : Ecoute, bonhomme, tu vas retourner bien sagement chez ta mre faire ta petite crise dadolescence et tu reviendras nous voir quand tu seras un hommeUntel : Je vais vous dfoncer la troncheLa voix (devenant un visage) : Et bien, monte !Lautre voix : Nous tattendonsPedro : Oh mon dieu !Thomz : Oui ?Pedro : Vous avez vu qui cest ?Thomz : La vache. Cest Eric Zemmour et Eric Naulleau !Labuse : Comment qui connaissent Bolano, eux ?Untel: Je peux pas les blairer, ceux-lPedro : Allons leur pter la gueule !Thomz: T'nerves pas comme a, Pedro, ou tu vas encore saigner du nez!Bart': Je prends Naulleau, les autres vous foncez sur Zemmour!Pedro: A l'attaque!!!Aprs une bagarre infernaleLabuse : Jai dj limpression davoir vcu cette scneThomz : Oui, ctait dj une blague dans lpisode 4 a sent le recyclage...Pedro : Sauf que cette fois, je me suis battu, moi aussi ! Vous avez vu ! Hein ? Vous avez vu ? Comment je me suis battu !Thomz : Bah, en fait, je regardais plutt BartLabuse : Cest vrai que ctait impressionnantThomz : Dis, Bart, tas fait du catch dans ta jeunesse ou cest naturel ?Labuse : Pourtant, a nexistait pas encore le catch en 1913Bart : Cest a Trs marrant. Nempche que les deux l, on ne risque pas de les entendre avant longtempsUntel : Il manque tout de mme des rponses nos questions. Il est o ce clone nazi de Bolao ?Bart : Tas qu leur demander, toi-mme !Untel (sadressant aux 2 Eric ligots dos dos) : Alors ? Ou quil est le clone Bolao ?Un des Eric : Mph fiuom mmmfffPedro : On comprend rien. Bart a d leur pter les dents tout lheureLabuse : Non, regardez, sous leur cou On dirait quils ont la tte de traversThomz : Cest dgueulasse votre trucBart : Mais, non ! Ce sont des masques !Untel : Otons les! Et voyons qui se cachait derrire ce plan machiavlique !Pedro (retirant leur masque) : Oh, mon dieu !Bart : Mais cest Fausto ! Et Odot ! Mais pourquoi ? Pourquoi vous ?Fausto (crachant sur Labuse) : On ne vous dira rienPedro (lui donnant une gifle) : Parle ! Tu vas parler, oui, ordure ?Bart : Calme-toi, Pedro Alors ? On vous couteFausto : Cest au nom de la littrature. Nous cherchions prouver quil ntait pas besoin de parler de livres pour parler de littrature, et seul un clone de Bolao pouvait nous aiderThomz : Et il est o, ce clone ?Odot : Il a fondu*.Fausto : Cest une longue histoireLabuse : Toute cette histoire ma donn soif, si on allait plutt boire une bire ?Thomz :Je te suisUntel : OuaisBart : Moi aussiPedro : Jappelle mes parents, et jarriveFausto : Et nous ?Thomz : Vous ? Vous, on vous laisse rflchir un moment ce que vous avez fait et quand vous aurez compris, on viendra vous chercher.Odot : Cest bon, on a compris.Bart : Nt, nt, nt, on ne nous la fait pas nousPedro : Rflchissez bien ! Et que cela vous serve de leon !* voir l'episode du Club du Danger : Chili Nocturne, Episode 4 Au cafBart : Quand mme, tout a pour a !Thomz : On aura au moins vu Madrid !Bart: Toute cette fin me semble un peu bcle, tout de mme...Untel : Et bien, a nous a servi de leon.Pedro : Pardon ?Labuse : Oui, cest vrai, la morale de cette histoire est que cest pas la peine de cloner des morts pour parler des livres et quau fond, seule compte la seule et vritable amiti.Thomz : Cest beau.Labuse : La lumire du coucher du soleil y est pour beaucoup.Bart : Allez, votre sant.Untel : A notre prochaine aventure !Le conseil du Club du Danger :Sur le trottoirLabuse : Dis-donc, Bart ! Que fais-tu l ?Bart : Tu ne le vois pas ? Je pratique le rollerLabuse : Mais attends, a ne va pas du tout ! O sont tes protections ?Pedro : Cest vrai, quand on fait un sport de glisse comme le roller, il faut toujours penser se protger contre une mauvaise chuteUntel : Protge bien ta tte, tes coudes, tes genoux et tes poignesThomz : Avant de commencer patiner, assure toi aussi que tout ton matriel est en bon tat, si tu nes pas sr de toi, tu peux demander de laide un adulteBart : Si je comprends bien, il ne me reste plus qu rentrer chez moi et . Ooooooh ..Aaaaaahhh(perdant lquilibre et tombant sur les fesses) Aie !Tous en chur : Ah aha ah aha ah ah ah ah ah ! Le club du danger - La raison de la critique pratique : Episode 3 [New Window]
AVERTISSEMENTToute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant exist est purement force.Dans la loge de Ali BaddouPedro: Je n'y comprends strictement rien.Thomz: C'est pourtant clair, relis-le mot, andouille!Pedro: Le dernier qui m'a trait d'andouille a pass un sale quart d'heure!Thomz: Ah, Pedro, Pedro, tu n'oserais pas frapper un ami...Pedro: Passe-moi le mot...Labuse: Bon, on part l dessus ou bien?Untel: Ou bien quoi?Labuse: Ou bien rien? Je sais pas moi, c'tait une amorce comme a. A toi de complter.Untel: Vas-y, Pedro, relis le mot encore une fois.Pedro (se raclant la gorge tout en prenant un air grave): Tout ce qui arrive prsent, c'est de la faute d'un camembert.Untel: Comprends pas.Labuse: Bart'Bart': Quoi encore?Labuse: T'as pas une ide?Bart': Et pourquoi j'aurai une ide, moi?Labuse: Je sais pas, attends, ah, si je me rappelle, c'est pas toi le philosophe par hasard?Bart': Qu'est ce que tu veux que je te dise propos d'un camembert. Philosophiquement, a vaut peau de balle.Thomz: videmment, ds que c'est un auditoire sans nichons, monsieur est peu loquace.Bart': Mais vous me prenez la tte la fin. Y'a rien dire sur ce mot.Labuse: La ncessit? Le besoin? Le dsir? La fatalit?Bart': C'est bien tu connais des mots. Fais une phrase maintenant pour voir.Labuse: Je crois que c'est une problmatique autour de l'irrparable et de l'irrmdiable?Bart': ???Untel: Cette ambiance est vraiment chier. Enfin, c'est juste un avis personnel...Pedro: Je crois que tout le monde est un peu fatigu. Rentrons au QG et faisons analyser ce mot par le grand ordinateur.Extrait du journal intime d'Ali BaddouLundi 16 mars 2009Aujourd'hui, j'ai t au salon du livre et c'tait super car il y avait plein de livre et moi, j'aime bien les livres. Au stand de La Musardine, il y avait de superbes htesses. J'ai pris le numro de Christelle. Vachement canon. Et intelligente. Elle lit deux livres par semaine!!! Au moins.Au QG du Club du dangerPedro: Tenez les amis, je vous ai prpar un petit remontant. Un petit th sous un nuage de lait accompagn de son cannel et d'un macaron la noisette que j'ai faits ce matin. Si quelqu'un dsire une tranche de citron, je lui apporte de suite.Bart' (se servant et portant la tasse ses lvres): Merci, Pedro, tu es bien gentil.Pedro: Attention, repose-bien la tasse sur le plateau. Sinon aprs a fait des traces sur la table et c'est chiant enlever...Thomz: Tu serais excellent en jeune amant gay lgrement soumis...Pedro: Ta gueule Thomz...Untel: Bon, alors que dis le grand ordinateur?Bart': H bien, on dirait que Labuse avait vu juste. Il est bien question des ides d'irrparable et d'irrmdiable.Labuse (tout fier): Ah! Ah! Et tu dis quoi, maintenant? Hein, Bart'?Bart': Non, en fait, je dconne, a n'a rien donn. Aucun rsultat.Labuse: Peut-tre. Mais n'empche, je continue penser que j'avais l une diable d'intuition.Untel: On avance pas beaucoup pour l'instant.Pedro: On a le journal intime. Il faudrait reprendre ses dernires journes et refaire le mme parcours que lui.Bart': C'est une bonne ide!Thomz: On remonte quoi? 3 jours? 1 semaine?Labuse: Et si on utilisait simplement la machine?Bart': Non, on ne peut pas. Rappelle-toi la dernire fois. On a failli causer la fin du monde.Thomz: Et heureusement que j'tais l pour rparer tous les paradoxes temporels.Labuse: J'en ai marre. On a plein de trucs et on s'en sert jamais.Untel: "J'ai toujours pens que la meilleure machine tait le cerveau"...Labuse: Rambo 2?Untel: Gagn...Bart': Quoi?Untel: Rien, je cite Stallone dans Rambo 2. C'est tout.Pedro: Bon, si on regarde bien, 3 jours avant sa mort, Ali Baddou tait en week end au Touquet.Thomz: Trs bien, allons-y.Untel: Mais qu'est-ce qu'on va foutre au Touquet?Bart': Rhooo, fais pas cette tte, Untel. On sera vite rentr. Allons faire nos bagages.Au TouquetPedro: Ouah, c'est a le Touquet?Untel: Bah, oui.Labuse: On dirait que a sent un peu comme l'hpital, 'trouvez pas?Bart': Qu'est-ce qu'il est venu faire au Touquet Ali Baddou?Pedro (sortant le journal intime): Il est venu en amoureux avec une certaine Sarah. Elle habite ici. Allons la voir.Thomz: Regardez le type l-bas, de dos, on dirait Marc Villemain, non?Untel: Oui, mais alors juste de dos.Labuse: C'est qui Marc Villemain?Pedro: Le Marc Villemain de Facebook?Bart': C'est le grand prix SGDL de la nouvelle 2009.Thomz: Respect.Pedro: Regardez, il se retourne.Thomz: Oh mon dieu, il ressemble encore plus Marc Villemain de face.Bart': Mais c'est Marc Villemain, crtin.Pedro: Allons le saluer.Bart': Marc!Marc Villemain: Bartleby! Quelle surprise! Que fais-tu ici si loin du vieux port?Bart': C'est une longue histoire. On recherche Ali Baddou. il a disparu. On a trouv un mot qui disait que c'tait la faute d'un camembert. Et maintenant on suit son journal intime qui nous a conduit ici. Et toi?Marc Villemain: Vous n'avez rien de mieux foutre? Moi, je suis ici pour prsenter mon bouquin au Grand Salon International des Livres Biens du Touquet.Bart': Ah. a existe a?Marc Villemain: Bah, oui, puisque je suis l.Bart': Trs bien, on ne va pas te retenir plus longtemps. Notre mission ne peut pas attendre.Marc Villemain: Attendez une minute. Je connais quelqu'un qui pourrait peut-tre vous aider. (cherchant dans son i-phone). Aux dernires nouvelles, il tait Madrid, mais je crois qu'il est revenu Paris. C'est un professeur un peu fantasque mais tout fait brillant...Bart': Le professeur Emmanuel Bourdaud?Marc Villemain: C'est a? Tu le connais? Il est super balze question fromage. Il pourra certainement vous aider.Pedro: Je croyais que c'tait les Petits Lu son truc? (*voir Le club du Danger, Chili Nocturne)Untel: a veut dire qu'on doit rentrer Paris? Dj?Marc Villemain: Ecoutez les amis, a fait 3 jours que je suis au Touquet. Et il n'y a personne. Il n'y a rien faire. Et il pleut depuis des mois. Tout ce que vous trouverez ici c'est la violence de l'ennui.Bart': Marc a raison. Il faut retourner voir le Professeur Emmanuel Bourdaud. Identification d'un crivain (extrait du chapitre 61) par Jacques Granola [New Window]
Dehors, il pleuvait grosses cordes, je m'en souviens comme si c'tait hier. J'tais seul chez ma tante Rose qui m'avait recueilli aprs la mort de mes chers parents. Je ne savais que faire car je m'ennuyais et je n'avais pas d'amis. Je regardai par la petite fentre aux vitres sales de ma petite chambre et je vis mes voisins, deux garons de mon ge, qui sautaient dans des flaques d'eau et riaient gorge dploye. Un profond sentiment de tristesse et de solitude m'envahit jusqu' l'curement. Je faisais les cent pas dans cette pice troite qui sentait la naphtaline et l'amidon.Alors je suppose que cela devait arriver. C'est ce que je me dis aujourd'hui, avec le recul comme si l'adulte que je suis prsent pardonnait l'enfant candide que j'tais.Donc, comme tous les jeunes hommes cet ge, j'ai essay de m'occuper comme je le pouvais.Je tirai l'pais rideau cramoisi de la fentre afin de crer une ambiance de pnombre qui allait de pair avec mon mal tre. Je m'allongeai tranquillement dans le lit qui fit quelques craquements et j'allumai dlicatement une lampe de chevet. Le matelas du lit tait aussi dur que le pain que ma tante me donnait chaque soir manger bien que je n'eusse pas tous les jours de quoi me sustenter. Je tendis ma main tremblante, et je fermai les yeux en tentant de faire le vide dans ma tte. Je ne pensais rien. Ou dit plus exactement, je ne voulais penser rien. Ce moment trs intime, je voulais me le garder pour moi tout seul tel un secret personnel. qu'on ne peut partager J'attendis de longues minutes. Je ne sentais rien. Cela ne montait pas. Rien ne venait. M'y prenais-je correctement? J'eus soudainement peur, non pas l'ide que ma tante puisse subitement rentrer et apparatre au seuil de ma porte de chambre, mais plutt d'un chec. Pour moi, tout cela tait nouveau. Et personne ne m'avait jamais expliqu. Je me raidissais de plus belle, et je fermais les yeux le plus profondment possible. Je pense que je transpirais. En tous les cas, je sentais ma respiration qui s'acclrait. Les secondes paraissaient des minutes, les minutes des heures, les heures des journes entires. Mais toujours rien. Pourtant, je m'efforais. En vain.Mais je ne baissais pas les bras, je continuai persvrer. Je savais qu'il fallait que je continuasse. J'tais persuad que quelque chose allait sortir.Soudain, tout jaillit.J'ouvris brusquement les yeux et me rassis sur le lit. Un sentiment trange et indit s'empara de moi, une espce de calme, d'extase et d'excitation : je la tenais enfin. A pleines mains.J'avais une ide parfaitement claire de ce qu'il fallait faire.Alors, ma respiration redevint saccade, je me levai rapidement du lit duquel je venais d'tre et je me dirigeai vers ma petite table. Je pris un crayon et j'crivis. Je l'avais enfin. Une ide. Une histoire. Je ne savais pas m'arrter. J'crivais n'en plus finir. Enchainant les mots, reliant les phrases, juxtaposant les paragraphes.Je n'avais que 11 ans cette poque et pourtant quand je relis ce premier vritable crit, je n'en rougis pas. Certes le style est moins assur qu'aujourd'hui mais j'avais trouv quelque chose. Je savais o j'allais. Je n'tais plus perdu. Pendant que les autres enfants de mon ge jouaient sauter dans les flaques d'eau boueuse, je vcus cette trange rvlation avec les mots. A partir de ce jour, tout ma vie allait changer Une chanson par jour, pendant 7 jours [New Window]
Lundi : New Order : Blue MondayMardi :David Bowie : Love you till TuesdayMercredi :Tori Amos : WednesdayJeudi :Brian Eno : Thursday AfternoonVendredi :Lily Allen : Friday NightSamedi :John Fogerty : Almost Saturday NightDimanche:Blur : Sunday, SundayIl faut aussi voire surtout aller voir ici et l pour une prescription supplmentaire : http://pulp.blogs.courrierinternational.com/http://mavienocturne.blogspot.com/2009/04/en-reponse-la-buse.html Un mauvais pantalon [New Window]
Une histoire de Le club du Danger par Jacques Granola.Ce matin l, tout tait calme ou presque. Untel buvait son cinquime caf depuis qu'il tait rveill. Il avait bien dormi et se sentait d'attaque pour affronter cette journe peu ordinaire. De la salle de bain, on entendait les robinets de la douche qui se fermaient. C'tait Thomz. Un bruit de spray de dodorant parvint jusqu'aux oreilles attentives d'Untel. Puis, dans une veloute parfume aux notes masculines de musc, Thomz entra. Il portait une chemise blanche dont il avait ngligemment dboutonn les 3 premiers boutons et un pantalon de velours mauve qui dessinait parfaitement les formes avantageuses de la partie infrieure de son corps. Untel posa sa tasse de caf:- C'est quoi ce pantalon ? interrogea Untel- C'est un petit velours de H&M.- Ah, d'accord.- Ah, d'accord, quoi?-Non, rien. Je me demandais c'est tout...-Arrte, a me fait un gros cul, c'est a?- Non, non pas du tout...- Je vois bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas? C'est la couleur?-Mais, non gros bta, il est trs bien ce petit pantalon...- C'est la mode, cet hiver.-La mode de quoi?-Le violet-Ah...- Bon c'est bon, qu'est-ce qu'il y a...- Mais, rien, j'te dis sauf que...- Sauf que quoi? Hein? Tu vois qu'il y a quelque chose. Putain, 39euros99, quand mme.- Bah, il n'est pas un peu trop moulant, quand mme?- Quoi? C'est au niveau du cul, c'est a? Je le savais. Je l'ai vu dans la glace tout l'heure.- Non, a, a va encore.- Putain, quoi encore...- Bah, disons que le devant est un peu vulgos, non?- Ah?- Ouais, l, tu vois, c'est pas pour critiquer mais l, par exemple, a fait un renflement assez disgracieux...- C'est mon portable!- Quand bien mme. Si j'tais toi, j'viterai de me montrer devant des enfants... ou...- Bon, c'est bon. Je vais me changer....- Je dis a, je dis rien...Soudain, Perdo entra dans la cuisine, les cheveux en bataille, le visage parsem de poils de barbe prpubre de quelques jours.- Qu'est-ce qui se passe? On vous entend d'en haut? s'inquita Pedro.- Rien, rien. C'est Untel.- On discute chiffon, ajouta Untel- Sympa, ton fute, Thomz. Tu l'as eu o?- Oh, c'est bon, ta gueule...Thomz s'en alla d'un pas termin et dynamique rejoindre la salle de bain. Untel reprit une gorge de son breuvage cafein et Pedro se servit son tour une tasse de th sur laquelle tait inscrit en caractre gras d'un noir profond sur un fond rouge"Encore un matin".- Dis-donc, annona Pedro, il est un peu susceptible ce matin, le Thomz.- Oh, c'est rien. Il se cherche un peu en ce moment.- Comment a?- J'en sais rien, je disais a comme a. Et toi, a s'est bien pass, hier, ton cours de Karat?- Oui, a va, les lves taient rceptifs. J'ai pu leur montrer plusieurs enchainements...- Franchement, tu m'pates, il t'a fallu quoi pour arriver ton niveau? 1 an? 10 mois?- Ce ne fut pas facile tous les jours, mais l'important, c'est d'avoir le mental.- Ouais, t'as bien raison.- On fait quoi aujourd'hui?- On a le truc sur Steve Braquemart commencer.- Ah ouais? a va pas tre un peu chiant?- On verra.- Je ne le sens pas trop ce type.- On verra, j'te dis.- Et Bart'?- Il n'est toujours pas rentr. Il est reparti hier soir. Il a pris 2-3 slibard, et pioufff, reparti...- J'aimerai bien savoir ce qui se passe quand mme.- A qui le dis-tu...Soudain, alors que nos hros ne s'y attendaient pas et comme par surprise, quelqu'un frappa la porte d'une manire assez vhmente.Untel se leva et se dirigea vers le hall d'entre. Au passage, il ramassa un livre de poche qui tranait par terre et le dposa sur le buffet du salon. Il ouvrit ensuite la porte d'entre sans crier gare.Steve Braquemart se tenait sur le tapis de bienvenue de la porte d'entre. Les yeux rougis par l'acool et le dsespoir.- On veut me tuer dit-il d'une voix peu assure et tremblante.- Mais, entrez donc invita Untel.- Je suis fini, monsieur Untel.- Rhoo, voyons, il ne faut pas tre dfaitiste. Qu'est-ce qui ne va pas?Steve regarda avec des yeux hagards tout autour de lui comme s'il cherchait quelque chose qui pouvait lui nuire. Il respira un bon coup puis sortit de sa poche un papier.- Regardez ce que j'ai trouv ce matin dans ma bote aux lettres.Untel recula d'un pas, horrifi. Il se plaqua la main contre la bouche puis articula trs clairement:- Il va falloir que Bart' revienne vite...( suivre) Conversations : episode bd [New Window]
Le club du danger : Episode 2 [New Window]
AVERTISSEMENTToute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant exist est purement fortuite. Les vnements relats ne se sont peut-tre pas encore drouls.En sortant de lavion Pedro : MADRID, nous voil !! Bart : Jai les genoux qui craquent Labuse : Trouvez pas qui fait chaud ? Untel : Et cest quoi le plan, maintenant ? Labuse : Non, mais srieux, il fait pas super chaud, l ? Thomz : Le mieux, ce serait de prendre un taxi, non ? Pedro : Et comment dit-on taxi en espagnol ? (silence) Thomz : Bon, tas raison, on na qu marcher Bart : Attendez, jai quelques contacts ici qui pourraient nous aider. Labuse : Jai trop trop chaud Untel : Ah, ouais, qui ? Bart : Bouge pas, je regarde... (sortant son portable) Thomz : Comment tu te la racontes avec ton tlphone Bart : Javais des points, cest tout Labuse : Non, mais cest pas possible cette chaleur Jirai bien boire une bire au caf l-bas Thomz : Ah, ouais, bonne ide. Pedro : Mais cela ne va pas nous retarder ? Bart : On a bien cinq minutes, non ? Au caf (deux heures plus tard) Untel : Attends, la no.7 de Mahler par Boulez, cest quand mme quelque chose Pedro : Je nai pas dit a, simplement, je pense que Labuse : Au fait, quest-ce quon fout Madrid ? Thomz : Arrte Labuse : Non, srieusement Thomz : Tas pas regard dans Wikipdia avant de venir? Cest l quil est mort Bolao Labuse : Ah ? Thomz : Bah, oui. Bart : a me fait penser, faut que jappelle mon contact. Untel : Et bien, vas-y Quelques minutes plus tard Bart : Bon. Cest bon. Thomz : Et ? Bart : Il arrive, lui nous dira quoi faire. On a le temps de reprendre une bire. Quelques minutes encore plus tard Thomz : Cinco cervezas, please ! Untel : Arrte tes conneries Bart: Tiens, regardez voil, mon contact (serrant la main du type) Bonjour, Monsieur Belane. Belane : Alors, quels sont vos problmes ? Labuse : On recherche des cheveux de Bolano ! Belane : Des cheveux ? Labuse : Des cheveux ou un poil, on sen fout, on en a besoin pour le cloner. Belane : Ah, je vois. Pedro (dsignant Labuse) : Cest son ide lui ! Bart : Alors, Harry, tu peux nous aider ? Nous avons fait un long voyage et pour linstant, on na pas grand-chose Untel : Deux minutes papillon ! On ne ta pas demand si tu voulais boire quelque chose. Belane : Vous tes quoi ? Untel : On teste les bires Belane : Je vous suis Thomz : Moi aussi Encore un peu plus tard Belane : Je connais un type, pas loin dici, un vrai fl, peut-tre quil sera capable de vous aider. Untel : Comment a un fl ? Pedro : Tu veux dire quil pourra nous faire du mal ? Belane : Non, non. Cest un scientifique un peu fou, un gnie dans son genre qui a ses faiblesses. Ce mec collectionne les petits beurres Bart : Trs bien, allons-y ! Belane : Vous avez une caisse ? Je suis venu en taxi Thomz : Tiens, ce sujet, tu sais ptet comment on dit taxi en espagnol ? Chez le scientifique Belane : Messieurs, laissez moi vous prsenter le clbre Professeur Emmanuel Bourdaud ! Manu : Messieurs Puis-je vous proposer un petit beurre en guise de bienvenue ? (Belane jouant du coude) Untel : Mais volontiers Manu : Ah, je vois que nous avons l des gens bien leves et de bon got qui plus est ! Que puis-je alors pour vous ? Labuse (se goinfrant de petit beurres) : On cherche Bolao Manu : Pardon ? Pedro : Non, en fait, on cherche un moyen de le cloner, et pour a, on a besoin de vous Manu : Etrange Bart : IL a une bonne explication Manu : Je nen doute pas Non, ce nest pas le fait que vous vouliez ressusciter lauteur chilien qui me surprend, mais que vous soyez les deuximes venir me demander de laide Untel : Mais comment ? Qui ? Que Quelle est cette trange concidence ? Manu : Jai malheureusement promis de me taire. Mais je peux vous aider si vous tes parfaitement conscients des consquences catastrophiques dune telle action... Pedro : Id est ? Manu : La fin du monde ! En chur : oooooooooh Manu : Ressusciter Bolao nest pas sans danger Lexprience peut mal tourner. Et le gentil chilien peut devenir un vritable despote si on s'y prend mal ! Untel ( Labuse) : Tavais dit quavec un seul de ses cheveux, tu pouvais le cloner ? Labuse : Je sais ! Untel : Alors ? Labuse : Alors, je pouvais pas deviner que a allait en faire un dictateur chilien ! Belane : Bon, alors, les cocos, vous dcidez quoi ? Bart : Cest risqu Cest vrai Mais Pedro : Si on y arrive Untel : Ce sera vraiment magnifique Manu : Alors, quest-ce que je vous mets ? Bart : Quest-ce quil vous reste ? Manu : Trois-quatre cheveux, quelques poils Bart : On y va pour les tiffes Manu : Trs bien, je vous prpare a tout de suite. (tout en prparant le paquet) a se rafrachit aujourdhui, trouvez pas ? Bart : On na quand mme beau temps, on ne va pas se plaindre Manu (soupesant un petit sachet): Et voil, du bon, du beau, du Bolao. On avait dit trois-quatre cheveux ? Ya un peu plus, je laisse ? Bart: Oui, cest bon allez-y ! Manu : Il vous fallait autre chose ? Thomz : Dites donc, pendant quon y est, vous savez pas, par hasard, comment quon dit taxi en espagnol ? Conversations : episode 12 [New Window]
Au cafLui: Tiens, je viens de finir un bouquin vachement bien...Moi: Ah, oui? C'est quoi?Lui: Le dernier Bgaudeau...Moi: Ha Ha Ha!Lui: Pourquoi tu ris?Moi: Hi hi hi!Lui: Arrte, enfin. C'est chiant, on peut jamais parler de trucs srieux avec toi.Moi: (soupir) Merci.Devant le gteauMoi: Qu'est que c'est?Lui: Une senso !Moi: ???Lui: Non, je dconne, c'est un livre!Moi: Ah? Ah! Le dernier Bgaudeau... Merci, j'aime bien... Franchement... MerciLui: Je savais que a te ferait plaisir! Il est prof aussi... T'as vu "Entre les murs"?Moi: (soupir) Merci.Sur le canapMoi: C'est marrant, depuis que j'ai mes nouvelles lunettes, je vois net.Elle: C'est un peu normal, non?Moi: Bah, oui. Fondamentalement, oui, mais j'ai un peu l'impression d'tre Peter Parker qui dcouvre ses super-pouvoirs!Devant l'ordinateurMoi: C'est drle quand je tape Bgaudeau... a le souligne en rouge, doit y avoir une erreur quelque part...Au tlphoneLui: Alors, un an de plus! a y'est!Moi: Oui, a y'est...Lui: C'est un cap, a doit te faire bizarre? C'est pas trop dur?Moi: Non, franchement non, j'ai eu plus de mal avec le changement d'heure, la semaine dernire... Le Club du danger : La raison de la critique pratique [New Window]
Premire partieAu QG du Club du danger - Tout est bien calme, ce matin l.Thomz: Tu fais quoi, l?Labuse (tenant une DS dans les mains): Je joue...Thomz: Ah... Et les autres?Labuse: Je sais pas... Untel doit pas tre trs loin. Pedro est son cours de Karat et Bart est sur une mission...Thomz: On se fait pas un peu chier, l?Labuse: Personne appelle. J'y peux rien, moi.Thomz: Le Club du Danger, a va pas tre un club d'une seule mission, bordel! Et la pub, alors?Labuse: Elle passe un peu partout. Mais, toujours rien.Thomz: PffffffLabuse: Pfffff aussi....Thomz: Je vais voir ce que fait Untel...Au tlphoneLabuse (jouant toujours la DS): TELEPHONE!...Labuse: TE-LE-PHONEEEEEEEEuh!Untel: C'est bon! C'est bon! Je prends... T'as pas l'air trop dbord, toi, non?Labuse: J'aime pas rpondre au tlphone...Untel: Club du Danger, j'coute.Une voix: Salut les branleurs, c'est Michel Denisot...Untel: Michel?Michel Denisot: Oui. Le Michel Denisot de Canal+, tu me remets?Untel: On n'a pas la tl.Michel Denisot: Pas grave. Ecoute, il parait que vous tes une petite bande d'enfoirs capables de rsoudre les mystres les plus mystrieux.Untel: Oui. C'est nous.Michel Denisot: H bien, les loulous, j'ai une mission pour vous...Untel: Sans dconner.Michel Denisot (la gorge serre): Ecoutez...Unetl: Voui.Michel Denisot: C'est Ali Baddou, il a disparu!Untel: Ali qui?Michel Denisot: Ali Baddou, il s'occupe de la chronique littraire. Je me suis dit que c'tait votre crneau.Untel: Ah, d'accord, je vois. Vous voulez qu'on vous fasse des fiches pour les bouquins chroniquer?Michel Denisot: Mais, nan, triple buse! Je veux que vous me retrouviez Baddou, c'est tout.Untel: Faut que j'en parle aux autres...Michel Denisot: Tu vas arrter de faire ta pucelle, vous la prenez ou pas cette mission?Untel: On peut vous rappeler?Michel Denisot: Si tu veux coco, mais je suis pas chez oim. Pas avant ce soir, alors.Untel: Trs bien, tout l'heure monsieur Denisot.Michel Denisot (raccrochant sans dire au revoir)Dans la cuisineLabuse: C'tait qui?Untel: Michel Denisot.Labuse: Ah? Et il voulait quoi?Untel: C'tait pour nous proposer une mission.Labuse: Ah, oui et laquelle? Rendre le Grand Journal drle?Untel: Mais nooon, faut retrouver Ali Baddou. C'est tout.Labuse: C'est qui Ali Baddou?Untel: C'est le mec qui s'occupe des livres.Labuse: Ah?Thomz (entrant): Vous parlez de quoi?Labuse: Denisot a appel pour une mission. Faut retrouver Ali Baddou.Thomz: Ah, non?Untel: Ah, non, quoi?Thomz: Je ne prends pas.Untel: ArrteThomz: Je m'en fous, je vous dis. Je prends pas cette mission.Untel: Mais on n'a pas trop le choix, quand mme.Thomz: Je le ferai pas. Point.Untel: Mais qu'est-ce qui te gne, bordel?Thomz: C'est lui, l, je l'aime pas. Et aller le sauver... et bien... je ne peux pas. Je peux pas sauver quelqu'un que j'aime pas, non? Allez-y vous. Je m'en fous. J'irai aider Bart'...Untel: Quoi? Bart'? Il est o Bart', d'ailleurs?Labuse: Il est sur une mission 20 euros...Untel: Quoi?Labuse: Il donne un cours de rattrapage une fille qui prpare le bac...Untel: Tu vois, Thomz, c'est pas avec 20 euros qu'on va pouvoir payer le loyer!Thomz: J'y vais pas. Vous ne me ferez pas changer d'avis. Je l'aime pas!Untel: Mais pourquoi tant de haine?Labuse: Il a racont la fin de Inglorious Basterds Cannes!Untel: Quel enfoir!Labuse: Ouais, il a rvl que....Untel: Ta gueule! (se bouchant les oreilles). J'coute pas.(Pedro entrant)Pedro: A quoi vous jouez, les amis?Thomz: On a une mission, mais j'y vais pas.Pedro: Ah, et moi, je peux venir? Je sais me battre maintenant!Untel: Bon, les gonzesses, Faut qu'on prenne une dcision. On la fait ou pas cette misision?Labuse: On n'a qu' attendre Bart'.Untel: On va pas toujours prendre nos dcisions en fonction de Bart'.Pedro: C'est lui, le plus vieux. C'est un peu comme notre pre.Untel: Bon, j'en ai marre, vous me prenez tous la tte, l. Si a continue, j'annule tout.Thomz: Y'a encore de la bire au frigo?Labuse: J'en ai remis ce matin.Thomz: Bon, on se prend un petit verre, et on rflchit.Untel: Ok. Allons-y.... La journe fut bien charge. How To Keep A Pervert Busy [New Window]
(vu sur Gearfuse) Les filles d' ct : sur The Girl next door de Jack Ketchum [New Window]
Cela vaut-il vraiment la peine d'en parler?_____________________c'est une question se poser (assurment)Jack Ketchum est un auteur la mode en ce moment. "Jack Ketchum, n en 1946, est considr comme l'un des plus importants auteurs amricains vivants" dixit la quatrime de couverture. Mouais. "C'est qui Ketchum? " Tu me demandes. Une espce de Stephen King remis au gut du jour depuis que Hollywood (mon amour) a dcid d'adapter ses romans (le trs bon et trs drangeant THE LOST, sorti en dvd il y a quelques semaines). Enfin, dire que c'est du sous Stephen King, c'est un peu rducteur, mais on s'en fout. Ketchum, de son vrai nom Dallas Mayr, a en commun avec l'auteur de Shining, l'tat du Maine ("Le Maine est un tat des tats-Unis situ lextrme nord-est du pays. Il est bord louest et au nord par la province canadienne du Qubec, au nord-est par la province du Nouveau-Brunswick, au sud-est par l'ocan Atlantique, et au sud par ltat du New Hampshire."). Et c'est peu prs tout.Je me demande si j'ai aim ce que j'ai lu. Je n'arrive pas en m'en faire une ide claire et distincte. C'est difficile dire.Ce qui intresse Ketchum, c'est l'horreur pure ancre dans le quotidien le plus banal qui soit. C'est peut-tre pour cela que pendant les 165 premires pages, il se passe que dalle. Car il faut bien l'avouer, ses bouquins sont tous un peu construits de la mme manire comme s'il avait trouv la recette magique : quasiment rien dans les 100 premires pages puis une brusque rupture de ton.Prenons par exemple, The girl next door (une fille comme les autres in french, son quatrime roman). Cela commence un peu comme Stand By Me. Un type se remmore un vnment survenu dans son enfance (donc en 1950 sur fond de rock and roll, de bouteilles de coca en verre et de ftes foraines) qui a chang tout jamais sa vie. Cet vnment, c'est l'arrive de Meg et de sa soeur Susan chez ses voisins et copains de jeu (d'o le titre The girl next door, tu suis?), bref, suite un accident de la route dans lequel leurs parents ont trouv la mort, Meg (qui ne garde que des cicatrices) et Susan, sa petite soeur, (qui, elle, ne peut se dplacer qu'avec des prothse orthopdiques) se retrouvent sous la tutelle de leur tante Ruth. Meg est belle, Meg est jeune, Meg est cool. C'est l't. Bien videmment. Les voisins n'ont pas trs bonne rputation, la mre, qui lve seule ses fils depuis que son irlandais de mari s'est cass, fait copain-copain avec tous les mioches qui tranent chez elle, leur raconte des histoires un peu vicieuces, les laisse faire des trucs de grands et sirotent des bires devant la tl avec toute la bande. Pendant 165 pages ou presque, donc, il ne se passe pas grand chose, c'est crit trs gros, interligne double, il y a beaucoup de dialogues et les chapitres sont trs courts. Alors, on se demande si cela ne pue pas l'arnaque. Il est o ce 'plus important auteur amricain vivant"?Justement. Il y a peut-tre quelque chose se mettre sous la dent. Car malgr l'conomie stylistique de l'auteur, on trouve quand mme une qualit certaine. On parlera alors volontiers de concision. Car en un mot, une phrase de dialogue, un geste, on cerne tout de suite la psychologie des personnages et les enjeux dramatiques. Un peu comme Lost, la srie. la tl Beaucoup croient qu'ils ne se passent rien, alors que depuis cinq ans, les auteurs tissent patiemment les fils d'une toile aux ides foisonnantes faisant de la srie un objet d'une beaut et d'une complexit tout fait fascinantes.Mais revenons nos moutons.Au bout d'une centaine de pages, la surprise du lecteur aux paupires un peu alourdies, tout bascule. Et l, on se relve un peu de son fauteuil, rhausse ses lunettes et on reprend sa lecture.Aprs une dispute entre gamins, o les garons en chatouillant Meg, ont essay de lui toucher les tts, celle-ci est enferme dans la cave, attache et baillonne. Elle est punie. Et elle doit avouer. Les gamins pensent qu'il s'agit d'un jeu. Alors ils jouent. Et la mre les encourage . Meg va alors tre victime des pires atrocits pendant plusieurs semaines.Le narrateur, tu sais le type qui se remmore du dbut, va assister tout cela d'une manire compltement passive. Ne sachant comment ragir face la violence de ses anciens camarades de jeu et de leur maman dont les neurones partent vite en 8. A la fois effray et rvolt, condamnant le comportement inhumain de ses voisins, mais ne sachant jamais si la punition est juste ou non, il ne peut toutefois s'empcher d'assister aux scnes de torture fascin par le corps de la jeune Meg qui endure toutes les souffrances sans mot dire. Un corps lacr, sali, ruisselant de sueur dont la nudit extrme attisent les dsirs des garons qui n'ont mme pas internet pour se dfouler (on est en 1950). Le changement se fait aussi au niveau du style, et Ketchum rallonge ses phrases en dcouvrant les complments circonstanciels et la descrpition. Mais ce n'est quand mme ni Balzac ni Proust. Et les phrases restent gnralement leur construction la plus simple : sujet-verbe-complment.Et alors?Bah, alors, rien.C'est franchement insoutenable mais on se retrouve aussi dans la position du narrateur qui ne peut s'empcher d'aller voir ce qui se passe ct chez ses voisins. Tout est livr d'une manire frontale et brutale.C'est donc au fond l'histoire de la rencontre de deux mondes quotidiens, voire trois, qui s'entrechoquent durant ces 150 dernires pages. Disons qu'avant ce basculement dans la barbarie, le quotidien du narrateur, de ses voisins et de Meg tait sensiblement le mme. Puis, au moment o le premier coup est port, chacun se met vivre dans son monde quotidien. Je dis a, c'est parce que j'ai pens un truc sur Husserl pendant que je lisais le bouquin. J'ai d fouiller longuement pour retrouver la bonne citation. C'tait dans Hua XV (franchement moins bon que le XIV), p.214 si tu veux tout savoir:"Nous (et moi en particulier) apprenons connatre les trangers comme des sujets d'un monde tranger qu'ils prouvent de manire cohrente dans leur vie sociale. Corrlativement ce monde, qui vaut pour eux comme monde de la vie et monde en gnral, il existe donc des hommes qui ont d'autres expriences, un autre environnement naturel, d'autres buts vitaux, d'autres croyances de toutes sortes, d'autres habitudes, d'autres manires pratiques de se comporter, d'autres traditions. De mon ct, mon monde s'tend ( savoir pour ma communaut sociale) jusqu' ce qu'il y ait une autre communaut sociale, vivant et se comportement autrement, apprhendant le monde autrement, mais possdant aussi en fait un autre monde culturel qui vaut pour eux et non pour moi."Je ne sais pas si tout cela est bien pertinent. Mais bon, au moins, Ketchum m'a permis de remettre un peu le nez dans Husserl.Et puis, comme a, je me dis que Ketchum, quand mme, tout Husserlien qu'il est, doit tre de ce point de vue l "l'un des plus importants auteurs amricains vivants" (dixit la quatrime de couverture).Une fille comme les autres, chez L'Ombre de Bragelonne, 351 pages, 20 euros Conversations : episode 11 [New Window]
Devant l'ordinateurMoi : Ah, bah tiens!Elle: Ah, bah tiens, quoi?Moi: Non... rienElle: Super la communication dans le couple...Moi: Hein?Au cafLui: La semaine dernire, en bote, y'a un type qui a voulu faire un salto pour impressionner les filles...Moi: Ouah, cool.Lui: Il s'est rat...Moi: Sans dconner?Lui: Il est retomb sur le crne, il est mort sur le coup...Moi: Putain...Dans la cuisineElle: Il est quelle heure, l?Moi: 10h...Elle: Donc, il est 11h...Moi: Bah, oui si on a perdu une heure...Elle: Si on en perd une, il est 9h alors?Moi: Bah, non... J'crois pas... Attends...Elle: Bon, alors, je fais quoi avec l'horloge du micro-ondes?Moi: Bah, laisse, de toute faon, faut que je prpare le caf...Au cafLui: J'comprends pas pourquoi tu rachtes tout en vinyle maintenant...Moi: C'est mieux... c'est tout...Lui: a te fait combien de disques, alors?Moi: Je ne sais pas, je ne compte pas... je ne fais pas un concours...Lui: Moi aussi, je fais comme toi...Moi: C'est dire?Lui: Bah, je collectionne, comme toi...Moi: Je ne sais pas si on peut vraiment parler de collection...Lui: Je commence mme te rattraper...Moi: Ah oui? Non pas que a m'intresse franchement, mais je vais quand mme te le demander, puisque tu as l'air d'y tenir : tu as combien de disques?Lui: Je ne compte pas non plus...Moi: Mme pas une petite ide?Lui: Bon, grosso modo, hein! J'approche les 300 go!Moi: Ah... ok... Le club du danger - La raison de la critique pratique: Episode 2 [New Window]
Au QG du Club du Danger. Nos amis savourent quelques bires. Bart' entre.Bart': Alors, les filles, on bronze?Untel: Nan.Bart': Et 20 euros de plus! 20! Je les mets dans la cagnotte?Untel: Ouais.Thomz: Ou tu peux descendre au Monop'? Y'a plus de Leffe.Bart': Tu parles d'un accueil! Vous faites la tronche? Il se passe quoi au juste?Untel: Il se passe qu'on a une nouvelle mission.Bart': C'est plutt une bonne nouvelle, non?Pedro: Il se passe aussi que Thomz ne veut pas la faire.Bart': Ah... Et pourquoi?Untel: Ce serait trop long expliquer, a fait une heure qu'on est dessus et Labuse avait quelque chose proposer justement... Labuse?Labuse: zzzzzzzUntel (secouant Labuse): Merde. Labuse? Tu dors?Labuse: Je m'tais assoupi. Micro sieste rparatrice...Untel: C'tait quoi ton ide dj?Labuse: Ah... ouais! Thomz, tu vois, Ali Baddou, il plait vachement aux filles...Thomz: Ah? Vraiment?Labuse: Bah, oui. Toutes les meufs craquent pour ses beaux yeux. Alors, je me dis qu'il doit bien en connatre un paquet. Donc, si on le sauve, peut-tre qu'on va p-cho plus facilement, non?Thomz: C'est vrai que de ce point de vue l...Labuse: C'est indniable. Baddou est un pige meufs. Faut en profiter.Thomz: Oui, ce serait plutt une bonne ide.Pedro: Euh... faudrait p'tet que je demande mes parents?Untel: T'inquites, mec.Bart': Bon, d'aprs ce que j'ai compris, faut retrouver Ali Baddou. La question est de savoir maintenant par o on commencer ?Thomz: Et si on mettait le milieu de la critique sur coute?Untel: Tu crois? On aura jamais l'autorisation...Thomz: Faudrait choper un portable.Untel: Oui, mais de qui?Pedro: Attendez, on exagre pas un peu l?Labuse: De?Pedro: Dj dans le dernier pisode, c'tait limite tout le truc la LOST, mais maintenant, on va se la jouer la Wire?Untel: Rhooo, t'es pas marrant. On peut s'amuser quand mme.Pedro: Non. Si c'est pas une ide originale, je viens pas.Thomz: Et a recommence... On ne va jamais y arriver.Bart': Bon, ok, ok. On va d'abord aller voir Canal si on trouve des indices.Pedro: Ah, c'est mieux.Devant Canal +Untel: Bonjour, on est le Club du Danger. On vient pour enquter sur la disparition de Ali Baddou.Le vigile l'entre: Ah. Et?Untel: Et bien, on voudrait entrer.Le vigile l'entre: Bah, non.Untel: Et pourquoi?Le vigile l'entre: Y'a pas de pourquoi, y'a pas de parce que, y'a pas de comment, y'a pas de qui, y'a pas de quoi ou de qu'est-ce! Toi et tes copains, tu n'entres pas, c'est tout.Bart': Ecoutez, c'est Michel Denisot qui nous envoie!Le vigile l'entre: D'accord. Et bah moi, c'est moi qui vous dit que vous ne pouvez pas entrer. Et moi, je n'coute que moi.Pedro: Monsieur, je vous prviens, si nous ne pouvons entrer tel des gens civiliss, je vous mets au dfi.Le vigile l'entre: Et?Pedro: Je te pte la gueule avec mon karat.Le vigile l'entre: Bon. Les comiques, vous m'avez bien fait marrs, mais maintenant faut partir...Pedro (se mettant en position de combat): Allez viens, gredin! Viens tater de ma savate!Labuse: Arrte, Pedro, t'es tout rouge. Tu vas faire un malaise.Pedro: Je sais que je peux. J'ai appris.Labuse: Pedro, non, arrte, srieusement...Pedro: Ayaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa!En choeur: Pedro, non!Et Pedro, telle une hyne intrpide, allonge un coup de pied droit parfaitement tendu d'une force incroyable. Le vigile s'affale de tout son poids sur le trottoir.En choeur: ....Pedro: Allez, la voie est libre. Maintenant, on peut entrer.Dans la loge d'Ali BaddouThomz: Ouah, cette loge est plus grande que mon appart'. Quelle enflure!Bart': Faut trouver un indice!Labuse: a ressemble quoi un indice au juste?Untel: A a!Pedro: Qu'est-ce que c'est?Untel: C'est un post-it sur lequel est indiqu une adresse!Pedro: Bien. Et alors?Untel: Alors, si c'tait par terre, a doit bien vouloir dire quelque chose, non? il a pu le laisser tomber volontairement.Bart': Ouais. D'accord. on regardera au QG quoi l'adresse correspond. Faut qu'on trouve autre chose... Plutt.Thomz: Et Labuse, tu fais quoi...Labuse (fixant des photographies scotches sur le mur): Regarde, Thomz! C'est Ali Baddou et chaque fois, il pose avec une fille diffrente.Thomz: Oh! Oh!Labuse: Elles sont toutes magnifiques.Thomz (les larmes aux yeux) : De vraies beauts... Faut retrouver Baddou... Vraiment...Pedro: Regardez! Regardez ce que j'ai trouv!Bart': Mais qu'est-ce encore?Pedro: Un journal intime! C'est le journal intime d'Ali Baddou. Malheureusement, il est condamn rester secret car un petit cadenas empche l'ouverture de ce dernier. Quel subtil stratagme...Bart': Fais voir, deux secondes. (Pedro lanant le journal Bart'). C'est bien ce que je pensais. Ce journal intime est inutilisable. On ne peut pas l'ouvrir.Untel: On a qu' pter le cadenas?Pedro: T'es fou? C'est comme un viol. S'il a mis un cadenas, c'est qu'il y a des choses qu'il ne veut pas qu'on sache.Untel: Raison de plus!Thomz: Bon, attendez. C'est quoi votre problme ? (attrapant le journal intime, et au passage un stylo pos sur une table) Et voil! C'est ouvert maintenant.Labuse: Bravo!Pedro: Bravo, mais je ne le dis pas sur le mme ton. C'est un bravo ironique, Thomz...Thomz: Oh mon dieu, regardez!Bart': Ce n'est pas possible... Est-ce bien...Untel: Et bien voil. Pour un indice, c'est un indice, cette fois. Conversations : episode 13 [New Window]
A une soireMoi: a doit tre vraiment bien de se rveiller ct de toi...Elle: Pardon?Moi: Non, rien... C'est juste que... enfin... Laisse tomber...Entre les mursElle: Vous voyez, le pass simple et l'imparfait, c'est un peu comme un match de foot...Eux: ???Elle: Oui. Regardez bien, quand on veut dcrire ce qui se passe dans les gradins, parler de l'ambiance du stade, des supporters, on utilise l'imparfait. Mais quand on veut parler de ce qui se passe sur le terrain, de l'action, du jeu, alors l, on utilise le pass simple.Eux:...Elle: Quand Ribry marque un but, l on utilise le pass simple. Et quand la foule se soulve lorsqu' il marque ce but, on utilise l'imparfait.Devant la chemineElle: Je trouve que tu bois trop quand mme...Moi: Je me dtends...Elle: Tous les soirs!Moi: Ce n'est qu'un verre...Elle: Un verre de trop!Moi: Soit.Elle: Soit quoi?Moi: Je trouve que j'ai quand mme l'alcoolisme littraire, non?Elle: Quoi? C'est n'importe quoi! a veut dire quoi, au juste?Moi: Bah, je sais pas, c'est pour me rassurer, je crois.Dans la rueMoi: Tu verras, je vais me servir de tout ce que vous avez dit et je le replacerai dans des conversations...Lui: Tu peux toujours essayer....A un repasLui : T'es quand mme un type sensible sur le fond, non?Lui: Quoi? Moi? Sensible! Non, je ne pense pas... je... Pas du tout.Lui: Attends, je te dis simplement un truc, et l, tu pars au quart de tour...Lui: Mais pas du tout mon cher ami!Lui: Ah, si quand mme... Je trouve. Je rectifie, tu n'es pas sensible, c'est vrai, t'es plutt du genre fleur bleue, non?Lui: Mais, ma parole, je rve! Alors l... Explique moi comment on peut passer de sensible fleur bleue? Franchement?Lui: C'est exactement ce que je veux dire... Tu es fleur bleue, il n'y a aucun doute.A une soireMoi: "T'es vraiment une fille super.... " Tu crois que c'est a que j'aurai d lui dire? T'es trop cool comme fille? Un truc comme a?Lui: Bah, je ne sais pas, tu sais, moi....Moi: Putain, la loose... En plus, elle n'a rien entendu, j'tais l comme un con parler dans le vide...Lui: Mais tu lui as dit quoi, au juste?Moi: J'en sais rien... J'ai improvis. Ce que je ressentais, je crois... Que je ne savais pas si je prfrais qu'elle soit ma meilleure amie ou simplement ma copine, qu'elle sentait trop bon et qu'videmment, elle tait trop cool. Putain, c'est nul, la honte, j'te dis...Lui: Attends, c'est rien... T'es pas prt de la revoir, non plus...Moi: Bah, justement...Lui: Et le type l-bas, ct d'elle, c'est qui...Moi: Son copainEn voitureMoi: C'est vachement important la musique dans une voiture. Il faut faire le bon choix. On ne peut pas mettre n'importe quoi... avec n'importe qui...Lui: Ah?Moi: Bah, oui, il y a des disques qui ne passent pas du tout dans une caisse...Lui: Du genre?Moi: Milestones, par exemple, c'est moyen sur le trajet du travail... Je dis pas que le disque est mauvais, chez toi le soir, pnard, c'est gnial, mais en voiture, le matin, pour aller bosser, je ne trouve pas cela trs convainquant. Fleetwood Mac en revanche, a passe trs bien. Un bon Iggy, aussi. The idiot, c'est bon. Tout dpend de ton humeur ou de la personne avec qui tu voyages... C'est vident...Lui: Ah?Moi: Quand je n'aime pas mon passager ou ma passagre, je lui colle un coup de Ligeti ou de Penderecki avec le volume sur 22.Lui: Et a marche?Moi: Je le mets suffisament fort pour ne plus l'entendre parler...Lui: T'es vraiment malade... Et si tu aimes bien la personne avec qui tu fais la route?Moi: Bah, je ne sais pas... J'essaierai de mettre un truc avec un message cach, non? Perfect Day, a devrait bien marcher? Je ne sais pas, en fait. Pour l'instant mon problme, c'est de me dbarrasser de mon co-voiturage...Dans la voitureMoi: Attends, je n'ai pas dit a.... J'ai juste l'impression qu'elle tait un peu gne, c'est tout.Elle: Mais pas du tout, elle dconnait.Moi: Je ne crois pas, franchement. Il y avait vraiment un malaise quand le type a commenc lui faire des avances.Elle: C'tait une blague!Moi: Mais, merde, arrte de me faire croire qu'il y avait un sens cach cette soire qui m'aurait compltement chapp. C'tait une fte nase, je me suis profondment ennuy. Point.Elle: Pfff, t'as l'alcool mchant.Moi: Justement, je n'ai rien bu.Elle: H bien, t'aurais d!Moi: Je ne suis pas trs fan du whisky-coca chaud...Elle: On n'ira plus. T'as gagn.Moi: Mais, ce n'est pas du tout ce que je voulais dire.Elle: C'est bon.Moi: J'aime bien m'ennuyer dans ce genre de fte.Elle: T'es vraiment chiant. Conversations : pisode 15 [New Window]
Au cafMoi: Franchement, c'est pas possible. C'est pas comme a que a marche...Lui: Je te dis que si, moi! Justement!Moi: Non, Facebook ne te permettra pas de trouver une copine!Lui: Et pourquoi pas?Moi: Dj, parce que tu n'as qu'une dizaine d'amis et parce que parmi ces amis, la majorit d'entre eux sont des mecs!Lui: Y'a quelques filles, quand mme!Moi: ... qui sont toutes dj en couple, prtes se marier.Lui: C'est l que j'interviens! Et puis mme, elles ont bien des copines clibataires, elle aussi?Moi: Mouais... Je n'y crois pas vraiment.Lui: Tu devrais!Moi: Ecoute, Facebook a t invent pour une seule chose : tester la fiabilit de ton couple, a ne sert qu' crer des tensions au sein d'une relation... Y' a toujours un gus qui vient mettre son grain de sel et tout mettre en branle...Devant un dvdMoi: Tu crois que c'est qui le plus fort? Jason Statham ou Vin Diesel?Elle: Je n'en ai aucune ide!Moi: Quand mme...Elle: Attends, explique-moi pourquoi tu penses a dj?Moi: C'est parce que c'est un peu chiant le film, l non?Elle: Alors, quand c'est moi qui choisis un film, c'est chiant et quand c'est toi...Moi: .... c'est forcment bien, je sais!Elle: Bon, allez, tais-toi, je regarde, moi!Moi: ...Moi: ...Moi: ... Statham, je suis sr qu'il mettrait sa branle Vin Diesel.Je peux mettre Crank, aprs ton film? Juste pour vrifier.A la pizzeriaMoi: Y'a des moments, tu vois, je suis pas contre un bon Big Mac ou un truc comme a...Lui: C'est de la bouffe de blair!Moi: Pourquoi?Lui: C'est de la bouffe de beauf, c'est tout. Moi, je n'y vais jamais!Moi: Tu intellectualises la bouffe en fait?Lui: Non, c'est toute l'idologie qui va avec...Moi: C'est dire?Lui: Une espce d'inculture... C'est les types qui n'ont pas de gots qui vont dans ce genre d'endroit!Moi: Je ne vois pas trop la diffrence avec cet tablissement... tes pizzas sont franchement dgueulasses.Lui: Peut-tre, mais c'est pas pareil. L, tu as le cadre.Moi: Virgin Radio et 3 posters de paysages italiens, t'appelles a un cadre??Lui: Laisse tomber.Devant l'ordinateurElle: T'utilises beaucoup de points de suspension, quand mme...Moi: J'aime bien... j'ai l'impression que le temps se rallonge comme a...Elle: ???Moi: Et crois moi, ils sont bien plus sympathiques que cette grosse enflure de point virgule. This is Happy End... [New Window]
Il y a beaucoup de musique dans le premier et super chouette album de Your Happy End. C'est facile dire, tu me diras. C'est vrai, mais c'est suffisamment rare pour tre soulign.D'autant que les deux membres du groupe (Aurlien Bortoluzzi & Guillaume Zolnierowski) viennent du Havre, une ville que l'on n'imaginerait pas premire vue capable d'inspirer tant de finesse, de douceur, de tendresse et de mlancolie. Et pourtant, le temps de quarante cinq minutes, Le Havre, comme ce fut le cas, il y a quelques annes avec Bristol, hberge un beau et grand groupe que l'on a envie d'aimer et de suivre dans leurs aventures mlodiques.Si le disque fourmille d'ides, il foisonne aussi de rfrences. C'est toujours bien d'avoir de bonnes rfrences, tu me diras. C'est encore mieux de les avoir comprises et digres.C'est le cas de Your Happy End dont la culture musicale et l'ouverture d'esprit leur permettent d'tablir des ponts vritablement audacieux entre les genres et d'emmener leur auditeur en terrain connu tout en lui faisant dcouvrir de nouveaux horizons. Un morceau est ainsi capable de convoquer dans une mme euphorie Radiohead, Portishead, Dire Straits, MF Doom, le hip hop old school, U2, et une sunshine pop chaleureuse et envotante. En rsulte donc un disque la fois familier et combien imprvisible qui ratisse large mais qui reste d'une humilit confondante. T'es pas oblig de reconnatre la qualit des samples, les clins d'oeil ici et l d'autres morceaux, les citations diverses pour vritablement apprcier le disque.On pense aussi trs souvent, mais cela ne regarde que moi, Day One, et leur chef d'oeuvre oubli Ordinary Man sorti en 2000. Tu te rappelles? Non? Dommage parce que ce premier album est aujourd'hui quasiment introuvable.Your Happy End semble entretenir avec le duo de Bristol le mme talent bricoler des chansons aussi belles qu'un jour de pluie en t.Quant l'architecture du disque, l aussi, elle est finement pense et pertinente.Les premiers morceaux de l'album (Dying above the clouds, Movie Star) caressent l'auditeur dans le sens du poil et l'installent confortablement dans une ambiance ouate et planante. Puis le disque monte en puissance et les derniers morceaux (Window, Super Fridge, Lakak) atteignent une telle intensit orageuse et une si belle unit que les poils des bras finisssent par s'hrisser.Bref, il y a un vrai travail. Ajoutons la russite de la pochette, qui sous les rabats cartonns du digisleeve garde jalousement l'abri le cd originalement srigraphi.Your Happy End, c'est enfin l'histoire d'un type (Guillaume Zolnierowski) qui, adolescent, a revendu sa Megadrive toute neuve pour s'acheter sa premire guitare.Quand on arrive au point de se priver de passionnantes heures de jeu avec le hrisson bleu pour s'offrir la musique, forcment, un jour, a paie. Moi, par exemple, j'ai gard ma Megadrive, et je suis toujours incapable de jouer Come as you are la guitare. Et je n'ai d'ailleurs jamais, non plus, russi finir Sonic.Echanger sa Megadrive contre une guitare, c'tait sans doute le top de la meilleure ide '94.Et c'est bien connu, ce n'est point avec une manette de console qu'on emballe les filles.Que, diable, se serait-il passer si Guillaume Zolnierowski n'avait pas eu cet clair de gnie et troqu sa console 16 bits pour une 6 cordes?Il n'aurait peut tre jamais rencontr Aurlien Bortoluzzi, la voix, la fois rageuse et rassurante, du groupe.Et le Havre serait rest le Havre...On connaissait la ville pour son ciel gris, son taux de chmage, son Little Bob, son Quick, ses 2 Auchan, ses habitants pas trs sympas ou son port autonome (enfin, ici, ils disent surtout le "peurt").On connatra maintenant Le Havre pour Your Happy End...Visite leur myspace: http://www.myspace.com/yourhappyend.Achte le disque. La mtaphysique est-elle soluble dans le whisky? par Jacques Granola [New Window]
Chapitre 14- Vous n'avez rien foutre ici, Braquemart! dit d'une voix perante l'homme qui se tenait devant l'entre.Steve fora le barrage et se dirigea vers le salon o plusieurs flics en uniforme ou en civil discutaillaient. Un type s'approcha de lui d'un pas certain et lgant. Ses cheveux taient bien coiffs et son visage parfaitement lisse laissait entrevoir quelques micro coupures de rasoir. L'homme porta la main sa bouche, toussota et entama:- Steve, vous n'avez rien faire ici, allez vous en! dit-il, avec quelques tremblements dans la voix.- Si au contraire, a me concerne... , rpondit Steve- Mais comment donc? ajouta l'homme- Mais commandant Marcos...- Pardon? dit le reprsentant de l'ordre surpris- Je plaisante, dit Steve en plaisantant. Laissez-moi jeter un coup d'oeil, cinq minutes et aprs je m'en vais. Je ne ferai pas de foin, je vous le promets.- Trs bien, dit l'homme en se passant la main dans les cheveux. Aprs tout...Mais Steve ne laissa pas le policier finir sa phrase car il s'tait dj dirig vers la chambre coucher.Deux hommes se tenaient devant l'entre. Ils dvisagrent Steve mais ne le retinrent gure. Steve entra tel un courant d'air. Un homme tait accroupi ct d'un drap blanc tachet de sang. Il notait des choses sur un petit carnet tout en portant rgulirement sa bouche des petits beurres. Steve regarda ce petit mange pendant quelques instants. Un mot. Un biscuit. Des miettes que l'homme poussette de sa chemise rayures.- Sacr spectacle! entama Braquemart- Pardon? dit l'homme assis en rajustant ses petites lunettes.- Quel bordel, non? Vous avez trouv quelque chose vous mettre sous la dent, fiston? Hormis ces petits amuses gueules, poursuivit Steve en pointant du doigt le paquet de Petits Beurres.- Je crois qu'il est mort, dit l'homme en dsignant le drap sous lequel repos le cadavre. Et, ajouta-t-il, je ne suis pas votre fiston, j'ai un nom, je m'appelle Emmanuel Bourdaud, affirma-t-il, tout en plongeant nouveau sa main dans le paquet de biscuits.- Trs bien, fiston. Steve marqua une pause.Il souleva le drap sous lequel reposaient les restes de Patrick Letterrier. Puis ajouta:-Mme sa propre mre ne pourrait pas le reconnatre!- C'est moi qui ai runi les morceaux, dit Emmanuel tout en cassant soigneusement avec ses dents un un les quatre coins du petit beurre qu'il porta ensuite sa bouche. Il avala puis reprit:- Je n'ai pas tout retrouv, il manque des parties. Mais le plus trange, c'est a!Et il dsigna le mur sur lequel tait inscrit en lettres de sang un mot :- Je n'y comprends rien. Mes collgues, non plus, a n'a aucun sens! gmit Emmanuel.-Pour vous peut-tre, pour moi si! assura Steve avec certitude.- Mais ce ne sont que des lettres qui ne veulent rien dire, couina avec un soupon d'agacement Emmanuel, Zwchiget, a ne veut rien dire, c'est tout.- On dirait que vous n'avez pas fait schleu premire langue, fiston!- Pardon?- C'est de l'allemand, jeune homme : Zweckmssigkeit ohne Zweck, c'est la langue de Goethe et de Stendhal.- Nom de dieu, et qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire?- Un effort, fiston! Vous m'avez l'air plus intelligent que les petites filles en uniforme du couloir! Rflchissez, bon sang!- Mais, je n'ai pas mon Harraps sur moi, monsieur Braquemart... pleurnicha-t-il.- Vous avez votre tte, dit Steve en souriant et en faisant un clin d'oeil Emmanuel.- Zweck... zweck, ce mot me dit vaguement quelque chose... On en a parl quand j'tais la fac de police, rflchit-il.- Bon, je vous ai assez laiss mijoter, mon garon. Zweckmssigkeit ohne Zweck est une expression allemande qui veut dire...A ce moment la sonnerie du tlphone mobile de Steve retentit, il sortit son Nokia dernier cri de la poche de son veston, et l'teignit visiblement nerv.- Ma femme! Elle attendra... Je disais...- A propos de chwzageuitte- Oui, Zweckmssigkeit ohne Zweck est une expression allemande qui veut dire : finalit sans...Emmanuel coupa Steve comme s'il venait de comprendre:- ... sans fin!- Tout fait!- Mais je n'y comprends rien... Qu'est-ce que cela? Nous ne sommes pas plus avancs.- Vous, non. Moi, oui. C'est tout ce dont j'avais besoin. Ce n'est pas la premire fois que cet modus operandi est mis en oeuvre...- Vous voulez dire que vous connaissez dj le coupable? dit Emmanuel trs surpris- L'avenir nous le dira.- L'avenir avec 2 R?- Pardon?- Non, rien.- Bref, je vais devoir y aller. On se reverra peut-tre Emmanuel Bourdaud.- J'espre! Bonne chance monsieur Braquemart, salua Emmanuel.- Bonne chance toi, fiston.Et Steve disparut dans l'embrasure de la porte. Conversations : episode bd [New Window]
Le club du danger: Episode 3 [New Window]
Previously on : Le club du dangerBart': Quelle aventure, les amis! Nous voil partis sur la route du plus grand auteur chilien pour ramener une mche de ses cheveux afin de le cloner et de lui poser des questions sur son oeuvre...Pedro : MADRID, nous voil !!Belane : Je connais un type, pas loin dici, un vrai fl, peut-tre quil sera capable de vous aider.Belane : Messieurs, laissez moi vous prsenter le clbre Professeur Emmanuel Bourdaud !Manu : ...ce nest pas le fait que vous vouliez ressusciter lauteur chilien qui me surprend, mais que vous soyez les deuximes venir me demander de laideManu : Ressusciter Bolao nest pas sans danger Lexprience peut mal tourner. Et le gentil chilien peut devenir un vritable despote si on s'y prend mal !Untel ( Labuse) : Tavais dit quavec un seul de ses cheveux, tu pouvais le cloner ?Labuse : Je sais !Untel : Alors ?Labuse : Alors, je pouvais pas deviner que a allait en faire un dictateur chilien !Belane : Bon, alors, les cocos, vous dcidez quoi ?AVERTISSEMENTToute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant exist est purement fortuite. Les vnements relats ne se sont peut-tre pas encore drouls.Dans lavionPedro : Jai limpression dtre parti au moins un mois !Bart : Pourtant, a ne fait quune journePedro : Cest a quest bien.Thomz : Dites donc, vous navez pas vu Labuse ?Untel : Si, tout devant. Cet enfoir a t surclass en business class. Yavait plus de places avec nous.Thomz : Et qui est-ce qui a les cheveux de Roberto?Bart : Jai quelques boucles dans mon portefeuille, Labuse en a aussi, je crois.Une dame : Tom ! Tom ? O es-tu ? Tom !Une htesse : Que se passe-t-il, madame ?La dame : Je cherche mon fils, Tom. Il tait avec moi, il y a 5 minutesLhtesse : A quelle place tes vous ?La dame : Euh, attendez (elle sort son billet) La 49, l bas !Lhtesse : Calmez-vous, il ne doit pas tre bien loin, venezBart : Faites des gosses !Thomz : Cette phrase est toute pourrieBart : Je saisPedro : Vous croyez quon aura un film sur le vol ?Untel : En tout cas, jespre quils ne vont pas encore nous refiler de la pallaPendant le volDes cris, des hurlements, beaucoup de secousses.Pedro : JE VEUX PAS MOURIR !!! JE SUIS TROP JEUNE !Bart : Accrochez-vous !Thomz : Putain, quelle merde ! ______________NOIR______________152Expliquez-moi l'nigme des films pornos, lui demandai-je. Vous n'avez rien remarqu de bizarre, d'anormal, quelque chose qui ai attir votre attention? Bart': C'est moi que tu parles?Thomz: Non, j'ai rien dit.Pedro: Mais sapristouille, o est-ce qu'on a encore atterri?A son expression, je compris qu lexception peut-tre de son retour familial au Chili, il sen fichait des films, des revues, et de tout. La seule chose remarquableBart : Quoi ?Thomz : Quoi quoi ?Bart : Je suis pas sourdThomz : Pas encoreBart : Tas dit Chili ?Thomz : Jai pas dit Chili!Bart : Alors qui a dit Chili ?Untel : Personne a dit ChiliPedro : Jai entendu Chili aussi !cest que chaque jour, je suis plus obsd par ce salaud de Wieder. Et cest positif ou ngatif ?Bart : Mais de quoi ?Untel : Attendez, a yest, jentends aussiPedro : Merde, vous croyez quon est mort ?Ne plaisantez pas Romero. Daccord, je vais vous raconter une histoire.Untel : Romero, Wieder a ne vous dit rien ?67Farewell : si je n'avais pas si mal au bide et si je n'tais pas aussi saoul, je me confesserais dans l'instant. Moi : ce serait un honneur pour moi. Labuse : Excusez-moiFarewell : ou je vous tranerais jusqu'aux toilettes et je vous enculerais une bonne fois pour toutes. Labuse : Sil vous plat ?Moi : ce n'est pas vous qui parlez, c'est le vin, ce sont ces ombres qui vous inquitent. Farewell : ne rougissez pas, nous les Chiliens, nous sommes tous des sodomites. Labuse : Messieurs ?Moi : tous les hommes sont des sodomites, ils portent tous un sodomite dans l'architrave de l'me, pas seulement nos pauvres compatriotes, et l'un de nos devoirs est de le dominer, d'en triompher, de nous mettre genoux. Tom : Ils ne rpondront pas.Labuse : Comment ?Tom : Ils parlent, ils parlent depuis tout lheure mais ils ne nous voient pas. Ils ne nous entendent pas.Labuse : Ils le font exprs. Ils sont ivres. Regarde !Farewell : vous parlez comme un suceur de bites. Moi : je ne l'ai jamais fait. Labuse : Tu vois !Tom : Non Ils ne feront rien.Labuse : Et pourquoi ?Tom : Parce quon est mort !Labuse : Nim-por-te quoi !Tom : Si! Lavion sest crash et on est mort !Labuse : Tu tais dans lavion ?Farewell : ici nous sommes en lieu sr, ayez confiance, ayez confiance, mme pas au sminaire? Moi : j'tudiais, je priais et j'tudiais Tom : Oui.Labuse : Il ny a que nous, ici ?Tom : Oui.Labuse : Et les autres ?Tom : Il ny a que nous pour linstantLabuse : Reste savoir o nous sommesFarewell : ici nous sommes en lieu sr, ayez confiance, ayez confiance.Tom : On ne peut pas sortir dici. Jai essay. On est coinc.Labuse : Attends, euh tiens, cest vrai, je ne connais mme pas ton nom.Tom : Je mappelle Tom. Tom Pynchon.Labuse : Enchant, Tom. On mappelle Labuse.Tom : Il est un peu pourri ton nom...Labuse : Je sais153Aprs il me raconta lhistoire dune bande dindividus qui tournaient des films pornos dans une villa du golfe de Tarente.Bart : Mais, bon sang, tu as raison !Untel : Comme dhabitudeThomz : Au dbut, je ny avais pas prt attention, mais maintenant, cest clair.Untel : Et si je me souviens bien, on est peu prs la finPedro : A la fin de quoi ?Un matin, a devait faire deux ans, on les avait tous retrouvs morts. En tout six personnes, trois actrices, deux acteurs et le camraman.Thomz : A la fin du bouquin, Pedro !Pedro : Hein ?Untel : On est dans Etoile Distante, l ! Tu te rappelles pas ?Pedro : Je lai pas lu celui-lBart : Si on est la fin du livre, quest-ce qui va se passer si on arrive la dernire phrase ?Thomz : Il faut quon se casse dici !Untel : Il faut retrouver Labuse68Moi : je lisais St Augustin, je lisais saint Thomas, jtudias la vie de tous les papes. Farewell : et vous vous souvenez encore de ces saintes existences ?Moi : attendez, Farewell, jai limpression que nous ne sommes pas seuls. Quelquun nous coute. suivre... There is too much okay music in the world: interviewing Morgan Geist [New Window]
En guise de prsent et avant le grand dballage de papelard, un presque indit du travail: la version intgrale en v.o. dans le texte d'un entretien platonique (par e-mail) avec le formidable Morgan Geist propos de son nouveau Double Night Time, rdig pour le numro 117 de Trax Magazine - parce que c'est beaucoup mieux comme a, merci vous, merci lui.Why did it take you so long to make a new solo album?Perfectionism and fear. Still not completely happy with it, but publish or perish, as they say. Just in terms of my own sense of self-worth, I didnt want to die having made only one album under my own name.Did it actually take a decade to craft this album, or were you too busy with you other projects, running the label, making metro area, producing friends?It was a bit of both. I was very busy, but I also am a very slow and self-doubting worker. I spend a lot of time busy with the label and putting my efforts into other peoples careers, which I am determined to do less. Also this record was made under difficult circumstances, creatively and personally. But the actual record only took about 3 years.Were you looking for inspiration?That was a big part of starting it. I wanted an angle. I crave coherence in every project I do, even 12s, but especially albums. I dont care if no one notices, if people download the tracks they want from iTunes...Im still going to make the album the way Id listen to an album, which is linearly and as a whole. I feel the listener MUST do that at least once to appreciate the artists intent. After that, you may choose favorites, but not before. But no one cares what I think. People must have their ringtones!Accordingly, your output as a music maker and as a label manager is scarce.There is too much okay music in the world. Far too much. I believe in only releasing what is vital. It must be my personal best, even if other people think it is garbage. I feel the same for the other music I release on the label too.What is the meaning behind the album's title (and artwork)?Not to sound overly dramatic, but honestly it just reflects the dark, extremely challenging period I was in while making the record. Originally I was going to call the album Nocebo, but it was a word most people (including me, originally) would have to consult a dictionary maybe a medical dictionary to understand. So I changed it to Double Night Time because I felt thats what I was existing in. I like the imagery...no daytime, or alternately, a double-strength night, like double-strength coffee. Black. Either way, a lot of darkness. The phrase is actually taken from a scene in the old UK television series with Patrick McGoohan, The Prisoner, in which the main character is being broken down with a marathon of psychological torture.The first track of the album is called "Detroit", and yet, "Double Night Time" is the less "Detroit" influenced of your records. Why is that? Was it some way to pay a final tribute?Detroit is so named because the lyrics are about a trip to Detroit years ago, back when I was in college. It is a sort of ode or memorial to a state of mind and a time in my life rather than a place. It is about lost potential and aging and wondering if Id ever feel again what I once felt, the enthusiasm and excitement of being young and going somewhere you worshipped and being in love and not being totally aware of yourself, of being ruled by fascination and dreams and obsession.This new album is an almost 100% electronic affair (I hear some guitars and strings): was it a conscious decision after the percussions and strings heavy arrangements of Metro area?Yes. Its not necessarily reacting against Metro Area, but I wanted to indulge different compulsions with this one. I wanted to also reinforce (even to myself) that I have a style outside of Metro Area, even though Metro Area is very much me as well. I also think this record doesnt really fit into a lot right now and I like that. Its not very hip, its something I hope people will like as its own thing. I try not to pay attention to trends.What differences would you point up between this new record and the records you did in the past, be it "The Driving Memoirs" or the Environ 12"es collection?I cant stand many of my old records, but I think this (despite Jeremy Greenspan being on it) is definitely a lonely solo record in the same way The Driving Memoirs was. Its me in a room making music, alone...which kind of links it to that early era when I lived in New Jersey and was just really isolated culturally, which can of course be a great thing. I wouldnt say its a dance record at all, though we have some Carl Craig remixes of Detroit coming out first.It is accordingly your most pronounced pop orientated record - more poppy than anything you'd done in the past, even with Metro Area. Again, was it a conscious move, or did it happen naturally? Shall we see it as a "back to the roots" record? Who were the new wave, romantic electropop bands that you liked the best at the time? I hear some Martin Gore, some Marc Moulin, some Haruomi Hosono in your current sound - among many others... First of all, thank you. Yes, it is definitely intentional. I wish it were poppier but this is a practice run! With hope Ill get better at writing little pop songs (and I mean pop in the best way). It was a conscious move, for sure, but also felt natural to do since I think its natural to become bored or resentful of what youre familiar with. It was very difficult though and since it was sort of a a document of a learning process, its terrifying to put out into the public.Your production technique is very distinctive and immediately recognizable - it's precise, balanced, almost scientific. Are you a studio maniac? A devoted craftsman? Do you work fast or are you more of the "i'll spend 78 hours on the equalization of this snare drum sound"? Also, are you a gear collector?Yes to all. I also have projects and ideas that go against this...the idea of working fast is appealing to me, at least for songwriting. But Ill always spend time on sounds and mixing, because I think it is important to get it right. And I wouldnt say Im a gear collector but I take it very seriously. I like hardware, I like analog sound generators and processors and mixers. It seems that most of the sounds of the album where made with genuine machines and that digital interventions were minimal... is it true? how much do you use the computer in a creative manner? It is the norm to process sound, every sound...you can hear it in demos I get, you can hear it in big-budget top-40 hits. So while I am not some purist like Steve Albini who only will use tape and record no more the sound of the band in a room, I think I use a computer creatively by NOT using it too much. I dont process everything, I like dry sounds. I use it like a tape recorder, basically...though I do cheat a lot with editing and collage. I had to, sometimes...I could not afford to fly Jeremy back down from Canada to re-sing a single word. My computer is really old. I hate most plug-ins. I try to keep my songs like tape 24 tracks to max 32 tracks. Many are less. I think limitations are great sometimes. Patrick Cowley used 8 tracks.Beyond all matters of "musical genre", the way you manipulate sounds and machines reminds me of early electronic experiments, such as Raymond Scott's. Beyond detroit techno, disco and electro pop, what are your main influences?I have many influences, but youre right, on this particular album I loved the idea of becoming re-fascinated with synths and artificial sound, but used in a pop way. I think Raymond Scott and other pioneers did that. I think the key is to do it in a genuine way though...Im not a big fan of novelty records, like joke Moog records. I think thats why I love YMO stuff (and all the side projects) - theyre trying to be playful but you can tell their worshipping of the sounds is serious. Its too calculated to be a joke. Its like they cant cover up their love of the synths with humor, no matter how hard they try!When did you decide to make a move toward vocal songs? was it before or after you decided to work with jeremy greenspan?Ive wanted to do vocal songs forever...Metro Area even recorded vocal songs but they didnt work out until Read My Mind. I had Jeremy in mind because I liked Junior Boys and then after we became friends, it seemed very natural.How did you decide to work with greenspan? did you see a connection between your music and Junior Boys'? It seems that you found the perfect tessitura in his voice to go with your music. After we became friendly, I knew it would be easy to collaborate. Even in terms of understanding where I was coming from with the electronic, new-wave approach and the idea of being emotional without falling into the clich of being soulful in that cheesy, electronic, house music way. I knew he was cool with transferring energy in a different way than, for example, a lot of French dance music does, which to me is fairly hilarious.How did the songwriting happen between you and Greenspan? did you have all the melodies in mind? what are the differences between composing an instrumental track and a vocal one?I wrote everything except for the lyrics to City of Smoke and Flame, which was Jeremy.The album mostly distances itself for the current tsunami trend of the so-called "disco" revival - a trend which you preceded and probably initiated as well, with Metro Area and the Unclassics compilation. Was it conscious? Are you fed up with the hype? Are there some artists that you still like in the bunch?I like real disco. I dont believe in a revival of real disco.My editor asked me: "he barely DJs, he doesn't play concerts, he doesn't release a lot of music, i wonder how does he make a living": so I'm asking, how does Morgan Geist make a living? Is it harsh making a living as a musician in New York City these days?Its very hard. I have lived carefully and there are little bits of income like publishing or licensing. But I think the way people just take music now I will probably stop doing music very soon. People dont realize that recording artists cannot live without selling records. Notice I say recording artists. Yes, I can DJ (and I do) but its not what I started doing music for. I want to be in the studio. So I am trying to find something to do outside of music that is still creative. Then I can go back to doing music for myself and not releasing it maybe just giving it to close friends.About your label manager activity: is it all a family and friend affair? Kelley Polar, Daniel Wang: it seems that you like to work with close friends almost exclusively...? Yes, either I work with close friends or the artists become close friends after we start working. But mainly I do not think there is a lot of music out there that appeals to me. Id love to have a lot more artists on the label, of course, but Im not going to put out shit.To finish, could you please tell me what the three following words inspire you, in a few words?- optimism? Finished.- elegance? Increasingly rare.- innovation? Increasingly rare.you've got a dirty mind everybody's worried about what he didn't do for us, but what about what we didn't do for ourselves? [New Window]
un mot prcieux et merveilleux, que m'a appris agns varda hier aprs-midi:FERROVIPATHEet puis plus tard, juste avant de m'endormir, j'ai lu:XV. Spcifits des lieursIl est des choses qui lient par elles-mmes, d'autres qui lient par certaine partie ou qualit en elles; il en est qui lient en raison d'une autre chose dont elle sont voisines, solidaires, ou auprs de laquelle elles sont disposs - tout comme un difice de belle forme rsulte de l'agrgat de parties informes en elles-mmes. (Giordano Bruno, Des liens)you've got a dirty mind motto for the year(s) to come [New Window]
The more things we know the better we are equipped we are to understand any one thing and it is a burning pity that our lives are not long enough and not sufficiently free of annoying spectacles, to study all things with the same care and depth as the one we now devote to some favorite subject or period. And yet there is a semblance of consolation within this dismal state of affaires: in the same way as the whole universe may be completely reciprocated in the structure of an atom, an intelligent and assiduous student (may) find a small replica of all knowledge in a subject he has chosen for his special research and if, upon choosing your subject, you try diligently to find out about it, if you allow yourself to be lured into the shaded lanes that lead from the main road you have chosen to the lovely and little known nooks of special knowledge, if you lovingly finger the links of the many chains that connect your subject to the past and the future and if by luck you hit upon some scrap of knowledge referring to your subject that has not yet become common knowledge, then will you know the true felicity of the great adventure of learning ().(V.Nabokov to his students at Wellesley University, 1946)you've got a dirty mind holidays on hold [New Window]
you've got a dirty mind Sing with Sinn, sing with Ros |